​Marie Uguay

Marie Uguay, poète (née le 22 avril 1955 à Montréal, Québec; décédée le 26 octobre 1981 à Montréal). Cette jeune poète a réellement été une étoile filante du milieu de la poésie québécoise.

Marie Uguay, poète (née le 22 avril 1955 à Montréal, Québec; décédée le 26 octobre 1981 à Montréal). Cette jeune poète a réellement été une étoile filante du milieu de la poésie québécoise. Reconnue pour son immense talent et sa poésie singulière, elle s’éteindra à un très jeune âge après une bataille plutôt difficile contre la maladie.

Vie et œuvre poétique

Marie Uguay (née Lalonde) est née à Montréal et a vécu toute sa vie dans le quartier Côte-Saint-Paul. Ses parents étaient issus d’un milieu modeste et c’est son grand-père maternel, un ouvrier ayant réussi à se réinventer musicien à force de détermination, qui encourage la jeune fille à se diriger vers les arts et l’écriture. D’ailleurs, la poète adoptera le nom de ce grand-père, dont elle admire la détermination et en qui elle voit la possibilité de changer sa condition et de se réaliser à travers les arts. Elle le considère et le reconnaît comme étant sa principale influence, la première personne à lui faire découvrir le pouvoir de l’écriture.

Jeune, Marie écrit déjà des histoires et démontre un intérêt pour l’art et de grands talents artistiques, mais c’est vers l’âge de 15 ans qu’elle commence à écrire de la poésie.

En 1976, les Éditions du Noroît publient son premier recueil, Signe et rumeur,qu’elle calligraphie et illustre elle-même pour lui donner ce caractère intime et personnel que l’on remarque dans l’ensemble de son œuvre. Stéphan Kovacs, son amoureux rencontré pendant ses études à l’Université du Québec à Montréal, contribue aussi à deux de ses œuvres par des photographies. Il demeure son conjoint jusqu’à son décès.

Après Signe et rumeur viennent L’Outre-Vie (1979) et Marie Uguay : autoportraits (1982), publié après sa mort. Journal, une série de textes établis, compilés et annotés par Stéphan Kovacs,est également publié à titre posthume en 2005.

La poésie intimiste de Marie Uguay se fait remarquer dès son premier ouvrage, un mélange vivant de sentiments d’extase et d’impuissance devant la nature :

un arbre effeuillé
et le dur soleil y geint
le hangar miroite
sous l’absence étale du livide
au-dessus ne plane aucun oiseau
aucun souffle ne secoue la chevelure
ni ne caresse les joues
les lèvres remuent à peine
dans le blanc désagrégé de l’ombre
la veilleuse fut oubliée en plein midi
le cœur ne bouge plus qu’en rêve

Au cours de sa brève carrière, la jeune poète participe néanmoins à de nombreux projets : on la lit dans les revues Estuaire, Possibles et Vie des arts, et elle prend part à la populaire « Nuit de la poésie » de 1980 aux côtés de Lucien Francoeur, Michèle Lalonde et Anne Hébert, entre autres. La soirée est immortalisée par Jean-Claude Labrecque et Jean-Pierre Masse dans le film La Nuit de la poésie, 28 mars 1980. Labrecque, impressionné par la détermination et la poésie de l’auteure, réalise également une série d’entretiens avec elle juste avant son décès; il en fera le film Marie Uguay (ONF, 1982).

Une fin tragique et précipitée

En 1977, Marie Uguay apprend qu’elle souffre d’un cancer des os, et cette souffrance influence bien sûr son travail d’écriture. Ayant passé deux mois à l’hôpital à la suite de l’accablante découverte, elle doit tout de même se résigner à l’amputation d’une jambe; il s’agit là d’un sacrifice horrible pour une jeune femme aussi sensible et amoureuse de la nature. Même si elle continue d’écrire et garde la tête haute, les nombreuses visites à l’hôpital finissent par colorer sa vision. Dans son deuxième recueil, L’Outre-vie (1979), on peut sentir que sa vie prend un détour; frustration et découragement sont devenus des émotions fréquentes qui rendent la douleur physique et psychologique encore plus difficile à surmonter.

L’expérience de perdre une jambe a assurément des répercussions, même si la jeune femme réapprend à marcher avec une jambe artificielle. Un voyage à Paris qu’elle entreprend après avoir terminé L’Outre-vie s’achève de façon triste, car elle se sent limitée par son handicap dans cette ville qui se découvre à pied.

À partir de ce moment, elle reçoit des traitements préventifs contre le cancer mais elle est tout de même forcée de se rendre maintes fois à l’hôpital. Au cours de l’année 1981, elle subit de fréquentes attaques reliées à son cancer des os. Néanmoins, elle rédige Autoportraits durant cette période et se livre à des entretiens pour le film de Jean-Claude Labrecque, malgré les nombreux arrêts du tournage causés par les assauts de la maladie.

Hospitalisée de nouveau en septembre 1981, elle succombe le 26 octobre de la même année, à l’âge de 26 ans.

Elle reçoit à titre posthume la médaille de la Fondation Émile Nelligan pour l’ensemble de son œuvre, et la Maison de la culture du quartier Ville-Émard à Montréal porte son nom depuis 1982.

La qualité et la force des poèmes de Marie Uguay, qui s’ajoutent à la courte et tragique existence qu’elle a vécue, marquent l’histoire de la poésie au Québec. Comme dans les lignes suivantes tirées de L’Outre-Vie, un sentiment de tristesse au constat de cette vie inachevée perdure dans la mémoire collective :

tout un voyage est resté en nous
et notre rêve dérive
vers le reste du monde


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