Troubles de l'alimentation

Les troubles de l'alimentation sont des maladies caractérisées par un rapport malsain que la personne entretient avec la nourriture en raison d'une faible estime de soi, la peur de prendre du poids ou l'incapacité d'arrêter de manger.

Les troubles de l'alimentation sont des maladies caractérisées par un rapport malsain que la personne entretient avec la nourriture en raison d'une faible estime de soi, la peur de prendre du poids ou l'incapacité d'arrêter de manger. Ces troubles sont souvent des mécanismes d'adaptation à d'autres problèmes personnels ou psychologiques. Parmi plusieurs troubles de l'alimentation, deux sont les plus fréquents, tout en étant également sérieux et étroitement liés : il s'agit de l'anorexie mentale et de la boulimie. La plupart des personnes souffrant de troubles de l'alimentation sont des femmes, mais certains hommes sont aussi touchés. Au Canada, une femme sur 30 environ souffrira de l'un ou l'autre de ces troubles, ou même les deux, à un moment de sa vie. Presque 90 % des femmes se disent mécontentes de leur corps, ce qui se traduit par une industrie des régimes de plus de 40 milliards de dollars par année en Amérique du Nord. Cela dit, 90 % des personnes qui perdent du poids le reprennent au cours des cinq années qui suivent. Presque 10 % des cas de troubles alimentaires déclarés affectent les hommes. Cependant, parce qu'il est socialement moins acceptable pour les hommes que pour les femmes d'admettre souffrir d'un tel problème, plusieurs cas ne seront pas déclarés, faussant ainsi le nombre réel, probablement plus élevé, de victimes masculines.

L'hyperphagie compulsive constitue une forme de troubles de l'alimentation passant généralement inaperçue. Nous avons tendance à croire que les personnes qui ont un excès de poids peuvent perdre du poids simplement en mangeant moins et en faisant plus d'exercice, mais tout n'est pas si simple. En effet, l'hyperphagie compulsive ressemble beaucoup à l'alcoolisme : la personne peut suivre un traitement, mais le trouble n'est jamais guéri. L'hyperphagie découle de problèmes émotionnels. Les « outremangeurs » mangent pour combler un vide et non par nécessité, mais ces excès les dépriment.

Bien qu'en réalité leur poids soit normal ou même faible, les anorexiques et les boulimiques se croient gros et laids. Ils deviennent obsédés par la nourriture. Ils ont honte de manger. Ces personnes cherchent à réduire leur poids, au détriment de leur santé. Les troubles de l'alimentation sont particulièrement préoccupants chez les adolescents. C'est entre 14 et 25 ans que le problème se déclare le plus souvent, mais les filles succombent beaucoup plus jeunes qu'auparavant aux pressions sociales les incitant à être minces. Des fillettes d'à peine six ou sept ans expriment leur crainte de devenir obèses et pensent qu'elles doivent perdre du poids. En Amérique du Nord, 80 % des femmes affirment avoir suivi un régime avant leurs 18 ans. Les magazines de mode, les films et les émissions de télévision font la promotion d'un idéal d'image corporelle irréaliste que bien des filles et des femmes se sentent obligées d'atteindre. Dans notre société obsédée par le poids, non seulement la minceur est-elle considérée comme plus attirante, mais l'obésité est vue comme un signe de manque d'intelligence, de paresse, de malhonnêteté ou de laisser-aller. Toutes ces caractéristiques n'ont pourtant rien à voir avec le poids, mais les personnes qui cèdent à de telles pressions sont susceptibles de s'engager dans un cycle de comportements insidieux et frustrant, aux conséquences nocives. La tendance au développement de troubles de l'alimentation peut être liée à plusieurs facteurs de prédisposition.

Facteurs de prédisposition

Il est difficile d'établir un « profil » type de personnes susceptibles de développer un trouble de l'alimentation. Cependant, il existe des traits psychologiques personnels qui peuvent y prédisposer :

Le manque d'estime de soi. Les personnes qui ne se sentent pas bien dans leur peau peuvent essayer de changer en suivant un régime.

