Droit de vote des femmes en Ontario

Le 12 avril 1917, l’Ontario devient la cinquième province à accorder aux femmes le droit de vote, après plus d’un demi-siècle d’activisme des suffragettes. Le mouvement des suffragettes naît en Ontario dans les années 1870 de la mobilisation à l’échelle du pays des femmes de la classe moyenne, qui considèrent la représentation politique comme un moyen d’élargir les droits des femmes et d’affirmer leur influence dans les domaines sociaux, économiques et réformateurs.



Emily Howard Stowe
Emily Howard Stowe, tirée de « The Women's Suffrage Movement in Canada » .

Le 12 avril 1917, l’Ontario devient la cinquième province à accorder aux femmes le droit de vote, après plus d’un demi-siècle d’activisme des suffragettes. Le mouvement des suffragettes naît en Ontario dans les années 1870 de la mobilisation à l’échelle du pays des femmes de la classe moyenne, qui considèrent la représentation politique comme un moyen d’élargir les droits des femmes et d’affirmer leur influence dans les domaines sociaux, économiques et réformateurs. Le premier groupe de suffragettes de l’Ontario est constitué majoritairement de femmes blanches, anglo-protestantes et instruites, menées par la Dre Emily Stowe (1831-1903), puis par sa fille, la Dre Augusta Stowe-Gullen (1857-1943). Le suffrage intéresse également les femmes abolitionnistes noires, les adeptes de la tempérance et les socialistes. Bien qu’il existe un éventail d’idéologies politiques derrière le mouvement des suffragettes, les deux courants de pensée principaux mettent l’accent soit sur l’égalité des femmes et des hommes, soit sur la supériorité de la nature maternelle des femmes pour justifier le droit de vote. Les suffragettes de l’Ontario cherchent surtout à obtenir des réformes en travaillant avec le système politique et juridique en place, et n’affichent pas le militantisme de certains mouvements américains et britanniques.

En partenariat avec leurs homologues de l’Ouest du Canada, des États-Unis et de l’Angleterre, les suffragettes de l’Ontario sensibilisent et rallient à leur cause la population, par la formation d’organismes, la participation à des conférences nationales et internationales, les pétitions et le lobbyisme à l’échelle provinciale et municipale, le théâtre et les écrits politiques. La majeure partie de l’activisme des suffragettes se déroule dans le sud de l’Ontario, notamment à Toronto où se trouve le siège des associations de suffragettes de la province. Les efforts des suffragettes sont tournés en ridicule par des hommes et des femmes qui rétorquent que les femmes n’ont pas besoin, ni même ne souhaitent, voter.

Après les victoires des suffragettes dans l’ouest du Canada en 1916, l’Assemblée législative de l’Ontario cède à la pression et finit par voter en faveur du suffrage des femmes. Cependant, toutes les femmes n’obtiennent pas le droit de vote en Ontario en 1917. À l’instar des hommes, le droit de vote est limité aux femmes de plus de 21 ans, nées ou naturalisées britanniques et vivant au pays depuis au moins 12 mois. Les autres femmes exclues du droit de vote sont les Autochtones vivant dans des réserves, la population carcérale féminine et les femmes résidant dans des asiles ou des établissements de bienfaisance.

Droits ancestraux

Plusieurs sociétés autochtones traditionnelles qui vivent au bord ou à proximité du lac Ontario sont dotées de structures matrilinéaires solides au sein desquelles les femmes exercent un réel pouvoir. Chez les Haudenosaunee, les mères de clans (des aînées auxquelles sont transmis les droits héréditaires de représenter les différentes nations de la confédération) sont chargées, de manière responsable et en s’appuyant sur leurs connaissances de la Grande Loi, de nommer, de surveiller et de retirer l’autorité des chefs et des gardiens de la foi (hommes). Cependant, après des siècles de colonisation, l’influence patriarcale des colons d’Europe vient à bout de la plupart des droits ancestraux des femmes autochtones.

