Médecine traditionnelle des Premières Nations au Canada

Depuis des temps immémoriaux, les peuples autochtones du Canada utilisent des plantes et autres produits naturels comme remèdes. Les plantes médicinales sont davantage utilisées que les remèdes de source animale. En tout, les peuples autochtones ont identifié plus de 400 espèces de plantes (ainsi que des lichens, des champignons et des algues) propres à une utilisation médicinale. Les traditions médicinales (plantes utilisées, maladies soignées, méthodes de cueillette, d’utilisation et de préparation) sont similaires chez tous les peuples autochtones du pays. Dans beaucoup de communautés autochtones, on retrouve des spécialistes reconnus qui ont reçu une formation en médecine traditionnelle. Leur pratique reflète l’aspect spirituel autant que physique de la guérison. Dans beaucoup de cas, les propriétés thérapeutiques des remèdes autochtones tiennent à des composés spécifiques et à leur effet sur le corps, mais dans d’autres cas, leur application demeure inexpliquée par la médecine moderne. Au sein des communautés autochtones, les méthodes de cueillette et de préparation des remèdes sont considérées comme des propriétés intellectuelles personnelles ou familiales.

Avertissement au sujet du contenu : Les informations présentées ici ne sont pas fournies à titre de conseils médicaux. Tout médicament doit être utilisé sur l’avis d’un médecin ou d’un prestataire de soins certifié. De plus, l’Encyclopédie canadienne reconnaît, et respecte le fait que le droit de donner certains enseignements médicaux spécifiques est détenu par des communautés, et ne prétend pas détenir de propriétés sur ces connaissances.

Histoire de la médecine autochtone

L’utilisation des plantes médicinales est un fait commun aux traditions populaires du monde entier et remonte probablement à l’aube de l’humanité. Parmi les Premières Nations du Canada, l’origine de certains remèdes est racontée dans des récits, comme l’histoire siksika (pied-noir) d’une femme appelée Last Calf, atteinte de la tuberculose, à qui la vision du remède a été reçue d’un castor, par reconnaissance, après qu’elle l’ait nourrit. On lui a dit de faire bouillir du pin tordu (Pinus contorta) dans l’eau et de boire l’infusion tout en chantant une mélodie spéciale. Ayant suivi les instructions, Last Calf a été guérie.

En arrivant au Canada, des Européens et d’autres étrangers entendent rapidement parler des traitements médicinaux utilisés par les peuples autochtones, et les adoptent. Ainsi, l’explorateur français Jacques Cartier et son équipage, souffrant du scorbut lorsqu’ils passent l’hiver 1536 à Stadacona (aujourd’hui Québec), sont secourus par les Haudenosaunee de la région. Ceux-ci leur apportent un conifère (que Jacques Cartier baptise « arbre de vie ») et leur expliquent comment l’utiliser pour préparer un remède. À leur tour, les peuples autochtones du Canada découvrent des remèdes provenant d’Europe et d’autres régions du monde, comme le latex du pissenlit (Taraxacum officinale), une plante très commune, pour éliminer les verrues, ou la matricaire odorante (Matricaria discoidea) qui permet de préparer un thé médicinal.

De nouvelles maladies sont aussi apportées par les Européens. La variole, la rougeole, la tuberculose et certaines maladies vénériennes auparavant inconnues au Canada se répandent de manière épidémique parmi les peuples autochtones après les premiers contacts avec les Européens. Pour les soigner, on utilise des remèdes existants, et dans certains cas, on en met au point de nouveaux. Par exemple, pour soigner la variole, on utilise l’acore d’Amérique (Acorus americanus), une plante médicinale déjà très présente dans la région de la forêt boréale et l’est du Canada. Lomatium nudicaule, appelée q’əxmín dans plusieurs langues de la Côte-Ouest, est utilisée pour soigner la tuberculose, et finit par être connue sous le nom de « plante consommée par les Indiens ». Le diabète étant devenu fréquent parmi les populations autochtones, des médicaments traditionnels, comme l’écorce interne de l’aralie épineuse (Oplopanax horridus, un arbuste de la famille du ginseng, Araliaceae), sont adaptés pour soigner cette nouvelle maladie.

