Mouvement coopératif

Les coopératives d'achat apparaissent en Amérique du Nord britannique vers 1840, quand des ouvriers britanniques tentent en vain de fonder des magasins semblables à ceux de la Grande-Bretagne. Le premier magasin permanent, ou la première société, s'organise en 1861 à Stellarton, en Nouvelle-Écosse.

Desjardins, Alphonse
En servant la cause de la coopération, l'objectif d'Alphonse Desjardins est de combattre l'usure, d'améliorer le sort de la classe ouvri\u00e8re et d'apporter la libération économique aux Canadiens fran\u00e7ais (avec la permission de La Société historique Alphonse Desjardins).

Mouvement coopératif

 Mouvement social et économique né en Europe en réaction à l'industrialisation du début du XIXe siècle. Dans une organisation coopérative, l'entreprise appartient aux membres, qui l'administrent et se partagent les profits, conformément aux principes définis en 1844 par les coopérateurs de Rochdale, en Angleterre. Les plus importants principes sont les suivants : un membre n'a droit qu'à un vote, peu importe sa mise de fonds ; tout le monde peut être membre ; les bénéfices ou profits sont distribués aux membres selon leur degré de participation ; enfin, les coopératives doivent favoriser des activités éducatives pour leurs membres.

Les coopératives d'achat apparaissent en Amérique du Nord britannique vers 1840, quand des ouvriers britanniques tentent en vain de fonder des magasins semblables à ceux de la Grande-Bretagne. Le premier magasin permanent, ou la première société, s'organise en 1861 à Stellarton, en Nouvelle-Écosse. D'autres suivent rapidement dans des régions industrielles du Cap-Breton jusqu'à Victoria. Vers 1880, une autre série de magasins naît avec les CHEVALIERS DU TRAVAIL, premières unions ouvrières. La plupart ferment bientôt leurs portes, victimes de la crise, d'erreurs administratives ou de l'indifférence des membres. Un certain nombre de coopératives de producteurs, ou de coassociations ouvrières, sont également fondées, mais toutes font rapidement faillite. Au XXe siècle, plusieurs syndicats ouvriers soutiennent des coopératives d'habitation ouvrières, mais manifestent en fait plus d'intérêt pour les questions de salaires et de conditions de travail ou pour la politique.

De plus, les principes coopératifs sont vite appliqués aux expériences communautaires. Pendant la colonisation du Canada, de nombreuses communautés utopiques s'établissent, mais la plupart, comme celle de la communauté Owenite fondée en 1813 dans le comté de Lambton, dans le Haut-Canada, et la plus récente, celle du CANNINGTON MANOR, en Saskatchewan, ne durent pas longtemps. D'autres, comme les COLONS DE BARR à Lloydminster, sur la frontière de l'Alberta et de la Saskatchewan, ont survécu, mais aux dépens des idéaux coopératifs.

Les fermiers forment le premier groupe canadien à organiser des coopératives avec succès. Entre 1860 et 1900, en Ontario, au Québec et au Canada atlantique, ils fondent plus de l200 fromageries et crémeries qui répondent aux besoins de l'INDUSTRIE LAITIÈRE, alors en pleine expansion. On organise des mutuelles d'assurances qui fournissent à peu de frais protection contre incendie, grêle et gelée hâtive. Les fermiers des Prairies, dirigés par E.A. PARTRIDGE, créent la Grain Growers' Grain Co. en 1906 et vendent directement aux minotiers et aux acheteurs européens. En 1911, les fermiers de la Saskatchewan organisent, avec l'aide du gouvernement provincial, la Saskatchewan Co-operative Elevator Co. Deux ans plus tard, ceux de l'Alberta s'associent et forment l'Alberta Farmers' Co-operative Elevator Co. Avant 1914, plusieurs autres groupes de fermiers canadiens, producteurs de fruits, de tabac et éleveurs de bétail, se regroupent pour la vente et l'achat de matériel.

 Entre-temps, ouvriers et fermiers des régions industrielles mettent sur pied des magasins coopératifs. Quelques-uns, d'Ontario et de Nouvelle-Écosse, se réunissent à Hamilton (1909) et fondent la Co-operative Union of Canada, organisme national et institution éducative. Au Québec, en 1900, Alphonse DESJARDINS fonde la première CAISSE POPULAIRE, société coopérative d'épargne et de crédit.

Pendant la Première Guerre mondiale, les sociétés coopératives connaissent un sérieux essor parce qu'un plus grand nombre de fermiers s'intéressent à la commercialisation, parce que les consommateurs recherchent des produits à moindre prix en cette période d'inflation et que les Canadiens à court d'argent cherchent des moyens coopératifs d'épargne et crédit. Les coopératives de fermiers croissent rapidement, surtout si elles sont polyvalentes, comme la Coopérative fédérée (fondée en 1910 au Québec) et la United Farmers' Co-operative (fondée en 1914 en Ontario).

