Identité ethnique

 L'identification ethnique désigne le rapport qui existe entre une personne et un groupe avec lequel elle croit partager une même ascendance en raison de caractéristiques communes, des expériences socioculturelles communes, ou les deux. Une personne peut s'identifier à quelqu'un d'important (comme un parent ou un ami), à un groupe dont elle tire ses valeurs (comme la famille ou les collègues de travail) ou à une catégorie plus vaste de personnes (comme les groupes ethniques ou professionnels). L'identification ethnique peut se produire à tous ces niveaux.

Caractéristiques des groupes ethniques

Dans bien des cas, un groupe ethnique est une catégorie distincte de population qui possède, en général, une culture différente au sein d'une société plus vaste. Il y a 2500 ans, Hérodote relève l'existence de groupes culturels et ethniques distincts. Les universitaires constatent que les groupes ethniques peuvent résulter de migrations de sociétés entières, ou parties d'une société, de conquêtes militaires ou de modifications apportées aux frontières politiques. Ces groupes se distinguent à maints égards.

Premièrement, ils contrôlent habituellement un territoire, une communauté étroitement soudée ou un réseau serré au sein duquel ou de laquelle leur progéniture pourra perpétuer leurs traditions. Différents groupes ethniques peuvent occuper une même région, mais utiliser des ressources différentes. Par exemple, la population francophone du Québec conserve le contrôle du territoire de la province; les HUTTÉRITES forment une communauté ethnique rurale séparée; les RÉSERVES INDIENNES sont des communautés séparées par l'État dans lesquelles plusieurs groupes ethniques peuvent coexister.

Deuxièmement, les institutions ethniques génèrent souvent une force d'attraction. Ainsi, une minorité peut créer son propre corps social et garder la haute main sur ses propres institutions de manière à ce que l'interaction des membres du groupe se fasse surtout au sein de ce corps. Par exemple, les Français et les JUIFS conservent d'ordinaire un vaste ensemble d'institutions religieuses, scolaires et de bien-être. Par conséquent, la SÉGRÉGATION RÉSIDENTIELLE et l'indépendance des institutions ethniques ont tendance à se renforcer mutuellement.

Troisièmement, les individus ont besoin de s'identifier clairement au patrimoine et à la culture du groupe, que ce soit par la langue, l'endogamie, le choix des amis, la religion, les écoles confessionnelles ou les organisations bénévoles. Les facteurs d'identité d'ordre territorial, institutionnel et culturel se renforcent les uns les autres de sorte que les membres d'un groupe ethnique peuvent rester distincts et moins enclins à l'assimilation. Les symboles historiques revêtent aussi une importance. La fierté et la connaissance de l'identité ethnique alimentent le désir de transmettre la tradition. Ainsi, les juifs ont ritualisé leur histoire et les jeunes juifs sont exposés aux symboles comme les jours à caractère particulier, les jeûnes et les habitudes alimentaires.

Quatrièmement, il se peut qu'une idéologie politique ou religieuse qui préconise des valeurs jugées plus importantes que les valeurs culturelles ou institutionnelles d'un groupe ethnique donne un but et une motivation aux jeunes qui en sont membres. Il y a souvent une très forte corrélation entre la religion et l'ethnicité. Par exemple, la plupart des Canadiens d'origine française ou polonaise sont catholiques (voir CATHOLICISME).

Cinquièmement, les individus qui se sentent porteurs d'une mission ont souvent recours à des moyens sociopsychologiques pour adapter leur idéologie à la situation existante en attribuant à celle-ci un lien symbolique avec le passé. Louis RIEL et René LÉVESQUE figurent parmi les chefs charismatiques de mouvements minoritaires. Les minorités peuvent s'identifier à d'autres dimensions de l'ethnicité, mais l'identité, le territoire, les institutions, la culture, les traditions, l'idéologie et les leaders demeurent cruciaux.

Assimilation ou pluralisme culturel

Diverses théories expliquent le sort des groupes ethniques dans la société industrielle. D'une part, la théorie de l'assimilation présume que ces groupes ressemblent de plus en plus à la culture dominante qui, en Amérique du Nord, est celle des protestants de race blanche et d'origine anglo-saxonne. La théorie du melting-pot ou « creuset » est accusée de déterminisme parce qu'elle suppose que les groupes minoritaires sont incapables de résister au pouvoir du groupe dominant et qu'ils se synthétiseront en un nouveau groupe. La POLITIQUE D'IMMIGRATION relativement ouverte du Canada procure à maintes personnes la possibilité de contribuer à un creuset, mais la synthèse d'un grand nombre d'entre elles en un groupe national distinct tarde à venir. Cette situation est peut-être due au fait que c'est seulement en 1977 que les Canadiens cessent d'être considérés comme des sujets britanniques et deviennent citoyens du Commonwealth en vertu de la Loi sur la citoyenneté (voir MOSAÏQUE VERTICALE).

