Paul Bruchési

Louis-Joseph-Paul Napoléon Bruchési, prêtre catholique et archevêque de Montréal de 1897 à 1939 (né le 29 octobre 1855 à Montréal, Québec ; décédé le 20 septembre 1939 à Montréal). Paul Bruchési a activement soutenu l’implication de l’Église en matière d’éducation, de santé et de bien-être, et contribué à la création de nombreuses institutions de premier plan dans ces domaines. Il s’est également engagé dans une foule de questions publiques de l’époque, adoptant souvent une approche conviviale avec les politiciens et les autres prélats. En 1919, il a commencé à souffrir d’une mystérieuse maladie qui, à partir de 1921, l’affaiblit énormément jusqu’à sa mort en 1939.

Jeunesse et éducation

Paul Bruchési naît le 29 octobre 1855 de l’union de Paul-Dominique Bruchési, marchand d’origine italienne, et de Marie-Caroline Aubry. Comme beaucoup de jeunes garçons dans la plus grande ville du Québec, Paul Bruchési fréquente une école primaire dirigée par les Frères des écoles chrétiennes. Il poursuit ensuite ses études classiques au Petit Séminaire de Montréal des Pères sulpiciens (maintenant appelé le Collège de Montréal) de 1867 à 1874. Par la suite, il voyage en Europe et étudie la philosophie, la théologie et le droit canonique dans plusieurs institutions importantes de Paris et de Rome. Le 21 décembre 1878, à seulement 23 ans, il est ordonné prêtre.

Début de carrière

Après son ordination, Paul Bruchési retourne à Montréal et assume différents mandats. Il est secrétaire de l’archevêque de Montréal, Édouard-Charles Fabre (1879) ; professeur de dogme à la Faculté de théologie de l’Université Laval à Québec (1880-1884) ; vicaire de la paroisse (curé) de Saint-Joseph et de Sainte-Brigide à Montréal (1885-1887) ; président de l’Apologétique chrétienne au campus de Montréal à Laval (1887) et directeur et éditeur du magazine diocésain La Semaine religieuse (1887-1897). Après être nommé chanoine titulaire de la cathédrale en 1891, Paul Bruchési occupe des rôles de plus en plus importants et publics. Par exemple, il est nommé supérieur ecclésiastique des Sœurs de Sainte-Anne (1891-1920), commissaire consultatif de l’exposition québécoise à l’Exposition universelle de Chicago (1893) et président de la Commission des écoles catholiques de Montréal (1894-1897).

Activités à titre d’archevêque

Le pape Léon XIII nomme Paul Bruchési archevêque de Montréal le 25 juin 1897. En vertu de ce nouveau titre religieux, Paul Bruchési supervise un vaste réseau de communautés religieuses, de prêtres, d’églises et de paroisses. En tant qu’archevêque, il soutient plusieurs initiatives clés, dont beaucoup s’appuient sur sa relation étroite avec le nombre croissant de congrégations religieuses dans le diocèse. Dans le domaine de la santé, il participe à la création de l’Hôpital du Sacré-Cœur en 1898 et, en 1907, de l’Hôpital Sainte-Justine, premier hôpital pédiatrique canadien-français de la province (voir Justine Lacoste-Beaubien et Irma Le Vasseur). Il contribue également à la création de l’Institut Bruchési en 1911, une organisation visant à contrer la tuberculose, une préoccupation croissante dans la ville industrialisée. Paul Bruchési soutient également la viabilité des organisations de protection sociale et de lutte contre la pauvreté, y compris la Société de Saint-Vincent-de-Paul.

Institut Bruchési
L'Institut Bruchési est spécialisé dans le traitement de la tuberculose, est situé sur la rue Rachel à Montréal.
Hôpital Sainte-Justine
Deux enfants sont couchés sur des lits de l'hôpital Sainte-Justine à Montréal. Deux religieux se tiennent à leur côté, 1945.
Membres de la Fédération nationale Saint-Jean-Baptiste
Au centre, les fondatrices Marie Gérin-Lajoie et Caroline Béïque.\r\n
Premier conseil d
De gauche à droite. Haut : Caroline Dessaulles-Béique, Lady Jetté, Marie Lacoste Gérin-Lajoie. Milieu : Marie-Louise Globensky (Lady Lacoste), Marguerite Thibaudeau, Mme Arthur Gagnon, Mme Henry Hamilton. Bas : Anne-Marie Huguenin (Madeleine), Mme Leman, Victoria Cartier, Robertine Barry.

