Bibliothèques

Au XIXe siècle, les bibliothèques des instituts techniques, des districts scolaires et des universités, de même que les bibliothèques communautaires, professionnelles et publiques prennent de l'ampleur.

Universit\u00e9 Queen, biblioth\u00e8que de l
Prix du Gouverneur g\u00e9n\u00e9ral en architecture (avec la permission des architectes Kuwabara Payne McKenna Blumberg).

Bibliothèques

 Au Canada, les premières bibliothèques sont les collections privées que constituent les immigrants européens. La plus ancienne est celle de Marc LESCARBOT, érudit et avocat établi à PORT-ROYAL en 1606. Les premières communautés religieuses assemblent aussi leurs collections : certains ouvrages de la mission canadienne des Jésuites, qui date de 1632, et du Collège des Jésuites de Québec (fondé en 1635) existent toujours. Aux XVIIIe et XIXe siècles, on trouve des bibliothèques dans les colonies, les postes de traite ou les postes militaires dont la COLONIE DE LA RIVIÈRE ROUGE à Selkirk, le poste de la Compagnie de la baie d'Hudson (CBH) à YORK FACTORY, celle de John McKay dans l'île de Vancouver, celle de Roderick Mackenzie au Fort Chipewyan (Alberta) et celle de lord DALHOUSIE à la garnison d'Halifax.

Bibliothèques publiques

Au XIXe siècle, les bibliothèques des instituts techniques, des districts scolaires et des universités, de même que les bibliothèques communautaires, professionnelles et publiques prennent de l'ampleur. Le financement de la plupart des bibliothèques publiques des premières décennies du XIXe siècle provient des frais d'abonnement. Mentionnons celle fondée par le gouverneur HALDIMAND dans la ville de Québec en 1779, la bibliothèque de Montréal créée en 1796 et celle de Niagara fondée en 1800.

Vers 1850, les bibliothèques sont fermement implantées en Amérique du Nord britannique. Les premières bibliothèques publiques gratuites ouvrent leurs portes en 1883 à Saint John, à Guelph et à Toronto. Avant d'être l'institution qu'elle est aujourd'hui, la bibliothèque publique évolue lentement, s'adaptant aux diverses conditions géographiques, économiques, culturelles et démographiques de chaque province. Les bibliothèques des districts scolaires, des instituts techniques et d'associations communautaires constituent les ancêtres des modernes bibliothèques publiques subventionnées.

Bibliothèques de district scolaire

Les bibliothèques de district scolaire sont instaurées en 1850 par Joseph HOWE, en Nouvelle-Écosse, et Egerton RYERSON au Canada-Ouest (Ontario). Les deux hommes estiment qu'enfants et adultes pourraient bénéficier de services bibliothécaires par le biais des écoles avec l'aide financière et administrative des gouvernements coloniaux. Le Nouveau-Brunswick (1858) et l'Île-du-Prince-Édouard (1877) fondent aussi de telles bibliothèques, qui disparaissent après la Confédération à cause d'une désaffectation locale causée par les tendances centralisatrices des ministères de l'Éducation.

Instituts techniques

Les instituts techniques voient le jour en Grande-Bretagne de pair avec les sociétés ouvrières. En 1828, le premier de ces instituts est créé à Montréal. Ce genre d'institution devient rapidement populaire dans les communautés d'Halifax, de Hamilton, de Toronto et de Victoria, parce qu'il donne à la classe ouvrière un accès peu coûteux aux livres et aux journaux. L'intérêt que ces instituts suscitent décline après la confédération (1850), et plusieurs d'entre eux sont intégrés aux bibliothèques municipales. En Ontario, par exemple, ce passage est facilité par une loi de 1882 permettant l'établissement de bibliothèques publiques gratuites dans les villes et villages ainsi que le transfert des avoirs des instituts aux bibliothèques. Des subventions sont aussi transférées, entraînant la disparition de ces instituts ou leur remplacement par des bibliothèques publiques.