Comment sont utilisés les remèdes autochtones?

Pour les Autochtones du Canada et d’ailleurs dans le monde, la distinction entre nourriture et médicaments n’est pas claire. Il y a une importante zone commune entre les plantes considérées comestibles et celles à qui on reconnaît des vertus médicinales.

Toutes les parties des plantes, racines et autres parties souterraines, écorce, feuilles, bourgeons, fleurs, fruits, sève ou poix peuvent avoir des utilisations médicinales, et il y a différentes manières de les préparer et appliquer. Les plantes médicinales contiennent des composés organiques divers, dont des alcaloïdes, des glycosides, des tanins, des flavonoïdes, des résines et des huiles essentielles. La quantité de ces composés varie selon le cycle de vie, les parties de la plante, les régions d’origine et la composition génétique des plantes, les conditions climatiques, et des plantes présentent dans les environs. Certains composés spécifiques peuvent interagir de différentes façons pour produire des effets thérapeutiques.

Les plantes médicinales sont traitées avec révérence et respect, en reconnaissance de leurs qualités et des services qu’elles rendent aux personnes. Les guérisseurs se préparent soigneusement avant leur travail, et obéissent à des protocoles très stricts pour la cueillette, la préparation et l’administration des remèdes. Bien que certains types de guérison requièrent une préparation spirituelle particulière, les guérisseurs traditionnels et les chamans du Canada n’ont jamais utilisé des plantes ou des champignons psychotropes, comme cela se fait dans certaines régions d’Amérique centrale et d’Amérique du Sud. Les guérisseurs effectuent des rituels de purification spéciaux qui leur confèrent une énergie spéciale. Ceci peut inclure le jeûne ou l’administration de certaines préparations de plantes comme émétiques ou purgatifs, censés leur procurer les pouvoirs nécessaires pour faire leur travail. Souvent, il n’y a pas de séparation stricte entre les aspects spirituel et physique de la guérison.

Principales plantes médicinales du Canada

Le tableau suivant présente des exemples de plantes médicinales très connues et beaucoup utilisées par les peuples autochtones du Canada, classées selon l’ordre alphabétique de leurs noms scientifiques.

Plant

Applications et notes

Abies (sapin)

Contient une variété de composés aromatiques, de résines, de tanins et d’huiles essentielles. La poix liquide tirée des boursouflures de l’écorce, des épines et des cocottes est utilisée; la poix et les aiguilles en cataplasmes pour les lésions, blessures, contusions, coupures, foulures, brûlures, morsures et infections. La poix et le thé d’écorce ou de branches sont utilisés pour soigner le mal de gorge, la toux, le rhume, la tuberculose, les troubles digestifs, et comme tonique et purgatif. La poix est aussi utilisée pour traiter les yeux, comme tonifiant pour les cheveux et déodorant; l’encens tiré des branches est utilisé pour traiter les maux de tête, les problèmes pulmonaires, et comme protection spirituelle.

Parmi les espèces utilisées on retrouve le sapin gracieux (A. amabilis), le sapin baumier (A. balsamea) le sapin grandissime (A. grandis) et le sapin subalpin (A. lasiocarpa). Utilisé dans tout le Canada par pratiquement toutes les populations autochtones, partout où une de ces espèces se trouve.