Les femmes non autochtones du Haut-Canada, y compris parmi les colons britanniques, les loyalistes américains, les Noirs libres et les esclaves d’origine africaine, vivent sous le joug d’une société patriarcale qui laisse aux femmes peu de liberté en termes de droits politiques, de protection juridique et d’indépendance économique. Et surtout, sous le régime de la common law britannique, une femme mariée n’a pas le droit de posséder ou de vendre des biens, et n’a aucun contrôle sur la manière dont ses propres gages sont dépensés. Jusqu’au milieu, voire la fin du XIXe siècle, la majorité des femmes sont tenues à l’écart de l’éducation supérieure et des carrières professionnelles.

À l’origine, la structure de gouvernance du Haut-Canada n’empêche pas explicitement les femmes de voter. L’Acte constitutionnel de 1791 désigne les électeurs comme des « personnes » qui possèdent une propriété d’une certaine valeur, sans critère d’admissibilité lié au sexe. En théorie, les femmes célibataires et veuves propriétaires doivent pouvoir voter, mais l’absence de relevés de vote des femmes dans le Haut-Canada montre que les femmes qui répondent aux critères de propriété ne sont pas censées utiliser leur droit de vote ou autorisées à le faire.

En 1840, l’Acte d’Union ne restreint pas non plus l’admissibilité au suffrage en fonction du sexe. Cependant, après la première preuve du vote des femmes propriétaires dans le Canada-Ouest (anciennement le Haut-Canada) en 1844, un candidat défait du Parti réformiste se plaint du fait que sept femmes ont voté pour son adversaire conservateur.

Lorsque le Parti réformiste revient au pouvoir en 1849, il s’empresse d’ajouter aux lois électorales du Canada la première disposition excluant les femmes du droit de vote. En 1850 cependant, une exception permet aux femmes propriétaires, qu’elles soient ou non mariées, de voter et d’être élues comme commissaires d’école, même si peu d’entre elles font valoir ce droit avant le XXe siècle.

Entre 1859 et 1873, des pétitions et des lettres rédigées par des femmes et envoyées aux rédactions invoquent des cas d’abus et d’abandon pour justifier l’assouplissement des droits d’accès à la propriété des femmes. Ces campagnes ne mènent qu’à des demi-mesures qui autorisent les femmes à posséder, mais non à vendre, toute propriété dont elles ont hérité avant leur mariage.

Avec la création de la Confédération en 1867, et notamment l’adoption de l’Acte de l’Amérique du Nord britannique (qui s’appelle désormais la Loi constitutionnelle de 1867), l’admissibilité au suffrage devient une responsabilité provinciale. L’exclusion des femmes des élections municipales, provinciales et fédérales est maintenue dans la province nouvellement formée de l’Ontario, jusqu’à ce que la constitution du mouvement des suffragettes en 1870 remette en question le statu quo.

Women’s Literary Club de Toronto

La création du Women’s Literary Club de Toronto en 1876, un organisme voué à l’éducation des femmes, marque le début du mouvement des suffragettes au Canada. Fondé par la Dre Emily Stowe, la première femme à pratiquer la médecine au Canada, le Women’s Literary Club de Toronto offre un espace de réunion hebdomadaire pour les femmes instruites, ce qui constitue une percée révolutionnaire, compte tenu du fait que les clubs étaient jusque-là l’apanage des hommes. Emily Stowe a l’idée de lancer le Women’s Literary Club après avoir assisté à la conférence de l’American Association for the Advancement of Women, qui réunit divers groupes d’études féminins. Les membres du Women’s Literary Club cherchent à s’épanouir intellectuellement en étudiant la littérature, les sciences et la musique, et en assistant à des représentations théâtrales et des conférences, qui donnent souvent lieu à des discussions sur le statut de la femme et sur d’autres questions relatives aux réformes sociales et civiques. En 1881, un journal hebdomadaire torontois, Canada Citizen, apporte son soutien au Women’s Literary Club en confiant une chronique du journal à l’une de ses membres, Sarah Anne Curzon, qui rédige un article sur les réformes préconisées par les femmes.