Bibliothèques d'associations communautaires

Nombre de bibliothèques d'associations communautaires ayant des intérêts divers naissent dans l'Est du Canada après 1800. La collection de la SOCIÉTÉ LITTÉRAIRE ET HISTORIQUE DE QUÉBEC (fondée en 1824) est particulièrement remarquable. La plupart de ces associations se veulent un lieu de rencontre où l'on tient des conférences, des débats et d'autres activités, et où les membres peuvent emprunter des livres. Tout comme celles des instituts techniques, les bibliothèques des associations sont publiques : elles sont ouvertes à tous, sans distinction de classe, de race ou de religion et visent à élargir les goûts de leurs membres, tant en musique, en littérature et en culture qu'en sport. Un grand nombre deviennent par la suite des bibliothèques publiques gratuites, quoiqu'il en existe encore, notamment en Colombie-Britannique.

Bibliothèques gratuites

Une loi ontarienne de 1882 autorise l'établissement de bibliothèques gratuites, financées par un prélèvement de la moitié d'un millième de dollar déterminé d'après la valeur de tous les biens mobiliers et immobiliers. Un conseil local de neuf membres élus par le conseil municipal et le conseil d'administration scolaire y fait autorité. La bibliothèque publique de Toronto est la plus grande des premières bibliothèques à choisir ce statut. Le modèle ontarien de bibliothèques est ensuite adopté par les autres provinces : Colombie-Britannique (1891), Manitoba (1899), Saskatchewan (1906), Alberta (1907), Nouveau-Brunswick (1929), Terre-Neuve (1935), Île-du-Prince-Édouard (1935, révoqué en 1936), Nouvelle-Écosse (1937), Québec (1959) et Territoires du Nord-Ouest (1966).

Bibliothèques publiques modernes

De nos jours, une bibliothèque choisit, acquiert et organise des collections de livres, de périodiques, de journaux, de publications officielles, de rapports, de micro-fiches, de cartes, de matériel audiovisuel, de rubans informatiques, etc., et en donne l'accès au public. Tout matériel acquis pour les usagers est placé sur les étagères, selon un système de fiches et de classification qui en facilite l'accès. Le service de référence aide l'usager à déterminer ce qui lui est nécessaire et à le trouver. Les services additionnels, comme les sections pour enfants, l'audiovisuel et l'accès aux ressources électroniques et à Internet, varient selon la clientèle de chaque bibliothèque et les ressources financières.

Les bibliothèques publiques du Canada sont régies par des statuts provinciaux et principalement financées par des taxes municipales, des recettes fiscales et d'autres revenus locaux. Des subventions provinciales complètent ces fonds. Elles sont généralement dirigées par un conseil d'administration local ou régional qui a le pouvoir d'embaucher ou de congédier les employés, de superviser les biens et d'établir des règlements ainsi que le budget de la bibliothèque. Les services varient en fonction du mandat des communautés locales et de leur conseil d'administration.

La période de croissance des bibliothèques publiques qui suit immédiatement les années 1900 est marquée par la construction et par le développement des collections et des services. Comme on veut augmenter le nombre de membres, on permet le libre accès aux livres, on crée des sections pour enfants et on adopte des systèmes standard de classement et de catalogage. Des bibliothèques volantes sont créées en Colombie-Britannique, en Ontario et au Québec peu avant le XXe siècle, afin d'étendre le développement des bibliothèques aux zones rurales. Des bibliothèques semblables sont aussi mises sur pied par les Universités Dalhousie et McGill, par celles du Manitoba et de l'Alberta ainsi que par les autorités provinciales de la Saskatchewan, de l'Ontario et de Terre-Neuve. Bien que le développement des bibliothèques publiques soit freiné pendant la crise des années 30 et la Deuxième Guerre mondiale, il reprend de plus belle après 1945.

L'éducation reçoit beaucoup d'attention au cours des années 60, et plus de 125 bibliothèques publiques, nouvelles ou réorganisées, sont mises sur pied, en partie grâce aux subventions accordées dans le cadre du Centenaire. Le développement des bibliothèques est compromis par l'inflation des années 70 et par deux récessions importantes dans les années 80. Les bibliothèques sont souvent coincées entre, d'un côté, les demandes croissantes de la population qui exige davantage de services et, de l'autre, les pressions exercées par les paliers municipal et régional pour qu'elles réduisent ou stabilisent leurs dépenses, ce qui entraîne un renforcement de la législation, par exemple à Halifax Dartmouth et dans la région de Toronto. Néanmoins, les ressources et les services sont encore impressionnants, et ils continuent à croître : en 1995, le NCLSP rapporte que 1034 bibliothèques publiques contiennent 81,8 millions de volumes, que 234 millions d'éléments y circulent, que 24,6 millions d'opérations y sont effectuées et qu'elles emploient 13 564 personnes en 3 668 points de service partout au Canada.

