Formation du Bouclier canadien

Le Bouclier canadien s’est formé il y a plus de 3 milliards d’années sous l’action de la tectonique des plaques, de l’érosion et de la glaciation. La tectonique des plaques désigne les mouvements des différentes parties – ou plaques – de la croûte terrestre superficielle et les collisions qui en résultent. Lorsque deux plaques crustales entrent en collision, elles peuvent fusionner et former des régions terrestres plus étendues. Le Bouclier peut être vu comme un puzzle rassemblant plusieurs blocs crustaux, quelques fois appelés « provinces », qui se sont soudés les uns aux autres avec le temps. Chaque bloc est entouré d’une ceinture de roches plus jeunes créées lors de la collision avec le bloc voisin.

Lorsque la Terre se déforme sous l’effet de ces collisions, les géologues parlent d’« orogénèse ». L’orogénèse se traduit par une poussée ascendante de la croûte et donc de la création de chaînes de montagnes. Le Bouclier résultant d’une série d’orogénèses, il occupe une région qui fut jadis montagneuse. Une des orogénèses les plus importantes est celle du Grenville, survenue il y a environ un milliard d’années, qui a créé la chaîne de montagnes du Grenville. Cette chaîne s’étale du Québec à l’Ontario et occupe au sud la partie orientale du continent, jusqu’au Texas. Comparables en taille à la chaîne de l’Himalaya d’aujourd’hui, les montagnes grenvilliennes sont peut-être les plus grandes montagnes jamais apparues sur la Terre.

Le relief du Bouclier canadien a par la suite été érodé par les phénomènes météorologiques tels que le vent et la pluie. Agissant comme du papier de verre sur le bois, ces forces ont lentement érodé les montagnes qui ont laissé place, il y a environ 800 millions d’années, à la surface peu accidentée typique du Bouclier actuel. Dans le cas des montagnes grenvilliennes, on estime que la roche a probablement été ainsi érodée sur des dizaines de kilomètres d’épaisseur.

Ce processus d’altération a été interrompu par un certain nombre de périodes glaciaires au cours des derniers 2,5 millions d’années. Tout comme les phénomènes météorologiques, les glaciers arrondissent le relief et déplacent les sédiments au fur et à mesure qu’ils se créent et avancent sur le terrain. Lorsqu’ils se retirent, ils libèrent les matériaux qu’ils transportaient jusqu’alors et les sédiments ainsi déposés sont à l’origine des sols.

La dernière période glaciaire qui a façonné la région est celle du Wisconsin, qui a débuté il y a environ 110 000 ans. Le Bouclier a alors été recouvert par l’inlandsis laurentidien, une immense étendue de glace dont l’épaisseur pouvait atteindre 3 km. Lorsque la glace s’est retirée de la partie méridionale de ce qui constitue aujourd’hui le Canada – un processus qui a débuté il y a seulement 11 000 ans –, elle a taillé les basins des Grands Lacs ainsi que les milliers de lacs qui constellent aujourd’hui le Bouclier canadien.

Géologie

Le Bouclier peut être divisé en sept régions géologiques distinctes, baptisées « provinces » : les provinces de Nain, de Grenville, du Sud, du lac Supérieur, de Churchill, des Esclaves et de l’Ours.Chacune d’entre elles contient des roches d’âges, d’origine et de types différents ainsi que différents gisements de minéraux. La province du Sud, par exemple, comprend les districts miniers de Sudbury, en Ontario, connu pour sa production de cuivre et de nickel. Au nord de cette région, la province du lac Supérieur est l’une des sources de métaux les plus importantes du Canada, avec notamment des gisements de cuivre, d’or, de fer et d’argent. La province de l’Ours abrite des gisements de cuivre et d’uranium, tandis que la province des Esclaves est explorée et exploitée pour ses diamants. Les provinces de Churchill et de Grenville contiennent des gisements d’uranium, de plomb et de zinc. La province de Nain, est la plus petite des sept régions et n’est pas une source importante de minerais.

