Writers' Union of Canada (fondée en 1973)

Jusqu'à tout récemment, la prose canadienne, en particulier les oeuvres de fiction, a connu un certain nombre de problèmes. Son public est restreint.

Writers' Union of Canada (fondée en 1973)

Jusqu'à tout récemment, la prose canadienne, en particulier les oeuvres de fiction, a connu un certain nombre de problèmes. Son public est restreint. En effet, jusqu'à la fin des années 60, les lecteurs estiment que la plupart des romans canadiens sont mal écrits et les maisons d'édition hésitent à les publier à moins qu'un éditeur anglais ou américain ne s'associe au projet. Le puritanisme qui persiste limite l'étendue des sujets et les goûts conservateurs des lecteurs freinent la publication de textes d'avant-garde. Les agents littéraires sont rares au Canada et les écrivains doivent aller aux États-Unis ou en Grande-Bretagne pour trouver un agent, souvent ignorant de la réalité canadienne, ou ils doivent tout simplement s'en passer. De plus, en raison de la distance qui sépare les villes, les écrivains se rencontrent rarement et les lectures publiques n'existent pas. Les écrivains de prose mènent souvent une vie isolée et sont peu reconnus, même lorsqu'ils parviennent à se faire publier. Il n'est pas rare de voir les plus ambitieux quitter le pays. La majorité de la société canadienne considère la fiction, au même titre que les autres formes d'art, comme secondaire.

Vers les années 70, une conscience et une confiance nationales accrues se traduisent déjà par une augmentation du nombre de lecteurs des textes en prose (fiction ou autres). Les oeuvres canadiennes représentent alors 25 p. 100 de l'industrie canadienne du livre. Les maisons d'édition fondées dans les années 60 contribuent à cette croissance et l'esprit d'entreprise, axé davantage vers le Canada, stimule des maisons plus anciennes, comme MCCLELLAND AND STEWART. Bientôt, les écrivains et le public prennent conscience de la valeur de la production canadienne. La domination étrangère est alors considérée comme une menace. Des commissions d'enquête sont donc mises en place par le Québec (1971) et l'Ontario (1973) afin d'étudier l'industrie de l'édition.

Les audiences de la commission ontarienne sont à l'origine de l'idée de créer une association d'écrivains canadiens. Au début, cette association se compose d'un petit noyau d'écrivains qui croient la concertation des auteurs nécessaire pour parvenir à un certain contrôle des conditions économiques dont leur travail dépend. Une réunion de planification se tient en décembre 1972 et la Writers' Union of Canada est officiellement fondée en novembre 1973. Étant donné l'existence de la LEAGUE OF CANADIAN POETS (fondée en 1966), l'association se limite aux écrivains de prose qui ont publié un livre au cours des sept dernières années ou dont un livre est en voie d'impression. Elle n'a jamais admis les journalistes et les dramaturges, qui ont leur propre association (la PERIODICAL WRITERS' ASSOCIATION OF CANADA et la PLAYWRIGHTS UNION OF CANADA). Depuis 1973, de nombreuses associations provinciales d'écrivains sont nées pour traiter de questions qui ne sont pas du ressort d'une association nationale. Les frais d'adhésion et des campagnes de financement assurent le financement de l'union. Cette dernière reçoit des subventions fédérales et provinciales, en particulier pour la tenue de son assemblée générale annuelle. En 1988, elle compte environ 600 membres.

L'union accomplit un travail considérable dans le domaine des contrats et retient les services d'un avocat pour conseiller ses membres lors de négociations. Son comité des griefs aide les auteurs à résoudre les conflits avec les éditeurs. De plus, elle dirige un service d'évaluation de manuscrits, fournit des conseils en matière fiscale, possède un centre de documentation et publie un bulletin mensuel. Elle s'occupe de questions comme le dumping de livres (pratique consistant à importer de l'étranger des livres d'écrivains canadiens revendus ici à prix réduit alors que l'édition canadienne est vendue au prix habituel). Grâce à ses efforts, cette pratique est maintenant connue du public et du gouvernement, qui a annoncé son intention de l'interdire. Des comités se penchent sur les questions reliées au DROIT D'AUTEUR, aux relations avec les éditeurs et les libraires, à la CENSURE et à la répression. En 1986, elle réalise l'un de ses principaux objectifs : l'institution d'une taxe d'utilisation publique destinée à dédommager les écrivains pour l'usage multiple de leurs oeuvres dans les bibliothèques.

Cependant, l'un des plus grands succès de l'union est d'avoir fait naître un esprit de professionnalisme et de respect d'eux-mêmes chez les écrivains. Fondée par des écrivains pour des écrivains, elle leur permet de se rencontrer, de se connaître et de prendre ensemble des décisions afin de changer la manière dont ils sont considérés et traités. Depuis les années 60, le public n'a plus la même image de l'écrivain canadien. Ce dernier, perçu auparavant comme un être excentrique et marginal, est aujourd'hui respecté de la société. L'union a considérablement contribué à ce changement et s'adapte en conséquence. VoirLITTÉRATURE ET POLITIQUE.