Bibliothèques régionales

En raison de la répartition démographique du Canada, les gouvernements provinciaux et les associations professionnelles encouragent la création de plus grandes unités de services, telles les bibliothèques de comté, de région et de province. Les premiers systèmes régionaux sont mis à l'essai au début des années 30 dans la vallée du fleuve Fraser et à l'Île-du-Prince-Édouard. D'autres provinces fondent des bibliothèques régionales après la Deuxième Guerre mondiale. Certaines, comme la Saskatchewan, sont d'avis que ce système offre la solution la plus efficace pour desservir les petites communautés éloignées, les bibliothèques municipales de la province servant de réserves à ces bibliothèques. Les structures administratives de ces systèmes régionaux et l'appui financier qui leur est offert varient d'une province à l'autre.

Bibliothèques universitaires

 La première bibliothèque universitaire en tant que telle est celle du King's College de Windsor, en Nouvelle-Écosse, fondée en 1789. Si bien des universités et des collèges créés au début du XIXe siècle dans l'Est du Canada s'adjoignent une bibliothèque, les collections se développent relativement peu jusqu'en 1950, quand ces bibliothèques prennent rapidement de l'ampleur devant le regain d'intérêt envers l'éducation et la recherche.

La création de cinq universités ontariennes témoigne de cette croissance rapide. Dès leur ouverture, elles possèdent toutes des collections cataloguées grâce au New Universities Library Project mis en place au début des années 60 en Ontario, l'une des premières applications à grande échelle des progiciels de gestion automatisée pour bibliothèques. D'autres provinces, dont la plus engagée est la Colombie-Britannique, financent le développement des bibliothèques universitaires, et le CONSEIL DES ARTS DU CANADA et par la suite le CONSEIL DE RECHERCHES EN SCIENCES HUMAINES DU CANADA offrent des subventions spéciales pour l'enrichissement des collections de renommée nationale.

Vers la fin des années 60, des programmes de coopération sont mis sur pied afin de permettre la réorganisation et le partage des collections. Le conseil des bibliothèques universitaires de l'Ontario crée un réseau coopératif comprenant systèmes d'échange, de prêt entre bibliothèques, de catalogue collectif automatisé répertoriant publications en série et publications officielles et favorisant les ententes réciproques entre universités. En Colombie-Britannique, les Tri-University Libraries organisent un projet de catalogage collectif subventionné par le gouvernement et incluant les bibliothèques collégiales. Au Québec, le conseil des bibliothèques universitaires institue des projets similaires. Le plus audacieux est sans doute TÉLÉCAT/UNICAT (1974-1979), un catalogue collectif et un système de gestion auxquels participent les bibliothèques de 18 universités ontariennes et québécoises ainsi que les bibliothèques du gouvernement. Le projet est abandonné lorsque de nouvelles technologies permettent de relier de façon plus rentable les systèmes intégrés de chaque bibliothèque par des réseaux de TÉLÉCOMMUNICATIONS. Par la suite, le Council of Prairie and Pacific University Libraries (COPPUL) a été créé afin de développer et de gérer une infrastructure destinée à l'information, à la recherche et aux services d'éducation dans le dessein d'aider le travail universitaire au Manitoba, en Saskatchewan, en Alberta et en Colombie-Britannique.

Bibliothèques collégiales

Depuis 1960, les bibliothèques collégiales se développent rapidement au Canada, dans les cégeps du Québec, dans les collèges d'arts appliqués et les écoles techniques de l'Ontario et des autres provinces, et dans les instituts de technologie, les centres de formation professionnelle ou les collèges communautaires ailleurs au pays. Ces bibliothèques sont des centres d'apprentissage offrant tant des documents non imprimés que les imprimés traditionnels. Les récents développements impliquant la technologie et les ressources liées à Internet sont particulièrement intéressants pour les bibliothèques collégiales publiques et techniques. Un sondage national effectué en 1996 révèle que la plupart des bibliothèques sont bien placées pour faire face aux deux questions importantes auxquelles sont confrontées les bibliothèques en offrant l'accès à Internet, soit de dispenser une formation efficace au personnel de la bibliothèque et d'allouer des ressources nécessaires pour répondre aux attentes grandissantes des usagers en matière de services et d'accès à la bibliothèque.

