Histoire de la botanique

Bien avant que les établissements d'enseignement canadiens n'étudient officiellement les plantes, des explorateurs et des amateurs talentueux se livrent à l'étude de la botanique. Ce sont les récits d'explorateurs qui parlent d'abord de la végétation canadienne.

Dawson, sir John William
Sir John William Dawson est le premier homme de science canadien \u00e0 avoir été connu mondialement (avec la permission des Biblioth\u00e8que et Archives Canada/C-49822).

Histoire de la botanique

Bien avant que les établissements d'enseignement canadiens n'étudient officiellement les plantes, des explorateurs et des amateurs talentueux se livrent à l'étude de la botanique. Ce sont les récits d'explorateurs qui parlent d'abord de la végétation canadienne. Ensuite, on découvre les graines et les bulbes exportés en Europe pour la culture et, finalement, sont diffusés des collections et des spécimens d'herbiers.

Exploration

Les premières mentions de plantes canadiennes sont quelques noms vernaculaires trouvés dans les récits de sagas islandaises. On sait maintenant que les Norvégiens (voir Expéditions Vikings) ont navigué jusqu'au Nord de Terre-Neuve, du Labrador et de l'île de Baffin. Puis, dans les descriptions et les noms vernaculaires que l'on trouve dans les récits de voyages de Jacques Cartier, il est possible de reconnaître entre 35 et 40 espèces de plantes de l'Est du Canada. Cartier rapporte aussi des graines en Europe. Il introduit ainsi le pin blanc (Pinus strobus) et le Thuya occidental (Thuja occidentalis, voir Thuya) dans les jardins européens. L'acquisition de connaissances dans ce domaine se fait ensuite lentement mais, en 1576, Clusius donne la première description formelle des plantes canadiennes suivantes : l'asclépiade commune (Asclepias syriaca) et la sarracénie (Limonio congener, aujourd'hui connue sous le nom de Sarracenia purpurea).

En 1623, C. Bauhin dote 27 espèces canadiennes d'un nom scientifique. Il fonde son identification sur des spécimens cultivés, que l'on peut d'ailleurs trouver aujourd'hui dans l'herbier d'Uppsala, en Suède. On prétend qu'ils proviennent d'un apothicaire inconnu, mais il semble plutôt qu'ils soient rapportés par Louis Hébert qui vit à Paris pendant quelques années après ses voyages en Acadie et qui est le premier Européen à avoir cultivé la terre dans la vallée du Saint-Laurent.

Jacques Cornuti, dans son Canadensium Plantarum Historia (1635), décrit, nomme et illustre une soixantaine de plantes canadiennes à partir de spécimens cultivés dans les jardins de V. Robin. Ces spécimens sont transportés par un navigateur français (probablement Champlain, qui rapporte des plantes de son jardin lorsqu'il quitte Québec en 1629). D'autres plantes sont mentionnées, à l'occasion, dans les récits de Gabriel Sagard et d'autres voyageurs, ainsi que dans les relations des jésuites. L'Histoire véritable et naturelle (...) de la Nouvelle-France (...) (1664), de Pierre Boucher, qui traite d'environ 50 plantes (principalement des plantes ligneuses), constitue une nouvelle source importante dans ce domaine. Ses travaux de botanique sont d'ailleurs étudiés par Jacques Rousseau en 1964.

Herbiers

On commence à confectionner des herbiers en Europe vers 1570 mais, au Canada, on ne se sert de cet outil de recherche qu'un siècle et demi plus tard. Michel Sarrazin, médecin attitré du roi en Nouvelle-France et correspondant de l'Académie française, entre en fonction à Québec en 1697. Il cueille les premiers spécimens de son herbier à Plaisance, dans le Sud de Terre-Neuve. Chaque année, il envoie des spécimens accompagnés d'observations écrites à ses correspondants de l'Académie de Paris. À la réception de son premier envoi, en 1700, J.P. Tournefort décrit huit nouvelles espèces de plantes. Les envois suivants sont reçus par Sébastien Vaillant et B. Jussieu.

