Télévision

Outre ces deux perspectives, les Canadiens sont depuis longtemps parmi les téléspectateurs les plus passionnés du monde et ils ne préfèrent pas nécessairement le contenu national au contenu étranger, ou encore le divertissement à l'éducation.


Télévision

  La télévision englobe les façons complexes et souvent conflictuelles dont les communications et les médias sont intégrés dans les aspects culturels, politiques, sociaux et économiques du Canada. D'une part, la télévision se veut un outil politique favorisant une culture nationale et informant les citoyens. D'autre part, la télévision a toujours fait partie d'une industrie des médias mondialisée à laquelle sont continuellement intégrés des nouvelles technologiques et du nouveau contenu afin de répondre à la demande des consommateurs et de la stimuler. Les perceptions de la télévision, différentes mais pas nécessairement contradictoires, selon lesquelles il s'agit d'un instrument à la fois commercial et politique expliquent que le système de réglementation tente d'établir un équilibre entre le mandat des radiodiffuseurs publics (comme la Société Radio-Canada, financée par le gouvernement fédéral, la société TVOntario, financée par le gouvernement de l'Ontario, et Access, en Alberta) et les intérêts économiques des radiodiffuseurs commerciaux (comme CANWEST GLOBAL et CTVGlobemedia) ainsi que des câblodistributeurs et des fournisseurs de satellite (comme Shaw Communications et ROGERS COMMUNICATIONS).

Outre ces deux perspectives, les Canadiens sont depuis longtemps parmi les téléspectateurs les plus passionnés du monde et ils ne préfèrent pas nécessairement le contenu national au contenu étranger, ou encore le divertissement à l'éducation. En moyenne, les Canadiens passent plus de 20 heures par semaine à regarder la télévision, et moins de 40 p. 100 de ce temps est consacré à des émissions canadiennes. D'après ce qu'on a pu constater dans l'histoire de la télévision au Canada, les Canadiens anglophones ont tendance à préférer le contenu d'ici pour les nouvelles, les actualités et les sports, tandis que pour les émissions dramatiques, les comédies de situation et les feuilletons, ils favorisent ce qui provient des États-Unis. De plus, les Canadiens s'empressent toujours d'acheter les nouvelles technologies ayant trait à la télévision et s'abonnent aussi vite aux nouveaux systèmes de distribution. Avec la mise en place des médias numériques, le perfectionnement des appareils sans fil, les développements de la technologie internet et la consolidation de l'industrie nationale des médias, la place de la télévision au Canada est devenue d'autant plus complexe et difficile à définir. Toutefois, ce qui est clair, c'est que de plus en plus de ménages canadiens choisissent de s'abonner au contenu télévisé, mais que les coûts associés à ces services augmentent aussi de façon drastique.

Les premières années de la télévision (1940-1960)

La télévision fait son apparition au Canada lors de l'EXPOSITION NATIONALE CANADIENNE à Toronto. Introduite dans le cadre d'une exposition commanditée par le TORONTO STAR et le fabricant de radios américain RCA Victor, la télévision est annoncée comme une merveille technologique qui occupera bientôt une place essentielle dans le divertissement domestique et public. Sa valeur politique n'est découverte que plus tard. Bien que les demandes industrielles de la Première Guerre mondiale retardent la production en série, à la fin des années 1940, les Américains commencent à acheter des téléviseurs pour profiter des radiodiffusions offertes par les stations de radio des réseaux NBC et CBS. Pendant ce temps, la majorité des Canadiens peuvent eux aussi recevoir ces signaux et ils achètent donc des téléviseurs, construisent des antennes et regardent des émissions américaines populaires, comme le Howdy Doody Show et Texaco Star Theatre, de Milton Berle. Tout comme dans le cadre du débat de la fin des années 1920 sur la radiodiffusion (voir RADIODIFFUSION ET TÉLÉDIFFUSION), l'immense popularité de la télévision est une source d'inquiétudes pour les nationalistes canadiens, tant sur le plan politique qu'économique. Ces préoccupations surviennent alors que le gouvernement canadien lance la COMMISSION ROYALE D'ENQUÊTE SUR L'AVANCEMENT DES ARTS, LETTRES ET SCIENCES AU CANADA, qui porte sur l'état des institutions culturelles canadiennes.

