Santé mentale

Au début du mouvement pour la réforme de la santé mentale, celle-ci est souvent définie comme l'absence de symptômes de maladie mentale. Depuis cette époque, on essaye de relier la santé mentale à un concept de bien-être psychologique et à certaines capacités de la personne, soit la capacité de percevoir la réalité « objectivement », de s'adapter à de nouvelles situations et de comprendre le point de vue d'autrui. Toutefois, il n'existe pas de frontière bien définie entre la personne saine mentalement et celle qui ne l'est pas. Qui plus est, la définition de la santé mentale est relative et dépend du contexte culturel. Ainsi, les caractéristiques de la personne considérée saine mentalement dans un milieu donné peuvent être bien différentes de celles utilisées dans un autre milieu.

L'Organisation Mondiale de la Santé définit la santé comme « un état complet de bien-être physique, mental et social et non la simple absence de maladie ou d'infirmité »; la « santé » parfaite est donc un idéal inaccessible. Ce point de vue se reflète également dans le concept de santé mentale puisque personne ne peut présenter, en tout temps, toutes les caractéristiques de la santé mentale. Freud, de son côté, définit la santé comme la capacité « de travailler et d'aimer ». La plupart des spécialistes de la santé mentale adhèrent à cette définition. Simple et précise, elle n'est pas soumise à des considérations juridiques ou morales qui entrent souvent en ligne de compte lorsque l'on tente de décrire la santé mentale.

Hippocrate est un des premiers auteurs à s'élever contre la croyance selon laquelle la maladie mentale est attribuable à des causes surnaturelles, croyance qui prévalait depuis des temps immémoriaux. Il affirme que la maladie mentale a des causes physiologiques et naturelles. Fin observateur, il décrit avec beaucoup de détails cliniques un grand nombre d'états mentaux connus maintenant sous les noms de phobie, manie, dépression et paranoïa. Au Moyen Âge, cependant, ces tentatives d'expliquer la maladie mentale par des mécanismes rationnels sont remplacées par les théories de la démonologie et de la sorcellerie. Parmi ceux qui se refusent à associer les désordres mentaux à la possession diabolique, on trouve Johann Weyer (1515-1588), considéré comme le père de la PSYCHIATRIE, et Paracelse (1493-1541).

Un des premiers à réclamer une approche plus humaine envers les malades mentaux est Philippe Pinel (1745-1826), directeur de deux établissements parisiens pour le traitement des maladies mentales. En Angleterre, la Society of Friends (Quakers) donne son appui au réformateur William Tuke (1732-1819), qui établit un refuge à la campagne pour les malades mentaux; bien que traités avec bienveillance ceux-ci doivent s'adonner à des travaux manuels. Au XIXe et au XXe siècle, les travaux de Sigmund Freud révolutionnent le concept de la santé mentale et le domaine de la psychologie.

Santé mentale au Canada

En 1714, l'HÔTEL-DIEU de Québec comprend une section destinée aux femmes souffrant de maladie mentale; plus tard, une douzaine d'hommes s'y ajoutent. Or, en Nouvelle-France et en Amérique du Nord britannique, le traitement de la maladie mentale est essentiellement une responsabilité familiale, et les patients ne pouvant pas recevoir de soins à domicile sont placés dans des prisons ou des asiles de pauvres, où ils vivent dans des conditions déplorables : surpeuplement, insalubrité, nourriture et chauffage inadéquats, absence d'intervention ou de traitement. Le malade mental, souvent enfermé dans une cage ou dans une pièce verrouillée, est considéré comme inapte moralement et traité véritablement comme un pécheur. Des asiles d'aliénés ouvrent leurs portes à Saint-Jean (Nouveau-Brunswick) en 1835 et à Toronto en 1841. D'abord situé dans une prison abandonnée, l'asile de Toronto est d'abord déménagé dans une aile des édifices du Parlement, puis finalement au 999, rue Queen.

Au Canada et aux États-Unis, une nouvelle conception des soins prodigués aux malades mentaux verra le jour à l'initiative de Dorothea L. Dix (1802-1887), Richard M. BUCKE, Charles K. CLARKE, Clifford W. Beers (1876-1943), et Clarence M. HINCKS (1885-1964). Dix, une institutrice du Massachusetts, écrit sur le sujet, donne des conférences et informe le public et les législateurs des conditions déplorables sévissant dans les asiles. Elle réussit à convaincre plusieurs gouvernements à construire ou à améliorer leurs établissements pour malades mentaux. Grâce à ses efforts, un hôpital psychiatrique est construit à St. John's en 1885. Elle exerce également des pressions sur le gouvernement de la Nouvelle-Écosse et supervise la construction d'un hôpital pour malades mentaux dans cette province.

Le Dr Richard Bucke est nommé directeur du Asylum for the Insane d'Hamilton en 1876 et, un an plus tard, de l'asile de London (Ontario). Il croit que la maladie mentale est « une défaillance du processus biologique par lequel l'humanité s'adapte au changement ». Dans ses efforts pour mettre fin au traitement cruel des malades mentaux, Bucke abandonne la pratique qui consiste à calmer le malade en lui donnant de l'alcool. Il fait cesser la contention, ouvre une infirmerie pour soigner les maladies physiques et organise des activités culturelles et sportives régulières auxquelles les patients sont encouragés à participer.

