Archéologie au Québec

La création de la Société d'archéologie préhistorique du Québec (SAPQ) constitue l'un des événements marquants de cette période. Celle-ci rassemble un groupe dynamique de bénévoles, motivés par le désir de doter l'archéologie au Québec des normes de qualité les plus élevées.

Musée d
Musée d'archéologie et d'histoire de Montréal, Pointe-à-Callière, à Montréal, architectes Dan Hanganu et Provencher Roy (photo de Roderick Chan/avec la permission de Dan Hanganu).
Dufferin, terrasse
Fouille archéologique à la terrasse Dufferin, 1986 (photo de Michel Elie/avec la permission d'Environnement Canada).

Archéologie au Québec

Les années 1960
L'archéologie au Québec prend un véritable essor entre 1960 et 1970, à l'époque du mouvement socioculturel connu sous le nom de révolution tranquille. Les Québécois mettent alors en place les premières structures officielles visant à favoriser la formation (programmes universitaires), la gestion (Service d'archéologie et d'ethnologie du gouvernement du Québec), les activités (nombreuses sociétés archéologiques) et la vulgarisation (Musée de Trois-Rivières, Cahiers d'archéologie québécoise) de cette discipline. Bien sûr, des fouilles archéologiques ont eu lieu auparavant et des particuliers ont constitué des collections ou se sont intéressés aux richesses archéologiques de la province, mais c'est seulement à partir des années 1960 que l'archéologie connaît vraiment la continuité, la croissance et le professionnalisme. À cette époque, il y a beaucoup à faire sur un territoire aussi grand et les ressources sont limitées; c'est donc un temps d'apprentissage et d'inventaire.

La création de la Société d'archéologie préhistorique du Québec (SAPQ) constitue l'un des événements marquants de cette période. Celle-ci rassemble un groupe dynamique de bénévoles, motivés par le désir de doter l'archéologie au Québec des normes de qualité les plus élevées. Il faut aussi mentionner les travaux de grande envergure accomplis par J. Pendergast et l'oeuvre pionnière de M. Gaumont, R. Ribes, C. Martijn, R. Lévesque et C. Kennedy.

Les années 70

L'on peut qualifier cette période de l'âge d'or de l'archéologie québécoise. Des programmes de recherche sur le terrain sont mis sur pied, la Loi sur les biens culturels entre en vigueur et l'Association des Archéologues du Québec est formée. L'université de Montréal inaugure ses classes pratiques sur le site de Pointe-du-Buisson à Beauharnois (qui se déroulent depuis 2001 dans le Méganticois). C'est pendant cette décennie que des firmes de consultants commencent à exercer leur activité et que des projets d'envergure, réalisés à la faveur de la Loi sur l'aménagement et l'urbanisme et de la Loi sur la qualité de l'environnement, voient le jour à la baie James, dans l'Ungava (le programme Tuvaaluk), en Gaspésie et dans la région de Montréal. Un grand nombre de fouilles sont aussi effectuées ailleurs, et des travaux importants ont lieu à Place Royale à Québec ainsi qu'aux Forges Saint-Maurice.

Ces campagnes de travaux méthodiques permettent d'amasser une quantité considérable de données et des comptes rendus de recherche détaillés sont publiés dans les revues Recherches amérindiennes au Québec et Études Inuit, dans les Dossiers et Cahiers du Patrimoine du ministère de la Culture et des Communications, et dans Paléo-Québec. Il apparaît alors évident que le Québec préhistorique et historique recèle des vestiges dont on commence à peine à soupçonner la richesse. Plus qu'une nouveauté culturelle, l'archéologie fait désormais partie intégrante de l'activité intellectuelle du Québec.

Les années 1980

Cette période en est une de consolidation. Plusieurs grands projets sur le terrain prennent fin et laissent place à des analyses et des synthèses. L'université du Québec ouvre un chantier-école aux Grandes-Bergeronnes (fermé depuis) et l'université Laval a le sien sur le site du Palais de l'Intendant, un site historique au cœur de la ville de Québec (dans les années 1990s le chantier est déplacé sur l'îlot Hunt puis au Domaine Maizeret, avant de retourner au Palais de l'Intendant en 2000). Parcs Canada fouille les dessous de la terrasse Dufferin à Québec de 1985 à 1987, un grand projet qui renaît en 2005. Fondée en 1982, l'Ostéothèque de Montréal se dote d'une collection de référence qui contient actuellement 600 squelettes d'animaux et identifie depuis les restes fauniques recueillis sur des centaines de chantiers de fouille. Le Centre de conservation du Québec offre désormais son expertise pour la restauration d'artefacts et un centre d'interprétation est construit sur le site de Pointe-du-Buisson. La Basse-Côte-Nord fait l'objet d'un vaste programme d'acquisition des données, alors que la région du lac Saint-Jean est passée sous la loupe par l'Université du Québec à Chicoutimi. Le ministère des Transports embauche un archéologue qui assure depuis la gestion du patrimoine archéologique dans l'emprise du réseau routier et des infrastructures aéroportuaires nordiques. C'est également au cours de cette période que l'administration régionale des Cris (Baie James) met sur pied son propre programme d'archéologie. Des questions concernant la propriété des collections archéologiques du nord québécois, le traitement des sépultures menacées par l'aménagement du territoire et l'interprétation du passé sont désormais soulevées par les autochtones et imposent ainsi un nouveau type de rapport avec la communauté scientifique.