Le saviez-vous?
Le Bouclier canadien contient quelques-unes des plus vieilles roches présentes sur Terre. En 2008, des chercheurs ont estimé à 4,28 milliards d’années l’âge d’une roche prélevée sur le rivage nord de la baie d’Hudson, à 40 km au sud d’Inukjuak. Cette roche a donc été créée approximativement 300 millions d’années après la formation de la Terre. Les plus vieilles roches connues jusqu’alors sur Terre étaient celles trouvées au sud-est du Grand lac de l’Ours, dans les Territoires du Nord-Ouest. On estime que ces roches ont environ 4 milliards d’années.

Caractéristiques physiques et topographie

Le Bouclier canadien est caractérisé par des milliers de petits lacs, un sol peu épais et des collines ondulées. Les lacs résultent principalement de l’érosion glaciaire qui a modelé le paysage au cours de la dernière époque glaciaire. Les stries glaciaires (rainures visibles à la surface de la roche) et les drumlins (longues collines composées de sédiments glaciaires) témoignent également de la présence passée des glaciers.

En plus de la multitude de petits lacs qui jonchent le Bouclier, la région est limitée par plusieurs des plus grands lacs et de plus long cours d’eau du Canada : les rives est du Grand lac de l’Ours, du Grand lac des Esclaves, du lac Athabasca et du lac Winnipeg; les rives nord du lac des Bois, du lac Supérieur et du lac Huron; et la rive nord du fleuve Saint-Laurent.

Végétation

Le Bouclier canadien est dominé par l’écosystème de la forêt boréale. On y rencontre communément les conifères suivants : l’épinette blanche et l’épinette noire; le pin gris, le pin rouge, le pin blanc, le pin Weymouth; le sapin baumier; le mélèze laricin; la pruchede l’Est; et le genévrier de Virginie. Les arbres feuillus comprennent l’érable rouge et l’érable à épis, le bouleaugris et le bouleauà papier, le peuplier faux-tremble, le frêne noir et le peuplier baumier.

Au nord de la forêt boréale s’étend l’écozone de la toundra arctique, caractérisée par une végétation basse et une densité d’arbres faible, voire nulle. La toundra reposant sur le pergélisol, les végétaux ne peuvent pas créer un réseau racinaire profond, ce qui limite leur croissance.

Faune

Un grand nombre d’animaux sauvages ont élu domicile à l’intérieur du Bouclier canadien. Les lacs et les rivières du Sud abritent diverses espèces de poissons, dont la truite, la lotte et le grand brochet. En plus des poissons, les lacs sont souvent fréquentés par une variété d’oiseaux aquatiques tels que les canards branchus, les bernaches du Canada et les canards noirs. La région abrite également d’autres oiseaux tells que des nyctalesde Tengmalm, des grands-ducs d’Amérique, des geais bleus et des bruantsà gorge blanche, ainsi que des caribous, des cerfs, des loups, des lynx, des orignaux, des ours noirs et des castors du côté des mammifères.

Au fur et à mesure que l’on monte au nord dans la toundra, la faune, tout comme la végétation, devient de plus en plus rare. Dans la zone arctique du Bouclier, on rencontre des ours polaires, des renards arctiques, des lièvres arctiques, des harfangs des neiges ainsi que des lagopèdes alpins.

Ressources naturelles

Le Bouclier canadien est riche en ressources naturelles, notamment en minéraux, en bois et en eau douce. L’industrie minière commence à se développer dans la région au milieu du 19e siècle et devient un des moteurs du développement économique du pays. Divers minéraux et pierres précieuses ont depuis été extraits du Bouclier, notamment de l’or, de l’argent, du cuivre, du zinc, du nickel, du fer, de l’uranium et des diamants.

La première mine en roche dure du Bouclier canadien, près de Madoc, en Ontario, ouvre en 1866 après la découverte d’or sur le site. Des gisements importants d’or sont également découverts en Ontario, à Kirkland Lake, en 1906, et à Timmins, en 1912, ainsi qu’au Québec, à Rouyn-Noranda, en 1920. De l’argent est découvert à la même époque près de Cobalt, en Ontario, en 1903. La ville prospère durant la ruée vers l’argent du début du 20e siècle, avant de décliner au cours des années 1920. Des mines d’or restent en exploitation près de Kirkland Lake et de Timmins, mais celles de Colbalt et de Rouyn-Noranda ne sont plus actives, comme c’est le cas dans de nombreuses villes minières des premières heures.

