​Robert Dickson

Robert Dickson, poète, traducteur (né le 23 juillet 1944 à Toronto, Ontario; décédé le 19 mars 2007 à Sudbury, Ontario). Ce poète franco-ontarien a grandement contribué à la renaissance artistique francophone de l’Ontario des années 1970.

Robert Dickson, poète, traducteur (né le 23 juillet 1944 à Toronto, Ontario; décédé le 19 mars 2007 à Sudbury, Ontario). Ce poète franco-ontarien a grandement contribué à la renaissance artistique francophone de l’Ontario des années 1970. Très actif dans la communauté francophone tout au long de sa carrière, principalement à Sudbury, il a reçu le Prix du Gouverneur général : poésie de langue française en 2002.

Carrière

Passionné du français, Robert Dickson enseigne la littérature, la traduction et la création littéraire pendant plus de 30 ans à l’Université Laurentienne, à Sudbury. Dans les années 1970, il crée avec son ami Pierre Germain les spectacles de la Cuisine de la poésie, des rencontres hybrides de poésie, musique et performance dont il est le principal animateur.

En tant que poète, il publie six recueils :Or«é»alité (1978), Une bonne trentaine (1978), Abris nocturnes (1986), Grand ciel bleu par ici (1997), Humains paysages en temps de paix relative (2002), qui lui vaut le Prix du Gouverneur général la même année, et Libertés provisoires (2005).

Il traduit également des ouvrages du français vers l’anglais afin de leur donner de la visibilité au Canada anglais. La pièce de théâtre Eddy (In the Ring dans sa version anglaise) de Jean-Marc Dalpé est une de ses traductions ayant le plus de rayonnement. Toujours proche des auteurs canadiens et admirant leurs œuvres, le poète traduit aussi Frog Moon, de Lola Lemire Tostevin, sous le titre Kaki (1997) et le roman Kiss of the Fur Queen, de l’auteur cri Tomson Highway, sous le titre Champion et Ooneemeetoo (2004).

Apport à la culture franco-ontarienne

Ce qui est fascinant chez Robert Dickson, c’est qu’en dépit de ses origines anglophones, il a choisi le français, la langue de la minorité. Né à Toronto, il se rend à Paris à l’âge de 22 ans et à la suite de ce voyage, sa langue seconde devient sa langue première. Il choisit de s’installer à Sudbury et rejoint la population francophone du Nord de l’Ontario.

Mentor pour plusieurs, il a entre autres eu une grande influence sur la poésie de Patrice Desbiens. Tout comme ce dernier, Dickson participe de nombreuses fois aux initiatives du Théâtre du Nouvel-Ontario.

Il collabore aussi à plusieurs films, dont Le Dernier des Franco-Ontariens de Jean-Marc Larivière, qui reçoit une mention spéciale au festival Hot Docs de Toronto et une nomination aux Prix Gémeaux en 1997.

C’est en 1978 qu’il publie son premier recueil, qui a un impact mesurable sur la culture franco-ontarienne alors en totale effervescence. L’ouvrage Une bonne trentaine publié aux éditions Porcupine’s Quill comprend notamment le poème « Au Nord de notre vie » que le groupe CANO met en musique et qui devient véritablement l’hymne du Nord de l’Ontario.

nous

têtus souterrains et solidaires

lâchons nos cris rauques et rocheux

aux quatre vents

de l’avenir possible

Toute comme le groupe CANO lui-même, ce poème et l’ensemble des œuvres de Robert Dickson à cette époque sont empreints d’un désir de s’exprimer et d’utiliser sa marginalité et sa différence (le fait francophone) comme un atout, une force. Abris nocturnes, publié en 1986, est un recueil de poèmes en hommage à André Paiement, membre fondateur du groupe CANO, qui s’est enlevé la vie en janvier 1978.

On dit de la poésie de Robert Dickson qu’elle est accessible et idéaliste, mais il s’en dégage aussi un certain nihilisme et un sentiment d’isolement.

tant de roches pour si peu de plage
tant de bateaux au quai
tant d’outardes sans billet aller-retour
tant de soins pour si peu de prévention
tant de fumée et si peu de feu
tant de mort en entrefilet
tant de coupables sans culpabilité
(tellement)

« Sudbury », Humains paysages en temps de paix relative

Les lieux où le poète a habité et voyagé y apparaissent – Sudbury, Ottawa, Québec – et l’isolement de la francophonie ontarienne par rapport à la population du Québec, le risque d’être avalé, tout y passe :

[L’Avenir est le nom d’un village au Québec]

l’avenir se trame dans nos tripes
le statu quo est un risque énorme
aller vers l’autre voyager vers soi

« Sudbury », Humains paysages en temps de paix relative

Ses derniers poèmes seront des commentaires sur l’errance, l’anonymat des grandes villes par rapport aux rumeurs des petites localités.

L’apport de Robert Dickson à la communauté francophone a été maintes fois reconnu et il a remporté de nombreux prix, notamment le Prix du Nouvel-Ontario en 1998 et le Prix du Centre de recherche en civilisation canadienne-française de l’Université d’Ottawa en 1999.

Toute sa vie, il s’est employé sans relâche à enrichir le paysage francophone du Nord de l’Ontario, participant à de nombreuse initiatives culturelles et siégeant à plusieurs comités (entre autres, le conseil d’administration et le comité d’édition des Éditions Prise de parole).