La même année, le Women’s Literary Club envoie une première délégation à l’Assemblée législative provinciale pour demander le droit de vote des femmes. Les efforts du club permettent l’adoption d’une nouvelle loi octroyant aux femmes propriétaires le droit de vote sur des questions mineures d’ordre municipal et des règlements administratifs. Fort de cette victoire sur le plan municipal, le Women’s Literary Club est dissous en 1883 pour renaître sous la forme de la Canadian Women’s Suffrage Association, dont les membres œuvrent ouvertement à l’obtention du droit de vote des femmes. Contrairement au Women’s Literary Club, la Canadian Women’s Suffrage Association admet les membres masculins. En 1884, une nouvelle modification législative accorde aux femmes célibataires et aux veuves le droit de vote aux élections municipales.

Même si l’avènement de la Canadian Women’s Suffrage Association constitue une étape importante de l’histoire du suffrage des femmes, deux exemples sont également significatifs : le mouvement des femmes noires abolitionnistes et le Woman’s Christian Temperance Union. Ces deux mouvements témoignent d’une volonté précoce de changement social et de réforme électorale.

Activisme des femmes noires

Les femmes noires du sud-ouest de l’Ontario comptent parmi les premières femmes activistes au Canada à s’organiser et à lutter pour les droits civils. Dans les années 1850, deux décennies avant la création du Women’s Literary Club de Toronto, Mary Bibb et Amelia Freeman Shadd organisent des clubs littéraires et sociaux pour les femmes à Windsor et Chatham. En 1853, l’éminente abolitionniste Mary Ann Shadd est la première femme rédactrice et éditrice d’un journal nord-américain, The Provincial Freeman, à parler du droit de vote des hommes noirs et des origines du mouvement des suffragettes aux États-Unis.Alors que le mouvement des femmes noires en faveur du suffrage reste actif en parallèle à celui du mouvement principal au Canada, Mary Ann Shadd retourne aux États-Unis pour fonder en 1880 le Colored Women’s Progressive Franchise Association.

Mary Ann Shadd Cary, c. 1845-55.

Woman’s Christian Temperance Union

Fondée en 1874 à Owen Sound par une enseignante de l’école du dimanche, Letitia Youmans, la branche canadienne de la Woman’s Christian Temperance Union est née de la réforme sociale évangélique de la fin du XIXe siècle (voir Social Gospel). Gagnant rapidement du terrain à l’échelle de la province et du pays, la Woman’s Christian Temperance Union présente la tempérance comme un enjeu pour les femmes de la classe moyenne, soutenant que la prohibition et la sobriété permettraient de réduire la violence conjugale, la prostitution et la pauvreté, et par conséquent d’améliorer le sort des femmes des classes pauvres et ouvrières. À l’origine, et malgré des convergences de vues, la Woman’s Christian Temperance Union est réticente à soutenir le droit de vote, car elle considère que l’influence des femmes est plus utile à la maison qu’aux urnes. Les branches ontariennes de la Woman’s Christian Temperance Union se détachent des rangs en 1891 pour s’allier à la Canadian Women’s Suffrage Association sur la question du suffrage des femmes, soulignant que leurs voix sont indispensables à l’adoption d’une loi sur la tempérance. La Woman’s Christian Temperance Union leur emboîte le pas à l’échelle du pays cinq ans plus tard en soutenant le droit de vote.