En 1949, le gouvernement libéral du premier ministre St-Laurent annonce sa politique sur la télévision : tout comme la radio, son prédécesseur, la télévision sera gérée par un système mixte privé-public qui aidera à stimuler les industries nationales de la vente et de la production d'appareils électroniques ainsi qu'à renforcer l'unité nationale. Selon cette politique, les services offerts en français et en anglais par le réseau de télévision de la Société Radio-Canada (SRC) seront financés par les contribuables et auront un certain temps pour élargir leurs services de radiodiffusion jusqu'à d'autres grandes villes ainsi que pour se bâtir un auditoire national à l'aide d'associations privées. Bien qu'on ne compte que 146 000 téléviseurs au Canada lorsque la SRC commence à diffuser à partir de Toronto et de Montréal en 1952, ces chiffres s'élèvent à 2,3 millions en 1956. C'est au cours des années 1950 que la SRC atteint ce que certains considèrent comme son apogée, les téléspectateurs écoutant tous les types d'émissions canadiennes. Au Québec, l'attrait des émissions francophones comme La Famille Plouffe est encore plus important. Toutefois, malgré l'apparition d'un contenu national, les Canadiens aiment toujours les émissions américaines populaires comme The Ed Sullivan Show et I Love Lucy. En fait, la SRC facilite la création d'un auditoire pour ses propres émissions en achetant des émissions américaines populaires pour les diffuser avant et après ces émissions produites au Canada. De plus, la SRC signe une entente de scission partielle avec le réseau NBC en vue de produire une version canadienne du populaire Howdy Doody Show. À la fin des années 1950, les téléspectateurs et les entreprises privées de radiodiffusion, sous la direction de l'Association canadienne des radiodiffuseurs (ACR), exercent de plus en plus de pressions sur le gouvernement progressiste-conservateur du premier ministre Diefenbaker pour qu'il offre aux Canadiens davantage d'émissions. La Loi sur la radiodiffusion de 1958 contribue à l'augmentation du nombre de licences de télédiffusion octroyées en transférant le pouvoir réglementaire de la SRC aux stations privées par l'établissement du Bureau des gouverneurs de la radiodiffusion.

La période du nationalisme (1960-1980)

Dans les années 1960, la télévision occupe une place importante dans presque tous les foyers canadiens. En 1965, 92 p. 100 des ménages ont un téléviseur, ce qui dépasse le pourcentage de foyers qui ont des téléphones, des automobiles ou même des bains et des douches installés. La SRC demeure la première institution de production de contenu canadien. Beaucoup de ses premières émissions sont des adaptations d'émissions de radio locales, comme l'émission de WAYNE AND SHUSTER, ou des imitations de formats américains populaires, comme des émissions de variétés, mais elle commence à produire des émissions canadiennes uniques, informatives et divertissantes à la fois, comme FRONT PAGE CHALLENGE et l'émission controversée THIS HOUR HAS SEVEN DAYS. Toutefois, l'attrait pour les émissions américaines ne diminue pas. Les émissions populaires aux États-Unis, comme Gunsmoke, et les diffusions en direct de nouvelles, comme celle de l'assassinat du président Kennedy, sont regardées de façon aussi attentive au Canada. De plus, en 1961, l'établissement de deux nouveaux réseaux privés de radiodiffusion, Télé-Diffuseurs Associés (TVA) et CTV, perturbe l'équilibre réglementaire entre la radiodiffusion privée et publique. Tous ces évènements surviennent dans une période de nationalisme canadien, avec l'imminence du centenaire du Canada et la promotion de symboles canadiens uniques, tels que le drapeau national.

Dans ce climat de patriotisme et d'établissement d'une culture nationale, les chefs canadiens considèrent la télévision comme un outil important pour l'identité et l'unité canadiennes. Des évènements comme la couverture en direct des funérailles du gouverneur général Vanier en 1967 aident à renforcer la croyance d'importants politiciens, comme le premier ministre Trudeau, dans le pouvoir politique de la technologie des communications. En parallèle, des nationalistes économiques comme Eric Kierans suggèrent que le gouvernement fédéral appuie l'industrie nationale de la technologie des communications en favorisant un environnement consolidé et en décourageant la compétition étrangère. La Loi sur la radiodiffusion de 1968 ainsi que la création du CONSEIL DE LA RADIODIFFUSION ET DES TÉLÉCOMMUNICATIONS CANADIENNES (CRTC) et du MINISTÈRE DES COMMUNICATIONS à la fin des années 1960 jettent les bases d'une approche faisant de la télévision une partie essentielle de l'économie nationale et un outil politique permettant de renforcer l'identité nationale.

