Mort

La mort, ce terme inéluctable de la vie, ne cesse d'intriguer et d'effrayer l'humanité. Toutes les cultures tentent d'en expliquer le sens.

Mort

La mort, ce terme inéluctable de la vie, ne cesse d'intriguer et d'effrayer l'humanité. Toutes les cultures tentent d'en expliquer le sens. Au même titre que la naissance ou le mariage, elle est universellement considérée comme un événement à portée sociale, amplifié par le rituel et pris en charge par les institutions. La mort intéresse les anthropologues, les sociologues, les philosophes, les psychologues et les biologistes qui essaient de comprendre sa signification culturelle, sociale ou individuelle.

Le droit et la politique s'intéressent aussi à la mort. La COMMISSION DE RÉFORME DU DROIT produit en effet plusieurs documents de travail sur l'euthanasie, l'interruption de traitement et la définition de la mort et les questions connexes, tandis que Santé Canada publie des analyses et des guides établissant des normes pour les soins palliatifs en milieu hospitalier. La RELIGION, la PHILOSOPHIE et l'idéologie politique (voir BOUDHISME; CATHOLICISME; ÉGLISE MORMONE) cherchent des réponses aux problèmes suscités par la mort.

Période préindustrielle

Les taux de mortalité sont alors très élevés au Canada, extrêmement variables et dépendent des récoltes, du temps, des ÉPIDÉMIES, etc. Le taux de mortalité brut (nombre de décès par 1000 personnes par année) passe de 22 à 25 au milieu du XIXe siècle à 11,8 en 1923, puis à seulement 6,8 en 1995. En même temps, le taux de mortalité infantile (les décès dans la première année de vie pour 1000 naissances) connaît une baisse extraordinaire de 83 p. 100 entre 1951 et 1995 (voir POPULATION).

L'espérance de vie à la naissance passe à 75,3 ans pour les hommes et à 81,3 ans pour les femmes. Dans presque toutes les tranches d'âge, les taux de mortalité de la population autochtone dépassent ceux du reste de la population. Il s'ensuit que l'espérance de vie des autochtones à la naissance est d'environ 7 ans inférieure à celle de l'ensemble de la population. Les femmes ont des taux de mortalité inférieurs à ceux des hommes et augmentent en fait au cours des dernières décennies leur avantage sur les hommes. Aujourd'hui, une femme de 65 ans a 50 p. 100 de chances de vivre encore 20 ans, alors qu'un homme du même âge en a autant de vivre encore 16 ans. Environ 80 p. 100 de tous les décès surviennent chez les personnes de plus de 60 ans, et mourir plus jeune est souvent considéré comme une tragédie. Santé Canada considère que les décès survenant avant 70 ans sont prématurés. Il est difficile aujourd'hui de prendre conscience qu'il y a un siècle les enfants pouvaient raisonnablement s'attendre à être orphelins avant d'atteindre la maturité ou que les parents pouvaient s'attendre à perdre un ou plusieurs enfants avant que ces derniers n'aient atteint l'âge adulte.

Causes de mortalité

Ces causes changent également radicalement depuis 1867. Les décès dus aux maladies infectieuses diminuent, alors que les maladies chroniques, particulièrement les maladies cardiovasculaires, sont responsables de 37 p. 100 de tous les décès. Environ 28 p. 100 des décès sont causés par des néoplasmes (cancers) et environ un décès sur 10 résulte d'un accident, d'un empoisonnement ou d'un acte de violence. La pneumonie, qu'on appelle l'« amie du vieil homme » parce qu'elle provoque une mort rapide et relativement sans douleur chez les vieillards, cause seulement 3,5 p. 100 des décès.

Institutions sociales

Elles cherchent généralement à rendre la vie plus facile et à prévenir la mort. Selon certains spécialistes des sciences sociales, la mort constitue une plus grande menace pour l'individu dans les sociétés ayant de bas taux de mortalité que dans les sociétés où les taux sont élevés, parce que ces sociétés tendent à proscrire les solutions sociales aux problèmes de la mortalité. Des études sur les attitudes face à la mort révèlent l'importance pour le mourant d'un environnement sécurisant et de liens familiaux étroits.

Aujourd'hui, le fait que la mort soit généralement la fin d'une longue maladie chronique, très probablement à un âge avancé, influe non seulement sur la conception qu'ont les gens de la mort et de leur propre mort, mais aussi sur le type de soins prodigués aux mourants. La plupart des morts non accidentelles surviennent à l'hôpital, mais de nos jours beaucoup de personnes, surtout des femmes, meurent dans des maisons de retraite. En conséquence, la mort est une expérience moins familière pour la plupart des gens et elle est devenue un processus largement pris en charge par les professionnels de la santé.

Depuis la fin des années 60, le caractère de plus en plus technologique de la mort à l'hôpital soulève des inquiétudes. On perçoit l'hôpital comme un environnement froid et insensible, où l'existence est souvent prolongée par la technologie longtemps après que la personne ait cessé de jouir d'une qualité de vie, et où les besoins du mourant et de ses parents ou de ses amis importent moins que le bon fonctionnement de la bureaucratie hospitalière. Le Dr Cicely Saunders en Angleterre, le Dr Elizabeth Kübler-Ross aux États-Unis et le Dr Balfour Mount de l'hôpital Royal Victoria à Montréal créent des services de soins palliatifs ou des « hospices » qui se spécialisent dans les soins pour les malades en phase terminale. Le St Christopher's Hospice en Angleterre, mis sur pied par le Dr Saunders, est une unité indépendante de 62 lits.