On publie la description de quelque 16 nouvelles espèces entre 1700 et 1716, mais la majeure partie des travaux de botanique de Sarrazin ne sont pas publiés. On les connaît maintenant grâce à un manuscrit brouillon rédigé vers 1708 et dans lequel 225 espèces sont décrites. On ne publie une édition annotée de ce manuscrit qu'en 1977. Les spécimens de Sarrazin sont au Muséum national d'histoire naturelle de Paris.

Un contemporain de Sarrazin, W. Hay, chirurgien à bord des navires, cueille à Terre-Neuve en 1699 des spécimens qui sont aujourd'hui au British Museum de Londres. La même année, un autre chirurgien, Dièreville, vient en Acadie et ramasse quelque 25 spécimens, l'un d'entre eux est aujourd'hui connu sous le nom de Dièreville Chévrefeuille (Diervilla lonicera). Puis, les trois volumes de l'Histoire et description générale de la Nouvelle-France (1744) de P.F.X. de Charlevoix contiennent quelques informations sur la flore, notamment un appendice botanique (fondé en grande partie sur les travaux de Cornuti), et une description de trois nouvelles espèces obtenues de Sarrazin.

Le médecin du roi qui succède à Sarrazin, J.F. Gaultier, arrive en 1742. Une partie de ses découvertes en botanique sont publiées par D. DuMonceau, mais ses travaux sont surtout connus par les 400 pages de manuscrit qu'il laissent. Il accompagne Pehr Kalm lors de son expédition de 1749 au Canada. C'est cette expédition qui procure à C. Linné la majeure partie des plantes canadiennes (environ 200 espèces) mentionnées dans son livre Species Plantarum (1753). En 1755, l'Hôtel-Dieu de Québec est ravagé par un incendie qui détruit aussi apparemment l'herbier de Sarrazin et de Gaultier. Cependant, on trouve des doubles de ces spécimens au Muséum national d'histoire naturelle de Paris.

André Michaux débarque en Amérique du Nord en 1785 essentiellement pour y étudier les arbres et introduit en Europe diverses essences originaires du Canada. En 1792, il passe trois mois d'été à cueillir des plantes dans le Bas-Canada et se rend jusqu'au lac Mistassini, vers le nord. En 1796, il rapporte en France un herbier volumineux, une flore manuscrite (voir Publications sur la flore) et une monographie sur les chênes. Sa flore décrit 1720 espèces, dont des centaines sont nouvelles et dont environ 520 proviennent du Bas-Canada et de l'Illinois.

La flore de Michaux, publiée en 1803 après sa mort, semble avoir suscité peu d'intérêt au Canada mais, aux États-Unis, par contre, elle sert de modèle et provoque une grande effervescence intellectuelle. Comme elle traite de nombreuses espèces mais laisse de côté les espèces étrangères, elle est plus utile que les flores internationales en usage à l'époque. Moins de 11 ans plus tard, Frederick Pursh publie une flore de l'Amérique du Nord contenant plus de 3000 espèces. Il s'installe au Canada dans l'intention d'y préparer une flore canadienne, mais meurt à Montréal en 1820 avant d'avoir mené son projet à terme.

Entre 1821 et 1825, A.F. Holmes, fondateur et futur doyen de la faculté de médecine de l'U. McGill, cueille des plantes dans la région de Montréal. Son herbier est resté à l'université. L'herbier de A.M. Percival est le seul herbier au Canada qui est plus ancien que celui de Holmes. Il est aujourd'hui conservé au ministère de l'Agriculture et de l'Agroalimentaire, à Ottawa.

Dans le domaine de la botanique, William J. Hooker est un homme qui possède des connaissances encyclopédiques. Son herbier personnel (environ un million de plantes) est acquis par les Kew Gardens de Londres en 1867. Vers 1820, Hooker commence à s'intéresser à la flore canadienne et prend contact avec des amateurs locaux, dont A.M. Percival, Harriet et William Sheppard et lady Dalhousie. Cette dernière commence une collection en 1816 en Nouvelle-Écosse et la continue au Québec à partir de 1820. Avec la collaboration de la Compagnie de la baie d'Hudson, Hooker parvient à envoyer en Amérique du Nord un certain nombre de naturalistes, notamment John Goldie, T. Drummond, D. Douglas et J. Richardson.