La mise en place des règlements sur le contenu canadien en 1970 a pour but de stimuler l'industrie canadienne des médias et d'apaiser les nationalistes politiques et culturels. Dans les années 1960 et 1970, les téléspectateurs canadiens sont témoins d'expériences télévisuelles uniques, comme la couverture spéciale, en 1972, de la série qui oppose le Canada et la Russie, de l'apparition d'émissions canadiennes populaires comme Beachcombers ainsi que de l'émergence de nouvelles technologies de distribution, comme la CÂBLODISTRIBUTION. Malgré cette vague de nationalisme, les habitudes d'écoute des Canadiens ne changent pas vraiment. Le nombre moyen de chaînes disponibles dans tout le pays augmente de 4,6 en 1967 à 8,7 en 1977, et 70 p. 100 de toutes les émissions regardées pendant les heures de grande écoute (de 19 h à 23 h) sont étrangères.

L'ère de la libéralisation (1980-2000)

La transition vers le câble, qui s'amorce au cours des années 1970 et prend rapidement de l'ampleur dans les années 1980, a des répercussions importantes sur l'équilibre entre les perspectives politique et économique de la télévision. La câblodistribution se voulait au départ une façon d'offrir le service dans les régions qui ne recevaient pas les signaux ou qui recevaient des signaux de très mauvaise qualité en chargeant aux consommateurs de petits frais mensuels de connexion. Avec le temps, elle est devenue un moyen d'offrir plus de chaînes et de contenu qu'avec la diffusion par ondes hertziennes. En 1982, le CRTC décide d'autoriser la télévision payante, ce qui permet aux câblodistributeurs d'offrir des chaînes supplémentaires que les consommateurs peuvent décider d'acheter. Cette transition marque l'abandon d'une politique de radiodiffusion fondée sur le problème technique que pose la quantité limitée d'espace pour le contenu ainsi que sur la politique visant à répartir équitablement cet espace entre tous les Canadiens. De plus, une station de télévision payante, First Choice, décide de diffuser du contenu pornographique, ce qui soulève une question délicate quant au rôle d'arbitre de la morale publique que joue l'organisme de réglementation des médias au Canada.

Cela dit, dans une période d'instabilité économique, cette politique de libéralisation fait partie d'une stratégie du gouvernement, qui tente de trouver de nouvelles façons de promouvoir l'utilité des médias en ce qui a trait à la fois à la prospérité économique et à l'unité nationale sans en assumer directement les coûts. Outre l'augmentation du nombre de chaînes (y compris TSN, YTV et MuchMusic) dans le but d'offrir de plus grandes possibilités de diffusion de contenu canadien, les gouvernements fédéral et provinciaux mettent en place un certain nombre de fonds et d'incitations fiscales (dont TÉLÉFILM Canada en 1984) pour aider à financer la production d'émissions canadiennes. Ces initiatives coïncident avec le soutien d'un marché d'exportation pour les émissions de télévision canadiennes et le début des coproductions entre des réalisateurs de différents pays. Des comédies comme THE KIDS IN THE HALL et des émissions pour les jeunes comme Degrassi Junior High se font connaître sur le marché américain parce qu'elles offrent aux téléspectateurs américains un style unique et des sujets un tant soit peu plus osés. Toutefois, même si l'on espère au départ que les émissions canadiennes expliqueront le Canada aux Canadiens et à d'autres, on finit par exiger que les émissions destinées aux marchés étrangers évitent les références canadiennes évidentes. Les années 80 préparent les téléspectateurs canadiens à l'apparition d'un environnement technologique comprenant de nouveaux modes de distribution, comme TÉLIDON, ainsi qu'un plus grand choix de contenu étranger et canadien.

