Vancouver en vedette : Le Marine Building ouvre ses portes pendant les déboires de Wall St.

Vancouver n’a alors jamais vu chose pareille : un gratte-ciel en forme de gâteau de mariage avec des oies en vol, des poissons et des zeppelins suspendus au-dessus. Le Marine Building demeure un chef-d’œuvre de l’architecture Art Déco, mais c’est un désastre financier depuis l’ouverture de ses magnifiques portes ornées de dorures.

De l’intérieur comme de l’extérieur, le Marine Building évoque un décor d’époque du cinéma hollywoodien et reflète à la fois le côté romantique des voyages antiques en mer, les nouvelles technologies (pour 1930) et une riche vie sous-marine. Même aujourd’hui, c’est encore une symphonie étourdissante de décorations en plâtre, d’incrustations de bois exotiques, de vitraux, de formes en terre cuite et de pièces en laiton chatoyant.

Mais en plein milieu de sa construction, la bourse de Wall Street s’effondre, plongeant le monde entier dans la Grande Dépression. Une fois les fanfares évanouies, le chef-d’œuvre architectural de Vancouver reste donc à moitié vide. Les locataires potentiels sont effrayés par sa grandeur, même si les loyers sont comparables à ceux des autres espaces de bureau proposés en ville. Ses ascenseurs, capables de s’élever à la vitesse de 13 km/h (et chacun occupé par une préposée en uniforme), restent immobiles.

La société propriétaire de l’édifice, la G.A. Stimson Company, est désespérée. Elle essaie de vendre l’édifice à la Ville, avec l’idée d’en faire une nouvelle mairie, en vain. En 1933, elle n’a plus le choix. La société vend l’immeuble à la British Pacific Building Co., alors aux mains de la brasserie Guinness (dont les buveurs de stout semblent avoir traversé sans trop de peine les temps difficiles), pour la somme de 900 000 $, soit un million de dollars de moins que le coût de construction, et moins que le prix à payer pour bon nombre de bungalows de Vancouver aujourd’hui.