Présentation

Au fil des siècles, l'Asie du Sud-Est est devenue une étape et un port d'escale pour les commerçants de l'Asie et de l'Afrique, puis de l'Europe et du Nouveau Monde. Pour les Européens, l'Asie du Sud-Est correspond aux « Indes orientales ». Elle est une source d'épices et d'autres marchandises commerciales de plus en plus importantes dans leur vie quotidienne. Cet intérêt commercial conduit d’ailleurs à la colonisation de l’Asie du Sud-Est au XIXᵉ siècle par la France (Cambodge, Laos et Viêt Nam), le Royaume-Uni (Birmanie, Malaisie, Singapour), l’Espagne (Philippines), le Portugal (Timor), les Pays-Bas (Indonésie) et les États-Unis (Philippines à partir de 1898).

Occupées par l’armée japonaise pendant la Deuxième Guerre mondiale, les colonies de l’Asie du Sud-Est obtiennent leur indépendance dans les années d’après-guerre. Les Philippines sont le premier pays à l’obtenir en 1946, puis la Birmanie en 1948. L’indépendance de l’Indonésie est proclamée en 1945, mais elle est suivie d’une révolution sociale et d’un conflit armé. Ce n’est qu’en décembre 1949, après quatre ans d’affrontements, que les Pays-Bas reconnaissent l’Indonésie comme État indépendant.

Les pays de l’Indochine française (Viêt Nam, Cambodge et Laos) accèdent à l’indépendance en 1954, au terme d’une guerre de huit ans qui fera plus de 500 000 victimes. Il en résulte la division du Viêt Nam en deux États rivaux et un nouveau conflit armé, la guerre du Viêt Nam, qui aura des répercussions sur l’ensemble de la région.

La Malaisie obtient son indépendance en 1957. En 1963, les anciens territoires britanniques de Sabah et Sarawak situés sur l’île de Bornéo font leur entrée dans la Fédération de Malaisie. Singapour, qui en est membre à partir de 1962, la quitte en 1965 pour devenir un État indépendant. Le Timor oriental est le dernier pays de l’Asie du Sud-Est à obtenir son indépendance en 2002. La Thaïlande est une monarchie constitutionnelle depuis 1932, mais elle est régulièrement secouée par des coups d’État. Brunéi est quant à lui, une monarchie absolue.

C’est seulement après la Deuxième Guerre mondiale que l’on commence à utiliser l’expression Asie du Sud-Est. On a longtemps utilisé les appellations Indochine ou péninsule indochinoise pour désigner l’Asie du Sud-Est continentale (Viêt Nam, Cambodge, Laos, Myanmar, Thaïlande, Malaisie péninsulaire et Singapour), alors qu’Insulinde servait à nommer les pays et territoires de l’Asie du Sud-Est insulaire (Brunei, Indonésie, Philippines, Timor oriental et Malaisie insulaire). Aujourd’hui, ces pays (à l’exception du Timor oriental) sont tous membres de l'Association des Nations de l'Asie du Sud-Est (ANASE). Cette organisation fondée en 1967 a pour but de renforcer la coopération et l’assistance mutuelle de ses membres dans les domaines politiques, économiques et culturels.

Différents groupes ethniques de l'Asie du Sud-Est se sont installés au Canada.

Articles de L’Encyclopédie canadienne portant sur les Canadiens originaires de l’Asie du Sud-Est:

Canadiens cambodgiens ou khmers (Cambodgio-Canadiens)
Canadiens indonésiens
Canadiens laotiens (Lao-Canadiens)
Canadiens malaisiens
Canadiens philippins (Philippino-Canadiens)
Canadiens vietnamiens (Vietnamo-Canadiens
Canadiens thaïlandais (Thailando-Canadiens)

Histoire migratoire

Durant les années 1960, une instabilité politique a poussé beaucoup d’Indonésiens à immigrer au Canada. La majorité d’entre eux sont d’origine chinoise (90 %), mais en raison de différences linguistiques, ils ne sont pas proches de la communauté sino-canadienne. Le Canada a également accueilli plusieurs centaines d’étudiants originaires de l’Asie du Sud-Est dans le cadre du Plan de Colombo. Depuis les années 1950, plus de 80 000 étudiants malais sont venus étudier au Canada et plusieurs centaines ont décidé de s’y établir. De 1973 à 1984, 6 872 Malaisiens ont immigré au Canada.