De nos jours, on trouve surtout de petites unités installées en milieu hospitalier. Elles sont souvent liées à des services communautaires à domicile, car si les soins palliatifs sont d'abord conçus pour humaniser la mort à l'hôpital, on y met de plus en plus l'accent sur les soins de nature communautaire et le recours à des bénévoles non professionnels. Ces services ont comme objectif de fournir des soins de haute qualité, en mettant l'accent sur le soulagement de la douleur, et d'apporter un soutien émotionnel aux mourants tout en se préoccupant des parents et des autres personnes proches des patients. Certains programmes offrent aussi le counselling et le soutien au personnel.

Les « hospices », dont certains sont intégrés aux hôpitaux, et les programmes de soins palliatifs, qui aident les mourants et ceux qui s'en occupent, se développent rapidement au Canada. Alors qu'en 1981 une enquête de la Palliative Care Foundation dénombre 109 groupes, organisations, programmes ou centres de soins palliatifs au Canada, le Canadian Palliative Care Directory (1992) en recense 350, dont la moitié ne font pas appel à des médecins.

La recherche et l'enseignement sur la mort

Tous deux progressent nettement en Amérique du Nord, particulièrement du point de vue des sciences sociales et des soins de santé, peut-être parce que la science et la technologie nous permettent d'exercer une meilleure emprise sur le moment de la mort. Mais ils font face maintenant à un dilemme : celui de déterminer jusqu'à quel point et avec quels moyens la mort devrait être accélérée ou repoussée (voir DÉONTOLOGIE MÉDICALE). Lors de l'inauguration d'un cours sur la mort à l'U. de Calgary en 1969, il n'y en a qu'environ une demi-douzaine dans le monde. Des cours de psychologie de la mort apparaissent à peu près à cette époque à l'U de Guelph et à l'U. York, et une revue canadienne, Essence: Issues in the Study of Aging, Dying and Death, paraît entre 1977 et 1982. Les principales revues internationales, Omega et Death Studies, datent de 1969 et 1977. Aujourd'hui, des centaines de cours et des dizaines de manuels traitent de divers aspects comme les changements intervenus dans les causes de la mort, l'aide clinique pour les mourants et les familles en deuil, les répercussions psychologiques et sociales de la mort, les questions éthiques comme l'euthanasie et les décisions cliniques, de même que les questions philosophiques et littéraires. Une conférence annuelle sur « La mort, l'agonie et le deuil » se tient au King's College de l'U. of Western Ontario depuis 1982. Cet intérêt croissant est stimulé par la pandémie du SIDA, la conscience du vieillissement de la population et le fait que la plupart de ceux qui meurent sont âgés.

La peur de la mort

Elle est présentement l'objet de recherches psychologiques et sociologiques poussées. L'anticipation de leur propre mort entraîne apparemment des processus préparatoires par lesquels les gens essaient de mettre leurs affaires en ordre et de donner un sens à leur mort prochaine et à leur vie. La peur et d'autres attitudes face à la mort semblent varier suivant l'âge (c'est-à-dire ce qu'on prévoit comme années restant à vivre), l'éducation et le système de croyances. La peur de la mort peut être transcendée par un sens de la continuité, par exemple, par la biologie, par des travaux qui survivront à leur créateur, par la croyance en une relation profonde avec la nature, etc.

Les psychologues croient que la compassion, l'honnêteté et le réconfort aident les personnes gravement malades à s'adapter à l'approche de la mort. Les mourants sont souvent abandonnés psychologiquement par la famille, les amis et les médecins. Le Dr Kübler-Ross soutient que la détresse psychologique est moindre si le malade n'est pas seul et est capable d'exprimer ses sentiments et préoccupations. Toutefois, sa théorie selon laquelle les patients mourants passent par cinq phases d'ajustement après avoir appris leur condition, bien que partagée par plusieurs praticiens de la santé, est rejetée par la plupart des chercheurs reconnus du domaine. Le deuil est maintenant perçu comme une réaction psychologique et physiologique normale à la mort. La peine peut se traduire par la douleur somatique, la culpabilité, l'hostilité, des changements de comportement, etc. Dans les sociétés occidentales, les individus, après le choc initial, sont habituellement laissés seuls avec leur chagrin, et il n'y a pas de preuve concluante que la foi religieuse aide à alléger le deuil.

Le nouveau caractère de la mort est associé aux changements dans la façon dont elle est vécue. Habituellement, elle suit une longue maladie chronique et survient tard dans la vie. Dans la société canadienne moderne, elle reste cachée à bien des égards, spécialement des jeunes, étant donné que peu de personnes meurent à la maison. Le rituel traditionnel soulignant sa venue change aussi. Les vêtements de deuil sont maintenant rares au Canada, sauf parmi certaines communautés ethniques, et les PRATIQUES FUNÉRAIRES accordent peu de place au décorum, souvent en conformité avec les désirs et les arrangements préalables du défunt.


Lecture supplémentaire

  • C. Charmaz, The Social Reality of Death (1980); Donna Dickenson and Malcolm Johnson, eds, Death, Dying and Bereavement (1993); J. Fruehling, ed, Sourcebook on Death and Dying (1982); Michael C. Kearl, Endings: A Sociology of Death and Dying (1989); R. Kastenbaum and R. Aisenberg, The Psychology of Death (1972); Victor W. Marshall, Last Chapters (1980) .