Le sentiment d'impuissance. Les personnes qui se sentent incapables de contrôler leur vie peuvent essayer de contrôler leur corps. Parfois, maîtriser son poids représente le seul contrôle qu'une personne puisse exercer sur son existence.

Le sentiment d'incompétence ou le perfectionnisme. Une personne qui doute de ses capacités peut penser à tort que modifier son corps va l'aider dans d'autres aspects de sa vie, tels que l'aptitude à prendre des décisions, à affronter les problèmes ou à nouer des relations avec les autres.

La peur de la maturité. Certains adolescents, dépassés par les nombreux changements de la puberté, peuvent essayer de freiner leur passage vers l'âge adulte.

Glossaire des troubles de l'alimentation

Anorexie mentale
Les victimes d'anorexie mentale perdent du poids en se privant de nourriture. Leur peau s'assèche, craquelle et peut jaunir légèrement. Les cheveux tombent. Et même si le poids d'une victime de l'anorexie descend aussi bas que 37 kg, celle-ci peut encore se considérer comme trop grosse et continuer de se laisser mourir de faim. Selon des études qui s'échelonnent sur une longue période, 20 % des personnes qui souffrent d'anorexie en meurent.

Symptômes :

• refus de maintenir un poids santé;

• poids de la personne atteignant moins de 85 % du poids normal compte tenu de son âge et sa taille;

• peur intense de prendre du poids;

• image corporelle déformée;

• déni du danger inhérent au maintien d'un faible poids;

• aménorrhée (arrêt des menstruations).

Boulimie
Les personnes boulimiques mangent des quantités anormalement élevées de nourriture, en particulier en réaction au stress. Elles éliminent ensuite ce qu'elles ont mangé, souvent par vomissements qu'elles provoquent en se mettant les doigts dans la gorge ou en prenant du sirop d'ipéca. D'autres utilisent des laxatifs pour forcer le transit intestinal, font de l'exercice à l'excès ou pratiquent le jeûne périodique. Ces méthodes leur permettent de perdre du poids temporairement. Cependant, la plupart reprennent vite tout le poids perdu. Comme les anorexiques, les boulimiques montrent des signes d'inanition, comme la perte des cheveux et le dessèchement de la peau, et peuvent être déprimés, anxieux et irritables.

Symptômes :

• alimentation compulsive suivie de purge; répétition d'épisodes d'hyperphagie suivie de purgation;

• impression de ne pas pouvoir contrôler son comportement alimentaire;

• mise fréquente au régime, même si le poids est normal;

• propension à croire que l'estime de soi est l'apanage des gens minces;

• obsession du poids et de l'apparence du corps ainsi qu'une perception déformée de son propre poids et de sa taille;

• adoption de comportements autodestructeurs, comme l'abus d'alcool ou de drogues, l'abus de l'utilisation de cartes de crédit, le vol d'argent ou de nourriture, le tabagisme dans le but de se couper l'appétit;

• enflure des glandes parotides, situées sous la mâchoire, causée par la fréquence des vomissements;

• problèmes dentaires fréquents et inhabituels causés par la présence des acides digestifs dans la bouche au cours des vomissements.

Anorexie athlétique (exercice compulsif)
L'anorexie athlétique n'est pas considérée comme un diagnostic au même titre que l'anorexie mentale ou la boulimie. Cependant, elle appartient à la catégorie des troubles alimentaires parce que, comme les autres troubles, elle implique une obsession de la nourriture et du poids. La personne souffrant d'anorexie athlétique fait de l'exercice de façon compulsive pour contrôler son poids, tentant ainsi de rehausser son estime de soi et d'acquérir un sentiment de contrôle et de pouvoir.

Symptômes :

• faire de l'exercice plus qu'il n'est nécessaire pour être en bonne santé et être fanatique en matière de poids et de régime;

• réduire le temps consacré à ses autres activités et à ses relations avec autrui pour faire de l'exercice;

• mettre l'accent sur le défi représenté par l'activité physique au détriment du plaisir et constamment se lancer de nouveaux défis sans jamais être satisfait de ses performances athlétiques;

• définir sa valeur en fonction de sa performance physique;

• considérer qu'un comportement compulsif est sain parce qu'on est sportif.