Achillea millefolium (Achillée)

Contient des composés aromatiques dont le menthol et la thuyone. Les feuilles, les racines et les fleurs sont utilisées. On mâche les feuilles contre le rhume et la toux; les feuilles et les racines sont utilisées en cataplasmes pour les plaies, coupures (censé stopper le saignement), les abcès, brûlures, furoncles, éruptions cutanées, fractures des os, ainsi que pour la bronchite et la toux; les feuilles ou la plante entière sont trempées dans l’eau pour fabriquer un shampoing. On boit le thé des feuilles pour purifier le sang et soigner la diarrhée, les crampes d’estomac, les vomissements, la nausée, le rhume, la toux, le mal de gorge, les maux de tête, les maux de dents, la fièvre, les convulsions et les rhumatismes. Utilisé comme diurétique, purificateur de sang, et pour les troubles du foie; plantes utilisées pour les accouchements, l’allaitement et les problèmes gynécologiques; aussi pour les morsures d’insectes et, en fumigation ou en solution, pour repousser les insectes et comme parfum et purificateur d’air.

Une des plantes médicinales les plus utilisées au monde; utilisée pratiquement par tous les peuples autochtones du Canada.

Acorus americanus (Acore américain)

Contient un mélange complexe de composés aromatiques et autres. Utilisée en médecine traditionnelle par les Premières Nations et les premiers colons. Le système racinaire très épais (rhizomes) est la principale partie médicinale. Utilisée comme remède universel et pour soigner un large éventail de problèmes de santé : estomac dérangé, mal de gorge, rhume et toux, maladies respiratoires et des poumons comme la pneumonie, le mal de dents, le mal d’oreilles, les maladies cardiaques, le mal de tête, les crampes, le brûlement d’estomac, le choléra et la variole. Il est aussi utilisé par les femmes après l’accouchement. Aujourd’hui, les chanteurs de pow-wow mordillent les rhizomes pour améliorer leur voix.

Plante médicinale importante pour les Cris, les Siksikas, les Mi’kmaqs, les Algonquins et les Haudenosaunees

entre autres peuples autochtones; objet de commerce, elle est aussi transplantée le long des routes de commerce et de colonisation à travers l’Amérique.

Alnus (aulne)

L’écorce de l’aulne est le principal ingrédient médicinal. L’écorce de plusieurs espèces (comme A. incana, A. rubra) est utilisée en infusion ou décoction comme émétique, laxatif et diurétique, et pour le mal de dents, les hémorragies internes, les hémorragies pulmonaires, les crampes et la tuberculose. Également utilisé comme lavage ou baume pour les problèmes de peau, les ulcères buccaux et les infections.

Les aulnes sont utilisés comme remèdes, là où on les retrouve, par tous les peuples autochtones du Canada. Des scientifiques ont découvert que des extraits d’écorce d’aulne possèdent de fortes propriétés antibiotiques, efficaces contre plusieurs bactéries pathogènes.

Artemisia (armoise)

Wormwood (Artemisia campestris)
(photo by Jacob W. Frank, courtesy Canyon Country Discovery Center/Flickr CC)

Cet herbacé ou arbuste aromatique vivace est beaucoup utilisé, en infusion ou en inhalation, pour soigner le rhume, la toux et les maladies respiratoires. On l’utilise aussi en lavement ou en cataplasme pour les blessures, les irritations de la peau et les infections, ampoules, foulures, lésions et enflures, et en bain pour les rhumatismes, l’arthrite et la douleur musculaire. Plusieurs espèces sont aussi brûlées lors de cérémonies en tant que fumigation ou encens protecteurs. Parmi les principales espèces utilisées on retrouve A. campestris, A. tilesii, A. frigida, A. dracunculus, A. ludoviciana et A. tridentata.

Plus de 20 espèces d’Artemisia sont natives de différentes régions du Canada, et beaucoup sont utilisées comme remèdes. Elles contiennent une série de composés aromatiques qui leur confère un parfum distinctif; certaines sont considérées comme trop puissantes pour une utilisation interne.

Asarum (gingembre sauvage)

Wild Ginger (Asarum caudatum)
(photo courtesy Pictoscribe/Flickr CC)

Les feuilles et particulièrement les racines (rhizomes) du gingembre sauvage sont fortement aromatiques. Cette plante est utilisée de manière externe en solution de bain et cataplasme pour les maux de tête, la douleur, les crampes, les infections et les furoncles, et comme protection spirituelle. Elle est aussi utilisée de manière interne en infusion contre les convulsions, les maux de tête, la fièvre, la rougeole, le rhume et la toux, et de manière générale comme tonique et purificateur sanguin.

