Ed Schreyer

Edward (« Ed ») Richard Schreyer, C.P., C.C., C.M.M., enseignant, homme politique, diplomate, premier ministre du Manitoba de 1969 à 1977, gouverneur général du Canada de 1979 à 1984 (né le 21 décembre 1935 à Beausejour, au Manitoba). Ed Schreyer est le premier néodémocrate à former un gouvernement au Canada. C’est aussi le premier Manitobain à devenir gouverneur général. À ce poste, il soutient avec ferveur le bilinguisme, l’environnement et l’égalité des chances entre les hommes et les femmes. Il s’efforce aussi de rendre Rideau Hall plus accessible aux Canadiens.

Thér\u00e8se Casgrain
Thér\u00e8se Casgrain, C.C., O.B.E., recevant des mains du gouverneur général Edward Schreyer, le Prix du Gouverneur général en commémoration de l'affaire \u00ab personne \u00bb, 17 octobre 1979

Jeunesse et formation

Ed Schreyer naît le 21 décembre 1935 à Beausejour, dans le sud du Manitoba. C’est l’un des six enfants de John et Elizabeth Schreyer (née Gottfried). Ed grandit sur la ferme familiale au lendemain de la crise des années 1930. Il poursuit sa scolarité à la petite école publique Cromwell, puis au Beausejour Collegiate.

Beausejour

Il fait partie des quelques rares élèves de cette communauté rurale qui vont suivre des cours à l’université. Il s’inscrit au United College et au St. John’s College à l’Université du Manitoba, où il obtient un baccalauréat en pédagogie en 1959. Il décroche également un baccalauréat en éducation en 1962, une maîtrise ès arts en relations internationales et une deuxième maîtrise en économie en 1963.

Durant ses études universitaires, Ed Schreyer revient à son ancienne école secondaire et enseigne au Beausejour Collegiate entre 1956 et 1967. Durant cette période, il enseigne également les relations internationales au St. Paul’s College et à l’Université du Manitoba entre 1962 et 1965.

Premiers pas en politique

À 18 ans, Ed Schreyer se joint à la Co-operative Commonwealth Federation (CCF), un organisme précurseur du Nouveau Parti démocratique (NPD). En 1957, il travaille en tant que directeur de campagne pour Jake Schulz, qui est élu député de la CCF pour le Manitoba lors des élections fédérales de cette année-là.

Trois ans plus tard, Ed Schreyer épouse Lily, la fille de Jake Schulz. Ils auront quatre enfants.

Ed Schreyer poursuit en parallèle sa carrière politique. En 1958, à 22 ans, il devient le plus jeune membre de l’Assemblée législative du Manitoba et représente à ce poste la circonscription rurale de Brokenhead, qui comprend le district d’où vient sa famille. Ed Schreyer siège pendant sept ans en tant que député de l’opposition, d’abord comme membre de la CCF puis comme membre du NPD.

À 29 ans, il entre dans l’arène fédérale et devient le député NPD pour la circonscription de Springfield à l’issue des élections fédérales de 1965. Il est réélu en 1968, cette fois comme député de Selkirk. Sa femme se remémore ainsi son passage à Ottawa : « Dès notre arrivée, Ed a senti qu’il n’aimait pas le coin. Nous ne sortions jamais […] Nos amis nous manquaient. Je pense que j’aurais pu m’adapter, mais Ed a gardé l’esprit d’un jeune villageois. »

Premier ministre provincial

En 1969, au beau milieu de son second mandat de député, Ed Schreyer se fait convaincre de revenir au Manitoba et de prendre la tête de la section provinciale du NPD. Il emporte facilement ce mandat et est immédiatement propulsé dans une campagne pour les élections provinciales déclenchées par les conservateurs qui gouvernent depuis déjà un moment.

Ed Schreyer est un homme politique convaincant aux yeux des électeurs manitobains à l’époque de la « trudeaumanie ». Tout comme le premier ministre Pierre Trudeau, il est jeune, énergique et emblématique d’une nouvelle génération de chefs. Il est également modéré sur le plan politique, malgré ses racines socialistes (certains dans son propre camp le considèrent comme trop conservateur). Il plaît aux électeurs citadins comme aux ruraux, et de nombreux libéraux du Manitoba lui accordent leur soutien. Ce contexte est suffisant pour porter Ed Schreyer au pouvoir et faire de lui, à l’âge de 34 ans, le plus jeune premier ministre de l’histoire du Manitoba. C’est aussi la première fois que le NPD accède à un gouvernement au Canada. Ed Schreyer gouverne au début avec une minorité de 28 sièges sur les 57 sièges de l’Assemblée législative. Il obtient vite une courte majorité lorsqu’un député libéral accepte de se joindre à son Cabinet.

Ed Schreyer et le NPD seront réélus en 1973 avec un gouvernement majoritaire de 31 sièges. Il reste finalement 100 mois au poste de premier ministre. Son administration est modérée, honnête et modérément progressiste. Elle adopte une série de lois exigeant une évaluation de l’impact sur l’environnement pour les grands projets de développement. Elle introduit également un système public d’assurance automobile et élimine les primes d’assurance maladie provinciale.