Hyperphagie compulsive
Trop manger n'est généralement pas considéré comme un trouble de l'alimentation mais, comme c'est le cas des autres troubles de l'alimentation, ce comportement repose sur une relation malsaine avec la nourriture et des problèmes affectifs liés à l'alimentation. Il n'est pas accompagné de purgation.

Symptômes :

• épisodes répétitifs d'hyperphagie et, par conséquent, sentiment de manque de contrôle;

• sentiments de culpabilité et de honte associés à une consommation excessive d'aliments;

• gain de poids.

Pendant une crise d'hyperphagie, certains mangent plus rapidement qu'à l'habitude jusqu'à avoir trop mangé, d'autres mangent d'énormes quantités sans avoir faim, d'autres se gavent au lieu de manger, et d'autres mangent seuls en cachette.

Hyperphagie boulimique
Les personnes aux prises avec l'hyperphagie boulimique s'empiffrent, mais ne font pas systématiquement appel à des comportements compensatoires (comme le vomissement, le jeûne ou l'abus de laxatifs) pour maintenir leur poids. Une personne souffrant d'hyperphagie boulimique a souvent un poids naturel supérieur à celui d'une personne « moyenne », et en particulier à celui que notre société considère comme idéal. La personne suit un régime, a très faim et mange ensuite frénétiquement pour calmer cette faim. L'hyperphagie peut aussi être motivée par des raisons émotionnelles, comme un sentiment de honte ou de gêne, un besoin de réconfort, un sentiment de torpeur ou encore dans une tentative d'éviter les situations de malaise. Les régimes n'aident pas à guérir l'hyperphagie boulimique et peuvent même aggraver la situation.

Symptômes :

• manger en grandes quantités et manger fréquemment, souvent bien au-delà de la satiété, et en éprouver ensuite des sentiments de culpabilité et de honte;

• sentiment de perte de contrôle et incapacité de s'empêcher de manger;

• manger à la sauvette ou en secret;

• avoir déjà essayé sans succès plusieurs régimes;

• l'obésité (environ un cinquième des personnes obèses est touché par un problème d'hyperphagie boulimique).

Syndrome de la fringale nocturne
Le syndrome de la fringale nocturne n'est pas officiellement reconnu comme un trouble de l'alimentation, mais il s'y apparente par l'obsession alimentaire qui le caractérise. Des facteurs biologiques et émotionnels peuvent jouer un rôle dans ce syndrome.

Symptômes :

• avoir peu ou pas d'appétit au petit déjeuner;

• manger plus dans les heures suivant le souper qu'au souper lui-même, plus de la moitié de la consommation alimentaire quotidienne ayant lieu après le repas du soir. La personne atteinte de ce trouble ne s'empiffre pas, mais mange de façon continue au cours de la soirée.

• comportement persistant pendant au moins deux mois;

• troubles du sommeil;

• sentiments de culpabilité, d'anxiété ou de honte accompagnant le fait de manger.

Pica
Le trouble appelé « pica » est un besoin irrésistible de consommer des substances non alimentaires, telles que poussière, glaise, craie, écailles de peinture, fécule de maïs, bicarbonate de soude, marc de café, cendre de cigarette, rouille et plastique. On l'observe habituellement chez les femmes enceintes, les personnes ayant un régime pauvre en minéraux contenus dans la matière consommée ou les personnes atteintes de troubles psychiatriques. Le pica n'est pas dangereux, sauf si les substances consommées sont toxiques.

Trouble alimentaire lié au sommeil nocturne
Le trouble alimentaire lié au sommeil nocturne est considéré comme un trouble du sommeil plutôt que de l'alimentation. Elle se manifeste entre l'état de veille et le sommeil. La personne peut alors s'empiffrer ou consommer des combinaisons étranges d'aliments et de matières non alimentaires. Au réveil, elle se souvient peu ou pas de cet événement.

