Voix d'ici : Janet Evic et Jessie Kangok

Dans cette vidéo, Jessie Kangok et Janet Evic parlent de leur travail sur la première émission de radio pour et par des Inuits à Ottawa, en inuktitut. Elles discutent de la migration urbaine et de l’importance de la promotion de la langue.

Qujannamiik, Jessie et Janet d’avoir partagé vos passions et vos réalisations avec nous.

Un merci spécial à Nicole Parsons et à Tungasuvvingat Inuit.

Dans cette vidéo, Jessie Kangok et Janet Evic parlent de leur travail sur la première émission de radio pour et par des Inuits à Ottawa, en inuktitut. Elles discutent de la migration urbaine et de l’importance de la promotion de la langue. Qujannamiik, Jessie et Janet d’avoir partagé vos passions et vos réalisations avec nous. Un merci spécial à Nicole Parsons et à Tungasuvvingat Inuit.


Tourné le 29 septembre 2019 sur le territoire non cédé des Algonquins.

Dir. Photographie - Jonathan Elliott
Coloriste - Martin Gaumond + Outpost MTL
Ingénieur du son - Seratone Studios
Illustrations - Natasha Donovan

Transcription

Janet : Il faut toujours parler notre langue, si nous voulons la préserver.

Rhoda Karetak (entrevue) : Ils devraient parler leur langue maternelle. Dans ces garderies, ils parlent en anglais. Ces enfants qui devraient parler eninuktitutne parlent maintenant qu’en anglais, même les jeunes adultes. Ils commencent à parler en inuktitut, mais lorsqu’ils ne se comprennent pas, ils ont tendance à parler en anglais. C’est un défi. Il y a une terminologie pour tout, on doit la comprendre.

Nous parlons nos dialectes et nous parlons clairement ici dans le foyer de personnes âgées. Nous qui vivons ici provenons de différentes communautés. Bien que nous soyons tous Inuits, nous avons parfois besoin d’un interprète (rires).

Jessie : Ici, à Ottawa, la programmation à la radio et à la télévision est très diverse, et il y a des émissions pour les Premières Nations, mais encore aujourd’hui, il manquait une voix des Inuits. Notre vision principale n’est pas seulement de promouvoir notre langue, mais aussi de défendre et d’éduquer à propos de pas seulement notre histoire, mais aussi d’où nous venons, le chemin que nous avons fait; avoir la chance de nous faire entendre et de faire partie de la conversation ici, dans cette ville.

Jessie : Je m’appelle Jessie Kangok. Je suis originaire d’Igloolik. Je suis Inuk.

Janet : Je m’appelle Janet Evvik. Je suis originaire de Pangnirtung, au Nunavut. Cela fait 6 ans que je suis à Ottawa. Je suis monteuse à Uqallagviket je travaille en télédiffusion.

Janet : Nipivutest une émission de radio de Montréal, en inuktitut et en anglais. Ils voulaient élargir la portée de l’émission, donc ils ont contacté Ottawa.

Intertitre: Ottawa possède la plus grande population d’Inuits à l’extérieur du Nord, avec une population de 1 280 Inuits selon le recensement de 2016. Cependant, durant la même année, 4 000 personnes ont eu recours aux services de Tungasuvvingat Inuit (un endroit qui accueille les Inuits).

Jessie : Ce nombre va continuer à augmenter. La migration continue ici. Surtout en raison du manque de services dans le Nord, parce qu’il n’y a pas beaucoup de choses là-bas, autres que les besoins de base comme l’éducation et les magasins du Nord. Il n’y a pas beaucoup de soutien pour la santé mentale ou de soutien crucial pour les impacts de la colonisation.

Jessie : Nous sommes excités de pouvoir créer des liens avec notre communauté grandissante, ici à Ottawa. C’est un mélange de plusieurs personnes de partout au Nunavut - différents dialectes, différentes valeurs, ce sont des choses que j’adore apprendre des autres. Certaines personnes sont issues de la rafle des annéess oixante et n’ont jamais été exposées à la culture ou à la langue inuite. C’est incroyable d’avoir la chance d’échanger avec ces personnes.

Janet : Nous faisons des entrevues avec les jeunes. Il y a beaucoup d’artistes qui émergent, nous devons les entendre.