Sous la direction de Paul Bruchési, plusieurs organisations et institutions importantes sont fondées. En 1903, Paul Bruchési soutient la création de l’Association catholique de la jeunesse canadienne-française (ACJC), un groupe de fervents partisans de la protection de l’identité et des intérêts canadiens-français et catholiques (voir Lionel Groulx). L’année suivante, le frère André fonde l’oratoire Saint-Joseph. En 1907, Paul Bruchési appuie la formation de la Fédération nationale Saint-Jean-Baptiste, une organisation de femmes catholiques qui joue un rôle important dans la défense des droits de la femme au Québec. Finalement, en 1919, il joue un rôle clé dans l’obtention d’une plus grande autonomie pour le campus de Montréal de l’Université Laval (rebaptisé l’Université de Montréal en 1920).

Congr\u00e8s eucharistique international, Montréal, 1910
Le cardinal Vannutelli bénissant les quelque 20 000 enfants venus le saluer lors du Congr\u00e8s eucharistique international de 1910. \u00c0 sa gauche, le cardinal Logue, et \u00e0 sa droite, Mgr Bruchési. Le cardinal Vannutelli bénissant les quelque 20 000 enfants venus le saluer lors du Congr\u00e8s eucharistique international de 1910.

Le point culminant de l’épiscopat de Paul Bruchési survient en septembre 1910, lorsque l’archidiocèse accueille le Congrès eucharistique international, une célébration énorme et festive de la foi catholique. L’événement amène à Montréal des milliers de dignitaires de l’Église, et la ville est ornée de drapeaux et de draperies de toutes sortes rappelant à tous les visiteurs que la métropole est fièrement catholique. La convention comprend des défilés, des réunions, des conférences, des discours et une grande messe en plein air au parc Jeanne-Mance. Le congrès culmine avec un cortège d’environ 100 000 personnes, et attire une foule d’environ 700 000 à 800 000 personnes.

Questions clés et controverses

L’archevêque Bruchési s’engage dans une grande variété de questions sociales, économiques, politiques, linguistiques et éducatives tout au long de son épiscopat, et dans le processus s’empêtre dans une controverse.

Sur la question du travail, il soutient la Doctrine sociale de l’Église catholique et son accent sur les droits des travailleurs au milieu de l’exploitation et de l’inégalité capitalistes, participant même à la réunion inaugurale des Semaines sociales du Canada. Cependant, il craint aussi que les travailleurs se tournent vers le socialisme athée et tente ainsi de les détourner des organisations syndicales et des mouvements politiques affiliés à la communauté internationale au profit des syndicats affiliés à l’Église.

En ce qui concerne la moralité et les codes de conduite acceptables, Paul Bruchési essaie d’imposer et de sauvegarder sa compréhension de ce qui est juste et décent. En 1906, par exemple, il appuie la tentative du gouvernement fédéral d’adopter la Loi sur le dimanche. Cette loi, qui figure dans la législation jusqu’à l’affaire Big M Drug Mart de 1985, limite les transactions commerciales et de nombreuses activités sociales le dimanche. De plus, à travers diverses formes de censure, Paul Bruchési tente de restreindre l’accès au cinéma, à la littérature et au théâtre qu’il considère comme non chrétiens. Il pense que les journaux doivent être indépendamment catholiques et interdit à ses lecteurs de lire ce qu’il considère comme une presse anticléricale, contribuant ainsi à la disparition de plusieurs journaux. Enfin, il soutient avec ferveur le décret pontifical Ne temere de 1907 qui, entre autres règles, souligne qu’un mariage impliquant au moins un catholique est nul s’il n’est pas célébré par un prêtre catholique.

