Allan Legere Case

Allan Legere, reconnu coupable de meurtre, parvient à échapper à la vigilance de ses gardiens en 1989 et terrorise pendant 201 jours les habitants de la région de Miramichi, au Nouveau-Brunswick, assassinant quatre personnes de plus. Surnommé « le monstre de Miramichi », Allan Legere fait l’objet de l’une des plus importantes chasses à l’homme de l’histoire moderne de la police canadienne.

Antécédents

En 1987, Allan Legere, un mécanicien de 38 ans et criminel de bas étage aux méthodes prévisibles, est reconnu coupable d’avoir pris part au meurtre de John Glendenning, un commerçant âgé de Black River Bridge, au Nouveau-Brunswick, en 1986. Mary, l’épouse de John Glendenning, est aussi battue et agressée sexuellement.

Allan Legere est condamné à la prison à vie à l’Établissement de l’Atlantique, un pénitencier à sécurité maximale de Renous, au N.-B. L’administration de la prison n’est toutefois pas mise au courant du fait qu’Allan Legere est parvenu à crocheter ses menottes pour les ouvrir et à effectuer une tentative d’évasion ratée pendant son procès pour le meurtre de John Glendenning.

Évasion

Allan Legere est maintenu en cellule d’isolement à Renous, où il établit toutefois des relations cordiales avec le personnel de la prison. Le gardien Don Wheaton confiera plus tard qu’Allan Legere possédait une personnalité de type « Dr Jekyll et M. Hyde » qu’il prenait soin de cacher en prison.

Le 3 mai 1989, des gardes non armés escortent Allan Legere hors du pénitencier pour une visite au centre hospitalier Dr-Georges-L.-Dumont à Moncton, où il doit être traité pour une infection à l’oreille. Il prétend à un moment devoir utiliser les toilettes et on le laisse faire sans supervision. Il parvient à se défaire de ses menottes et de ses entraves aux jambes avant d’émerger des toilettes armé d’un couteau de sa fabrication qu’il est parvenu à dissimuler sur lui. Allan Legere s’enfuit en courant dans un stationnement où il prend Peggy Olive en otage avant de prendre la fuite dans sa voiture. Peggy Olive est retrouvée saine et sauve. L’évasion d’Allan Legere est suivie d’agressions, de cambriolages et de vols de voiture pour lesquels il est un suspect.

Meurtre d’Annie Flam

Dans la nuit du 28 mai 1989, l’équipe d’intervention d’urgence de Chatham, Nouveau-Brunswick, une communauté de la rivière Miramichi, est envoyée chez Annie Flam, âgée de 75 ans, et Nina Flam, sa belle-sœur de 61 ans, propriétaires d’une petite épicerie locale. L’étage supérieur de leur maison est consumé par les flammes. Les pompiers trouvent Nina Flam à demi consciente au pied d’un escalier. Le corps d’Annie Flam est découvert dans les décombres de sa chambre ravagée par le feu. Les deux victimes ont été violées et sauvagement battues.

Les enquêteurs des incendies en déduisent que le coupable a délibérément mis le feu afin d’éliminer la scène du crime. Les enquêteurs légistes, pour leur part, trouvent des cheveux et du sperme dont ils espèrent pouvoir se servir pour recueillir de l’ADN. À l’époque, toutefois, les tests d’ADN à des fins d’enquêtes criminelles sont encore une science relativement nouvelle. Le premier laboratoire canadien d’analyse d’ADN vient alors d’ouvrir à Toronto, mais n’est pas encore en service.

La GRC se charge de l’enquête et voit des points communs entre le meurtre d’Annie Flam et celui de John Glendenning. Allan Legere devient le suspect numéro un, bien qu’il soit encore impossible de prouver qu’il soit impliqué dans le récent crime.

Le 2 juin, un entrepreneur de Chatham trouve une paire de lunettes pour homme sur un site dont il assure l’aménagement paysager, tout près d’une demeure dont l’occupant dit avoir surpris et chassé un cambrioleur la veille. Les lunettes sont identiques à celles que portait Allan Legere le jour de son évasion. L’Association canadienne d’échec au crime offre une récompense de 2 000 $ pour toute information pouvant mener à sa capture. La police est mise au courant de rumeurs selon lesquelles il aurait été aperçu aussi loin que Fredericton et Toronto. Malgré tout, elle croit plutôt qu’Allan Legere se trouve toujours dans la région de Miramichi, où des incidents violents continuent de se produire.

Meurtres des Daughney

Le 30 septembre, Morrissy Doran, âgé de 70 ans et résident de Newcastle, dans la région de Miramichi, se fait tirer dans le dos lorsqu’il tient tête à un homme entré par effraction chez lui. Le lendemain, un agresseur armé parvient à pénétrer dans la demeure du couple âgé Edwin et Evangeline Russell, qu’il attaque sauvagement.

