Marie Rollet

Marie Rollet, première française s’étant établie en Nouvelle-France (née vers 1580 à Paris, France ; décédée en mai 1649 et inhumée le 27 mai 1649 à Québec, Nouvelle-France). Elle est reconnue comme étant la toute première agricultrice d’origine française en Nouvelle-France avec son mari Louis Hébert.

Marie Rollet et ses enfants
Monument Louis-H\u00e9bert, parc Montmorency, Qu\u00e9bec

Une Parisienne instruite

Marie Rollet est née à Paris vers 1580. Ses parents habitent à l’époque le quartier Saint-Germain-des-Prés dans le sixième arrondissement de Paris et sont à l’aise financièrement. Son père, Jean Rollet, travaille comme canonnier pour le roi Henri IV et sa mère se prénomme Anne Cogu. Marie Rollet étudie à un couvent dirigé par des religieuses. On peut la considérer comme une femme instruite, car elle sait lire et écrire, ce qui est plutôt rare chez les femmes au 16e siècle.

Son mariage avec Louis Hébert

Le 19 février 1601, à l’âge de 21 ans, Marie Rollet, veuve de François Dufeu, marchand de Compiègne, épouse Louis Hébert, apothicaire de Paris (voir Pharmacie). La cérémonie est célébrée à l’Église Saint-Sulpice de Paris. L’année suivante, le couple Rollet-Hébert achète une petite maison au 1602, rue de la Petite Seine pour la somme 200 livres tournois, et en 1603, Louis Hébert obtient le titre de maître apothicaire.

Pierre Du Gua de Monts (Pierre Dugua de Mons)
Monument de Pierre Du Gua de Monts, par Hamilton MacCarthy, \u00e9rig\u00e9 en 2007 sur l'avenue Saint-Denis, pr\u00e8s de la Citadelle de Qu\u00e9bec

Après des débuts difficiles avec sa boutique d’apothicaire, il décide en mars 1606 de signer un contrat d’engagement d’une durée d’un an auprès de Pierre Dugua de Mons pour aller travailler en Acadie. Le jour même, il signe devant un notaire une procuration générale en faveur de Marie Rollet pour lui permettre de gérer les biens de la famille en l’absence de son mari.

Six mois plus tard, Marie Rollet vend la maison familiale pour la somme de 2 160 livres tournois à la reine Margot, duchesse de Valois, qui souhaite agrandir sa propriété du côté de la rue de la Petite Seine. Cette vente très avantageuse procure à Marie Rollet et à sa famille une sécurité financière intéressante.

Son départ pour la Nouvelle-France

En 1617, Louis, Marie et leurs trois enfants, Anne, Guillemette et Guillaume quittent la France et s’établissent à Québec, en Nouvelle-France. Louis Hébert signe un contrat d’engagement de deux ans avec la Compagnie du Canada pour la somme de 300 livres par an. La famille Rollet-Hébert embarque sur le navire Saint-Étienne au Port de Honfleur le 11 mars 1617. La traversée de trois mois est particulièrement longue et difficile, et le navire doit affronter plusieurs tempêtes. Ils arrivent finalement à Tadoussac à la mi-juin. La famille Hébert-Rollet s’installe rapidement dans les hauteurs du Cap-aux-Diamants à Québec (voir Diamants du Canada). Ils construisent avec l’aide de Claude Rollet, frère de Marie, une petite maison à la manière européenne.

Une première agricultrice et enseignante française à Québec

À Québec, Marie Rollet travaille aux côtés de Louis Hébert dans son travail d’agriculteur et d’apothicaire. Ensemble, le couple Rollet-Hébert défriche sa terre, ensemence les cultures et soigne les colons français, ainsi que les Autochtones. En 1620, ils construisent une maison en pierre avec l’aide des ouvriers de l’Habitation de Québec. Durant cette même année, Louis Hébert est nommé procureur du roi par Samuel de Champlain pour voir à l’administration de la justice de la colonie.

Statue en hommage \u00e0 Samuel de Champlain

En 1622, la terre que Marie Rollet et Louis Hébert ont défrichée et cultivée au Cap-aux-Diamants leur est cédée officiellement. La famille Hébert-Rollet peut enfin jouir d’une stabilité économique et envisager l’avenir avec confiance. Le couple n’aura pas d’autres enfants en Nouvelle-France et quelques années plus tard, Louis Hébert décède des suites d’une mauvaise chute sur la glace. Il est inhumé le 25 janvier 1627. Après la mort de son mari, Marie Rollet s’occupe de la gestion des terres avec son gendre Guillaume Couillard et sa fille Guillemette qui détient la moitié des terres de la famille depuis le décès de son père.

