André Mathieu

(René) André (Rodolphe) Mathieu. Pianiste, compositeur (Montréal, 18 février 1929 - 2 juin 1968).

Enfant prodige

Il fait preuve très tôt d'un talent exceptionnel pour le piano et la composition, ce qui incite son père, Rodolphe Mathieu, à lui donner ses premières leçons. Il compose à quatre ans Trois études pour piano. Le 25 février 1935, il donne à l'hôtel Ritz-Carlton un récital de ses œuvres qui fait sensation et, au début de 1936, il est soliste de son Concertino no 1 avec orchestre, sous la direction de J.-J. Gagnier, à la radio de la SRC. Boursier du gouvernement du Québec, il se rend à Paris pour étudier le piano avec Yves Nat et Mme Giraud-Latarse ainsi que l'harmonie et la composition avec Jacques de la Presle. En décembre 1936, son récital à la salle Chopin-Pleyel suscite l'enthousiasme de la critique parisienne. Il joue de nouveau ses œuvres à la salle Gaveau, le 26 mars 1939, et le critique Émile Vuillermoz écrit alors : « Si le mot "génie" a un sens, c'est ici que nous pourrons le trouver. Mathieu a seulement dix ans et Vuillermoz ajoute... : « Je déclare qu'au même âge, Mozart n'avait rien écrit de comparable. » »

Mathieu revient à Montréal l'été suivant pour des vacances, mais la guerre le contraint à demeurer en Amérique du Nord. Il donne alors une série de récitals au Canada puis fait des débuts remarquables au Town Hall de New York, le 3 février 1940. Il se fixe à New York avec sa famille et y poursuit des études en composition avec Harold Morris, tout en remplissant de nombreux engagements au concert et à la radio. En 1941, il crée à Montréal son Concertino no 2 avec les Concerts symphoniques de Montréal (Orchestre symphonique de Montréal). La même année, cette œuvre remporte le premier prix (200 $) d'un concours pour jeunes compositeurs organisé par l'Orchestre philharmonique de New York à l'occasion de son centenaire. Mathieu l'exécute au Carnegie Hall le 21 février 1942 ainsi qu'avec la National Orchestral Association (New York) peu après. Il joue ses compositions lors d'un concert de la League of Composers.

De retour à Montréal en 1943, Mathieu donne de nombreux récitals, interprétant Bach, Beethoven, Chopin, Debussy, Liszt et Ravel, en plus de ses propres œuvres. Le 18 novembre 1945, il présente à l'hôtel Windsor ses plus récentes compositions, dont une Sonate pour violon et piano. À l'automne 1946, il retourne à Paris où il étudie pendant un an la composition avec Arthur Honegger et le piano avec Jules Gentil. Il écrit en 1947 un troisième concerto « romantique » pour piano et orchestre, dont la version abrégée, sous le titre de Concerto de Québec, est jouée par Neil Chotem dans le film canadien La Forteresse et sa version anglaise, Whispering City.

Promesse non tenue

Dans les années qui suivent, la carrière d'André Mathieu décline, bien qu'il continue à composer, notamment un Trio pour piano et un Quintette pour piano et quatuor à cordes. Tout en s'adonnant quelque peu à l'enseignement, il verse dans l'exhibitionnisme, participant à des « pianothons » qui font l'objet d'une publicité tapageuse, mais déçoivent profondément ceux qui ont vu en lui un talent exceptionnel.

Compte tenu des riches promesses manifestées dans sa jeunesse, il est à déplorer que ses dons ne s'épanouissent pas davantage. Il possède d'indéniables qualités de pianiste, comme l'attestent presque unanimement la presse canadienne et étrangère ainsi que les quelques enregistrements qu'il laisse. Comme compositeur, il se rallie, à sa maturité, à l'école postromantique de Rachmaninov. Ses œuvres de jeunesse révèlent cependant une fraîcheur et une originalité qu'il ne retrouve pas toujours par la suite.

Mathieu, que l'on appelait « le Mozart canadien », meurt dans la pauvreté et l'obscurité avant son 40e anniversaire. Le public n'apprécie vraiment ses œuvres qu'après disparition.

Compositions / Reconnaissance posthume

En 1976, la chanson de bienvenue et la musique des Jeux olympiques à Montréal (gravée sur Polydor 2424-124, voirPetits chanteurs du Mont-Royal) sont composées à partir d'extraits de l'œuvre d'André Mathieu. La même année, la Fondation André Mathieu est créée afin de promouvoir son œuvre et d'en assurer l'édition définitive. Son Concerto no 3 (« romantique »), qu'il joue en 1948 avec l'orchestre de Radio-Canada à Montréal sous la direction de Jean-Marie Beaudet, est présenté en Tunisie par le pianiste André-Sébastien Savoie et l'Orchestre de Tunis dirigé par Raymond Dessaints (1977). Le Concerto de Québec est publié chez Southern Music (1948) et enregistré à Londres sur 78 tours sur étiquette Parlophone. Mathieu aurait également composé un quatrième concerto, dont il reste le troisième mouvement.