En 1993, le gouvernement libéral du premier ministre Chrétien commence à réorganiser les pouvoirs et les organismes du ministère des Communications au sein du nouveau ministère du Patrimoine canadien et du ministère de l'Industrie. Cette réorganisation annonce l'écart grandissant entre les perspectives politique et économique de la technologie des médias et des communications. Pendant le reste des années 90, la politique de libéralisation du gouvernement se traduit par l'apparition d'un certain nombre de nouvelles technologies et de projets économiques permettant d'offrir à la population canadienne encore plus de contenu télévisuel, dont la mise en place d'un service de radiodiffusion directe à domicile par satellite et de chaînes spécialisées. Ces nouveautés sont bien reçues par l'industrie canadienne des médias, qui soutient que cette politique est nécessaire pour réagir aux changements technologiques. En 1999, le CRTC prend deux importantes décisions qui déterminent grandement l'avenir de la télévision au Canada. Même si la première décision, soit d'exempter les nouveaux médias de la Loi sur la radiodiffusion, n'a pas de répercussions immédiates, elle influence plus tard des politiques comme les règlements sur le contenu canadien, alors que de plus en plus d'émissions de télévision sont diffusées sur Internet.

Dans le cadre de sa deuxième décision, apparemment inoffensive, le CRTC accorde aux ENTREPRISES BELL CANADA INC. une licence pour la chaîne Évasion, une chaîne francophone spécialisée dans le voyage. Cette décision annonce le début d'une série d'évènements beaucoup plus importants. Le CRTC ayant ainsi révoqué une politique de longue date qui empêchait les entreprises de posséder des actifs multiples dans l'industrie des médias, la décision déclenche l'ère de la CONVERGENCE DES MÉDIAS et plusieurs fusions au sein de l'industrie canadienne des médias : Canwest Global achète SOUTHAM INC. pour 3,2 milliards de dollars, Bell Canada achète CTV pour 2,3 milliards, et Quebecor achète Vidéotron pour 5,4 milliards. Pour les ménages canadiens, la plus vaste sélection et les nouvelles méthodes de distribution ont un coût. En 1979, une entreprise torontoise de câblodistribution offre 13 chaînes pour 6 $ par mois. En 1998, le nombre de chaînes est passé à 77 pour 20,11 $ par mois.

La télévision au XXI<sup>e</sup> siècle

La télévision au Canada a drastiquement changé depuis son apparition en 1938. Au XXI<sup>e</sup> siècle, le terme « télévision » est imprécis, compte tenu des nombreuses plateformes non traditionnelles grâce auxquelles les gens peuvent écouter les émissions de télévision, comme les ordinateurs, les téléphones cellulaires, les lecteurs multimédias portatifs et les téléviseurs haute définition (HD). Les changements technologiques ont considérablement modifié notre façon de percevoir la télévision, notamment en remettant en question la notion du « téléspectateur moyen » et l'évaluation de ses habitudes d'écoute. Ces changements ont soulevé de nombreux défis tant pour le système de réglementation que pour l'industrie des médias au Canada.

Avec la prolifération des chaînes et du contenu sur Internet arrive l'ère de la fragmentation de l'auditoire. Cependant, les réseaux traditionnels continuent d'attirer des téléspectateurs avec des émissions populaires comme la téléréalité, les nouvelles et les évènements sportifs. Comme le Howdy Doody Show, près de 50 ans avant, les émissions populaires de téléréalité étrangères sont imitées au moyen d'ententes de franchisage de l'image qui permettent de produire des versions canadiennes, comme Who Wants to be a Millionaire : Canadian Edition, Canadian Idol et So You Think You Can Dance Canada (CTV). Même la SRC (qui ne diffuse pas de téléréalité, selon le président Robert Rabinovitch) laisse entendre qu'elle produit un certain nombre d'émissions de téléréalité (dont The Greatest Canadian, Hockeyville et Canada's Next Great Prime Minister) qui mettent l'accent sur des sujets qui entrent dans son mandat de télédiffuseur public. Parmi les autres émissions canadiennes populaires qui réussissent à profiter d'un marché d'exportation figurent Corner Gas (CTV), Trailer Park Boys (Showcase) et Little Mosque on the Prairie (SRC).