Deux espèces de gingembre sauvage sont natives du Canada : A. caudatum dans l’Ouest, et A. canadense dans l’Est. Les deux sont similaires et sont utilisées de la même manière par les peuples autochtones là où elles sont présentes. Elles contiennent des huiles essentielles (dont l’asarone) qui confèrent à la plante sa saveur épicée et son parfum, et on lui attribue des propriétés antibactériennes.

Cornus sericea (cornouiller)

Dogwood (Cornus sericea)
(photo by Matt Lavin/Flickr CC)

Cet arbuste, particulièrement son écorce interne, est utilisé sous forme de cataplasme ou d’infusion pour soigner un ensemble d’affections dont les blessures, lésions, coupures et infections, les maux de dents, les troubles du foie, le rhume, la toux, la tuberculose et la bronchite, ainsi que la paralysie. Elle arrêterait le saignement et soulagerait la douleur. Une infusion de l’écorce interne est utilisée par certains en lavage pour soigner l’irritation des yeux. Elle est aussi bue par les athlètes et ceux qui s’entraînent, en tant qu’émétique et fortifiant.

Le cornouiller est utilisé comme plante médicinale par les peuples autochtones dans tout le Canada. De nombreuses preuves anecdotiques témoignent de son efficacité.

Heracleum maximum (berce laineuse ou berce très grande)

Cow-Parsnip (Heracleum maximum)
(photo by Andrey Zharkikh/Flickr CC)

Les jeunes pousses de la berce laineuse sont comestibles une fois pelées, et représentaient autrefois un important légume printanier. La plante est utilisée comme remède par beaucoup de peuples autochtones au Canada. Les racines charnues sont macérées et utilisées en cataplasme ou en bain de vapeur pour de nombreuses affections dont les furoncles et œdèmes, les contusions, le mal de dents, les douleurs à la hanche ou aux poumons, les verrues, le mal de tête et le rhumatisme.

Les plantes des espèces Heracleum contiennent des furanocoumarines, des composés phototoxiques, qui entraînent des cloques et de l’irritation de la peau en présence de lumière ultraviolette (par ex. au soleil). Elles doivent être utilisées avec prudence et une bonne expertise.

Juniperus (Genévrier)

Juniper (Juniperus communis)

(photo by Nikita Tiunov/Flickr CC)

Le genévrier est utilisé partout dans le monde comme assaisonnement et encens. Les cônes ronds, qui ressemblent à de petits fruits, sont particulièrement concentrés, mais les rameaux, avec ou sans ces cônes, sont aussi fortement aromatiques grâce aux résines et huiles essentielles. (Note : les huiles essentielles du genévrier peuvent être toxiques et possiblement cancérigènes.) Des infusions ou décoctions de genévrier sont utilisées entre autres pour soigner la toux, les maladies pulmonaires, la tuberculose, les douleurs abdominales, les indigestions, les vomissements et les problèmes de reins. Le genévrier est aussi utilisé en solution de bain ou bain de vapeur pour soulager les douleurs arthritiques ou rhumatismales, les douleurs thoraciques, le mal de tête, les blessures et les entorses, et comme shampoing. Le genévrier est aussi brûlé comme encens dans les cérémonies de protection, et utilisé en lavage nettoyant protégeant contre les maladies et les influences néfastes.

Cinq espèces de genévriers sont natives du Canada. Deux d’entre elles (J. communis, J. horizontalis) sont des arbustes très répandus, notamment dans la forêt boréale, et trois autres (J. maritima sur la Côte-Ouest, J. scopulorum dans l’ouest et J. virginiana, dans le sud-est du Canada) sont de petits arbres. Certains genévriers sont appelés cèdres rouges, mais ils ne doivent pas être confondus avec les arbres du genre Thuya.