Effets physiologiques des troubles de l'alimentation

Conséquences de l'inanition
Quand un trouble de l'alimentation conduit à l'inanition, le rythme cardiaque et la température du corps diminuent tandis que le métabolisme de la personne ralentit. Les femmes peuvent connaître une interruption occasionnelle ou complète de leurs règles. Des poils fins apparaissent sur le visage et le dos, mais les cheveux tombent. La peau devient sèche et la mine, terreuse. Les chevilles, le visage et les doigts enflent. La personne éprouve de la fatigue.

Conséquences de l'hyperphagie et de la purgation
La santé d'une personne qui s'empiffre et se purge ensuite est menacée. Les effets de l'hyperphagie et de la purgation comprennent :

Des déséquilibres électrolytiques - La purgation entraîne une perte de protéines et d'électrolytes comme le potassium, le sodium et le chlorure, dont les nerfs et les muscles ont besoin pour fonctionner normalement. L'hypokaliémie (baisse de la concentration de potassium) peut survenir rapidement et entraîne fatigue, faiblesse musculaire, spasmes, irritabilité et dépression chez le sujet atteint. Dans les cas graves, elle peut provoquer une irrégularité du rythme cardiaque, des convulsions et même la mort suite à une défaillance cardiaque ou rénale.

Des problèmes gastro-intestinaux - Le ballonnement, la plénitude gastrique, les douleurs abdominales et la constipation sont fréquents chez les boulimiques. Les vomissements répétés peuvent provoquer l'inflammation de l'œsophage et même le déchirement du revêtement de sa paroi. L'abus de laxatifs provoque des maux d'estomac, des crampes et de la constipation, et affaiblit le corps qui ne peut plus absorber les graisses, les protéines et le calcium à travers les parois intestinales.

Des déficiences nutritionnelles - La purgation et les vomissements gênent l'absorption normale des protéines, des glucides et des lipides.

De l'œdème - L'usage des laxatifs a peu d'effets sur l'absorption des calories; la perte de poids entraînée par l'usage de laxatifs ou de diurétiques est attribuable à la perte de fluides. Quand la déshydratation survient, il y a souvent, en réaction, une rétention de liquide pendant 48 à 72 heures, ce qui produit de l'œdème (enflure) : la personne a l'impression d'être gonflée et grosse, ce qui perpétue le cycle excès alimentaire-purgation.

Utilisation de l'ipéca - L'ipéca contient de l'émétine, un poison musculaire qui s'accumule dans l'organisme et peut entraîner la mort. Il est dangereux d'utiliser du sirop d'ipéca pour provoquer des vomissements afin de perdre du poids.

Diagnostic et traitement

Les troubles de l'alimentation doivent être diagnostiqués à partir des symptômes qui leur sont spécifiques et non par l'élimination des « vraies » maladies. Les troubles de l'alimentation tournent habituellement autour de l'image corporelle : un désir d'être mince, une crainte excessive de devenir gros et des attitudes destructrices à l'égard de la nourriture et du soi physique. La symptomatologie des hommes est semblable à celle des femmes. Les troubles de l'alimentation sont curables s'ils sont reconnus tôt et traités en collaboration par des professionnels de la santé formés et lorsque le patient bénéficie d'un réseau de soutien. Le but de la thérapeutique devrait être le développement de comportements alimentaires sains, la restauration et le maintien d'un poids santé et le développement d'attitudes saines à l'égard du corps, de l'image de soi, de la nourriture et des relations avec les autres. Pour réaliser de tels changements chez la personne atteinte d'un trouble alimentaire, il peut être nécessaire de mettre au jour des expériences traumatisantes ou de mauvais traitements dont elle aurait pu être l'objet et de résoudre les problèmes qui s'y rattachent, de renforcer ses capacités à faire face aux problèmes et d'apporter un soutien à sa famille et aux amis qui l'aident à surmonter ses troubles de l'alimentation.


Lecture supplémentaire

  • Brian Wansink, Mindless Eating: Why We Eat More Than We Think (2007).

Liens externes