La fragmentation de l'auditoire et la prolifération du contenu entraînées par la numérisation ont pour effet d'augmenter la concurrence entre les radiodiffuseurs canadiens, qui s'arrachent les émissions qui peuvent attirer de grands auditoires, et de perturber la stabilité économique de la radiodiffusion locale. Par conséquent, deux importants changements surviennent. Tout d'abord, CTV, propriétaire des chaines sportives francophone et anglophone Réseau des Sports (RDS) et TSN (THE SPORTS NETWORK), prend la place de premier télédiffuseur sportif du pays qu'occupait la SRC en surenchérissant sur le radiodiffuseur public pour un certain nombre de contrats. En effet, en 2002, CTV met fin à La Soirée du Hockey, tradition de la SRC vieille de 50 ans, en payant 80 millions de dollars pour un contrat de cinq ans l'autorisant à diffuser les parties de hockey des Canadiens de Montréal. En 2004, CTV s'associe à Rogers Communications afin d'acheter, pour 154 milliards de dollars américains, les droits de diffusion des Jeux olympiques d'hiver de 2010 à Vancouver et des Jeux olympiques d'été de 2012 à Londres. En 2006, CTV débourse 16 millions de dollars pour pouvoir diffuser la finale de la Coupe Grey de la Ligue canadienne de football, que la SRC diffusait depuis 50 ans. Enfin, en 2008, CTV paie environ 3 millions de dollars pour les droits de l'indicatif musical bien connu « Hockey Night in Canada ».

Le deuxième important changement, soit la transition vers la distribution par câble et par satellite accompagnée des fusions d'entreprises et de la concurrence publicitaire, remet en question la nécessité pour les réseaux d'entretenir des partenariats de diffusion locale et pousse la SRC et les radiodiffuseurs privés à fermer les stations locales situées dans des marchés urbains et ruraux de moindre importance. Cette tendance entraîne notamment, au sein de l'industrie nationale des médias, une augmentation de la tension entre les propriétaires de chaînes télévisées et les entreprises qui distribuent ces chaînes par satellite ou par câble.

Dix ans après la décision du CRTC d'exempter Internet de la Loi sur la radiodiffusion et après la vague de fusions, il est de plus en plus pressant d'adapter le système de réglementation aux nombreux changements technologiques et économiques. La question du contenu canadien est au cœur de ce débat. Les coûts associés à la technologie HD et la difficulté de faire des affaires rentables en ligne soulèvent une animosité considérable chez les radiodiffuseurs et les gens de l'industrie. Ce conflit est encore plus présent dans l'industrie puisque les Canadiens sont conscients de la quantité d'émissions offertes en ligne par les radiodiffuseurs américains. En 2008, le réseau américain offrant le moins de contenu en ligne aux États-Unis (CBS, 55 p. 100) en offre tout de même deux fois plus que le réseau canadien qui en offre le plus (CTV, 24 p. 100). Toutefois, les intérêts financiers des radiodiffuseurs et des entreprises de câblodistribution et de diffusion par satellite divergent, et l'équilibre entre les perspectives politique et économique des médias se complique davantage. Les radiodiffuseurs qui sont touchés par un manque de recettes publicitaires et des coûts accrus de production commencent à exiger que l'industrie de la distribution par câble et par satellite assume une plus grande part de responsabilité en ce qui a trait aux exigences en matière de contenu canadien.

Bien que les débats sur la politique des médias concernent généralement les parties intéressées comme les associations d'acteurs, les cadres d'entreprise, les universitaires et les nationalistes culturels, la plupart des Canadiens sont, pour leur part, préoccupés par l'augmentation des coûts associés à la réception des services de télévision et de médias. De 2002 à 2008, le coût moyen des services offerts par câble et par satellite augmente de 29 p. 100. Puisque le CRTC décide en mai 2007 que toute la radiodiffusion devra être numérique d'ici le 31 août 2011, il semble évident que l'une des premières étapes de la restructuration du régime de réglementation canadien sera de régulariser les prix chargés par les entreprises de distribution par câble et par satellite, non seulement pour aider à subventionner les émissions canadiennes, mais aussi pour s'assurer que les Canadiens ont accès à la télévision et aux autres services de médias.


Lecture supplémentaire

  • Bart Beaty and Rebecca Sullivan, Canadian Television Today (2006); Richard Collins, Culture, Communication and National Identity: The Case of Canadian Television (1992); Gordon Pitts, The Kings of Convergence: The Fight for Control of Canada's Media (2002); Paul Rutherford, When Television was Young: Primetime Canada 1952-1967 (1992).

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