Mentha arvensis (menthe des champs)

Field Mint (Mentha arvensis)
(photo by Andrey Zharkikh/Flickr CC)

L’odeur particulière des menthes est due à la présence de menthol et d’autres huiles essentielles. Beaucoup de peuples autochtones préparent une boisson avec cette plante, mais l’utilisent aussi comme thé médicinal pour soigner la toux, les douleurs pulmonaires, les douleurs abdominales et les troubles cardiaques. On croit aussi qu’elle contribue à prévenir certaines maladies, comme la grippe.

La distribution de cette menthe est circumpolaire. On la trouve dans des marécages et autres endroits humides au Canada.

Oplopanax horridus (bois piquant)

Devil's-Club (Oplopanax horridus)
(photo by Murray Foubister/Flickr CC)

Une des plus importantes plantes médicinales pour de nombreux peuples autochtones de l’Ouest canadien, bien qu’elle soit irritante et difficile à récolter. Il s’agit d’un remède et d’un tonique universel, utilisé pour traiter des maladies diverses. Traditionnellement utilisé en solution pour soigner le rhumatisme, l’arthrite, les ulcères, les troubles intestinaux et de l’estomac, le rhume, la toux, l’influenza, la bronchite et la tuberculose, il est aussi utilisé en application externe pour soigner les furoncles, les blessures, les fractures, les brûlures et les infections. On l’a utilisé récemment pour soigner le diabète et le cancer. Le bois piquant est aussi reconnu comme une plante fortement spirituelle, utilisée pour apporter la chance et une protection contre toute influence négative.

Dans certains endroits le bois piquant est devenu assez rare et sa commercialisation suscite des inquiétudes. Les parties les plus utilisées sont l’écorce interne verte des tiges et les racines. 

Picea (épinette)

L’épinette est utilisée comme plante médicinale par pratiquement tous les peuples autochtones du Canada. La poix et la gomme, aromatiques, sont particulièrement utilisés en application externe sous forme de baume médicinal ou de cataplasme pour les coupures, les blessures et infections, de même que pour le mal de gorge, les troubles cardiaques, le rhumatisme, le mal de dos et les troubles gastriques. La gomme d’épinette est mastiquée comme laxatif et utilisée par les femmes en tant que remède postpartum. La gomme et l’écorce d’épinette sont aussi utilisées pour soigner le rhume, la toux, l’influenza, ainsi que comme tonique. L’écorce interne, en plus d’être comestible, est utilisée comme laxatif. Un thé médicinal peut être préparé à partir des rameaux d’aiguilles vertes, et parfois les gens mastiquent les jeunes pousses et les bourgeons, qui sont une bonne source de vitamine C. Les rameaux d’épinette sont aussi utilisés pour les rituels de protection et de purification. Parfois des « arbres à poix » sont entretenus pendant des générations.

Cinq espèces d’épinette sont natives du Canada : P. glauca (épinette blanche) et P. mariana (épinette noire) se retrouvent partout au Canada dans la forêt boréale; P. rubens (épinette rouge) se retrouve dans l’est du Canada et P. sitchensis (épinette de Sitka) et P. engelmannii (épinette d’Engelmann) dans l’ouest du Canada. Ces espèces peuvent parfois s’hybrider.

Populus balsamifera (Peuplier baumier)

Les bourgeons parfumés et résineux sont largement utilisés pour fabriquer des pommades apaisantes, appliquées sur les plaies ouvertes, blessures et infections. On boit une infusion des bourgeons pour soigner la toux, le mal de gorge et la tuberculose. Les racines, l’écorce et les feuilles sont aussi utilisées comme remèdes. Par exemple, les Nuxalk de Colombie-Britannique utilisent les branches feuillues en sauna pour soigner les douleurs pulmonaires et corporelles, et les Algonquins fabriquent une pommade apaisante avec les racines en plus des bourgeons.

L’écorce interne du peuplier baumier a été consommée comme aliment par certains peuples autochtones. Tout comme l’aulne, le peuplier baumier contient de la salicine, un analgésique.