Vers 1919, un nombre croissant de fermiers veut maîtriser davantage la mise en marché de leurs produits. Ils sont attirés par le « groupement coopératif », système par lequel les membres s'engagent par contrat à vendre toute leur production par l'intermédiaire de leur coopérative, laquelle leur verse en retour des ristournes basées sur la qualité du produit fourni. En 1923 et 1924, les producteurs de céréales des Prairies créent des groupes de blé basés sur ces principes. D'autres s'associent à des groupements semblables, le plus souvent sur le plan provincial.

Les magasins coopératifs ne se développent pas aussi vite que les coopératives commerciales. Pour s'assurer un approvisionnement au coût le moins élevé, entreprendre la fabrication de leurs propres produits et fournir l'aide aux magasins en difficulté, les coopératives d'Alberta, de Saskatchewan et du Manitoba adoptent la vente en gros. C'est une étape importante dans la création d'un système coopératif intégré dans l'Ouest.

Pendant la CRISE DES ANNÉES 30, plusieurs coopératives ferment leurs portes. Les groupes de blé ne survivent que grâce à l'aide financière des gouvernements provinciaux et fédéraux. Cependant, dans l'ensemble, le mouvement lui-même prend de la vigueur. Les coopératives qui subsistent accordent plus d'attention à leurs membres et aux programmes éducatifs. La presse coopérative se développe, avec le Canadian Co-operator, le UFA, le Western Producer et de nombreux bulletins. Plusieurs coopératives, dont les groupes de blé, engagent des organisateurs pour favoriser la création de coopératives de toutes sortes. Le département d'éducation permanente de l'UNIVERSITÉ ST. FRANCIS XAVIER d'Antigonish, en Nouvelle-Écosse, innove dans ce sens. Le MOUVEMENT D'ANTIGONISH fait preuve d'efficacité en organisant des cercles d'étude d'où naissent les COOPÉRATIVES DE CRÉDIT, les coopératives d'habitation et de pêcheurs et les magasins coopératifs. Dans les années 30, d'autres formes de coopératives voient le jour, soit des coopératives d'artisanat du Canada atlantique, de pêcheurs en mer et en eau douce sur les deux côtes et sur les rives des lacs, de loisirs, de santé, les ciné-clubs coopératifs, une coopérative pétrolière, et même de matériel agricole créée par les fermiers des Prairies.

Pendant les années 40, la prospérité du temps de guerre et d'après-guerre permet au mouvement coopératif d'élargir son pouvoir et son influence. Le secteur financier coopératif acquiert des dimensions significatives quand des compagnies d'assurance et des SOCIÉTÉS DE FIDUCIE sont mises sur pied, au Québec, en Ontario et en Saskatchewan à la fin des années 40 et au début des années 50. Les magasins de gros entrent en opération, et l'influence des coopératives commerciales grandit régulièrement.

Depuis les années 50, le mouvement coopératif ne cesse de se répandre. Aujourd'hui, formé d'organisations apparentées, il a une influence prépondérante dans les domaines de l'agriculture, de la finance, de l'assurance, de la pêche, du commerce de détail et dans l'industrie de la construction. Les coopératives de mise en marché des produits laitiers et des céréales dominent, celles qui favorisent la vente au détail jouent quant à elles un rôle significatif dans les Prairies et dans les provinces de l'Atlantique. Depuis 1975 environ, les coopératives québécoises sont particulièrement importantes, elles constituent des forces puissantes dans l'économie et jouent un rôle capital dans l'avenir de la province.

Malgré ces réussites, les coopératives font face à plusieurs problèmes à la fin des années 80. Comme elles tirent leurs forces des régions rurales, le déclin de cette population se traduira éventuellement par un appui plus faible. Les grandes coopératives baissent aussi en nombre. Au cours de leur développement, il leur est difficile de maintenir, chez leurs membres, le sens de la propriété et le degré d'engagement, caractéristiques des plus petites coopératives. Le défi que relèvent les coopérateurs est peut-être plus important encore : ils doivent en effet choisir entre créer un système économique original, fonctionnant d'après des principes et des objectifs différents de ceux de l'entreprise privée ou publique et simplement posséder des sociétés fonctionnant à l'intérieur des aires limitées dont elles se sont dégagées pour des raisons sociales et historiques.


Lecture supplémentaire

  • Ian MacPherson, Each For All (1979).

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