D'autre part, les tenants du pluralisme culturel affirment que les différents groupes ethniques conservent leur identité particulière à long terme. Ils soutiennent que personne ne choisit son ascendance, que chacun des groupes minoritaires peut apporter une contribution précieuse à un pays et que la CONSTITUTION canadienne tient pour acquis que tous les peuples sont égaux, même si de nombreuses différences les distinguent les uns des autres. Selon cette théorie, l'acceptation de la pluralité religieuse et de la diversité des partis et des idéologies politiques au Canada aurait déterminé la tendance à tolérer ces différences. Par conséquent, le MULTICULTURALISME est une politique logique pour tous.

Des spécialistes en sciences sociales affirment que le changement ethnique n'est pas un processus social unique, mais bien un ensemble de sous-processus. Ainsi, il se peut que les processus opposés de l'assimilation et du pluralisme surviennent simultanément, en raison de l'adoption chez les groupes ethniques des habitudes culturelles de la société dominante, de la fréquentation de ses institutions, de l'intermariage et de l'acquisition d'un sens d'appartenance à un peuple fondé sur la modification des réseaux à l'intérieur et à l'extérieur du groupe.

Évidemment, les premières générations de Canadiens associent plus fortement leur identité ethnique à leur pays d'origine que les générations suivantes nées au Canada, qui développent une identité hybride, dont la première référence se rapproche de la culture dans laquelle ils vivent, bien qu'elle soit modérée par celle du pays d'origine de leurs ancêtres. La proportion de la population qui se dit « canadienne » est passée de 1 p. 100 en 1986 à 32 p. 100 en 2006, ce qui en fait l'ascendance ethnoculturelle la plus commune parmi les quelque 200 différentes origines ethniques mentionnées dans le recensement.

Conflit ethnique

Les spécialistes en sciences sociales étudient les processus du conflit ethnique. Marx croit que le conflit résulte de la lutte des classes, mais la plupart des groupes ethniques du Canada n'aspirent pas à une lutte de pouvoir de cette ampleur. Même si le conflit peut, à l'occasion, prendre la forme de révolution ou de sécession, avec le mouvement du FLQ au Québec par exemple (voir FRONT DE LIBÉRATION DU QUÉBEC), il existe aussi sous des formes moins intenses. Quand une multitude de cultures et de sous-groupes coexistent, ils conservent leur caractère distinct, ce qui donne lieu à un potentiel de conflit portant sur les valeurs, les intérêts territoriaux et les rapports de force. Le SÉPARATISME québécois, la quête de l'égalité des droits des peuples autochtones, les récents conflits raciaux et les relations entre des communautés ethniques voisines sont tous des exemples du risque potentiel de dissension.

Dans les années 1970, des universitaires examinent les nombreux groupes ethniques présents au Canada et finissent par percevoir la société canadienne comme une mosaïque ethnique composée d'un grand nombre de pièces disposées les unes à côté des autres. Jeffrey Reitz étudie dans quelle mesure ces groupes sont préoccupés par leur survie au Canada, ce qui constitue un changement par rapport à l'environnement britannique, dans lequel ces groupes étaient perçus comme une menace. Les Autochtones, les Ukrainiens et les mennonites sont des exemples de communautés agricoles rurales, en particulier dans l'ouest, où ils réussissent à vivre de façon libre et indépendante. Ces groupes tentent de préserver leur propre identité ethnique grâce à la langue, au travail, à la religion et aux valeurs.

Le Canada s'urbanise, et d'autres groupes ethniques, comme les Noirs, les Juifs et les Asiatiques, vivent dans des centres métropolitains, mais sont souvent ségrégés sur le plan résidentiel en raison de leur religion, de leur race ou de leur statut. Ces groupes ont besoin de se protéger pour survivre et de se soutenir au sein de leur communauté pour tenter de contrer les effets des préjugés et de la discrimination (voir PRÉJUGÉS ET DISCRIMINATION). Ils développent des identités distinctes en raison de la ségrégation résidentielle, de la religion, de la race ou de l'emploi et en mettant l'accent sur des langues distinctes, des caractéristiques culturelles communes et des idéologies. Lorsque ces groupes ethniques, culturels et religieux distincts migrent dans les villes et interagissent avec les autres au travail, dans leurs activités et à l'école, ils adoptent des moyens plus psychologiques et idéologiques d'identification ethnique. La race est un facteur d'identité de plus en plus important, en particulier puisque de plus en plus de minorités visibles immigrent au Canada. L'inclusion d'une variété d'habitudes vestimentaires, culturelles et religieuses continue de pousser les Canadiens à discuter de leurs différences et à régler les conflits culturels.

Voir aussi : AUTOCHTONES, DROIT DES.