Brian Tobin

Brian Vincent Tobin, C.P., O.C., homme politique, homme d’affaires, premier ministre de Terre Neuve et Labrador de 1996 à 2000 (né le 21 octobre 1954 à Stephenville, à Terre Neuve et Labrador). Avant de devenir le sixième premier ministre de Terre Neuve et Labrador, Brian Tobin avait déjà acquis un statut de héros provincial quand, en tant que ministre du Cabinet fédéral, il avait défendu la pêche au flétan canadienne contre la surpêche étrangère. Surnommé « Captain Canada », il s’est également montré un fervent défenseur de l’unité nationale à l’occasion du référendum de 1995 sur la souveraineté du Québec.

Tobin, Brian
Le premier ministre de Terre-Neuve Brian Tobin (avec la permission du Cabinet du Premier ministre).


Jeunesse et début de carrière

Brian Tobin naît le 21 octobre 1954 à Stephenville, à Terre‑Neuve. Membre d’une fratrie de cinq garçons et de quatre filles, il grandit au sein d’une famille nombreuse, élevé par ses parents Patrick et Florence Tobin. Après avoir quitté l’école, il étudie en sciences politiques à la Memorial University à St. John’s.

Il travaille brièvement à la radio et à la télévision pour la Newfoundland Broadcasting Company (NBC, aujourd’hui la NTV) avant d’être embauché comme assistant politique par Don Jamieson, un ancien journaliste de la NBC devenu député libéral et ministre du Cabinet dans le gouvernement du premier ministre Pierre Elliott Trudeau.

Brian Tobin est marié à Jodean Smith avec laquelle il a eu trois enfants : Heather, Adam et Jack.

Politique fédérale

Brian Tobin est le candidat des libéraux lors des élections fédérales de 1980 dans la circonscription de Humber–Port au Port–St. Barbe à Terre‑Neuve où il est élu, puis réélu en 1984, 1988 et 1993.

Jeune député, il se rend célèbre après les élections de 1984 en se joignant à Sheila Copps et John Nunziata comme membre du « Rat Pack », un groupe de « députés d’arrière‑ban » particulièrement combatifs au sein de l’opposition. Débatteur tenace dans la tradition de Terre‑Neuve, il devient une source d’irritation constante pour le premier ministre Brian Mulroney qui dispose d’une très large majorité. Dans le cadre de la Chambre des communes, il se montre un critique virulent et impétueux. À l’extérieur, il ne rate jamais la possibilité de s’exprimer devant le micro d’un journaliste ou face à une caméra de télévision, et ce, sur pratiquement n’importe quel sujet susceptible d’accroître sa notoriété au sein de l’opinion.

Cabinet et surpêche étrangère

Lors de l’élection d’un gouvernement libéral avec à sa tête le premier ministre Jean Chrétien en 1993, Brian Tobin est nommé membre du Cabinet en tant que ministre des Pêches et des Océans. À ce poste, il se voit confier la tâche difficile de gérer le déclin de la pêche dans l’Atlantique.

En 1994, il lance une campagne contre ce qu’une grande partie de la population de Terre‑Neuve considère comme de la surpêche par des flottilles étrangères sur le nez et la queue des Grands Bancs, deux zones situées à l’extérieur de la zone de pêche exclusive du Canada qui s’étend sur 200 milles marins au‑delà de ses côtes. Avec le soutien du premier ministre Jean Chrétien et en s’appuyant sur les ressources du ministère des Pêches et des Océans, sur la Garde côtière et sur la Marine, Brian Tobin se lance dans ce que l’on a appelé la « guerre du flétan », les forces canadiennes donnant la chasse aux chalutiers espagnols soupçonnés de pratiques illégales de pêche au flétan sur les Grands Bancs.

Grands Bancs de Terre-Neuve
Les Grands Bancs constituent l'un des champs de p\u00eache les plus poissonneux du monde. Les eaux peu profondes sont constamment mélangées par le courant froid venant du nord et le courant chaud venant du sud, créant ainsi une aire idéale de reproduction pour les nutriments dont les poissons ont besoin (oeuvre de Michael Lee).

À l’occasion d’un incident, un navire canadien armé de surveillance des pêches fait feu par‑dessus la proue d’un chalutier espagnol qu’il arraisonne. Ultérieurement, le ministre canadien tient une conférence de presse extrêmement suivie sur l’enjeu de la surpêche, à l’extérieur du siège des Nations Unies à New York. Dans une déclaration restée célèbre, il s’indigne : « Il ne nous reste plus que le petit flétan noir, solitaire, mal‑aimé et sans attrait qui s’agrippe de toutes ses forces au Grand Banc de Terre‑Neuve. »

Sa position le propulse au rang de héros à Terre‑Neuve et lui vaut les surnoms de « Captain Canada » et « Turbotnator ».