Wilfrid Laurier, 1891

La cordialité légendaire de Paul Bruchési lorsqu’il se retrouve au milieu d’un conflit est visible dans l’atmosphère tendue de la question des écoles du Manitoba. En 1897, il correspond avec le pape Léon XIII, exhortant le Vatican à intervenir dans cet enjeu. Bruchési soutient que l’éducation catholique est cruciale pour favoriser une société vertueuse et civilisée, mais conseille un ton restreint dans les négociations. Son conseil aide le souverain pontife à élaborer une prudente encyclique intitulée Affari vos, qui contribue à la résolution de la crise. Le premier ministreWilfrid Laurier est séduit par l’approche diplomatique de Paul Bruchési, suscitant une admiration mutuelle. Plus d’une décennie plus tard, Paul Bruchési adopte une approche similaire en réponse au Règlement 17 et à la question subséquente sur les écoles bilingues (voir Question sur les écoles de l’Ontario). Sa position mesurée contraste nettement avec l’indignation corrosive des nationalistes québécois et des dirigeants franco-ontariens.

\u00c9va Circé-C\u00f4té

Plus près de chez lui, Paul Bruchési se sent plus à l’aise d’exprimer des opinions fortes sur les questions de l’éducation. Dès le départ, il s’oppose avec véhémence à l’éducation obligatoire ainsi qu’à toute intervention gouvernementale qui minerait la domination de l’Église sur le système d’éducation québécois. En 1898 et de nouveau en 1905, il use de son influence politique pour bloquer les propositions qui auraient pu rétablir un ministère de l’instruction publique laïque. Paul Bruchési soutient des institutions dirigées par des ordres religieux ainsi que le droit de l’Église de choisir les manuels, de former les enseignants et de concevoir les programmes d’études. En 1908, il soutient l’ouverture du Ladies’ College de la Congrégation de Notre-Dame tout en contrecarrant les plans de la militante pour les droits des femmes et de l’éducation Éva Circé-Côté et sa collègue, Georgina Bélanger Gill, d’ouvrir un collège classique laïque pour filles (voir Femmes et éducation).

 Henri Bourassa
fondateur du journal \u00ab le devoir \u00bb et opposant à l'action militaire canadienne à l'étranger, bourassa stimule la croissance d'un nationalisme vigoureux au québec (avec la permission de bibliothèque et archives canada/c-27360 /coll. henri bourassa).

Paul Bruchési appuie la participation du Canada à la Première Guerre mondiale. Il souligne que l’enrôlement des Canadiens français est une façon de remercier les Britanniques d’avoir protégé leurs droits religieux et linguistique. Ce faisant, il se fait un ennemi d’Henri Bourassa et de nombreux autres nationalistes canadiens-français. Pourtant, son soutien à la participation militaire n’est pas absolu. En accord avec la plupart des Québécois, Paul Bruchési ne soutient pas la conscription. Lorsque le gouvernement d’union de Robert Borden adopte la Loi sur le service militaire en août 1917, la seule concession que Paul Bruchési obtient est une exemption pour les membres du clergé.

Décès et héritage

En 1919, Paul Bruchési est admis à l’Hôpital Hôtel-Dieu en raison d’une maladie non identifiée. Son état continue de se détériorer et, en 1921, il est si faible qu’il n’est plus en mesure d’exercer ses fonctions. L’évêque auxiliaire, Georges Gauthier, est nommé administrateur apostolique en 1921 puis archevêque coadjuteur en avril 1923, un poste de supervision des opérations spirituelles et administratives du diocèse qu’il occupe jusqu’à la mort de Paul Bruchési en 1939, à l’âge de 83 ans.

Paul Bruchési laisse un héritage durable tant dans la ville que dans l’archidiocèse de Montréal. Il orchestre en effet un développement institutionnel des hôpitaux, des écoles et des organisations sociales et religieuses sans précédent dans la ville. Administrateur compétent, il crée 63 nouvelles paroisses durant son épiscopat et, en 1904, organise le détachement du diocèse de Joliette de l’archidiocèse de Montréal. En plus d’encadrer environ un demi-million de catholiques, des douzaines de communautés religieuses et des centaines de prêtres, il s’implique dans nombre des débats publics les plus importants de son époque. Dans les affaires de l’Église, il cherche une adhésion ferme à la foi, tandis que pour les sujets hors de sa compétence, il est plus disposé à favoriser des relations constructives avec les fonctionnaires.