Alliance Québec

Créé en 1982, ce groupe de pression a défendu pendant plus de 20 ans les intérêts des Québécois d’expression anglaise.

Créé en 1982, ce groupe de pression a défendu pendant plus de 20 ans les intérêts des Québécois d’expression anglaise. Dissolue en 2005, l’association a milité principalement pour le respect des droits linguistiques des anglophones du Québec.

Contexte de création

En 1976, la victoire du Parti québécois, provoque une mobilisation sans précédent du milieu anglophone et donne naissance à plusieurs groupes de pression. À Montréal, deux associations émergent de cette mobilisation, Participation Quebec et Positive Action (mieux connu sous le nom de Positive Action Committee). À l’extérieur de la région montréalaise, plusieurs organismes voient également le jour, notamment la Townshippers Association, dans les Cantons de l’Est (1979), suivie d’autres groupes de moindre taille dans l’Outaouais, la Vallée de la Châteauguay, la Gaspésie et les régions de Québec et Trois-Rivières.

La réélection du Parti québécois en 1981 entraîne, surtout à Montréal, une remise en question de l’efficacité et des méthodes de ces organismes. C’est dans ce contexte, et avec l’encouragement des autorités fédérales qui financent déjà des organismes francophones hors Québec, qu’Alliance Québec prend la relève de Positive Action et Participation Quebec en mai 1982. Alors que dans plusieurs régions on préfère conserver les associations déjà en place tout en s’affiliant au nouvel organisme, là où aucune organisation n’était présente, des chapitres d’Alliance Québec sont créés.

À la défense des droits linguistiques des anglophones

De 1982 jusqu’au référendum de 1995, Alliance Québec, forte de subventions fédérales accrues, s’occupe de la législation linguistique ainsi que de l’accessibilité aux écoles et aux services médicaux et sociaux en anglais. Ses leaders successifs (Eric Maldoff, Royal Orr, Robert Keaton et Michael Hamelin, entre autres) savent travailler avec l’administration du Québec tout en gardant la confiance des associations régionales, jalouses de leur autonomie et de leur vision particulière découlant de leur expérience historique.

En 1983, Alliance Québec remporte une première victoire lorsque le gouvernement Lévesque accepte de modifier la Charte de la langue française (communément appelée la loi 101) par l’adoption du projet de loi 57, qui assouplit certaines dispositions législatives ayant trait aux institutions de la minorité anglophone et à l’accès aux ordres professionnels (exemption de l’examen de français). L’invalidation par la Cour suprême du Canada des articles 72 et 73 de la Charte relatifs à l’enseignement en langue anglaise dans les écoles au Québec ‒ au motif que ces deux articles contreviennent à l’article 23 de la Charte canadienne des droits et libertés ‒ est aussi perçue comme un gain significatif au sein de la communauté anglophone du Québec (voir Affaire concernant la Loi 101). Il en est de même de l’arrêt Ford par lequel, en 1988, la Cour suprême invalide l’interdiction d’afficher en anglais mais affirme que l’exigence de de la prédominance du français serait juridiquement et constitutionnellement admissible.

C’est d’ailleurs cette option mitoyenne qui est privilégiée par le gouvernement de Robert Bourassa lors du dépôt du projet de loi 178 visant à modifier une nouvelle fois la Charte de la langue française en décembre 1988. Toutefois, cette solution est contestée tant par les Québécois d’expression anglaise que par les nationalistes francophones. L’impuissance d’Alliance Québec à empêcher l’adoption de cette modification interdisant l’affichage dans une autre langue que le français à l’extérieur (mais le permettant à l’intérieur avec prédominance du français) fait perdre à l’organisme de nombreux appuis dans la communauté anglophone. Cette perte de confiance ouvre d’ailleurs la voie à la création en avril 1989 du Parti Égalité (Equality Party), une formation politique qui réclame notamment l’abrogation de la loi 101. Dissolu en 2013, ce parti n’aura fait élire que quatre députés à l’Assemblée nationale au cours son existence (tous en 1989). La Charte de la langue française sera à nouveau modifiée en 1993 par l’adoption de la loi 86, qui permet l’affichage bilingue extérieur, toujours avec prédominance du français.