Aujourd’hui, la plus grande concentration de mines en exploitation sur le Bouclier, et dans le monde entier, se situe autour de Sudbury, en Ontario. On y extrait du cuivre, du nickel, de l’or et du palladium.

Plusieurs kimberlites diamantifères sont éparpillées à l’intérieur du Bouclier, le gisement le plus important se trouvant près du lac de Gras, dans les Territoires du Nord-Ouest, près de 300 km au nord-est de Yellowknife. La première mine de diamants du Canada – la mine Ekati – ouvre à cet endroit en 1998.

Le Bouclier canadien contient aussi du minerai de fer, avec plusieurs gisements près de Wawa, en Ontario. Le plus grand gisement de fer du Canada reste cependant celui de la fosse du Labrador – l’orogène du Nouveau-Québec –, qui forme une bande dans le nord-est du Québec et l’ouest du Labrador.

Le Bouclier contient aussi d’importants gisements d’uranium autour du Grand lac de l’Ours, dans les Territoires du Nord-Ouest, dans le nord de la Saskatchewan, et à Elliot Lake, en Ontario. Aujourd’hui, la Saskatchewan est l’unique producteur d’uranium canadien, et les sites d’exploitation se situent principalement dans la région de Cigar Lake.

Le saviez-vous?
Le site de Sudbury, en Ontario, a été frappé par une météorite il y a environ 1,85 milliard d’années et l’impact y a laissé un cratère, la « structure de Sudbury ». Ce bassin, de 60 km de long et 30 km de large, recèle les riches gisements métalliques de la région. La présence de métaux tels que le cuivre et le nickel résulte de la fusion de la croûte terrestre sous l’effet de l’impact de la météorite.

La prédominance de la forêt boréale sur l’ensemble du Bouclier canadien fait que la foresterie est également une industrie de premier plan. Nombre de petites villes et de villages éparpillés dans le nord de l’Ontario et du Québec se sont développés autour d’usines de pâtes et papiers et d’autres activités liées à la foresterie (p. ex., Atikokan, en Ontario).

Les nombreuses rivières qui parcourent la région du Bouclier canadien fournissent par ailleurs une importante quantité d’hydroélectricité. Parmi les barrages les plus productifs, on peut citer celui des chutes Churchill, du Labrador et de la baie James, au Québec.

Histoire humaine

Le Bouclier canadien est le territoire traditionnel de plusieurs peuples autochtones. Les Innus occupent le Bouclier dans la région qui est devenue le Québec et le Labrador, tandis que les Cris, les Ojibwés et les Métis fréquentent de grands territoires au Québec, en Ontario, au Manitoba, en Saskatchewan et en Alberta. Le territoire traditionnel des Dénés et des Inuits comprend les parties du Bouclier aujourd’hui incluses dans les Territoires du Nord-Ouest et le Nunavut. Dès le début de la colonisation du pays et de l’installation des Européens, les castors présents partout dans le Bouclier alimentent la traite des fourrures (voir aussi Exploration). S’inspirant des techniques autochtones, les coureurs de bois, les voyageurs et les explorateurs utilisent le canot d’écorce de boulot pour voyager et commercer le long des nombreuses voies navigables du Bouclier. Plus tard, à partir du milieu du 19e siècle, la construction du chemin de fer nécessite le dynamitage de nombreuses sections rocheuses du Bouclier, ce qui expose du même coup de précieux minéraux. Le paysage rocheux, le sol peu épais, le muskeg et la multitude d’insectes font que le Bouclier n’est pas très hospitalier, mais le développement des industries basées sur l’exploitation des richesses naturelles, telles que les mines et la foresterie, encourage l’installation des nouveaux arrivants. Les projets hydroélectriques tels que les barrages des chutes Churchill, du Labrador, de la baie James, au Québec, et de Kettle, au Manitoba, continuent à alimenter en électricité les villes du Sud.

Les premières cartes de cette région ont été dressées par Alexander Murray qui, entre 1851 et 1852, étudie la géologie des vallées de la Gananoque, de l’Ottawa et du Saint-Laurent, ainsi que le périmètre du Bouclier entre Kingston et le lac Supérieur. (Voir aussi Commission géologique du Canada.)