Activisme à la fin du XIXe siècle

La mobilisation de nouvelles organisations féministes à la fin du XIXe siècle, dont les membres appartiennent souvent à plusieurs d’entre elles, contribue à sensibiliser le public, par l’intermédiaire de la presse et de l’Assemblée législative, sur les lacunes des lois ontariennes en matière de protection des femmes. Pendant les années 1880 et 1890, la Canadian Women’s Suffrage Association et ses organisations alliées œuvrent à obtenir le droit de vote aux élections municipales pour les femmes mariées et aux élections provinciales pour toutes les femmes. Plus d’une centaine de pétitions sont adressées aux conseils municipaux et au gouvernement provincial entre 1884 et 1888. Le député provincial libéral John Waters (Middlesex North) soutient assidûment la cause en présentant neuf projets de loi en faveur du suffrage des femmes entre 1885 et 1893. Des campagnes sur le sujet permettent d’ouvrir aux femmes davantage d’universités et d’améliorer les droits d’accès à la propriété des femmes mariées. Enfin, l’Ontario accorde en 1884 aux femmes mariées le droit de posséder une propriété et de la gérer sans consulter leur mari.

Dominion Women’s Enfranchisement Association

Suite à la visite d’une suffragette américaine, la Dre Anna Howard Shaw, Emily Stowe crée en 1889 une nouvelle association en faveur du suffrage des femmes, la Dominion Women’s Enfranchisement Association (DWEA), dont elle assume la présidence jusqu’à son décès en 1903. Cette association, qui espère s’inscrire dans un réseau national, rejoint en 1883 le nouveau National Council of Women of Canada, bien que la majeure partie de ses activités restent en Ontario. L’association continue de tisser des liens à l’étranger et au pays, avec la visite de Susan B. Antony en 1889 et une convention nationale en 1890. Malgré l’absence de progrès sur le plan provincial et municipal, en 1892 trois femmes, dont la fille de la Dre Stowe, la Dre Augusta Stowe-Gullen, sont élues pour la première fois au Toronto School Board. En 1894, une délégation de 150 personnes issues de la Dominion Women’s Enfranchisement Association et de la Woman’s Christian Temperance Union se rend auprès du premier ministre Oliver Mowat. Même si le premier ministre se montre favorable à la cause, la période qui suit cette visite entre 1893 et 1905 ne voit aucun nouveau projet de loi présenté en faveur du suffrage des femmes.

Opposants au droit de vote des femmes

La plupart des politiciens conservateurs et libéraux tentent d’apaiser les suffragettes en expliquant qu’ils ne sont pas contre le vote des femmes par principe. Ils avancent toutefois le fait qu’ils ne peuvent pas réformer le suffrage sous prétexte qu’une minorité de femmes, qui ne sont par conséquent pas représentatives de la majorité, sollicitent le droit de vote. Les plus violemment opposés au droit de vote des femmes prédisent un bouleversement complet des valeurs sociales et familiales, ou opposent le suffrage au plan sacré de Dieu pour les hommes et les femmes. Pendant ce temps, les femmes qui s’opposent au droit de vote féminin, comme la fondatrice du Women’s Institute et partisane de l’économie domestique Adelaide Hoodless, rejettent l’admission au suffrage sous prétexte que les femmes peuvent déjà faire une différence en exerçant leur influence au sein de la famille et de la collectivité, en évitant ainsi la corruption de la politique. Même le National Council of Women of Canada ne soutient pas l’admission au suffrage avant 1910 en raison de son aspect trop controversé. Dans leur parodie de parlement de 1896, les membres de la Dominion Women’s Enfranchisement Association caricaturent le discours des politiciens en mettant en scène des femmes prétendument membres du Parlement qui présentent leurs objections à une délégation d’hommes demandant le droit de vote.

Adelaide Hunter Hoodless, réformatrice de l'éducation
Huile de Marion Long, d'après J.W. Forster.

