L'Union nationale, issue d'une coalition du Parti conservateur et de l'Action libérale nationale, est constituée à l'occasion des élections provinciales québécoises de 1935. Maurice Duplessis, du Parti conservateur, et Paul Gouin, de l'ALN, en sont les dirigeants. C’est à cette époque que les conservateurs québécois prennent leur distance avec leurs homologues fédéraux, dirigés par Richard Bedford Bennett, qui sont perçus comme des centralisateurs. Défaite par une faible majorité en 1935, l'Union nationale réalise son unité sous la direction de Duplessis et gagne facilement les élections de 1936.

Née durant la Crise des années 1930 et après 39 ans de règne libéral, l'Union nationale préconise d'abord des réformes sociales, économiques et politiques. Dès 1936, l’Union nationale délaisse un des éléments principaux du programme de l’Action libérale nationale : la nationalisation de l’hydroélectricité. Elle est par la suite battue par le Parti libéral en 1939, après une campagne au cours de laquelle les libéraux fédéraux prétendent qu'ils éviteront la conscription aux Canadiens français.

Les années de pouvoir

Dirigée par Duplessis, l'Union nationale est élue de nouveau en 1944, ayant accusé les libéraux, provinciaux et fédéraux, de trahir les droits du Québec. En effet, le Parti libéral ne s’est pas opposé à la conscription et a accepté la réforme constitutionnelle qui allait accorder au fédéral les pleins pouvoirs en matière d’assurance-chômage. Lors de ce scrutin, l’Union nationale (36 %) a obtenu moins de votes que le Parti libéral (39 %), mais remporte la majorité absolue des sièges à l’Assemblée législative. Cet accent nationaliste devient la particularité du parti.

L'Union nationale demeure sous la domination totale de Duplessis jusqu'à sa mort en septembre 1959. Elle passe ensuite sous la direction de Paul Sauvé jusqu'à son décès moins de quatre mois plus tard. Sous les commandes de son successeur, Antonio Barrette, l’Union nationale est défaite lors des élections de 1960, ce qui allait enclencher la Révolution tranquille. Les élections générales anticipées de 1962, provoquées afin de faire approuver par la population la nationalisation de l’électricité, mènent à une défaite cuisante de l’Union nationale, qui s’oppose à cette réforme. C’est lors de ces élections que le premier débat des chefs, opposant Daniel Johnson à Jean Lesage, est télédiffusé au Canada. L’Union nationale ne reprend le pouvoir qu'une seule fois (1966-1970). Profitant d’une carte électorale favorable et de la progression de deux partis souverainistes, l’Union nationale remporte la majorité des sièges encore qu’elle ait obtenu moins de suffrages (41 % contre 47 %) que le Parti libéral.

Le rapide déclin

La mort en 1968 de son chef Daniel Johnson lui porte un dur coup et le gouvernement du nouveau leader Jean-Jacques Bertrand est défait en 1970 par un Parti libéral renaissant dirigé par Robert Bourassa. Supplantée par le Parti québécois comme parti nationaliste, l'Union nationale n'obtiendra jamais plus de 20 % des voix lors des élections ultérieures. Afin de rompre avec l’héritage du passé, le parti, dirigé alors par Gabriel Loubier, change de nom pour Unité Québec. À la suite de la cuisante défaite lors des élections de 1973, où le parti ne fait élire aucun député, le parti revient à son nom d’origine. C’est l’adhésion de l’Union nationale et de son chef, Rodrigue Biron, au camp du Oui lors du référendum de 1980 qui entraîne l’éclatement de ce parti ainsi que son déclin accéléré. Le parti obtient 4 % des votes en 1981 et 1 % en 1986, avant de cesser ses activités en 1989.

Durant les années 1940 et 1950, son financement électoral considérable, dont la plus grande partie provient du monde des affaires, lui donne un avantage important sur l'opposition libérale. Ce n'est plus le cas après la défaite de 1960 et la réforme des pratiques électorales au Québec. De plus, le repositionnement des partis politiques, notamment par la création du Parti québécois (nationalisme) et la droitisation du Parti libéral, a contribué au déclin de l’Union nationale.

