Barbara Hannigan

Barbara Hannigan, C.M., soprano, chef d’orchestre (née en 1971 à Waverley, en Nouvelle Écosse). Soprano et chef d’orchestre, Barbara Hannigan est connue, partout en Europe et en Amérique du Nord, pour ses interprétations innovantes s’inscrivant aussi bien dans le répertoire lyrique traditionnel que dans celui des opéras modernes, et pour être l’une des rares femmes chef d’orchestre de la scène musicale contemporaine. Toutefois, elle doit probablement l’essentiel de sa notoriété à ses prestations de chanteuse soliste lors de concerts qu’elle dirige elle même, ainsi qu’à des productions musicales originales qui frisent les arts pluridisciplinaires de la scène. Membre de l’Ordre du Canada, ses enregistrements lui ont valu plusieurs prix Gramophone, un prix Juno, un prix Grammy et d’autres distinctions prestigieuses. En outre, elle a été nommée personnalité musicale de l’année en France en 2013.

Barbara Hannigan avec Reinbert de Leeuw au piano, 2008.

Formation et début de carrière

Barbara Hannigan suit des cours de piano, de chant et de danse pendant son enfance et son adolescence en Nouvelle‑Écosse. À 17 ans, elle déménage à Toronto pour étudier la musique à l’Université de Toronto, en particulier avec Mary Morrison. C’est à l’université qu’elle fait ses débuts à l’opéra, dans The Rake’s Progress d’Igor Stravinsky, et qu’elle se passionne pour la musique contemporaine, en particulier opératique, chantant à l’occasion de nombreuses premières. Elle obtient un baccalauréat en musique en 1993.

Elle poursuit ses études au Centre d’arts de Banff, puis au Centre d’arts Orford et enfin aux Pays‑Bas, où elle se perfectionne auprès de Meinard Kraak au Conservatoire royal de La Haye, tout en prenant des leçons privées avec Neil Semer. Alors qu’elle est aux Pays‑Bas, elle interprète à la fois des rôles du répertoire contemporain et de celui de la musique ancienne, une combinaison inhabituelle qui constitue, encore aujourd’hui, l’une de ses marques de fabrique. Barbara Hannigan retourne ensuite à l’Université de Toronto, où elle obtient une maîtrise en musique en 1999. Dans ce cadre, elle chante dans La Veuve joyeuse et dans l’opéra télévisé de cinq minutes d’Alexina Louie Toothpaste. Elle continue également à se produire en Europe et s’installe à Amsterdam alors que sa carrière européenne de chanteuse décolle, essentiellement dans le cadre d’une association avec l’ensemble Asko‑Schönberg et le chef d’orchestre Reinbert de Leeuw.

Chanteuse et actrice

Barbara Hannigan chante dans plus de 80 opéras donnés en première, souvent dans des rôles écrits pour elle, comme Writing to Vermeer de Louis Andriessen en 1999, One de Michel van der Aa en 2003 et Passions de Pascal Dusapin en 2008. Elle est associée aux œuvres de compositeurs comme George Benjamin, Pierre Boulez, Unsuk Chin, Henri Dutilleux et György Ligeti. Elle interprète également des œuvres de compositeurs canadiens telles que Lonely Child de Claude Vivier.

Barbara Hannigan acquiert une renommée internationale pour ses interprétations des Correspondances d’Henri Dutilleux, des Mysteries of the Macabre de György Ligeti – une œuvre qu’elle interprète fréquemment en Amérique du Nord, par exemple avec le Philadelphia Orchestra et avec le New York Philharmonic, et en Europe – et de Written on Skin de George Benjamin, qu’elle chante à Covent Garden, au Festival d’Aix‑en‑Provence et à Munich. On l’entend également régulièrement dans let me tell you de Hans Abrahamsen, une œuvre commandée au compositeur par le Berliner Philharmoniker à son initiative et dont elle est aussi la dédicataire. Elle chante ce cycle de mélodies lors de la première mondiale en décembre 2013, puis lors de la première à New York au Carnegie Hall en janvier 2016 avec le Cleveland Orchestra et, plus tard, avec le Boston Symphony Orchestra. Ses interprétations extrêmement physiques la rendent également célèbre, notamment les mouvements de ballet du rôle‑titre de Lulu d’Alban Berg.

Barbara Hannigan revient souvent chanter en Amérique du Nord, par exemple, en 2015, avec la Compagnie d’opéra canadienne dans le Quatuor à cordes no 2 d’Arnold Schoenberg ainsi qu’avec l’Orchestre symphonique de Toronto. Elle fait ses débuts au Carnegie Hall dans des œuvres de Peter Eötvös le 29 janvier 2009 et y retourne pour chanter les Mysteries of the Macabre de György Ligeti et Wozzeck d’Alban Berg avec le Philadelphia Orchestra sous la direction de sir Simon Rattle.

En février et mars 2015, Barbara Hannigan revient au Canada pour interpréter, dans le cadre du New Creations Festival de l’Orchestre symphonique de Toronto, plusieurs premières qui vont remporter un très grand succès, notamment la première nord‑américaine de let me tell you et la première canadienne de Written on Skin.

Bien que Barbara Hannigan se soit fait une spécialité de la musique contemporaine et en particulier du nouvel opéra du 21e siècle, on peut également l’entendre dans des œuvres de compositeurs plus anciens comme Gioachino Rossini, Wolfgang Amadeus Mozart dans Cosi fan tutte, Georg Friedrich Händel dans Rinaldo et Christoph Willibald Gluck dans Orphée et Eurydice. Elle interprète également des opéras du début et du milieu du 20e siècle, notamment La Voix Humaine de Francis Poulenc – faisant ses débuts à l’Opéra de Paris dans le rôle de Elle en 2015 –, The Rape of Lucretia de Benjamin Britten et The Rake’s Progress d’Igor Stravinsky.