Les ressources collectives des bibliothèques post-secondaires et collégiales ont connu un développement spectaculaire depuis les années 60. En 1995, le NCLSP signale que 219 bibliothèques collégiales contiennent 160,7 millions de volumes, que 40,2 millions d'éléments y circulent, qu'elles effectuent 6,1 millions d'opérations, dépensent 568,4 millions de dollars et emploient 8 312 personnes partout au Canada.

Bibliothèques scolaires

Ces bibliothèques naissent au XIXe siècle, mais jusqu'aux réformes scolaires des années 60, elles ne prennent pas d'expansion rapide. Pendant bien des années, les associations provinciales entre écoles et bibliothèques ainsi que la Canadian School Library Association et l'Association for Teacher-Librarianship in Canada (fondée en 1989), discutent ou proposent des normes concernant la taille des collections, le personnel, les installations matérielles et le rôle du bibliothécaire dans le développement du programme d'études. La mission de ces bibliothèques dépend de la volonté du conseil d'administration et du directeur de chaque école de leur réserver espace, personnel, fonds et matériel. Afin de maintenir la qualité, des superviseurs ou des consultants sont engagés par de nombreuses bibliothèques scolaires pour faciliter l'organisation des bibliothèques et voir à leur fonctionnement.

Pendant toutes les années 90, le financement des bibliothèques scolaires est coupé. Cependant, le National Symposium on Information, Literacy and the School Library, tenu à Ottawa en 1997, confirme le rôle de la bibliothèque scolaire dans la lecture, la connaissance des médias et de l'informatique et l'apprentissage personnels. Aujourd'hui, dans notre société fertile en information, les bibliothèques scolaires continuent à être des centres d'apprentissage riches en ressources pour les étudiants et les professeurs, et à jouer un rôle essentiel au cours du processus d'enseignement.

Bibliothèques gouvernementales

 Le gouvernement fédéral assure le financement de la bibliothèque du Parlement, la BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DU CANADA, de celle de l'Institut canadien de l'information scientifique et technique (ICIST), de celles des ministères et des sociétés d'État ainsi que le service de bibliothèques publiques des Territoires du Nord-Ouest et des bibliothèques régionales du Yukon. Il contribue aussi à fournir des services aux bibliothèques des bandes indiennes.Les bibliothèques fédérales relèvent de leur ministère, mais coopèrent sur des sujets d'intérêt commun par l'entremise du Conseil des bibliothèques fédérales fondé en 1976, dont le secrétariat est assuré par la Bibliothèque nationale. Le bibliothécaire parlementaire relève directement du Parlement. Le bibliothécaire national, qui a le statut de directeur-adjoint, relève du Parlement par l'entremise du ministre des Communications. La croissance des bibliothèques des ministères provinciaux est proportionnelle à celle de leur province respective : par exemple, depuis 1965, elles se développent rapidement en Ontario, au Québec et en Alberta.

Bibliothèques législatives

Les bibliothèques législatives voient le jour en 1758 lorsqu'une législature coloniale est créée pour la Nouvelle-Écosse. En 1800, des bibliothèques législatives sont créées à l'Île-du-Prince-Édouard, au Nouveau-Brunswick, dans le Haut-Canada et dans le Bas-Canada. En 1867, la bibliothèque du Parlement est officiellement fondée à Ottawa et regroupe les collections des bibliothèques législatives du Bas-Canada, du Haut-Canada (1791-1841) et de la Province du Canada (1841-1867). Jusqu'à la création de la Bibliothèque nationale, en 1953, la bibliothèque du Parlement reçoit des exemplaires du dépôt légal de tous les livres publiés au Canada. Elle sert de centre de documentation pour les députés et les sénateurs. Les bibliothèques législatives provinciales sont financées par les gouvernements provinciaux et sont destinées aux députés et parfois au personnel de la fonction publique. Leurs collections rassemblent une riche documentation sur l'histoire et l'évolution de leur région. La Bibliothèque nationale du Québec est unique : elle sert de dépôt pour toutes les publications québécoises, elle coordonne les projets bibliographiques québécois et, de par son mandat visant à promouvoir l'activité littéraire, elle participe aux accords culturels entre la France et le Québec.