Ontario Socialist League

Le nouveau siècle apporte un regain d’énergie et de nouveaux adeptes du mouvement ontarien des suffragettes. Au tournant du XXe siècle, des groupes de socialistes se forment au Canada, qui offrent leur soutien à la cause féminine et expliquent qu’une révolution socialiste libérerait la femme du joug patriarcal. À l’instar de la Woman’s Christian Temperance Union, ils se rendent compte que les voix des femmes pourraient servir leur cause. Ainsi, l’Ontario Socialist League (OSL) intègre le suffrage universel à son programme en 1902. L’Ontario Socialist League soutient la candidature d’une de ses membres, Margaret Haile, lors de l’élection provinciale ontarienne en tant que première candidate de sexe féminin, initiative approuvée par la Dre Stowe-Gullen. Enseignante et journaliste, Margaret Haile perd l’élection en obtenant à peine plus de 70 voix. Au moment où la plupart des femmes socialistes travaillent dans l’ombre au sein de leurs organisations respectives, Margaret Haile fait figure d’exception en se lançant dans la vie publique.

Canadian Suffrage Association

La Dominion Women’s Enfranchisement Association devient la Canadian Suffrage Association en 1906. Suivant les traces de sa mère, la Dre Stowe-Gullen devient sa première présidente. Malgré son envergure nationale, la Canadian Suffrage Association concentre ses activités, et notamment l’obtention du suffrage aux élections provinciales, en Ontario principalement. L’association travaille avec de nouveaux adeptes du suffrage des femmes, comme le maire de Toronto Emerson Coatsworth, le député libéral John Smith (Peel) et le député travailliste Allan Studholme (Hamilton East), qui tous ont déposé des résolutions et des projets de loi, malgré l’accueil glacial du premier ministre conservateur, James P. Whitney. La pétition de la Canadian Suffrage Association de 1909 est particulièrement marquante. Avec 13 autres groupes réformistes et des organisations féministes, la Canadian Suffrage Association soumet au premier ministre Whitney une pétition de 100 000 signatures en faveur du suffrage des femmes. Même si cette somme d’efforts considérables est soulignée dans le Globe de Toronto, le premier ministre évite de s’engager. La même année, Toronto accueille la réunion de l’International Council of Women, qui attire des féministes d’Europe et d’Amérique du Nord. Plus tard la même année, les suffragettes britanniques Emmeline Pankhurst et Ethel Snowden se rendent à Toronto et offrent leur soutien à leurs consœurs canadiennes.

En 1911, Flora MacDonald Merrill Denison, couturière et écrivaine, devient la présidente de la Canadian Suffrage Association. Alors qu’elle représente le Canada lors de deux réunions de l’International Woman Suffrage Alliance en Europe, ses penchants socialistes, son engagement en faveur de la régulation des naissances et du divorce et son soutien aux suffragettes britanniques sont jugés trop controversés pour la présidente de la Canadian Suffrage Association. Après sa démission en 1914, elle est remplacée à la tête de l’association par la Dre Margaret Gordon. En tant qu’ancienne vice-présidente de la Canadian Suffrage Association et présidente de la Toronto Suffrage Association, Margaret Gordon a jusqu’alors axé son travail sur le vote municipal. En 1914, elle communique avec environ 850 conseils municipaux en Ontario pour connaître leur position sur le droit de vote des femmes. En réponse, 161 collectivités envoient des pétitions en faveur du droit de vote des femmes aux élections municipales et 33 organisent des référendums sur le sujet, tous favorables à la cause. Bien que la majorité de l’Assemblée législative reste opposée au suffrage des femmes, les Ontariens semblent de plus en plus nombreux à souhaiter voir les femmes acquérir davantage de droits politiques.