Évolution du programme

Le programme et les politiques de l’Union nationale ont considérablement évolué au cours de son histoire. L’autonomie provinciale, qui a marqué le duplessisme, n’est pas au centre de la campagne électorale de 1936, car un gouvernement conservateur est alors en poste à Ottawa. C’est plutôt lorsqu’un gouvernement libéral détient le pouvoir au fédéral que l’argument autonomiste est mobilisé par l’Union nationale. L’adoption du fleurdelisé comme drapeau officiel du Québec en 1948 en est un symbole important (voir Emblèmes provinciaux et territoriaux).

D’un point de vue économique et social, l’Union nationale dirigée par Duplessis met en place des politiques de laisser-faire de l’État, notamment dans le domaine de l’exploitation des ressources naturelles ainsi que de l’hydroélectricité. Son gouvernement a toutefois investi dans le développement régional, en privilégiant les infrastructures routières, les hôpitaux, les écoles et surtout l’électrification rurale. Duplessis est régulièrement accusé de clientélisme, car il privilégie des entrepreneurs et des commerçants proches de l’Union nationale pour effectuer des travaux qui sont faits principalement dans des circonscriptions détenues par l’Union nationale.

Du point de vue des relations de travail, les années de pouvoir ont été marquées par de nombreuses grèves dont celles de l’amiante à Asbestos (1949), du textile à Louiseville (1952-1953), des mineurs à Murdochville (1957) et des réalisateurs de Radio-Canada (1959). Le gouvernement traite ces conflits avec fermeté et a recours massivement à la Police provinciale pour contrer le mouvement. Le duplessisme est aussi marqué par la lutte contre le socialisme, qui a conduit à l’adoption de la Loi protégeant la province contre la propagande communiste en 1937. Plus connue sous le nom de Loi du cadenas, cette législation permettait la fermeture d’immeubles ou de logements qui servaient à propager le communisme ou le bolchevisme.

Les quatre mandats consécutifs de Maurice Duplessis ont également amené une importante contestation. Cité Libre, revue intellectuelle fondée en 1950, ouvre ses pages à des opposants au duplessisme, dont Pierre Elliott Trudeau, René Lévesque, Gérard Pelletier et Pierre Vallières. Le Refus global, manifeste rédigé par des artistes automatistes en 1948, conteste le conservatisme et l’immobilisme de la société québécoise. Le mouvement féministe est aussi en lutte contre le pouvoir en place, notamment par la figure de Thérèse Casgrain, qui s’engage pour l’obtention du droit de vote des femmes jusqu’en 1940, pour ensuite devenir chef du Parti social-démocrate du Québec de 1951 à 1957.

En revanche, lors du dernier gouvernement unioniste de 1966 à 1970, les réformes entreprises par le Parti libéral lors de la Révolution tranquille ont été poursuivies. Dirigé par Daniel Johnson, qui avait publié un livre intitulé Égalité ou indépendance en 1965, le gouvernement de l’Union nationale a mis sur pied notamment les cégeps (1967), le réseau de l’Université du Québec (1968) et la Société d’habitation du Québec (1967). C’est également sous un gouvernement unioniste qu’a été planifiée la création du régime d’assurance-maladie (voir Politique sur la santé).

Les principaux appuis de l'Union nationale provenaient du milieu rural, d'hommes d'affaires plus ou moins influents et de travailleurs non syndiqués. Elle n'a pas gagné la confiance des anglophones, à l’exception des élections de 1976, car le gouvernement libéral avait fait adopter la Loi sur la langue officielle (Loi 22) en 1974, ce qui a mécontenté plusieurs Anglo-Québécois. De plus, l’Union nationale a connu plus de succès à Québec qu'à Montréal. Parti générationnel, les électeurs qui étaient dans la vingtaine dans les années 1930 ont été les plus fidèles à l’Union nationale. Par la suite, le parti a eu beaucoup de difficultés à renouveler son électorat, ce qui a entraîné son déclin.