Sandra Brewster, artiste visuelle (née en 1973 à Toronto, en Ontario). Sandra Brewster est une créatrice multimédia exerçant son art essentiellement dans les domaines du dessin, de la peinture et des techniques mixtes. Ses œuvres explorent les enjeux de la race, de la représentation et de la mémoire. En tant qu’artiste, éducatrice et organisatrice, elle est particulièrement présente et active dans le monde artistique torontois. Ses travaux ont été exposés dans tout le Canada et à l’étranger.

Formation et début de carrière

Sandra Brewster naît de parents ayant immigré au Canada, en provenance de la Guyane, à la fin des années 1960. À neuf ans, elle déménage avec sa famille à Pickering, en Ontario. Adolescente, elle est inscrite à l’école secondaire St. Mary’s dans cette ville. Après l’obtention de son diplôme, elle déménage à Toronto où elle obtient un baccalauréat ès arts à l’Université York en 1997.

Une grande partie de ses premiers travaux s’inspirent largement des techniques traditionnelles du portrait. La série Cool, réalisée entre 1997 et 2000, trouve son origine dans une recherche et un questionnement de l’artiste sur le fossé existant entre l’autoreprésentation et la perception qu’a le public des corps noirs. La série se compose de dessins sur papier, au crayon et au fusain représentant des visages solennels cadrés, avec une grande précision, en très gros plan. La série Stance, réalisée ultérieurement en 2003, ressortit d’une démarche artistique similaire. En partant de photographies d’Afro‑Antillais arrivés en Amérique du Nord dans les années 1960 et 1970, les dessins de cette série donnent à voir et interrogent la façon dont une génération d’immigrants se représentent eux‑mêmes dans le cadre de leur nouveau pays. Ce qui réunit ces portraits, c’est une tentative de déconstruire les perceptions du public à l’égard des communautés noires et d’attirer son attention sur la diversité culturelle de la diaspora africaine au Canada.

Principales œuvres

Smiths et Untitled Smiths

Sandra Brewster commence en 2004 à utiliser « Smith » comme nom d’artiste, après avoir réalisé à quel point ce patronyme est omniprésent. Dans la série des Smiths, elle intègre dans ses dessins, en lieu et place de figures humaines, des visages constitués d’extraits des pages répétitives de l’annuaire téléphonique recensant les Smith qui ne présentent pas d’autres signes distinctifs que leur coiffure de style afro. Dans toute cette série, toujours pas close à ce jour, la figure des Smith est devenue un symbole utilisé par l’artiste pour s’emparer d’un certain nombre d’enjeux liés à l’identité afro‑canadienne, qu’il s’agisse des répercussions de la violence armée sur les jeunes hommes noirs de Toronto ou de l’invisibilité des peaux noires dans l’espace public.

La figure abstraite des Smith apparaît dans nombre de ses œuvres : dans Untitled Smiths et dans From Life, elle l’utilise en une multitude de petites vignettes formant une mosaïque qui sert d’arrière‑plan à des portraits naturalistes de personnes qui ont, elles, en revanche, une identité visuelle bien déterminée.

Mohammeds et résidence à l’Alice Yard

En 2013, Sandra Brewster effectue une résidence de trois mois à l’Alice Yard, à Port of Spain à Trinité‑et‑Tobago. Durant cette période, elle poursuit ses recherches sur les enjeux de la diversité culturelle et de l’homogénéisation incarnés dans la série des Smiths. À Port of Spain, elle remarque, en examinant encore une fois l’annuaire téléphonique, combien le nom Mohammed est répandu et décide de l’adopter en complément de Smith. Elle réalise que ce nom pourrait renvoyer à des récits généalogiques et historiques propres à Trinité‑et‑Tobago. Tout au long de sa série des Mohammeds, l’artiste intègre dans ses dessins la tension créée par l’omniprésence des Smith dans un contexte et celle des Mohammed dans un autre, explorant ainsi la façon dont le choix d’un nom est constitutif d’une identité et d’une culture.

La série des Mohammeds prend différentes formes lors du séjour de Sandra Brewster à l’Alice Yard : un pochoir d’aluminium et les dessins correspondants réalisés à partir de la figure archétypale à la tête afro, des sculptures utilisant un mélange de techniques et de supports, des figurines debout en aluminium conçues pour projeter des ombres et de nombreux dessins. La figure en jeu dans les séries des Mohammeds et des Smiths ressurgit sans cesse dans l’œuvre de l’artiste dans une exploration jamais aboutie de l’identité, une quête dont l’urgence n’empêche pas le côté ludique.

Autres activités

Outre son travail d’artiste, Sandra Brewster exerce une activité régulière d’organisatrice communautaire et d’éducatrice. Depuis de nombreuses années, elle intervient dans des écoles et des galeries, jouant un rôle extrêmement positif dans la formation des jeunes de différentes collectivités de Toronto aux arts visuels en atelier. De 2009 à 2015, elle intervient comme coordonnatrice de programme pour SKETCH, une organisation de Toronto offrant des programmes artistiques pour les jeunes de la rue. En 2012, 2013 et 2014, elle joue le rôle de conservatrice de l’exposition Open House qu’elle accueille dans le cadre de son propre domicile de Toronto sur l’avenue Symington.

En septembre 2015, Sandra Brewster commence une maîtrise d’études visuelles à l’Université de Toronto.