Obtention du droit de vote

La crise de la Première Guerre mondiale (1914-1918) a pour effet à la fois de ralentir et de stimuler la croisade pour le droit de vote aux élections provinciales. De nombreuses suffragettes consacrent leur énergie à l’effort de guerre, alors qu’une minorité se tourne vers le pacifisme. D’autres présentent le bénévolat et le travail rémunéré des femmes pendant la guerre comme la preuve qu’elles méritent d’être des citoyennes à part entière. À l’arrivée au pouvoir du premier ministre William Hearst, la Canadian Suffrage Association et les quelques députés libéraux acquis à sa cause se mobilisent au travers de plusieurs délégations et projets de loi en 1915 et 1916. Bien que ces efforts ne soient pas couronnés de succès, le changement s’impose en Ontario après l’acquisition du droit de vote au Manitoba, en Saskatchewan et en Alberta en 1916, puis en Colombie-Britannique au début de 1917. Le Parti libéral de l’Ontario approuve le droit de vote des femmes juste avant l’ouverture de la législature en 1917. Avec les conservateurs qui considèrent que le vote des femmes aux élections fédérales pourrait favoriser leur plan de conscription, les conservateurs de l’Ontario ne tardent pas à rejoindre le rang des libéraux lors d’un vote unanime de soutien du projet de loi en faveur du suffrage des femmes en février 1917. Le 12 avril 1917, l’Ontario Franchise Act et l’Election Law Amendment Act reçoivent la sanction royale. Les femmes obtiennent finalement le droit de vote, 51 ans après la création du Women’s Literary Club.

Représentation politique des femmes

L’Ontario est la première province à élire une femme à la Chambre des communes. L’enseignante Agnes Macphail (comté de Southeast Grey) est élue députée en 1921, d’abord comme représentante des United Farmers of Ontario, puis du Parti progressiste et enfin de la Co-operative Commonwealth Federation. En tant que députée fédérale entre 1921 et 1940, Agnes Macphail représente les fermiers et les questions rurales, et défend les droits des travailleurs, des aînés, des enfants et des femmes. La première sénatrice du Canada vient également de l’Ontario : Carine Wilson, une libérale d’Ottawa qui jouit d’une longue expérience bénévole en matière de questions liées aux femmes et aux réfugiés, est nommée au Sénat en 1930.

Agnes Macphail
Agnes Macphail est la seule femme au Canada € ђtre Ћlue € la Chambre des communes en 1921, soit la premiЏre annЋe oџ les femmes ont le droit de vote.

C’est seulement en 1919 que le projet de loi donnant aux femmes ontariennes le droit d’exercer une charge politique à l’échelle provinciale et municipale est adopté. L’élection de Constance Hamilton au conseil municipal de Toronto en 1920, puis celle de Barbara Hanley au poste de mairesse de Webbwood en 1936 constituent des premières remarquables. C’est seulement en 1943, lorsqu’Agnes Macphail est élue à l’Assemblée législative provinciale, rejointe par sa consœur députée de la CCF Margaret Rae Lucock (Bracondale), que les femmes sont représentées sur le plan provincial. En 1972, Margaret Birch, une députée du Parti progressiste-conservateur de Scarborough East, est la première femme nommée à un poste ministériel en Ontario.

Barbara Hanley

En 1954, les Indiens inscrits en Ontario obtiennent le droit de vote aux élections provinciales, y compris les femmes. À l’échelle fédérale, les femmes autochtones qui vivent dans des réserves n’obtiennent le droit de vote qu’en 1960 suite à des modifications législatives, mais elles peuvent occuper une charge sur la réserve à partir de 1951. En 1954, Elsie Knott devient la première femme chef au Canada, à la tête de la Première Nation anishinaabe de Curve Lake, au nord-est de Peterborough.

Héritage

Le mouvement des suffragettes en Ontario a joué un rôle prépondérant dans la prise de conscience féministe et dans les changements législatifs qui ont permis d’élargir les droits économiques, juridiques et politiques des femmes. En outre, l’activisme en faveur du suffrage des femmes a permis l’avènement d’une vision plus globale de la démocratie en Ontario. Une fois le droit de vote acquis, les femmes de l’Ontario continuent de participer à la vie politique, exercent leur droit de suffrage, se présentent aux élections et constituent des organismes voués au progrès social et à l’égalité des sexes.