Rawi Hage

Rawi Hage, romancier et photographe (Beyrouth, Liban, 1964). Rawi Hage grandit à Beyrouth et à Chypre à l'époque de la guerre civile du Liban et a une connaissance directe de la vie en zone de guerre.

Rawi Hage

Rawi Hage, romancier et photographe (Beyrouth, Liban, 1964). Rawi Hage grandit à Beyrouth et à Chypre à l'époque de la guerre civile du Liban et a une connaissance directe de la vie en zone de guerre. Il quitte le Liban en 1984 et vit, parfois dans des conditions très dures, à New York, où il étudie au New York Institute of Photography. Il immigre au Canada en 1991 et poursuit ses études au collège Dawson et à l'UNIVERSITÉ CONCORDIA tout en occupant des emplois de gardien de sécurité, de chauffeur de taxi et de photographe (il expose dans quelques pays, dont le Canada). Ses romans lui attirent de nombreux éloges pour leur représentation de la guerre, de l'exil et de ce que vit un immigrant.

Le premier roman de Hage, De Niro's Game (2006; trad. Parfum de poussière), est issu d'une nouvelle sur laquelle il travaille après avoir reçu une subvention du Conseil des arts et des lettres du Québec. « Je fuis cette terre et la laisse à ses démons », déclare Bassam, l'antihéros libanais de Parfum de poussière. Il passe une grande partie de son temps à planifier sa fuite, léthargique et étendu sur son lit en attendant la prochaine attaque avec indifférence. Il réussit finalement à quitter une Beyrouth déchirée par la guerre civile, ville de bombes et de sang, pour arriver à Paris, un centre pacifique de la civilisation européenne. Mais ce n'est que pour s'apercevoir que sa vie d'immigrant clandestin et les impératifs de son propre caractère, créé et nourri par un passé de violence, lui rendent la vie impossible dans cette ville. « Il n'y a pas de bombes qui tombent à Paris, réfléchit-il, Paris est une ville muette. » Le contraste est poignant avec le résumé souvent répété et presque incantatoire de la tragédie du Liban : « dix mille bombes étaient tombées sur Beyrouth ».

L'ami d'enfance de Bassam, son « frère », complice et auteur de nombreuses escapades téméraires, George, qu'il appelle « De Niro », lui est attaché par les liens de la famille, du tempérament et de l'intérêt pour Beyrouth. Progressivement, il devient de plus en plus embrigadé dans les traîtrises et les changements d'allégeance de diverses factions et milices illicites qui fleurissent dans le bouillon de la corruption, du chantage et du racket qu'entretient la guerre civile. Des systèmes de croyances antinomiques tendent les relations entre les deux hommes qui se terminent en trahison et en une confrontation inévitable, qui sera fatale pour l'un ou l'autre. Comme le titre du roman le suggère, le dénouement doit beaucoup à la scène la plus dramatique du film de Michael Cimino, The Deer Hunter (v.f. Voyage au bout de l'enfer), pour lequel l'auteur révèle l'admiration des miliciens libanais. Le roman est en lice pour le PRIX SCOTIABANK GILLERet pour le PRIX LITTÉRAIRE DU GOUVERNEUR GÉNÉRAL en 2006. Il remporte l'IMPAC Dublin Literary Award en 2008.

Le thème de l'aliénation est repris et élaboré dans le deuxième roman de Hage, Cockroach(2008; trad. Le cafard). Il est parfois perçu comme une espèce de suite dont le cadre serait le Canada. Son protagoniste, probablement originaire d'Iran, n'y est jamais nommé. Il vit en marge de la communauté d'immigrants de Montréal, dans la pauvreté : « Je maudissais l'avion qui m'avait amené dans cette terre ingrate, cette ville souffrant d'enneigement chronique. » Le dispositif qui donne sa forme au roman est fourni par les séances avec un psychothérapeute naïf que voit le personnage à la suite d'une tentative de suicide ratée. À partir d'une description détaillée de la situation du personnage central et de ses actions et idées très caractéristiques, entre autres ses désirs qui le transforment en cafard, le rythme du roman s'accélère et devient plus violent, car l'amante du protagoniste cherche à se venger d'un fonctionnaire qui l'a violée et torturée en Iran. Le roman est en lice pour le prix Scotiabank Giller et pour le prix littéraire du Gouverneur général en 2008.

La métaphore de l'insecte qui revient dans toute l'histoire inspire une comparaison facile entre Le cafard et La métamorphose de Kafka, un parallèle que réfute l'auteur. Quoique ses deux romans aient une dette indubitable envers des écrivains existentialistes tels que Kafka, Sartre et Camus - dans De Niro's Game, Bassam est vu en train de lire L'étranger à Paris - les influences de Hage constituent un mélange complexe qui témoigne de son patrimoine littéraire aussi bien oriental qu'occidental. Il n'est pas étonnant que Hage ait répété qu'il se voit comme citoyen du monde et écrivain cosmopolite. D'ailleurs, son style en est la preuve. Il est parfois qualifié d'hallucinatoire, mais c'est plutôt une imbrication de passages saccadés et agencés étroitement contenant un langage et des gestes parfois violents intercalés entre des sections descriptives envahies de métaphores enracinées dans la poésie perse. Bien qu'une telle langue soit parfois trop nébuleuse pour être efficace dans une œuvre de prose, son effet sur le lecteur peut souvent être aussi étonnant que révélateur.


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