Tory rouge

L'expression « tory rouge » est devenue populaire au milieu des années 1960, quand Gad Howoritz qualifia George Grant de tory rouge.

Tory rouge

L'expression « tory rouge » est devenue populaire au milieu des années 1960, quand Gad Howoritz qualifia George Grant de tory rouge. La publication et le succès retentissant du livre de Grant, Lamentation sur l'échec du nationalisme canadien (1965), montrèrent très clairement qu'il y avait au Canada des formes historiques de conservatisme que l'on ne pouvait pas mettre sur le même pied que le républicanisme des États-Unis. Dans son article "Tories, Socialists and the Demise of Canada" (1965), Horowitz avançait que la tradition politique du Canada était teintée de principes torys, qu'elle penchait plus vers le socialisme et l'intérêt public que vers le principe de la libre entreprise, cher aux conservateurs (Blue Tory). C'est cette « teinte de principes torys » dont l'orientation est plus « rouge » que « bleue » qui distingue le CONSERVATISME canadien du conservatisme américain.

George Grant nia être un tory rouge selon la définition qu'en donnait Horowitz, mais il ne faisait aucun doute que Grant, conservateur canadien, n'adhérait pas à la ligne des tories bleus, pas plus qu'à ceux dont ils s'inspiraient. Grant s'appuyait sur les nombreux penseurs qui l'avaient précédé et nombreux furent ceux qui le suivirent dans cette conception du conservatisme canadien. La publication de la missive de Charles Taylor, Radical Tories: The Conservative Tradition in Canada (1982) approfondit encore plus le propos d'Horowitz en mettant en évidence l'arbre généalogique des conservateurs. Taylor laisse entendre que Leacock, Sandwell, Deacon, Creighton, Morton, Purdy et Forsey étaient partie prenante d'une telle tradition. Quant à Grant, il faisait bien sûr partie du clan. Taylor aurait fort bien pu inclure Acorn plutôt que Purdy. Dalton Camp et David Orchard œuvrèrent pour leur part à faire avancer l'idéologie des tories rouges au sein du parti progressiste-conservateur du Canada

La position proaméricaine prise par le premier ministre Brian MULRONEY marqua un changement d'attitude envers les États-Unis par rapport à la position adoptée auparavant par de nombreux tories au cours de l'histoire canadienne. L'évolution de la façon dont les Canadiens appréhendaient le conservatisme, de Mulroney à Preston Manning et de Manning à Stephen Harper, dénotait un virage de la pensée tory bleue vers la pensée tory rouge, d'une vision tory nationaliste distincte du Canada vers une position plus annexionniste/intégrationniste. L'ouvrage de Grant, Lamentation sur l'échec du nationalisme canadien, et celui d'Ernest Manning, Political Realignment: A Challenge to Thoughtful Canadians (1967) dénotent une profonde différence entre la conception plus ancienne du conservatisme canadien de Grant et la lecture plus républicaine du conservatisme de Manning.

Il ne fait aucun doute qu'au Canada, subsistait une conception du conservatisme qui ne pouvait être mise sur le même pied que le républicanisme. D'un point de vue littéraire, The Papers of Samuel Marchbanks de Robertson Davies traduisent intensément et succinctement cette tradition canadienne. L'expression « tory rouge » a fini par signifier de nombreuses choses, mais il reste que ce patrimoine politique est typiquement et distinctement canadien et que la « teinte tory » ne veut pas dire que dans l'histoire du Canada, le conservatisme n'a jamais penché à gauche.


Lecture supplémentaire

  • Charles Taylor, Radical Tories: The Conservative Tradition in Canada (1982); Ron Dart, The Red Tory Tradition: Ancient Roots, New Routes (1999); Ron Dart, The Canadian High Tory Tradition: Raids on the Unspeakable (2004).