Guillaume Couillard
Monument Louis-H\u00e9bert, parc Montmorency, Qu\u00e9bec

Au cours de l’année 1628–1629, le général David Kirke et ses frères prennent le contrôle de l’entrée du fleuve Saint-Laurent à Tadoussac au nom du roi Charles 1er d’Angleterre et détruisent le navire français de ravitaillement et toutes les provisions destinées à la colonie. Les Récollets, ainsi que Marie Rollet (qui s’est remariée entre-temps avec Guillaume Huboust), sont les seuls à récolter des grains. Aussi, ils les partagent avec ceux qui n’ont rien à manger. En septembre 1629, Champlain capitule aux mains des Anglais et retourne en France avec la plupart des habitants de la colonie. Après leur départ, il ne reste qu’une vingtaine de Français (dont Marie Rollet et sa famille), ainsi qu’une centaine de soldats anglais. Pendant trois ans, la petite colonie est coupée totalement de la France et n’a aucune nouvelle.

Pendant ces années, Marie Rollet et sa fille Guillemette s’occupent des filles autochtones adoptives de Champlain, Espérance et Charité. Marie Rollet leur enseigne la lecture et l’écriture et s’occupe de leur éducation religieuse.Elle voit également à leurs soins quotidiens. À partir de 1632, elle s’occupe aussi d’un petit garçon noir du Madagascar ou de Guinée baptisé Olivier et venu à Québec avec les frères Kirke. Acheté par Olivier Le Baillif, commis français travaillant pour les Anglais, il est ensuite donné à Guillaume Couillard en 1632. Olivier Le Jeune est considéré comme le premier esclave noir en Nouvelle-France et on ignore encore aujourd’hui s’il a été affranchi ou non par la famille Couillard-Hébert.

L’année 1633 marque le retour de Champlain et de 200 colons à Québec. La signature du traité de Saint-Germain de 1632 oblige les frère Kirke à rétrocéder Québec aux Français.

Les Hébert et les Couillard : noyau familial d’une colonie française en Amérique du Nord

À partir de 1633, Marie Rollet et sa famille sont considérés comme le noyau de la colonie. Ils ont la responsabilité d’instruire et d’héberger les écoliers autochtones qui sont confiés aux soins des Jésuites(voir Éducation des Autochtones). Après des années d’isolement, Marie Rollet accueille de nouvelles familles dans la colonie, dont celle de Robert Giffard, et leur enseigne les mœurs d’un pays qu’elle a patiemment apprivoisé.

En octobre 1634, son fils Guillaume, âgé de 24 ans, épouse Hélène Desportes. Il décède quelques années plus tard en 1639. Elle a, néanmoins, la joie de connaître et de voir grandir plusieurs des enfants de sa fille Guillemette et de son mari Guillaume Couillard.

Entourée de sa famille, Marie continue pendant plus d’une décennie à enseigner et à soigner les enfants qu’on lui confie, tout en s’occupant de la gestion de ses terres. Elle décède en mai 1649 à l’âge de 69 ans et laisse dans le deuil son mari, sa seule fille survivante, Guillemette Hébert, et de nombreux petits-enfants.

Qu\u00e9bec, 1700

Commémoration

Le 400e anniversaire de l’arrivée du couple Rollet-Hébert en Nouvelle-France a été célébré en 2017. Pour l’occasion, Marie Rollet et Louis Hébert sont désignés « personnages historiques » par le gouvernement du Québec, et plus de 25 activités sont prévues au calendrier des festivités. Soulignons l’exposition 1617–2017 : L’héritage de Louis Hébert : 400 ans de pharmacie au Québec présentée à l’Université Laval, ainsi que la remise de 30 certificats à des descendants de la famille Hébert-Rollet par la Société de généalogie de Québec. La postérité de Louis Hébert et Marie Rollet est d’ailleurs très nombreuse en Amérique du Nord.

Louis H\u00e9bert

Un monument à l’honneur de Louis Hébert, de Marie Rollet et de Guillaume Couillard a été érigé en 1917 au parc Montmorency à Québec. Plusieurs rues et institutions portent aussi le nom de Marie Rollet.


Lecture supplémentaire

  • Ethel M. G. Bennett, « Rollet, Marie (Hébert; Hubou) », Dictionnaire biographique du Canada.

    Kristin Butcher, Marie Rollet-Hébert : une pionnière canadienne (2005).

    Michaël Augeron, Dominique Guillemet, Alain Roy et Marc St-Hilaire, dir., Les traces de la Nouvelle-France au Québec et en Poitou-Charentes (2008).

    Sonia K. Laflamme, Marie Rollet, mère de la Nouvelle-France (2011).

    Jacques Mathieu, La vie méconnue de Louis Hébert et Marie Rollet (2017).