Société de conservation

« Les Canadiens et leurs gouvernements, leurs institutions et leurs industries commencent (et doivent commencer) à faire la transition d'une société de consommation préoccupée par l'exploitation des ressources à une société de conservation engagée dans des entreprises plus constructives.

Société de conservation

« Les Canadiens et leurs gouvernements, leurs institutions et leurs industries commencent (et doivent commencer) à faire la transition d'une société de consommation préoccupée par l'exploitation des ressources à une société de conservation engagée dans des entreprises plus constructives. » Cet énoncé, qui utilise pour la première fois l'expression « société de conservation », apparaît dans le rapport du CONSEIL DES SCIENCES DU CANADA intitulé Problèmes d'une politique des richesses naturelles au Canada (1973). Ce rapport laisse entendre que de nombreux problèmes environnementaux sont symptomatiques des problèmes plus graves d'une société qui se consacre à transformer les ressources en déchets le plus rapidement possible dans l'intérêt d'une croissance économique à court terme. Il affirme aussi qu'on ne pourra résoudre la plupart des problèmes environnementaux qu'après s'être attaqués à leurs causes fondamentales.

La presse canadienne accorde une couverture médiatique inattendue aux recommandations sur la société de conservation lors de la publication du rapport. L'attention et l'intérêt du public mènent à une série d'études parrainées par le gouvernement fédéral et d'autres groupes. Le terme se propage aussi aux États-Unis, en Australie et en Nouvelle-Zélande. Par la suite, il est remplacé par l'expression « développement durable », créée par la Commission Brundtland (1987) et reprise par la Conférence des Nations Unies sur l'environnement et le développement, qui se tient à Rio de Janeiro, au Brésil, en 1992. Les deux concepts sont très similaires, car ils reposent tous les deux sur des idéaux comme la démocratie, la justice et la liberté qui guident l'élaboration de plans et de programmes précis plutôt que sur des règles ou des réglementations détaillées.

Principes

Selon la brève définition du Conseil des Sciences, une société de conservation se base sur cinq orientations stratégiques fondamentales pour prendre les décisions qui influencent l'ENVIRONNEMENT ou ses RESSOURCES : le souci de l'avenir; l'économie de la conception; la diversité, la flexibilité et la responsabilité; la reconnaissance des coûts totaux; le respect de la biosphère et de ses possibilités. Les idées sous-jacentes au concept sont décrites de diverses façons : « faire davantage avec moins », « vivre en fonction des limites de la croissance », « utiliser des techniques adaptées au contexte culturel et aux ressources disponibles », etc.

Une société de conservation doit mettre de l'avant les préoccupations sociales et environnementales dès le début des processus de conception, de planification, et de formulations des politiques. Elle doit intégrer la dimension de la CONSERVATION des ressources et de l'ÉVALUATION DES RÉPERCUSSIONS SOCIALES et environnementales dans tous les projets. Dans une société de conservation avancée, les lois environnementales (voirENVIRONNEMENT, DROIT DE L') perdraient de leur importance au fur et à mesure que la planification écologique judicieuse et la conservation des ressources deviendraient habituelles.

Même si les gouvernements prennent quelques mesures déterminantes pour faire de notre société une société de conservation, les Canadiens augmentent encore leur consommation d'énergie et les Nord-Américains produisent plus de déchets par habitant que toute autre société. Certains progrès sont toutefois réalisés, comme l'amélioration de la sensibilisation à l'environnement, l'adoption de lois environnementales (notamment les exigences relatives à l'ÉVALUATION DE L'IMPACT SUR L'ENVIRONNEMENT), l'augmentation des compétences et des connaissances dans les domaines de la GESTION DES RESSOURCES et de l'environnement, la diminution de l'importance accordée aux MEGAPROJETS, la modification des attitudes collectives, la diminution de l'affrontement au profit de la coopération pour ce qui est des questions environnementales et enfin le développement soutenu des fondements culturels nécessaires pour juger des questions environnementales.

La Commission Brundtland, commission parrainée par les Nations Unies et qui fait date, insiste sur le rapport étroit qui existe entre une économie prospère et un environnement sain. Elle encourage les pays à adopter des politiques de développement durable, c'est-à-dire un développement qui vise le maintien des ressources limitées qu'offre la Terre plutôt que leur utilisation à outrance.

Défis

Une difficulté importante surgit lorsqu'on cherche à persuader les Canadiens du bien-fondé d'une société de conservation : la persistance de deux idées fausses au sujet des ressources du Canada et des avantages économiques qu'on en tire. La première erreur consiste à croire que le Canada possède des ressources énormes et infinies. Le grand public ne perçoit pas encore très bien la différence entre notre territoire extrêmement étendu (environ 9 200 000 km2) et nos terres propices à l'agriculture (700 000 km2 de terres arables et une quantité à peu près équivalente de pâturages).

Jusque dans les années 1980, le gouvernement et l'industrie pensent que les ressources forestières du Canada sont tellement abondantes qu'il n'est pas urgent de songer à la REFORESTATION. Les Canadiens entendent souvent qu'ils possèdent plus d'eau douce que tout autre pays, mais on ne leur fait pas remarquer que ces eaux sont disséminées sur un territoire extrêmement étendu, d'où la difficulté d'y avoir accès là où on en a le plus besoin, dans les régions urbaines du sud, ou qu'elles sont gelées pendant une partie de l'année. Cette perception biaisée de l'abondance ralentit l'adoption de mesures de conservation et de gestion des ressources.

La deuxième idée fausse provient de vagues notions économiques. Elle repose sur la croyance que la conservation et le recyclage des ressources sont fondamentalement moins économiques que l'exploitation des ressources vierges, que la protection de l'environnement ou la conception et la planification écologique judicieuses pénalisent l'industrie, que toute croissance économique est souhaitable et que son accélération est nécessaire pour la progression des nations et qu'il existe un lien direct entre la consommation de l'énergie et des ressources et la qualité de vie. Cet aveuglement quant aux dangers représentés par une croissance démographique ininterrompue et par la croissance de l'incidence de chaque citoyen sur l'environnement ralentit encore davantage l'acceptation du concept d'une société de conservation dans les pays dotés de HAUTE TECHNOLOGIE.

Cependant, à l'approche du XXIe siècle, le capitalisme commence à examiner ce qui se passe au-delà de ses propres horizons et perçoit peu à peu les avantages d'une philosophie de conservation. Pour les Canadiens, qui réfléchissent aux conséquences de la dépendance aux combustibles fossiles sur le CHANGEMENT DE CLIMAT et à d'autres problèmes environnementaux et sociaux, le modèle de société de conservation évoluée peut encore être pertinent au XXIe  siècle et offrir de meilleures perspectives d'avenir.


Lecture supplémentaire

  • Lawrence Solomon, The Conserver Solution (1978); Peter Victor, Managing Without Growth: Slower by Design, Not Disaster (2008); Iain Wallace, A Geography of the Canadian Economy (2002).