Madame Bolduc

Madame Bolduc ou La Bolduc (née Marie ou Mary-Rose-Anne Travers), auteure-compositrice-interprète, harmoniciste, violoneuse (née le 4 juin 1894 à Newport, Gaspésie, Québec; décédée le 20 février 1941 à Montréal).

Mary Travers \u00abLa Bolduc\u00bb
Mary Travers \u00abLa Bolduc\u00bb

Madame Bolduc ou La Bolduc (née Marie ou Mary-Rose-Anne Travers), auteure-compositrice-interprète, harmoniciste, violoneuse (née le 4 juin 1894 à Newport, Gaspésie, Québec; décédée le 20 février 1941 à Montréal). Issue d'une famille nombreuse d'origine irlandaise et canadienne-française, elle dut quitter les siens à 13 ans pour gagner sa vie à Montréal. Très douée, elle maniait déjà avec aisance le violon, l'harmonica, l'accordéon et la guimbarde. Pour payer son voyage, elle joua du violon dans la rue principale de Newport tout en vendant des « pilules rouges ». À Montréal, elle travailla d'abord comme domestique et, le 17 août 1914, épousa Édouard Bolduc, plombier, puis commença à élever une famille nombreuse. C'est la crise économique et le chômage qui décidèrent de sa carrière.

Carrière

Elle accompagna d'abord sur disque le chanteur Ovila Légaré, puis on la proposa à Conrad Gauthier qui animait les Veillées du bon vieux temps au Monument national. Il l'engagea d'abord comme violoneuse puis la fit chanter pour la première fois en 1927. Son succès fut tel que Gauthier l'incita à composer des chansons, « La Cuisinière » et « La Servante », qu'elle parvint à enregistrer sur étiquette Starr, non sans difficulté car elle était peu connue. Dès sa parution, ce premier 78t. se vendit rapidement à 12 000 exemplaires, succès sans précédent au Québec à la fin des années 1920. Par leur humour et leur franc-parler et grâce au style inimitable de la chanteuse qui les agrémentait de « turlutages », ritournelles comiques produites en frappant la langue sur le palais, ses chansons et ses disques connurent une très grande vogue. Elle se produisit sans arrêt au Canada et même aux États-Unis tout en continuant ses enregistrements.

Cette femme sympathique, joyeuse et dynamique composait ses chansons comme elle vivait, au gré de son inspiration, guidée par un sens d'observation peu commun. Elle fut et demeure notre première chansonnière, dans le vrai sens du mot. Ses couplets et refrains traitent de l'actualité environnante et, pris dans l'ensemble, font revivre le climat particulier des années 1930 au Québec. Les problèmes quotidiens, les difficultés matérielles des petites gens sont reflétés dans ses chansons : « Le Commerçant des rues », « L'Enfant volé », « Les Cinq jumelles », « Les Colons canadiens », « La Grocerie du coin », « Les Agents d'assurance », « Les Conducteurs de chars », etc.

Héritage

La Bolduc a eu une influence certaine sur l'évolution de la chanson au Québec et, si elle a eu beaucoup d'imitateurs, aucun ne l'a égalée. Son nom est entré dans la légende et on peut considérer son oeuvre comme impérissable et classique. « Ses chansons m'ont frappé par leur verve endiablée et un tour de langue assez unique, à la manière des chanteurs du vrai terroir » a dit Marius Barbeau (cité par Réal Benoit). Clémence Desrochers, Luc Plamondon, Pauline Julien, Plume Latraverse et d'autres se sont réclamés de l'héritage de celle qu'on a souvent qualifié de « première chanteuse engagée du Québec ».

On connaît d'elle au moins 85 chansons sur 43 disques 78t., tous sur étiquette Starr. Apex et MCA Coral ont réédité plusieurs de ses chansons. Jeanne d'Arc Charlebois et Jean Carignan ont enregistré Hommage à Madame Bolduc (Philo), André Gagnon a gravé le micr. Les Turluteries (Columbia), inspiré de 11 de ses chansons, Marthe Fleurant a enregistré le micr. La Bolduc '68 (Vedettes VD-801), et le groupe rap les French B a enregistré en 1991 une version moderne de « La Bastringue ». Jeanne d'Arc Charlebois lui consacra un récital à Montréal en 1984. Un prix portant son nom fut attribué à Claude Léveillée au Festival du disque 1966. Un tableau de Jean-Paul Riopelle, « La Bolduc », est exposé en permanence dans le foyer de la salle Wilfrid-Pelletier de la PDA. En 1991, la Maison du pressoir à Montréal lui consacra une exposition intitulée « Bonjour Madame Bolduc ». Le Musée de la Gaspésie, à Gaspé, possède de nombreux objets et documents la concernant.

Le 20 février 2016, à l’occasion du 75e anniversaire de son décès, le gouvernement québécois lui rend hommage en la désignant personnage historique. Ce geste symbolique est posé en vertu de la Loi sur le patrimoine culturel.


Lecture supplémentaire

  • Réal Benoit, La Bolduc (1959)

    Monique Leclerc, "Les chansons de la Bolduc : manifestation de la culture populaire à Montréal (1928-40)," MA thesis, McGill 1974.

    Olivette Larouche-Nadeau, Le Forillon (du turlutage au gogo) (1977).

    André Gaulin, "Chansons, de Madame Édouard Bolduc," Dictionnaire des oeuvres littéraires du Québec, vol 2, ed Maurice Lemire (1980).

    Robert Lévesque, "La Bolduc, 40 ans après," Le Devoir, 7 Mars 1981.

    Ray Conlogue, "Dusting off a legend and yanking her into the nineties," Toronto Globe and Mail, 12 Oct 1991.

    Pierre Day, Une histoire de La Bolduc (1991).

Liens externes