Lors des élections de 1977, le gouvernement d’Ed Schreyer est battu par les conservateurs dirigés par Sterling Lyon, qui obtiennent 33 sièges, contre 23 pour le NPD. Ed Schreyer reste à l’Assemblée législative en tant que chef de l’opposition jusqu’en 1979, lorsqu’il démissionne après sa nomination par la reine (sur recommandation du premier ministre Trudeau) au poste de gouverneur général.

Gouverneur général

À 43 ans, Ed Schreyer est le plus jeune gouverneur général depuis lord Lorne en 1878 (33 ans) et lord Lansdowne en 1883 (38 ans). En faveur du bilinguisme et d’un gouvernement central fort, il s’entend bien avec Pierre Trudeau.

Ed Schreyer n’est cependant pas bien adapté au rôle traditionnel, terne et cérémonieux dans lequel il se retrouve en tant que représentant de la reine. Il est en effet décidé à exprimer son opinion et à démocratiser le bureau du gouverneur général. Avec sa femme, qui jouit d’une certaine popularité auprès du public, il rend sa résidence officielle à Rideau Hall plus accessible aux Canadiens. Le couple voyage aussi beaucoup à travers le pays. Les dires d’un gouverneur général, apprendra cependant Ed Schreyer, sont facilement mal compris et il se voit obligé d’en tenir compte dans ses discours, de manière à n’afficher aucun parti pris politique. La conduite publique rigide et austère requise pour son bureau est en conflit avec le désir d’Ed Schreyer d’apparaître ouvert et amical et cela fait de lui une cible facile pour les médias.

Rideau Hall
Résidence du gouverneur général du Canada (avec la permission de la Commission de la capitale nationale).

Durant son mandat à Rideau Hall, Ed Schreyer soutient le bilinguisme, la protection de l’environnement et l’égalité des chances entre les hommes et les femmes. En 1979, il crée le Prix du Gouverneur général pour commémorer l’affaire « personne ». Le prix a pour vocation d’honorer les Canadiens qui ont contribué à faire progresser l’égalité entre les sexes. En 1981, il crée le Prix du gouverneur général pour la protection de l’environnement. Ed Schreyer institue également, en 1983, la première Conférence d’étude canadienne du Gouverneur général. De nos jours connu sous le nom de Conférence canadienne du Gouverneur général sur le leadership, l’événement rassemble les nouveaux leaders canadiens.

En septembre 1980, Ed Schreyer fait un déplacement spécial à Port Coquitlam, en Colombie-Britannique, pour faire de Terry Fox un Compagnon de l’Ordre du Canada. Quelques semaines plus tôt, Terry Fox a été forcé d’abandonner son Marathon de l’espoir d’un bout à l’autre du Canada lorsque son cancer a refait surface.

Centre Terry-Fox de la jeunesse canadienne
Betty Fox en compagnie du gouverneur général Ed Schreyer, en\u00a01982, au Centre Terry-Fox de la jeunesse canadienne.

Ed Schreyer soulève une petite controverse politique lorsqu’il suggère qu’il aurait peut-être dissous le Parlement en 1981-1982, si Pierre Trudeau avait déclenché une crise constitutionnelle en essayant de « canadianiser » la Constitution unilatéralement, sans le soutien des provinces. Finalement, Pierre Trudeau récoltera suffisamment de soutien de la part des provinces pour transférer la Constitution de la Grande-Bretagne au Canada, dans les limites établies par la Cour suprême.

Diplomate et éducateur

En 1984, à la fin de son mandat au poste de gouverneur général, Ed Schreyer est nommé haut-commissaire du Canada en Australie, en Papouasie-Nouvelle-Guinée et aux îles Salomon ainsi qu’ambassadeur au Vanuatu. En février 1988, il revient au Canada en qualité de simple citoyen.

Il effectue alors un retour dans la sphère académique et enseigne dans plusieurs universités en Colombie-Britannique et au Manitoba. Il joue le rôle de conseiller pour la Canada West Foundation et est membre fondateur de la Winnipeg Library Foundation. Il participe au Sierra Legal Defense Fund et à Habitat pour l’humanité et occupe le poste de chancelier de l’Université de Brandon de 2002 à 2008.

En 2005, il tente un retour en politique en se présentant comme candidat fédéral du NPD pour la circonscription manitobaine de Selkirk-Interlake. Mais il perd derrière le candidat conservateur des élections fédérales de 2006 par plus de 5 000 voix.

Malgré son âge, Ed Schreyer continue d’être écouté. Il approuve la nomination de Thomas Mulcair à la tête du NPD en 2011, et en 2015, il accuse Manitoba Hydro de ne pas investir suffisamment dans les autres formes d’énergie telles que l’énergie éolienne. « Si je n’approchais pas les 80 ans, dira-t-il, je serais tenté de retourner dans l’arène, juste pour cette question d’énergie. »