Julien, Pauline

Pauline Julien. Auteure-compositrice interprète, actrice (Trois-Rivières, Québec, 23 mai 1928 - Montréal, 1er octobre 1998). Aux environs 1947 à 1951, elle joue à Québec avec les Comédiens de la Nef et à Montréal avec la Compagnie du Masque. En 1950, elle épouse l'acteur Jacques Galipeau.

Julien, Pauline

Pauline Julien. Auteure-compositrice interprète, actrice (Trois-Rivières, Québec, 23 mai 1928 - Montréal, 1er octobre 1998). Aux environs 1947 à 1951, elle joue à Québec avec les Comédiens de la Nef et à Montréal avec la Compagnie du Masque. En 1950, elle épouse l'acteur Jacques Galipeau. En 1952, elle se rend à Paris, où elle étudie l'art dramatique. Sa fille, Pascale, naît cette année-là et son fils, Nicolas, voit le jour en 1955. Elle commence à chanter vers 1954 dans des productions parisiennes, puis, avec un répertoire de chansons de Kurt Weill, Bertolt Brecht, Léo Ferré et Boris Vian, elle se produit dans des boîtes parisiennes de la Rive Gauche ainsi qu'à la radio et à la télévision françaises. À partir de 1957, alors qu'elle se sépare de Galipeau, et jusqu'en 1961, elle poursuit sa carrière à Montréal (où elle fait ses débuts au cabaret Au Saint-Germain-des-Prés) et à Paris. Elle assume le rôle de Jenny dans L'Opéra de Quat'sous, de Weill et Brecht, présenté en 1961-1962 au Théâtre du Nouveau-Monde à Montréal. À son répertoire de chansons de Weill et Brecht (qu'elle fait connaître au Québec), elle ajoute des chansons de Raymond Lévesque et de Gilles Vigneault. Elle enregistre son premier 33-tours, Enfin... Pauline Julien, en 1962, et un deuxième, Pauline Julien, en 1963. Ces disques, de même que des récitals qu'elle donne aux côtés de Claude Gauthier et de Claude Léveillée, en plus de quelques passages à la télévision en 1963, font bientôt d'elle une chanteuse populaire et recherchée. En 1964, elle représente la SRC au Festival international de la chanson à Sopot, en Pologne. Elle y remporte le deuxième prix (avec la chanson Jack Monoloy, de Gilles Vigneault) puis effectue une tournée dans ce pays.

Le succès de Julien grandit aussi bien au Québec qu'en Europe, tout comme au Canada anglais. Elle se produit régulièrement dans les plus grandes salles de la province (la Comédie-Canadienne, la Place des Arts, le Patriote, le Grand Théâtre de Québec, etc.) et dans les grandes villes européennes, surtout à Paris, au Théâtre de l'Est parisien, Bobino, l'Olympia, au Théâtre de la Ville, au Théâtre de la Renaissance, etc. En 1965-1966, elle anime l'émission télévisée de la SRC Mon pays, mes chansons. En 1967, elle fait une tournée en Union soviétique (elle y retourne en 1975) et représente le Québec au Primera Festival de la Cancion Popular, à Cuba. Elle chante à Toronto en 1964 et 1968.

À la fin des années 1960 et au début des années 1970, le répertoire de Julien se compose presque exclusivement de chansons d'auteurs québécois. Elle commence à écrire les textes de quelques-unes de ses chansons en 1968. Au cours des 10 années suivantes, la musique de ses chansons est composée par Jacques Crevier, François Dompierre, Claude Dubois, Jacques Perron, Michel Robidoux, Stéphane Venne, Robert Léger, Pierre Flynn, Gerry Boulet, Gaston Brisson, François Cousineau et Jacques Marchand, les trois derniers étant ses directeurs musicaux à un moment ou à un autre. Elle compose également des chansons sur des paroles de Michel Tremblay.

À cette époque, Julien se produit au Festival de folklore Mariposa de 1971, en tournée en Ontario (1972), à Camp Fortune (près d'Ottawa, 1973), au Centre national des arts (1971, 1972 et 1974). Comme actrice, Pauline Julien joue dans les films québécois La terre à boire et Fabienne sans son Jules (1964), The Trial of the Swordfish (1969), Bulldozer (1971), Pleure donc pas Germaine (1972) et La mort d'un bûcheron (1973).