Les Indochinois (Vietnamiens, Cambodgiens et Laotiens) viennent au Canada en cinq vagues. Certains arrivent en tant qu'étudiants au cours des années 1950 et 1960 et décident de rester, de sorte qu'en 1970, on compte environ 1 200 Vietnamiens et quelques centaines de Laotiens et de Cambodgiens établis principalement au Québec. Le retrait des troupes américaines du Viêt Nam et la chute du régime Thiêu (Viêt Nam du Sud) le 30 avril 1975 conduisent au départ massif de Vietnamiens. Près de 6 500 seront alors admis au Canada comme réfugiés politiques.

Dès la fin 1975, l’ensemble des territoires de l’ancienne Indochine est gouverné par des régimes totalitaires et communistes. Le 17 avril 1975, les Khmers rouges s’emparent de la capitale Phnom Penh et d’autres villes, assurant leur domination sur l’ensemble du Cambodge. De leur côté, les communistes révolutionnaires du Pathet Lao, qui ont pris le pouvoir plus tôt en début d’année, abolissent la monarchie le 2 décembre 1975 et proclament la République démocratique populaire du Laos. Fin 1978, un conflit armé éclate entre le Viêt Nam et le Cambodge, ajoutant à la détresse des populations.

Le contexte politique, la détérioration rapide des conditions de vie et la violation des droits de la personne dans ces pays vont déclencher un mouvement migratoire sans précédent dans cette région du globe. Ainsi, à la suite de l’invasion vietnamienne, plusieurs milliers de personnes quittent le Cambodge à pied pour rejoindre la Thaïlande. Dès la fin de 1978, l’exode des Vietnamiens, des Chinois du Viêt Nam et du Laos prend des proportions dramatiques, alors que plusieurs milliers s’enfuient sur des bateaux de fortune en empruntant la mer de Chine et le fleuve Mékong. Les boat people ‒ ou réfugiés de la mer ‒ qui survivent à cette traversée risquée sont accueillis dans des camps du Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés en Malaisie, aux Philippines, en Indonésie et à Hong Kong. Comme leur situation ne cesse de se détériorer, le Canada admet 59 970 réfugiés et immigrants de l’Asie du Sud-Est en 1979 et 1980.

De 1981 à 1986, bon nombre d'Indochinois continuent d'arriver en tant que réfugiés politiques ou comme immigrants de catégorie désignée : 24 000 du Viêt Nam, 3 400 du Laos et 8 900 du Cambodge. Parallèlement, 16 500 personnes arrivent du Viêt Nam en empruntant les voies habituelles de l'immigration (1984-1986). À la fin de 1986, le Canada compte 130 000 Indochinois dont 95 % sont des réfugiés ou des immigrants récents. Les efforts déployés par les Canadiens originaires du Sud-Est asiatique pour réunir leur famille, de 1987 à 1996, contribuent à accroître la population immigrante de 50 %. Les Indochinois migrent ensuite en grand nombre du Canada aux États-Unis et, depuis 1990, on assiste à un modeste mouvement de retour au Viêt Nam. À partir de 1997, la Thaïlande connaît une crise financière qui pousse beaucoup de Thaïlandais à chercher des possibilités professionnelles et éducatives à l'étranger, y compris au Canada.

Depuis les années 1970, mais surtout depuis 1986, l'Asie en général a fourni plus de la moitié des nouveaux arrivants au Canada. En 2006, l'immigration asiatique dépasse le nombre d'immigrants en provenance de l'Europe pour la première fois dans l'histoire du Canada. L’importance de cet apport est toujours bien réelle. Ainsi, selon les données de l’ENM de 2011, les Philippines sont au premier rang des pays de naissance des nouveaux immigrés au Canada de 2006 à 2011 (152 300 personnes et 13,1 % de tous les nouveaux immigrants).

Établissement et données socioéconomiques

En 2011, 91 % de la population née à l'étranger et la plupart des 1 162 900 immigrants arrivés au Canada dans les cinq années précédentes vivent dans les régions métropolitaines et les communautés urbaines (comparativement à 63,3 % de la population née au Canada). La plupart des Asiatiques du Sud-Est de la classe ouvrière vivent dans les noyaux urbains comprenant des quartiers commerciaux et institutionnels où l’on trouve magasins, restaurants et établissements religieux.