Jessie : Mais c’est aussi une façon de communiquer avec les fournisseurs de services afin qu’ils puissent prendre de meilleures décisions. Et d’espérer qu’il y ait plus d’empathie lorsqu’ils prennent des décisions majeures, plus précisément lorsqu’il s’agit des enfants et des jeunes Inuits et de nos familles. Je crois qu’il est important, si vous servez notre communauté, d’avoir fait plus que de simplement lire un livre. Je crois qu’il est important de collaborer, de travailler ensemble et d’aller de l’avant.

Jessie : Avec mon plus vieux, qui va avoir 13 ans, j’étais catégorique qu’il allait apprendre sa langue et sa culture, en ville. J'étais très persévérante, et l'un des aînés avait remarqué que j'étais un peu militante, et donc, il m’a arrêtée et a discuté avec moi. Il a dit: « Laisse ton fils faire ce qu’il veut. Parle ta langue avec tes amis et ta famille. Fait jouer de la musique. Ne lui mets pas de pression. » Je vois les résultats positifs. Il veut apprendre la langue et la culture. Et les deux plus jeunes - parce que je ne les ai pas forcés, ils ont commencé plus tôt à vouloir apprendre la langue et la culture.

Janet : J’ai du déménager ici, parce que je n’avais pas d’appartement à la maison. Je voulais vraiment élever mon fils au Nunavut, afin qu’il puisse apprendre à bien parler l’inuktitut. Il y a un endroit qui s’appelle Inuuqatigiit –c’était auparavant le Centre pour les enfants inuits d’Ottawa. Je laisse mon fils y aller, et il apprend à propos de notre culture et de notre langue. Nos enfants sont notre futur. Nous devons vraiment préserver notre langue et leur apprendre l’inuktitut. C’est là que la radio est vraiment utile. Les enfants apprennent grâce aux chansons. Et lorsque nous jouons des chansons en inuktitut, ils commencent… ils commencent à fredonner, à copier les paroles.

Aluki Kotierk (extrait radio) : Donc, l’inuktitut est l’une des langues que l’on observe être assez fortes au Canada, malgré les efforts du gouvernement fédéral et des systèmes coloniaux établis. Cela dit, nous savons qu’au Nunavut, bien que la majorité des gens parlent l’inuktitut comme langue maternelle, nous savons qu’elle est en déclin de 1% par année. Si ce déclin continue, cette richesse et cette vision du monde seront perdues, ce qui serait une honte non seulement pour les Inuits, mais aussi pour le Canada.

Jessie : Mes enfants y sont exposés et ils écoutent. Et après avoir appris la chanson, ils me disent généralement : « Anaana, qu’est-ce que ça signifie? » ou « Que veut dire ce mot? ». Ils apprennent la langue grâce aux chansons, et ça marche. Et ils aiment jouer avec les mots qu’ils ont appris au cours de la journée dans de différentes conversations pour essayer de m’impressionner ou pour me dire qu’ils sont bilingues.

Janet : Même avec les adultes, juste un mot, juste un mot peut aider. Même si ce n’est que pour une heure, vous pouvez nous écouter à la radio en inuktitut. Et on se sent un peu comme… comme à la maison. Vous savez? Vous vous sentez en lien avec votre communauté. Certaines personnes m’ont dit qu’elles nous écoutent là-bas, chez nous.

Jessie : Et nous faisons des entrevues entre nous.

Jessie : C’est toujours agréable de marcher dans la ville et de rencontrer d’autres Inuits. Ils disent toujours: « Heille! C’est quand votre prochaine émission? J’adore votre émission! » C’est toujours encourageant. Comme dit Janet, ça te fait oublier pendant un moment que tu es à Ottawa, et tu te sens comme si tu marchais comme un humain normal, capable de marcher à l’extérieur.

Jessie : Il y a plusieurs ressources ici pour pouvoir produire nos propres médias. Je crois que c’est important: quel est ton message? Quel est ton thème? Qui est ton public? Quelle est ta vision? Et de continuer à y adhérer!

Janet : Les Inuits ont fait beaucoup de chemin. Nous sommes le premier peuple. Nous sommes autochtones. Nous avons commencé sur la terre. Nos ancêtres ont travaillé fort afin que nous puissions être ici aujourd’hui. Nous devons enseigner notre culture et notre langue parce que nous sommes importants aussi - tout comme tous les êtres humains.