Mathieu compose un quatrième concerto qui, en dehors de ses propres enregistrements de deux des mouvements, reste longtemps inconnu et ne sera pas publié que bien des années plus tard. En 2005, après un concert à Québec, une femme qui avait connu le compositeur remet au pianiste Alain Lefèvre des bandes de son œuvre, dont celle du quatrième concerto pour piano. Le compositeur Gilles Bellemare reconstruit la partition et arrange l'orchestration, et l'œuvre complète est présentée pour la première fois et enregistrée en direct pour gravure sur CD par Lefèvre et l'orchestre symphonique de Tuscon placé sous la direction de George Hanson (Analekta 2008).

Pour piano et violon, il compose Fantaisie brésilienne, publiée par Le Parnasse musical, une Sonate ainsi que Berceuse et Complainte. Parmi ses œuvres vocales, « Le Ciel est si bleu » est publiée dans Le Passe-Temps (no 907, février 1947). Il écrit également « Hymne du Bloc populaire », « Les Chères Mains » (1946?) et Quatre Mélodies (1948), et harmonise quelques airs du folklore canadien-français.

Mathieu compose abondamment pour le piano. Parmi ses œuvres de jeunesse, les Trois études (1933) et Les Gros Chars (1934) sont publiées chez Southern. Procession d'éléphants (1934), Trois Pièces pittoresques (1936), Hommage à Mozart enfant (1937) et Les Mouettes (1938) paraissent à Paris (Maurice Sénart), et quelques autres à Montréal (Institut canadien de musique). En 1939, il écrit une Suite pour deux pianos, Les Vagues et Saisons canadiennes, et grave sur 78 tours ses Trois études, Dans la nuit, Les Abeilles piquantes et Danse sauvage pour la Boîte à musique (BAM-26). Sa Fantaisie est composée en 1945.

Salle André Mathieu

Un Club André-Mathieu, fondé à Trois-Rivières en 1942 par Anaïs Allard-Rousseau pour promouvoir le goût de la musique chez les jeunes, est plus tard intégré aux Jeunesses musicales du Canada.

Le 17 octobre 1979, la Salle André-Mathieu est inaugurée au Cégep Montmorency de Laval, au Québec, et est bientôt gérée par la Corporation de la salle André Mathieu, avec pour mission de développer les activités socioculturelles à Laval. Entre juin 1999 et mars 2000, la salle est rénovée, avec l'aide du gouvernement du Québec, afin d'en moderniser entièrement la scène, les coulisses, l'acoustique et le foyer, le tout pour la somme de 6,8 millions de dollars, et d'en faire une des plus belles salles de spectacles de la région. En 2012, la Corporation André Mathieu gère toujours cette salle et d'autres encore et propose des programmes artistiques de grande qualité, notamment pour les jeunes.

En 1987, Mathieu donne son nom à une avenue du quartier Pointe-aux-Trembles à Montréal et depuis, d'autres rues portent également son nom à Boucherville, à Mont-Saint-Hilaire et à Joliette (2006).

George Nicholson a rédigé une biographie majeure de André Mathieu (publiée par Québec Amérique, 2010) dont la préface fut signée par le pianiste québécois Alain Lefèvre qui, depuis longtemps, avait réuni une importante collections de documents sur l'artiste, tout en enregistrant nombre de ses oeuvres. La même année sortait en salle le film québécois sur l'artiste, L'enfant prodige : L'incroyable destinée d'André Mathieu (The Child Prodigy. La trame sonore du film qui comporte des oeuvres de André Mathieu, a été produite par Analekta (AN 29284-5), et a été mise en musique par le pianiste québécois Alain Lefèvre qui a aussi oeuvré en tant que directeur musical.

Bibliographie

Émile VUILLERMOZ, « Le Mozart canadien », Excelsior (Paris, 27 mars 1939).

Léo-Pol MORIN, « André Mathieu, créateur d'images musicales », Le Canada (Montréal, 27 novembre 1939).

Jean MORAUDE, « Mozart parmi nous », Action nationale, XIV (décembre 1939).

Gilles POTVIN, « André Mathieu : un jeune Mozart à l'heure du COJO », Le Devoir (Montréal, 25 octobre 1975).

J. RUDEL-TESSIER, André Mathieu, un génie (Montréal, 1976).

« Savoie jouera André Mathieu en Tunisie », Musique périodique, I (mars 1977).

Stéphane JEAN, The Mathieu Family Fonds: Numerical List (Ottawa, 1997).

Georges NICHOLSON, André Mathieu : Biographie, préface d'Alain Lefèvre (Montréal, 2010).