Barbara Hannigan collabore avec plusieurs chefs de premier plan dont Pierre Boulez, sir Simon Rattle, Susanna Mälkki, Kent Nagano, Esa‑Pekka Salonen et Peter Oundjian.

En dehors de Toothpaste,elle est également au générique d’autres productions filmiques, notamment, en 2014, Casanova Variations, un film qui remporte un Austrian Film Award, en 2005, l’opéra télévisé d’Alexina Louie Burnt Toast, ainsi que The Rise and Fall of the City of Mahagonny de Bertolt Brecht et Kurt Weill.

Direction d’orchestre

En 2010, Barbara Hannigan ajoute une nouvelle dimension à ses activités artistiques en embrassant également la carrière de chef d’orchestre. Ses débuts ont lieu au Théâtre du Châtelet à Paris où elle est à la baguette pour l’opéra‑ballet d’Igor Stravinsky Renard. Sa prestation lui vaut des invitations pour diriger des programmes dans lesquels elle s’illustre également comme chanteuse. Son concert au Royal Concertgebouw d’Amsterdam aux Pays‑Bas qui obtient un prix Ovatie du meilleur concert classique de l’année en 2014 permet au public de découvrir une répartition inhabituelle des rôles où une même personne chante et dirige l’orchestre, une double fonction qui lui permet de se distinguer des autres chanteurs et des autres chefs d’orchestre.

Après s’être lancée sur ce nouveau cheminement de carrière parfaitement original, Barbara Hannigan étudie la direction d’orchestre auprès de Jorma Panula et dirige des opéras comme Le Grand Macabre de György Ligeti ainsi que d’autres œuvres instrumentales. Sa carrière de chef d’orchestre la conduit en Europe, par exemple en Suisse, au Festival de Lucerne en 2014 et 2016, mais également en Italie, en Allemagne et en Suède, et au Canada où elle effectue ses débuts de chef d’orchestre en Amérique du Nord à la tête de l’Orchestre symphonique de Toronto en octobre 2015. En 2016, elle est nommée directrice musicale de l’Ojai Music Festival de Californie pour l’année 2019.

Enregistrements

Barbara Hannigan a enregistré une grande diversité d’œuvres allant de l’époque baroque au 21e siècle, certains de ses enregistrements comme Correspondances et Written on Skin ayant obtenu des prix Gramophone. Elle chante le rôle de Cecily dans The Importance of Being Earnest de Gerald Barry, un enregistrement sélectionné pour un Grammy Award dans la catégorie Meilleure composition classique contemporaine. Parmi les compositeurs dont elle a enregistré des œuvres, on trouve Harry Freedman avec Spirit Song et Michael J. Baker. En 2008, elle chante sur l’enregistrement que donne l’Orchestre symphonique de Toronto de la Symphonie no 4 de Gustav Mahler.

En 2018, Barbara Hannigan remporte un prix Juno et un prix Grammy pour Crazy Girl Crazy (2017), son premier album en tant que chef d’orchestre et chanteuse. Encensé par CBC Music, qui le décrit comme « l’album le plus audacieux, risqué et plein de confiance de l’artiste à ce jour » et par le journal The Guardian, qui parle de rien de moins qu’un « rappel à peine voilé, pour ceux qui l’avaient oublié, du talent incroyable de cette chanteuse à la voix envoûtante », l’album contient les interprétations de l’Orchestre Ludwig d’Amsterdam, sous la direction de Barbara Hannigan, de Lulu Suit d’Alban Berg, de Sequenza III de Luciano Berio et de Crazy Girl d’Ira Gershwin.

Importance

Barbara Hannigan s’est rendue célèbre en Europe et en Amérique du Nord en tant que chanteuse et en tant qu’ardente promotrice du nouvel opéra. Elle s’est fait remarquer pour ses interprétations passionnées et novatrices et par son utilisation spectaculaire du corps remettant en cause les idées préconçues et abattant les frontières entre les différentes disciplines des arts de la scène. En dirigeant l’orchestre et en chantant souvent au cours d’un même concert, elle a fait tomber d’autres murs et prouvé son extrême polyvalence. À la fois iconoclaste et brillante musicienne, elle occupe une position singulière dans un univers où les femmes chef d’orchestre sont rares.

Barbara Hannigan a reçu de nombreux prix et a été nommée personnalité musicale de l’année 2013 en France par le Syndicat de la critique, devenant ainsi la première personnalité canadienne récompensée par cette distinction. En 2014, elle a également fait l’objet de deux documentaires, I’m a creative animal et Canadees Podiumdier.

Prix

  • Chanteuse de l’année, Opernwelt (2013)
  • Personnalité musicale de l’année, Syndicat de la presse française (2013)
  • Prix Ovatie, Meilleur concert classique de l’année (2014)
  • Prix Gramophone de la musique classique, Gramophone (2013, 2014)
  • Meilleur album, France Musique (2014)
  • Prix Faust du théâtre musical, Deutsche Bühnenverein (2015)
  • Meilleur album vocal solo classique (Crazy Girl Crazy), Prix Grammy (2018)
  • Album classique de l'année : Voix ou chorale (Crazy Girl Grazy), Prix Juno (2018)