Deux semaines plus tard, le 14 octobre à 7 h 35 du matin, un pompier volontaire de Newcastle aperçoit de la fumée provenant de la maison des sœurs Linda et Donna Daughney, âgées respectivement de 41 et 45 ans. Il appelle des renforts et se précipite vers la demeure en flammes, bientôt rejoint par des policiers et d’autres pompiers.

Les corps des deux sœurs sont découverts dans la maison; l’une d’entre elles a été remise au lit, sous les couvertures. Les victimes ont toutes deux été violées et battues. Les enquêteurs découvrent que l’ampoule près de la porte arrière de la maison avait été partiellement dévissée. Ainsi, la scène de crime est pratiquement identique à celle du meurtre d’Annie Flam. La police apprend plus tard qu’Allan Legere a eu une relation avec Linda Daughney par le passé, ce qui rend son implication encore plus probable.

Règne de terreur et meurtre de James Smith

Dès lors, la peur se fait sentir parmi les habitants de la région de Miramichi. Certains croient notamment qu’une personne du coin héberge Allan Legere. Les enfants passent le moins de temps possible à l’extérieur et la cueillette de bonbons d’Halloween est annulée. Les gens vivant seuls, particulièrement les aînés, déménagent temporairement chez des parents ou des voisins. De plus, de nombreux officiers de la GRC sont dépêchés pour prendre part à la chasse à l’homme. La récompense promise par l’Association canadienne d’échec au crime grimpe à 10 000 $. Des habitants de la région prennent pour la première fois de leur vie l’habitude de verrouiller leurs portes, et certains d’entre eux achètent même des armes à feu.

Le soir du 16 novembre, un paroissien se rend au lieu de résidence du prêtre de l’église Blessed Virgin Mary à Chatham Head, N.-B., alerté par l’absence du père James Smith, 69 ans, à la messe. Il trouve le corps du prêtre, violemment battu, sur le sol d’une pièce maculée de sang. La caisse du presbytère a été forcée et la voiture du prêtre a disparu.

Capture

L’Association canadienne d’échec au crime va jusqu’à promettre une récompense de 50 000 $, mais aucun indice concluant ne met la police sur les traces d’Allan Legere. Enfin, dans la nuit du 23 novembre, à Saint John, Nouveau-Brunswick, Allan Legere menace Ron Gomke, un chauffeur de taxi, avec une arme à feu et lui ordonne de le conduire à Moncton. Toutefois, une tempête de neige et des routes particulièrement glacées rendent la conduite difficile. Ron Gomke perd le contrôle de son véhicule et termine sa course dans un banc de neige. Allan Legere décide alors de faire signe à la prochaine voiture passante, dont la conductrice, Michelle Mercer, est une officière de la GRC en congé ce soir-là. Ron Gomke et Michelle Mercer étant tous deux sous la menace de son arme, Allan Legere ordonne à Michelle Mercer de le conduire jusqu’à Moncton. Elle ne parvient pas à trouver son chemin au cœur de la violente tempête de neige. Elle finit par s’arrêter à une station-service près de Sussex, N.-B., pour faire le plein. C’est là que Ron Gomke et elle parviennent à prendre la fuite en voiture.

Allan Legere détourne alors un camion de transport et somme le chauffeur, Brian Golding, de l’amener à Moncton. Michelle Mercer parvient entre-temps à mettre la main sur un téléphone d’urgence. Des policiers affluent alors dans la région, érigeant des barrages routiers. Le matin du 24 novembre, la police arrête enfin le camion près de Newcastle. Allan Legere se rend sans protester.

Conséquences

En 1991, lorsque débutent les procès d’Allan Legere pour les meurtres d’Annie Flam, des sœurs Daughney et de James Smith, le laboratoire de tests ADN de Torontoqui est en service peut enfin effectuer les analyses génétiques. L’ADN recueilli et les autres éléments de preuve confirment la présence d’Allan Legere sur les trois scènes de crime. Cependant, c’est un autre homme qui est accusé des agressions commises à l’endroit de Morrissy Doran et des Russell.

Allan Legere est donc reconnu coupable des quatre meurtres. Il s’agit de l’un des premiers cas de l’histoire judiciaire canadienne où des échantillons d’ADN sont utilisés comme éléments de preuve. Allan Legere est déclaré délinquant dangereux (une catégorie qui désigne les criminels canadiens les plus violents et susceptibles de récidiver), et est incarcéré dans une prison à sécurité maximale à Sainte-Anne-des-Plaines, auQuébec. Il est transféré en 2015 à l’Établissement d’Edmonton, un établissement à sécurité maximale situé en Alberta.