Le Dr Charles Clarke est directeur adjoint de l'asile d'Hamilton au début des années 1880. Plus tard, il est nommé directeur de l'asile de Kingston (Ontario). Il transforme l'asile qui, en 1887, est un hôpital et non plus une prison et il forme des infirmières et des préposés aux soins des malades mentaux. Il cesse d'utiliser les camisoles de force ou autres techniques de contention. En 1893, il recommande de laisser tomber le terme « asile » et de construire des hôpitaux spéciaux pour les malades mentaux.

Ingénieur du Connecticut et père du mouvement pour la santé mentale en Amérique du Nord, Clifford Beers a souffert d'un désordre mental à l'âge de 18 ans alors qu'il fréquentait l'U. Yale. Il dût être hospitalisé au Hartford Retreat, fondé 71 ans plus tôt par le Dr Eli Todd. Interné dans d'autres institutions psychiatriques, il connaît les mauvais traitements infligés aux patients. À sa sortie, il écrit A Mind That Found Itself, dans lequel il décrit ses expériences. En 1908, année de publication du livre, Beers fonde le National Committee for Mental Hygiene.

Le Dr Clarence Hincks est né à St. Mary's (Ontario). Fils unique d'une institutrice et d'un pasteur méthodiste, son intérêt pour la santé mentale vient de sa propre expérience de la dépression. En 1918, avec l'aide de Beers, il organise le Canadian National Committee for Mental Hygiene qui deviendra plus tard l'Association canadienne pour la santé mentale. Les deux organismes contribuent à promouvoir la santé mentale aux États-Unis et au Canada. Après la Première Guerre mondiale, il visite des asiles dans tout le Canada et est choqué par ce qu'il découvre. En 1920, avec Beers, il met sur pied l'International Committee for Mental Hygiene (devenu en 1948 la Fédération mondiale pour la santé mentale, dont le siège social est à London) et participe à l'organisation du premier International Congress on Mental Hygiene, qui se tient à Washington en 1930. Hincks est l'un des premiers médecins à reconnaître l'importance de la prévention et du traitement du malade avant qu'il ne soit frappé d'incapacité. Ses travaux mènent à la création de cliniques psychopédagogiques pour le dépistage et la prévention des maladies mentales chez les enfants. Les universitaires commencent à s'intéresser au développement de l'enfant, probablement à cause de l'accent psychanalytique mis sur le développement de l'enfant à cette époque et à la conviction de Hincks que la maladie mentale commence dans les premières années de la vie. En 1925, Hincks persuade des bienfaiteurs de financer la St. George's School for Child Study de l'U. de Toronto et le McGill University Nursery School and Child Laboratory de Montréal. Samuel Laycock (1882-1971), psychologue, subit l'influence du charismatique Hincks lorsque ce dernier se rend dans l'Ouest. En 1927, Laycock est professeur de psychologie scolaire à l'U. de la Saskatchewan, puis en 1929, responsable de l'éducation au Mental Hygiene Committee.

La Deuxième Guerre mondiale change profondément les façons de concevoir la maladie mentale. L'examen médical des recrues révèle que des milliers d'adultes, apparemment sains, souffrent de problèmes mentaux. Cette découverte modifie l'attitude du public envers la maladie mentale et stimule la recherche sur les mesures préventives et les méthodes de traitement. Il s'ensuit également une meilleure compréhension des besoins émotionnels des enfants et du rôle du stress dans l'apparition du désordre mental. Il est reconnu aujourd'hui que les symptômes de plusieurs maladies mentales sont une réponse au stress quotidien ou inhabituel et qu'ils sont sans doute passagers.

Traitement de la maladie mentale

La maladie mentale est une source de préoccupation majeure au Canada. Les soins psychiatriques (comme beaucoup d'autres soins) sont couverts par l'assurance-maladie, mais tous les problèmes de santé mentale ne relèvent pas nécessairement de la psychiatrie. De plus, on assiste à une augmentation de la demande de soins pour l'ensemble des problèmes de comportement et d'adaptation. La maladie mentale peut être traitée par le médecin de famille, le psychiatre, le psychologue, le travailleur social et l'infirmière psychiatrique; toutefois, tous ces professionnels ne peuvent répondre à tous les besoins en santé mentale. Des problèmes spécifiques tels que l'ALCOOLISME ou le TABAGISME ont entraîné la mise sur pied de groupes d'entraide bien organisés comme Alcooliques Anonymes, fondé en 1935. Il existe d'autres groupes qui ont pour mandat de promouvoir les habitudes de vie saines ou de meilleures habitudes alimentaires et qui offrent à la fois des programmes structurés et du soutien.

Depuis 20 ans, on assiste à une augmentation du nombre de recherches portant sur les méthodes d'intervention psychothérapeutique, comportementale et biochimique de la maladie mentale. Par exemple, des études menées à Montréal portent sur l'efficacité et les coûts du traitement à domicile comparativement aux traitements psychiatriques en milieu hospitalier. Les résultats de ces recherches permettent de mieux comprendre l'utilité de telles interventions et ouvrent la voie à de nouvelles approches.