Sans délaisser sa participation active à la cause de l'indépendance politique du Québec (elle décline une invitation à chanter devant la reine Élisabeth II, à Charlottetown, en 1964, et est détenue, pendant la Crise d'octobre 1970), celle que les journalistes ont surnommé « la passionaria du Québec » embrasse la cause féministe à partir du milieu des années 1970. Après avoir créé la chanson « La Moitié du monde est une femme » (écrite en collaboration avec Marchand) en 1975, elle participe, à Toronto, à l'émission télévisée de la SRC « Three Women » aux côtés de Maureen Forrester et de Sylvia Tyson. Julien remporte un grand succès au Québec et en Europe avec son spectacle et son disque Femmes de paroles en 1977-1978.

Elle revient au répertoire Weill-Brecht au milieu des années 1970, et en 1978, elle chante le rôle d'Anna (dansé par Sylvie Kinal-Chevalier) lors de la création au CNA du ballet Les Sept péchés capitaux de Weill, chorégraphie de Fernand Nault. Elle enregistre aussi l'œuvre sur un 33-tours Kébec-Disc (KD-977). Pendant cette période, Julien se produit aussi à Edmonton, Calgary et Vancouver (1976), au Festival du printemps de Guelph(1977) et au Festival des Nations tenu au Glenson College, à Toronto (1978). En 1981, elle entreprend une tournée dans l'Ouest canadien.

Au début des années 1980, Pauline Julien fait une tournée par année en France et au Québec. Le 33-tours Charade (1982) inclut deux de ses grands succès, « L'Âme à la tendresse » et « Mammy ». En 1985, avec Où peut-on vous toucher ?, elle fait une tournée en Algérie, en France (au Théâtre de Paris), en Belgique, en Suisse, au Luxembourg, en Italie et au Québec (au Club soda de Montréal). Le 33-tours du même nom contient, entre autres, des textes de Suzanne Jacob, de Luc Plamondon et d'Anne Sylvestre. En 1985, elle passe deux mois et demi au Népal dont elle tire un livre, L'Échappée belle, Népal (Montréal 1985), écrit en collaboration avec Denise Hébert. C'est alors qu'elle annonce qu'elle ne remonterait plus seule sur scène, mais elle ne refuse pas nécessairement les productions en collaboration. En 1987, elle crée « Gémeaux croisés » avec Anne Sylvestre, qui a débuté à Paris avec elle, à l'Espace GO de Montréal, avant de partir pour l'Europe pour ensuite revenir au Spectrum de Montréal en 1990. Cette même année, avec la comédienne Hélène Loiselle, elle fait un récital de poésie québécoise, « Voix parallèles », au Café de la PDA et au Petit Champlain de Québec. Pendant cette période, Pauline Julien ne cesse de jouer au théâtre, notamment dans Grandeur et décadence de la ville de Mahogonny de Brecht-Weill (1984), Rivages à l'abandon de Heiner Müller (1990) et La Maison cassée de Victor Lévy Beaulieu (1991). Avec son mari, le poète Gérald Godin (1938-1994), ministre de la Culture sous le Parti québécois qu'elle commence à fréquenter en 1961 et qu'elle épouse en 1990, elle est le sujet d'un film de l'Office national du film, Québec, un peu, beaucoup, passionnément, diffusé à la SRC et sur le réseau PBS des États-Unis. Activiste, Julien participe également à des rassemblements politiques.

Durant ses dix dernières années, Julien se produit toujours sur scène, notamment dans Les Muses au muséeau Musée d'art contemporain, en 1992. En 1993, elle se rend au Burkina Faso avec un organisme d'aide humanitaire, le Centre d'étude et de coopération internationale. Le magazine Châtelaine publie certaines des lettres que Julien envoie chez elle de l'Afrique, dans son édition de juillet 1993. Par la suite, elle visite le Rwanda en 1994. Ses dernières années la voient atteinte d'aphasie dégénérative; sa parole s'en trouve affectée et elle subit une paralysie partielle.