Bibliothèques professionnelles, industrielles et d'affaires

Les premières bibliothèques professionnelles sont des bibliothèques de droit. La Société du barreau du Haut-Canada est fondée en 1797 et, à cette époque, des collections sont à la disposition des avocats à Halifax et à Québec. À mesure que les industries et les entreprises prennent de l'expansion, les sociétés les plus importantes mettent sur pied des bibliothèques : celle du Grand Trunk Railway créée pour les employés en 1857, à Montréal, constitue un bon exemple. Les bibliothèques industrielles modernes, comme celle d'Esso Ressources-Canada Ltée à Calgary, sont installées dans les grandes villes à forte concentration d'entreprises et d'industries, comme Montréal et Toronto. Dans les années 80, les bibliothèques scientifiques et techniques forment le groupe le plus considérable de bibliothèques spécialisées.

Bibliothèques d'organismes à but non lucratif

D'imposantes collections littéraires sur les beaux-arts, la science ou la technologie existent dans maintes bibliothèques rattachées à des organismes à but non lucratif, comme les musées et les galeries d'art, notamment le Musée des beaux-arts de Montréal, le MUSÉE DES BEAUX-ARTS DU CANADA à Ottawa, le MUSÉE DES BEAUX-ARTS DE L'ONTARIO, les MUSÉES NATIONAUX DU CANADA et le MUSÉE ROYAL DE L'ONTARIO. Des bibliothèques rattachées au réseau anglais de la SOCIÉTÉ RADIO-CANADA et au CENTRE DE MUSIQUE CANADIENNE de Toronto constituent des centres de documentation pour les télédiffuseurs, les radiodiffuseurs et les compositeurs.

En 1995, le NCLSP signale que 571 bibliothèques gouvernementales et privées possèdent 17,3 millions de volumes, qu'il y circule 4,2 millions d'éléments, qu'il s'y effectue 1,5 million d'opérations et qu'elles dépensent 137,1 millions de dollars.

Développements modernes

Après la guerre, les bibliothèques canadiennes, dans toutes les catégories, tentent de répondre aux besoins croissants d'information des usagers. Les collections sont transformées pour s'adapter aux microfiches, aux cassettes audio et vidéo, aux disques compacts, aux livres parlés, aux films et aux livres en braille. Des programmes destinés à divers groupes culturels ou minoritaires prennent une large place dans les services des bibliothèques publiques, et la recherche documentaire, s'appuyant souvent sur des bases de données informatisées, devient un élément majeur des services de référence des bibliothèques publiques et spécialisées. Les services aux adultes occupent une très grande place dans les bibliothèques collégiales et prennent une part grandissante dans les bibliothèques universitaires.

La généralisation de ces services est facilitée par des ententes de coopération locales, régionales, provinciales et nationales ou par des réseaux de partage des ressources. Elle bénéficie du soutien de la Bibliothèque nationale et de l'ICIST, qui facilitent volontiers l'accès à leurs propres collections, par prêt ou photocopie, aux bibliothèques canadiennes qui ont recours à divers services tels SwetScan, que l'ICIST commercialise pour les bibliothèques nord-américaines.

Depuis 1960, les nouvelles technologies, et tout ce qu'elles supposent en fait de services, de personnel, de collections et d'édifices, constituent de loin ce qui transforme le plus les bibliothèques. À la fin des années 70, les progrès de la technologie des ordinateurs permettent d'élaborer des systèmes locaux à un coût raisonnable, et les réseaux d'information, soutenus par la Bibliothèque nationale et l'ICIST, fournissent les mécanismes nécessaires au partage des ressources et à l'échange des données.