Prunus (cerisier)

Choke Cherry (Prunus virginiana)
(photo by Ryan Hodnett/Flickr CC)

L’écorce, les feuilles, les fruits non mûrs et les noyaux contiennent des glycosides produisant du cyanure, et peuvent être toxiques si on les consomme avec excès. Néanmoins, l’écorce de cerisier, en infusion, est un remède bien connu des peuples autochtones du Canada contre la toux, la bronchite et le rhume, et a aussi été utilisée pour les troubles cardiaques, la septicémie, les infections, la tuberculose et la variole. Elle est également utilisée comme tonique.

Plusieurs espèces de cerisiers sont natives au Canada, le principal étant le cerisier de Virginie (P. virginiana) et le cerisier rouge (P. pensylvanica); les deux sont utilisés comme remèdes médicinaux.

Veratrum viride (vérâtre vert ou tabac du diable)

False Hellebore (Veratrum viride)
(photo by Kerry Wixted/Flickr CC)

Cette plante contient un éventail d’alcaloïdes toxiques pouvant affecter les systèmes nerveux et circulatoire, et ne devrait être utilisée que sous la supervision d’un spécialiste de la santé qualifié. Elle est bien connue des peuples autochtones de l’ouest du Canada. La racine est la principale partie utilisée, généralement appliquée en cataplasme externe pour l’arthrite et le rhumatisme, les entorses, fractures, phlébites et contusions. Elle est aussi administrée, avec un grand soin et en très petite quantité, comme remède contre le mal de tête, l’indigestion et la toux chronique, et comme laxatif et émétique. On lui reconnait de forts pouvoirs protecteurs, et elle est utilisée dans les rituels de purification, en fumigation ou comme encens.

Cette plante a été utilisée comme médicament pour traiter la haute pression sanguine, mais elle a été remplacée par des médicaments ayant des effets plus constants et prévisibles.

Utilisation commerciale des remèdes autochtones

Sur les quelque 400 espèces connues de plantes, lichens, champignons et algues médicinaux utilisés par les peuples autochtones du Canada, peu ont été sérieusement analysées chimiquement ou testées en laboratoire. Toutefois, un certain nombre des plantes utilisées comme remèdes par les peuples autochtones du Canada ont été adoptés plus largement et incorporées à la médecine moderne. Durant le siècle dernier, par exemple, l’écorce du cascara (Rhamnus purshiana) de Colombie-Britannique était recueillie commercialement pour l’industrie pharmaceutique, qui l’utilisait pour un médicament laxatif. D’autres plantes, comme le kinnikinnick, ou arctostaphyle raisin-d’ours (Arctostaphylos uva-ursi), le gingembre sauvage (Asarum caudatum), l’actée à grappes bleues (Caulophyllum thalictroides), la coptide trifoliée (Coptis trifolia), l’échinacée (Echinacea purpurea) et l’hamamélis de Virginie (Hamamelis virginiana) ont aussi été récoltées commercialement et, plus récemment, avec la découverte du médicament anticancer Taxol dans l’écorce de l’if de l’Ouest (Taxus brevifolia), l’écorce d’if a été récoltée intensivement, entraînant un déclin de la population de cet arbre à croissance lente et relativement peu commun de l’ouest du Canada. Une autre plante médicinale précieuse, l’orpin rose ou rhodiole (Rhodiola rosea) du nord du Canada a récemment été reconnue comme un « adaptogène », un médicament qui aide le corps à résister au stress et accroît son énergie, son endurance et sa force. Les plantes croissant dans des conditions environnementales particulières, comme des sols riches en minéraux, ont aussi été notées pour leurs qualités médicinales. En fait, beaucoup de plantes médicinales sont aujourd’hui « redécouvertes » pour leurs qualités de guérison ou leur effet bénéfique sur la santé, et des recherches sur leurs propriétés phytochimiques, leur efficacité et leurs applications sont actuellement menées. 


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