Les années 1990

Les années 1990-2000 sont celles de l'introspection et du désir d'une plus grande cohérence au sein de la communauté professionnelle. Le marché du travail accuse une baisse notable avec la mise en veille des grands projets hydroélectriques financés et supervisés par Hydro-Québec et des mises de fond plus ténues de la part du ministère de la Culture et des Communications. Des projets plus modestes émergent tout de même à travers l'ensemble de la province. On explore entre autres la question du peuplement initial du Québec dans le Témiscouata, en Gaspésie et dans la région de Québec. L'Abitibi fait l'objet d'une série d'investigations réalisées par une corporation formée d'archéologues du milieu. L'univers iroquoien est étudié aux deux extrémités de la vallée du Saint-Laurent, à l'embouchure du Saguenay et à Saint-Anicet. Le centre d'interprétation Archéo Topo ouvre ses portes aux Grandes-Bergeronnes en 1995 et le site d'art rupestre Nisula en Haute-Côte-Nord est étudié sous les auspices d'une communauté innue.

Le recours plus marqué à des techniques d'investigation issues de la physique nucléaire ouvre la voie à de nouvelles interprétations. Les sources de matériaux utilisés dans la fabrication d'objets en terre cuite, en cuivre ou en pierre sont ainsi révélées et permettent de recréer des réseaux d'approvisionnement et des cycles de déplacements des populations humaines. Chaque réfection des infrastructures souterraines dans les arrondissements historiques de Montréal, Québec et Trois-Rivières est étroitement surveillée, et constitue le principal gagne-pain de firmes privées d'archéologie. Les publications archéologiques se multiplient et témoignent du dynamisme des chercheurs (Mémoires vives, Archéologies québécoises, Paléo-Québec, ArchéoLogiques, Cahiers d'archéologie du CÉLAT). Un mouvement d'éducation populaire se concrétise à travers les efforts de l'organisme Archéo-Québec, qui donne accès pendant l'été à des dizaines de chantiers ou sites archéologiques. Le musée d'archéologie et d'histoire de Pointe-à-Callière est inauguré en 1992 à même le lieu de fondation de Montréal et démarre, en 2002, une école de fouilles offerte aux étudiants du département d'anthropologie de l'Université de Montréal. En 2000, l'Université Laval ouvre un deuxième chantier-école d'archéologie historique à La Prairie près de Montréal; un troisième débute également à l'Île d'Orléans en 2003.

Rétrospective

L'archéologie préhistorique permet une meilleure compréhension de différents aspects du mode de vie ancien des populations amérindiennes sur l'ensemble du territoire québécois, dont la présence remonte à 11 000 ans avant aujourd'hui. Elle fournit la première source de documentation substantielle sur l'ancienne division du territoire entre les trois groupes d'autochtones qui l'occupaient au moment de l'arrivée des Européens : les inuits, les Algonquiens et les Iroquoiens (voir Autochtones : Forêts de l'Est). Elle met en lumière leurs ressemblances et leurs différences par rapport aux populations voisines. Elle interagit avec l'ethnohistoire, l'ethnoarchéologie et diverses autres sciences qui ont en commun de vouloir comprendre le passé. L'archéologie historique, plus visible et spectaculaire, jette un regard inédit sur différents aspects d'un passé plus récent de la société québécoise. En s'aidant de documents historiques, elle réexamine en profondeur la colonisation française, le commerce, la technologie, les pratiques agricoles ainsi que les domaines militaire et industriel.

En somme, depuis les années 1960, l'archéologie au Québec a écrit un premier chapitre dans les domaines préhistorique et historique et ce, dans un territoire aussi vaste que la France, l'Espagne, l'Italie et la Grèce réunies. Bien que ce développement de la discipline soit essentiellement francophone et qu'une appréciation plus répandue puisse s'en trouver entravée, cela demeure nécessaire à la création d'une tradition québécoise en archéologie.