Pour les Asiatiques du Sud-Est, s'adapter à la société canadienne signifie s'intégrer à la vie au Canada tout en maintenant leur affiliation et leur identité à leurs groupes ethniques. Certains Asiatiques du Sud-Est doivent faire face à des préjugés et à de la discrimination lorsqu'ils tentent de se tailler une place sur le marché du travail. La discrimination perçue, le chômage et les barrières linguistiques continuent d'être un fardeau pour les Asiatiques du Sud-Est établis au Canada. Ces facteurs de stress liés à la réinstallation produisent un fort sentiment d'identité ethnique qui freine peut-être leur acculturation et leur bien-être général.

Vie culturelle, religieuse et associative

Presque tous les immigrants adultes originaires de l’Asie du Sud-Est utilisent leur langue maternelle à la maison, dans la communauté et souvent sur leur lieu de travail. Le cantonais fait office de langue de commerce chinoise au Cambodge et au Laos, et beaucoup de Chinois provenant de ces pays le parlent aussi. Les immigrants chinois en provenance du Viêt Nam et d'autres Chinois canadiens, dont les origines lointaines sont cantonaises, ont plusieurs traits culturels et linguistiques communs. Les Vietnamiens d’origine chinoise s'identifient néanmoins fortement à leur héritage vietnamien et forment des associations culturelles dans plusieurs villes.

La plupart des Vietnamiens pratiquent le bouddhisme mahayana. Ils forment des associations bouddhistes dans tout le Canada. Les bouddhistes mahayana, tout comme les confucianistes, les taoïstes et les adorateurs des ancêtres, accomplissent à la maison la plupart de leurs rites religieux. Concernant les activités religieuses associées au cycle de la vie, ils recourent aux institutions sino-canadiennes. Les catholiques vietnamiens se joignent habituellement aux paroisses catholiques qui existent déjà, mais il arrive qu'ils aient leur propre organisme religieux ou leur propre paroisse, tout comme leurs compatriotes d'autres confessions chrétiennes. Les Vietnamiens s'emploient à créer dans tout le Canada des organismes communautaires en règle, lesquels deviennent des foyers importants de manifestations culturelles et d'activités récréatives qui contribuent au maintien des traditions socioculturelles. À l'échelle nationale, la Fédération vietnamienne du Canada, qui regroupe plusieurs associations locales, s'attache principalement à préserver la culture vietnamienne et à faciliter l'intégration à la vie canadienne.

Les groupes laotien et cambodgien pratiquent le bouddhisme theravada, ce qui les distingue sensiblement des bouddhistes vietnamiens sur le plan religieux. Les moines laotiens et cambodgiens, ainsi que les organismes religieux de plusieurs régions du pays, accomplissent un nombre croissant de cérémonies religieuses essentielles à l'identité personnelle et collective de ces populations. Les associations culturelles laotiennes et cambodgiennes ne connaissent pas encore un essor comparable à celui des organisations vietnamiennes. La plupart des Malaisiens et des Indonésiens qui ont immigré au Canada sont musulmans; ces deux pays abritent en effet la majorité des musulmans de l’Asie du Sud-Est, bien que les Philippines et la Thaïlande comptent aussi des fidèles de l’islam.

La Malaysian Association of Canada, qui se trouve à Toronto, organise beaucoup d'activités pour les Asiatiques du Sud-Est qui vivent dans cette grande ville. L'Université McGill, l'Université Queen's et l'Université de l'Alberta ont toutes des associations d'étudiants malaisiens, et plusieurs universités canadiennes abritent des associations d'étudiants de l'Asie du Sud-Est qui représentent un certain nombre de pays membres de l'ANASE.

Le Canada et les pays de l’Asie du Sud-Est

Le Canada entretient des relations bilatérales avec la plupart des pays de l’Asie du Sud-Est et possède des ambassades dans la majorité d’entre eux. Il collabore également avec les 10 États membres de l’ANASE à titre de partenaire du dialogue. Cette collaboration vise à réduire la pauvreté, promouvoir le commerce, protéger les droits de la personne et soutenir la démocratie et la primauté du droit. Le Canada a récemment adopté un Plan d’action ANASE-Canada (2016-2020) qui détermine les domaines de collaboration pour les années à venir : politique et sécurité, coopération économique, coopération socio-culturelle, connectivité, coopération au développement, pour n’en nommer que quelques-uns. Le Canada accorde actuellement 14 millions de dollars aux États membres au chapitre de la sécurité. En 2013-2014, il a versé 320 millions de dollars d’aide au développement. En 2015, les échanges commerciaux Canada-ANASE se sont élevés à 21,4 milliards de dollars.