Manuscrits - Cahiers

Manuscrits - Cahiers.

Manuscrits - Cahiers

Manuscrits - Cahiers. Avant le milieu du XIXe siècle, alors que les commerçants commencèrent à accumuler d'imposants stocks de musique importée en même temps que l'édition musicale prenait pied au Canada, les musiciens désireux de se doter d'un répertoire devaient copier à la main la plus grande partie de leur musique à partir des rares partitions disponibles, échangeant ensuite entre eux leurs manuscrits. Les quelques cahiers manuscrits qui ont survécu constituent des témoignages inestimables des goûts d'alors, car personne ne copiait la musique qu'on n'aimait pas ou qu'on ne se proposait pas d'exécuter. Beaucoup de violoneux et tous les chanteurs folkloriques apprenaient leur répertoire uniquement en l'entendant de quelqu'un d'autre, mais les plus instruits d'entre eux notèrent le répertoire populaire. C'est ainsi qu'Allen Ash (1800-1889), un fermier du district de Newcastle, Ont., remplit un cahier de 28 pages (Bibliothèque nationale du Canada) de valses, d'écossaises, de galops, de hornpipes et d'autres danses, dont une Cobourg Waltz, probablement de sa composition. Il y a aussi le cahier de musique d'Elisha Styles Lyman qui porte la mention « Montréal, 28 août 1821 » (Musée de Carillon, Carillon, Québec) et celui de Havilah Jane Thorne de Bridgetown, N.-É., daté de 1839 (archives provinciales de la Nouvelle-Écosse). Le présent article ne traite pas des manuscrits importés comme le Livre d'orgue de Montréal qui fut apporté au Canada en 1724, tout comme le "Livre de contredances [sic] avec les figures", conservé aux archives du séminaire de Trois-Rivières probablement rapporté de France en 1768, par Pierre René Boucher de La Bruère.

On conserve à la bibliothèque du Séminaire de Québec (dont de son petit-fils prêtre), un manuscrit de plus de trois cent pages dans lequel le marchand Charles Berthelot, arrivé à Québec en 1726, a copié des méthodes pour divers instruments à vent (la graphie est la même que sur des comptes de Berthelot avec le Séminaire); suivent des centaines de menuets, des musettes et des tambourins probablement aussi de sa main, des pièces qu'on retrouve dans des publications françaises de l'époque. Le manuscrit est relié aux Principes de la flûte traversière de Hotteterre.

Le cahier de musique manuscrit de Mlle Caroline Rachel Frobisher de Montréal, commencé en avril 1793 à l'époque où elle devint l'élève de « Mr. M. » (peut-être Guillaume Mechtler), contient diverses danses et chansons (notamment « La Marseillaise ») et de la musique plus sophistiquée. La description précise de pas nécessaires, notée au bas de plus d'une douzaine de morceaux, renseigne sur la façon exacte dont les danses étaient exécutées - un outil important pour la reconstitution des danses de cette période. Ce cahier se trouve à l'Hôpital général de Québec.

Le manuscrit de Cécile Lagueux, belle-soeur d'Édouard Glackemeyer, date d'environ 1817. Il est conservé dans une collection privée à Québec. Ses 107 pages contiennent des danses et d'autre musique instrumentale, ainsi que 16 chansons. Deux d'entre elles, dans des arrangements de Frédéric Glackemeyer, sont considérées par Lucien Poirier comme les premières transcriptions de chansons de « voyageurs » (PMC, vol. VII).

Comme exemples de cahiers manuscrits compilés par des musiciens professionnels, la Bibliothèque nationale du Canada en conserve deux de Frederick Andrews (1804-1885), organiste à la cathédrale anglicane de Québec. Commencés en 1828, ils contiennent de la musique religieuse de Haendel, Haydn et Mozart, ainsi que des oeuvres instrumentales, notamment de Corelli, Cherubini et Weber, ainsi que deux chansons d'Andrews lui-même. La Bibliothèque nationale du Canada possède aussi deux cahiers manuscrits intitulés « Musique sacrée » et comprenant le répertoire de T.F. Molt. Des manuscrits de la main de Louis-Édouard Glackemeyer, probablement à l'intention de son propre ensemble de chambre et de la Société harmonique de Québec, se trouvent à l'Université Laval. Un livre d'orgue de la cathédrale anglicane de Québec datant du début du XIXe siècle a servi de base pour le répertoire de l'Ensemble Nouvelle-France.

On constate l'emploi de cahiers manuscrits avant l'apparition des manuels scolaires par des exemplaires datés 1804-34 de cahiers d'élèves de l'école allemande mennonite de Clinton Township, conservés au Jordan Historical Museum of the Twenty à Jordan, Ont., péninsule du Niagara. Ontario Fraktur de Michael S. Bird (Toronto 1977) mentionne 12 livres semblables avec notation musicale de la communauté allemande de Pennsylvanie (p. 26-36 et 43) datant d'entre 1788 et 1834. Dorothy H. Farquharson, dans son O, For a Thousand Tongues to Sing (Waterdown, Ont. 1983) examine le cahier de 1813 qui a appartenu à Judith Humphrey, née en Irlande, et qui est conservé à l'Eva Brook Donley Museum de Simcoe, Ont.

Un autre type important de cahier manuscrit était consacré aux chansons folkloriques. La collection d'Edward Ermatinger, qui date de 1830 environ, appartient aux ANC (voir Ethnomusicologie). Conrad Laforte donne une liste de cahiers de ce genre dans La Chanson folklorique et les écrivains du XIXe siècle (Montréal 1973). La plupart de ces cahiers ne contiennent cependant que les paroles. Les originaux sont déposés au Musée canadien des civilisations, aux archives du séminaire de Québec et à la Bibliothèque de la Ville de Montréal.


Lecture supplémentaire

  • Gallat-Morin, Elisabeth, and Pinson, Jean-Pierre. La Vie musicale en Nouvelle-France (Québec 2003)