Confrontation et déclin

Après la quasi-défaite de l’option fédéraliste lors du référendum de 1995, la tension qui couvait depuis longtemps entre radicaux et modérés éclate. Cette crise a pour issue l’élection de William Johnson à la tête de l’Alliance, en mai 1998. Ce dernier, resté en poste deux ans, privilégie la contestation juridique et la confrontation avec les autorités provinciales, une approche inspirée par une perspective axée sur la défense des libertés individuelles.

Johnson décide de ne pas se représenter en 2000 et, le 27 mai, Anthony Housefather est élu à la présidence d’une association quelque peu ébranlée faisant face à une réduction du financement fédéral. Il occupe ce poste jusqu’en 2001. Brent Tyler lui succède, suivi en 2004 de Darryl Gray, qui dirige l’organisme jusqu’en 2005. C’est à ce moment que le financement fédéral cesse à la suite du déclin du membership et de l’impossibilité pour l’Alliance de fournir un rapport d’audit de ses états financiers. Comme cette aide financière représentait 90 % du financement du groupe, Alliance Québec, devenue insolvable, cesse ses activités.

Héritage

Plusieurs figures marquantes d’Alliance Québec ont joué un rôle de premier plan en politique provinciale, voire à l’échelle fédérale. Eric Maldoff (fondateur et président de 1982 à 1985) a été conseiller du premier ministre Jean Chrétien, alors que Russell Williams (directeur du Programme des affaires sociales en 1984-1985, directeur des Opérations en 1985-1986, puis directeur exécutif de l’organisme de 1986 à 1988) et Russell Copeman (directeur du Programme des affaires sociales et du Programme de l’éducation de 1986 à 1988) ont respectivement défendu à l’Assemblée nationale les intérêts des électeurs des circonscriptions montréalaises de Nelligan et de Notre-Dame-de-Grâce pendant près de 15 ans. Geoffrey Kelley (directeur des Communications et de la Recherche de 1986 à 1990), Thomas Mulcair (directeur des Affaires juridiques de 1983 à 1985) et Kathleen Weil (directrice des Affaires juridiques de 1985 à 1989) ont été ministres au sein du gouvernement libéral de Jean Charest. M. Mulcair est chef de l’opposition officielle à la Chambre des communes depuis 2011 et Mme Weil est revenue à l’avant-scène en avril 2014 à la suite de sa nomination comme ministre québécoise de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion dans le gouvernement de Philippe Couillard.

Actuellement, la plupart des associations de langue anglaise du Québec sont regroupées au sein du Quebec Community Groups Network. En 2015, l’organisme à but non lucratif représente 41 membres dispersés à travers la province. Il a pour mission d’assurer le développement, de soutenir et d’améliorer la vitalité des communautés minoritaires d’expression anglaise.

Présidents

Dates

Eric Maldoff (fondateur)

1982‒1985

Michael Goldbloom

1985‒1987

Royal Orr

1987‒1989

Peter M. Blaikie

1989

Robert Keaton

1989‒1993

Michael Hamelin

1993‒1997

Constance Middleton-Hope

1997‒1998

William Johnson

1998‒2000

Anthony Housefather

2000‒2001

Brent Tyler

2001‒2004

Darryl Gray

2004‒2005


Lecture supplémentaire

  • Louisa Blair, The Anglos: The Hidden Face of Quebec City, 2 vols. (2005); Richard Y. Bourhis, dir., Decline and Prospects of the English-Speaking Communities of Quebec (2012); Gary Caldwell, « Discovering and Developing English-Canadian Nationalism in Quebec », Canadian Review of Studies in Nationalism, XI, 2 (1984); Jean-Claude Corbeil, L’embarras des langues : Origine, conception et évolution de la politique linguistique Québécoise (2007); Jean-Pierre Corbeil, Brigitte Chavez et Daniel Pereira, Portrait of Official-Language Minorities in Canada – Anglophones in Quebec (2010); Paul Prosperi, The Dynamics of Ethno-linguistics Mobilization in Canada: A Case Study of Alliance Quebec (1995); Ronald Rudin, The Forgotten Quebecers: A History of English-speaking Quebec, 1759–1980(1985); Michael R. Smith, « Les anglophones au Québec », Recherches sociographiques, vol. 55, n° 3 (2014); Garth Stevenson, Community Besieged: The Anglophone Minority and the Politics of Quebec (1999).

Liens externes