Les services offerts par les bibliothèques se modifient et s'accroissent avec l'introduction de systèmes informatisés qui rendent disponible le matériel le plus récent. L'ICIST donne accès à d'importantes bases de données par le biais du SCDSI (diffusion sélective de l'information) et du CAN/OLE (interrogation en direct) et favorise l'échange électronique du courrier pour les demandes de prêts entre bibliothèques et les commandes de documents en direct (CAN/DOC). La très riche base de données bibliographiques de la Bibliothèque nationale (AMICUS) est à présent accessible à toute bibliothèque canadienne pour la recherche en direct, et depuis 1997 elle présente un catalogue public affiché sur le Web. L'UTLAS (University of Toronto Library Automation System), créé en 1971, fournit maintenant des services automatisés, des produits et des systèmes à près de 2 500 bibliothèques en Amérique du Nord, en Asie, en Australie, en Europe et au Moyen-Orient. Geac, une entreprise informatique canadienne fondée en 1971, vend beaucoup de systèmes de catalogage et de mise en circulation de livres en ligne au cours des années 80, et elle continue à vendre ses produits qui automatisent les tâches habituelles des bibliothèques. Parmi ses clients, on compte la bibliothèque du Vatican, la Bibliothèque nationale et le Smithsonian Institute.

Pour répondre aux nouvelles exigences, les écoles de bibliothéconomie du Canada ajoutent des cours d'informatique et de télécommunications à leur programme de formation et des cours en sciences de l'information à l'éducation permanente. Des cours techniques sont offerts dans plusieurs collèges communautaires. À présent, au moment de rénover ou de construire des bibliothèques, on prend grand soin de prévoir de l'espace pour les nouveaux ou futurs systèmes d'information. En complément des programmes d'études, il existe actuellement environ 75 bulletins et revues pour servir la collectivité bibliothécaire canadienne. Certains, comme Emergency Librarian, Feliciter, et le Canadian Journal of Information and Library Science, publient au niveau national.

Les nombreuses et nouvelles possibilités qui s'offrent aux bibliothèques pour accroître l'accessibilité aux ressources électroniques et à leurs collections et la coopération entre les bibliothèques, que permettent les nouvelles technologies, engendrent de nouveaux défis, comme l'accord de licence des ressources électroniques. Il faut sérieusement envisager la création de systèmes de documentation et de consortiums qui combinent les ressources de tous les genres de bibliothèques par le biais de structures administratives souples. Cette tendance se manifeste par la création, en 1996, de la Alberta Library, un réseau bibliothécaire varié qui s'étend à toute la province, et par la mise sur pied, en 1998, de la Grande Bibliothèque du Québec basée à Montréal. L'appui aux bibliothèques et aux réseaux d'information du XXIe siècle devra être coordonné aux niveaux national et régional, si l'on veut satisfaire aux exigences toujours croissantes d'une SOCIÉTÉ D'INFORMATION.

Bibliothèques universitaires, collégiales et scolaires

Les bibliothèques universitaires et collégiales, qui sont rattachées à leur communauté, sont financées par un pourcentage des fonds d'exploitation (de 5 à 8 p. 100) et par des subventions spéciales provenant de partenariats ou de fondations. Le directeur en chef d'une bibliothèque universitaire relève d'un responsable universitaire, comme le bureau du vice-président universitaire, et est représenté dans les principaux organes de décision de l'université. Les bibliothèques collégiales reçoivent un pourcentage moins élevé des fonds d'exploitation et leur structure administrative varie grandement, à l'intérieur même de chaque province et entre les provinces.

Bibliothèques spécialisées

Une bibliothèque spécialisée répond aux besoins de l'organisme qui la subventionne, qu'il s'agisse d'une administration fédérale, provinciale ou municipale; d'entreprises, d'associations ou d'industries; ou d'institutions publiques comme les hôpitaux et les musées. Les bibliothèques spécialisées se différencient par leur thème, comme le droit, la finance, l'assurance ou la santé. L'origine des premières bibliothèques spécialisées remonte au XVIIe siècle. Deux bibliothèques sont créées à l'hôpital général de Québec et à l'Hôtel-Dieu de Québec pour offrir aux patients de la littérature religieuse, mais la plupart datent d'après la Deuxième Guerre mondiale. Elles sont représentées par la Canadian Association of Special Libraries and Information Services et aussi par diverses associations à caractère spécialisé, comme l'Association des bibliothèques de la santé du Canada ou l'Association canadienne des bibliothèques de droit.