Julien est une chanteuse réputée pour sa puissance d'expression et sa sensibilité à fleur de peau, une qualité qu'elle emprunte autant à la musique qu'au théâtre. Jean Gascon observait dans La Patrie (8 juillet 1964) : « Pauline Julien c'est un curieux mélange de force et de fragilité, d'assurance et d'insécurité, de jeunesse et de maturité, de savoir et d'instinct, de gavroche et de femme. Cette bipolarité la rend à la fois insaisissable et extrêmement attachante. Si j'avais à qualifier d'un seul adjectif son talent, c'est le mot envoûtant que je choisirais. » Parmi les prix remportés par Julien figurent deux Grands prix du disque de l'Académie Charles-Cros de Paris pour Suite québécoise (1970) et Où peut-on vous toucher ? (1985), ainsi que le Prix de musique Calixa-Lavallée 1974. En 1994, la France la déclare Chevalier des arts et des lettres et, en 1997, elle devient Chevalier de l'Ordre national du Québec. Le Centre des arts de la scène Pauline Julien de Montréal, consacré aux arts francophones, lui doit son nom.

Discographie

Enfin... Pauline Julien : 1962; Col FL-290.

Pauline Julien : 1963; Col FL-296.

Pauline Julien à la Comédie-Canadienne : 1964; Col FL-317.

Solidad et Barbarie (pour enfants) : v. 1964;? HFL-8002.

Pauline Julien chante Raymond Lévesque : Gamma GS-103.

Pauline Julien chante Boris Vian : Gamma GS-107.

Suite québécoise : 1970; Gamma GS-112.

Comme je crie, comme je chante... Pauline Julien chante Gilbert Langevin : v. 1970; Gamma GS-125.

Album souvenir Pauline Julien : 1971; ? LT-809.

Fragile : 1971; Zodiaque ZO-6900.

Les Grands succès de Pauline Julien (2 vol.) : 1971; Gamma G2-1001, G2-1014.

Au milieu de ma vie, peut-être à la veille de... : 1972; Zodiaque ZOX-6002.

Allez voir, vous avez des ailes : 1973; Zodiaque ZOX-6007.

Pour mon plaisir... Gilles Vigneault : 1973; Zodiaque ZOX-6014.

Licence complète : 1974; Zodiaque ZOX-6018.

Pauline Julien en scène : 1975; Deram XDEF-124.

Pauline Julien tout ou rien : 1976; Telson AE-1502.

Femmes de paroles : 1977; Kébec-Disc KD-935.

Mes amies d'filles : 1978; Kébec-Disc KD-949.

Les Sept péchés capitaux : 1979; Kébec-Disc KD-977.

Fleurs de peau : 1980; Kébec-Disc KD-995.

Je vous entends chanter : 1980; Kébec-Disc KD-507-509.

Charade : 1982; Kébec-Disc KD-535.

Où peut-on vous toucher ? : 1985; Auvidis AV-4464.

Voir aussi DISCOGRAPHIE de Chansonniers.

Bibliographie

Louis-Jean CLAVET, Pauline Julien (Paris 1974).

Raymond BERGERON, « Agressive, moi ? Grrr... Jamais! »Perspectives (24 juill. 1974).

Alain GUILBERT, « Enfin, Pauline Julien écrit », CompCan, 94 (oct. 1974).

Raymond BERGERON, « Pauline », Perspectives (6-12 janv. 1980).

Renée ROWAN, « Pauline Julien à fleur de peau », Le Devoir (Montréal, 20 sept. 1980).

Carole Vallières, « Pauline Julien : chanter le présent », Chansons d'aujourd'hui (mars-avril 1985).

Jean-Louis GAUTHIER, « Pauline Julien, attention fragile! », Châtelaine (nov. 1985).

Pauline JULIEN,Il fut un temps où l'on se voyait beaucoup, (Outremont, Québec, 1998).

Louise DESJARDINS, Pauline Julien : La vie à mort, biographie (Montreal, 1999).