Brian Tobin mène également une campagne accrocheuse pour le camp fédéraliste du « Non » à l’occasion du référendum de 1995 sur la souveraineté du Québec. Il est l’un des principaux organisateurs pour les forces fédéralistes d’un rassemblement controversé pour l’unité nationale qui attire plus de 100 000 personnes au centre‑ville de Montréal. Ce rassemblement a lieu trois jours avant le référendum du 30 octobre 1995, gagné par le camp fédéraliste du « Non » par la plus petite des marges.

Premier ministre

Lorsque le premier ministre de Terre‑Neuve‑et‑Labrador, le libéral Clyde Wells, annonce sa démission en 1995, Brian Tobin fait part de son intention de concourir pour le poste de chef du parti. Les médias spéculent alors sur la possibilité que cette décision puisse le conduire au poste de premier ministre fédéral, lui‑même insistant toutefois sur le fait qu’il est plus intéressé par la marche en avant des industries pétrolières et minières de Terre‑Neuve que par cette fonction. Il démissionne de son poste de ministre du Cabinet fédéral le 7 janvier 1996; le 17, il est élu chef du Parti libéral de Terre‑Neuve; le 25, il démissionne de son poste de député à la Chambre des communes et le 26, il prête serment comme premier ministre provincial.

Brian Tobin décide de provoquer immédiatement des élections et fait campagne autour du slogan « A Better Tomorrow » (un meilleur avenir). Le 22 février 1996, il obtient un gouvernement majoritaire en remportant 37 des 48 sièges de l’Assemblée provinciale. En tant que premier ministre, il réduit les cotisations sociales et prend des mesures pour favoriser l’exploitation du pétrole en mer. En 1998, après avoir obtenu le soutien des électeurs lors d’un référendum à l’occasion duquel ils se prononcent en faveur de ce changement historique, son gouvernement remplace un système scolaire provincial jusqu’ici confessionnel par un système laïque.

Le gouvernement provincial annonce, sous l’autorité de Brian Tobin, son intention de construire à St. John’s The Rooms, un complexe de 40 millions de dollars destiné à accueillir une galerie d’art, des archives et un musée provinciaux.

\u00c9difice de la Confédération
La Chambre d'Assemblée de Terre-Neuve-et-Labrador se trouve dans l'\u00c9difice de la Confédération \u00e0 St. John's.

Après trois ans de mandat, le 18 janvier 1999, il annonce des élections générales pour le 9 février. Lors de ces élections, les libéraux obtiennent, avec 32 sièges sur 48, une majorité réduite. À cette époque, l’économie provinciale commence à peine à se remettre des effets de la récession des années 1990 grâce à un accroissement des revenus en provenance de la production pétrolière et du ramassage des coquillages.

Le 16 octobre 2000, après seulement 20 mois de son deuxième mandat, Brian Tobin annonce qu’il revient en politique fédérale. Le premier ministre Jean Chrétien le nomme ministre de l’Industrie le 17 octobre 2000 et annonce peu après la tenue d’élections fédérales à l’occasion desquelles le toujours populaire nouveau membre du Cabinet fédéral remporte la circonscription de Bonavista–Trinity–Conception dans laquelle il se présente.

Quinze mois plus tard, en janvier 2002, alors que les spéculations vont bon train sur un possible remplacement de Jean Chrétien comme chef du Parti libéral et comme premier ministre par son ministre des Finances Paul Martin, Brian Tobin annonce qu’il quitte le Cabinet et prend simultanément sa retraite politique. Il nie alors avoir cherché lui‑même à succéder à Jean Chrétien.

Après la politique

Après 22 ans dans le monde politique, Brian Tobin se lance dans le monde des affaires. Il ouvre son propre cabinet de conseil, BVT Associates, à Ottawa. Il occupe des postes de haut rang au sein du groupe Magna et est successivement président exécutif, président et chef de la direction de Consolidated Thompson Iron Mines. Il est également membre d’un certain nombre de conseils d’administration, notamment ceux d’Aecon Group et de New Flyer Industries.

En 2013, la Banque de Montréal le nomme vice‑président de son unité de banque d’investissement BMO Marchés des capitaux. Il déclare à propos de cette nomination :

J’ai passé la majorité de ma vie à négocier, sous une forme ou sous une autre, en ne tenant pas nécessairement le « gros bout du bâton ». Cette expérience, acquise aussi bien dans le monde politique que dans le secteur privé, m’a placé en excellente position pour parfaitement comprendre les besoins de nos clients.

Cette même année, Brian Tobin est nommé officier de l’Ordre du Canada.

La vie de Brian Tobin après avoir quitté le monde politique a été marquée par un traumatisme familial. En 2011, son fils Jack Tobin plaide coupable de « conduite avec facultés affaiblies causant la mort » et est condamné à trois ans de prison pour son rôle lors du décès d’un ami, la veille de Noël, à l’intérieur d’un stationnement à étages du centre‑ville d’Ottawa. Après avoir purgé un an de sa peine, Jack bénéficie d’une libération conditionnelle totale.


Lecture supplémentaire

  • Brian Tobin, All in Good Time (2003).