Associations de bibliothèques

Il existe au-delà de 150 associations de bibliothèques au Canada, y compris des associations nationales, provinciales, régionales, locales et ethniques, parfois regroupées selon leur vocation de bibliothèques publiques, universitaires, gouvernementales, scolaires et spécialisées. La première association créée est l'Ontario Library Association, en 1900. D'autres associations provinciales sont ensuite établies en Colombie-Britannique (1911), au Québec (1932), dans les Maritimes (1935), au Manitoba (1936), en Saskatchewan (1942), en Alberta (1944) et dans les Territoires du Nord-Ouest (1981).

D'abord une association nationale bilingue, la Canadian Library Association (CLA), établie en 1946, devient unilingue en 1973. La CLA regroupe cinq associations différentes, comme la Canadian Association of College and University Libraries, et elle finance plusieurs groupes d'és. Parmi les principales initiatives de la CLA, notons l'enregistrement sur microfiches des journaux canadiens à valeur historique, la compilation et la publication de l'Index de périodiques canadiens (1948-1986), l'encouragement à la publication de livres de référence, l'établissement de normes, la liaison des associations nationales et internationales avec le gouvernement fédéral et la tenue de journées d'études pour la formation du personnel des bibliothèques.

L'Association pour l'avancement des sciences et des techniques de la documentation (ASTED) regroupe les bibliothèques francophones à l'échelle nationale. Tout comme la CLA, l'ASTED comporte des sous-sections pour les bibliothèques universitaires, scolaires et publiques.

Constructions des bibliothèques

Les bibliothèques publiques et universitaires occupent parfois, déjà avant 1900, des établissements distincts mais, entre 1901 et 1923, les subventions Andrew Carnegie permettent de construire 125 bibliothèques publiques. À cette époque, la mode étant au style beaux-arts dans l'architecture publique, même les plus petites bibliothèques sont dotées de colonnes classiques et d'une ornementation élaborée. Ces anciennes bibliothèques, fonctionnelles pour les besoins de l'époque, se révèlent malheureusement difficiles à modifier ou à agrandir devant le nombre croissant de leurs usagers et l'arrivée de nouveaux services et des nouvelles technologies.

Une deuxième vague de construction a lieu au cours des années 60 et 70, l'accent portant cette fois sur l'architecture intérieure. Toutefois, ces bibliothèques ne sont pas forcément fonctionnelles malgré leur esthétique. Inaugurée en 1977, la Metropolitan Toronto Central Library attire l'attention du monde entier grâce à l'accessibilité de sa collection. Les édifices des bibliothèques universitaires connaissent aussi un grand renouveau, avec la construction de nouvelles bibliothèques centrales ou de succursales sur chaque grand campus universitaire du Canada.

La période des contraintes budgétaires des années 80 et 90 met l'accent sur les rénovations et les adjonctions plutôt que sur les constructions nouvelles, tant pour les bibliothèques universitaires que pour les bibliothèques publiques, bien que l'on construise quelques bibliothèques nouvelles. La Vancouver Public Library, conçue par Moshe Safdie, éveille l'intérêt à l'échelle internationale, et la bibliothèque de l'U. McMaster représente un exemple élégant d'une rénovation et d'une adjonction réussies. Les développements technologiques, comme le rangement compact des documents électroniques, deviennent essentiels pour accroître les collections sans avoir à construire un nouvel édifice. Dans le Sud de l'Ontario, trois universités voisines ont intégré leurs catalogues et mis sur pied une installation de rangement commun pour les documents moins utilisés, réduisant ainsi l'espace requis pour les collections individuelles, mais augmentant sensiblement les ressources accessibles aux membres des trois collectivités universitaires.


Lecture supplémentaire

  • "Canada, Libraries in," E.L. Morton, Encyclopedia of Library and Information Science 4 (1970), 71-157; "Canada, Libraries in, 1970-1979," B.L. Anderson, ELIS 36 (1983), 94-155; A. Drolet, Les Bibliothèques canadiennes 1604-1960 (1960); L.S. Garry and C. Garry, eds, Canadian Libraries in Their Changing Environment (1977); P. McNally, Readings in Canadian Library History (1986 and 1996).

Liens externes