Avec tout le matériel qu'ils réunissent, Hooker écrit une flore en deux volumes en 1840. En raison de son prix élevé, elle n'est accessible qu'aux amateurs les mieux nantis. La flore de Léon Provancher paraît en 1862 et le catalogue de John Macoun entre 1883 et 1902. L'herbier de Macoun est le plus grand herbier du Canada à cette époque et il constitue actuellement la base de l'Herbier national, à Ottawa.

La première société de botanique du Canada est fondée à McGill en 1855, mais son existence est de courte durée. La Botanical Society of Canada est fondée à Kingston, en Ontario, en 1860, et en 1861, elle publie les Annals of the Botanical Society of Canada. Son existence est éphémère comme celle des deux sociétés fondées par la suite. Par contre, le Botanical Club of Canada de Halifax est actif de 1891 à 1910.

Listes de flore

Il est étonnant de constater que les figures dominantes de la botanique canadienne du 19e et du début du 20e siècle sont principalement des botanistes américains (F. Pursh, T. Nuttall, J. Torrey, A. Gray, A. Wood, N.L. Britton, M.L. Fernald, P.A. Rydberg, L. Abrams, etc.). La contribution d'autres étrangers est également considérable : E. Meyer publie en Allemagne une flore du Labrador; un Suédois, E. Hultén, traite du Yukon dans sa flore de 10 volumes; les travaux de William J. Hooker ont déjà été mentionnés; N. Polunin, un citoyen britannique d'origine russe, écrit une flore de l'Est de l'Arctique; enfin, le Finlandais I. Hustich dresse une liste des plantes du Labrador et fait une étude physiogéographique de cette région.

Les Canadiens ne sont toutefois pas complètement absents de la scène. George Lawson est nommé professeur de chimie et d'histoire naturelle à l'U. Queen's en 1858. Il s'intéresse principalement à la botanique et participe activement à la fondation de la Botanical Society of Canada avant de quitter Queen's pour devenir professeur de chimie à l'U. de Dalhousie. H. Reeks dresse une liste de la flore de Terre-Neuve en 1873. En 1893, A.C. Waghorne entame la publication d'une liste de la flore du Labrador, de Terre-Neuve et de Saint-Pierre et Miquelon.

J.W. Dawson, un éminent paléobotaniste, publie surtout dans Proceedings and Transactions of the Royal Society of Canada. A.W. Lindsay publie une liste des plantes de la Nouvelle-Écosse en 1875. Diverses listes et études portant sur les plantes vasculaires de la Nouvelle-Écosse sont aussi publiées, principalement par G.U. Hay et A.H. MacKay. Puis, un groupe d'amateurs étudie la flore du Nouveau-Brunswick. W.J. Fowler compile leurs observations et les publie en 1878 et en 1885. L'Île-du-Prince-Édouard est la dernière province de l'Atlantique dont on publie la liste des plantes (par F. Bain en 1890).

La plupart des provinces et des territoires ont maintenant leur propre flore : le Sud de la Colombie-Britannique depuis 1915; le Sud-Ouest du Québec pour lequel on publie un précis en 1931, puis une flore plus élaborée en 1935; le Yukon, en 1941-1950; la Nouvelle-Écosse, en 1947 et en 1966-1969; le Manitoba, en 1957; l'Alberta, en 1959; l'Île-du-Prince-Édouard, en 1961; et les Territoires du Nord-Ouest, en 1957 et en 1979. On publie une flore des provinces des Prairies en cinq volumes entre 1967 et 1981. Il faut aussi noter deux ouvrages d'intérêt national : une Énumération, publiée en 1966-1967, qui présente la répartition des plantes par province et des bibliographies complètes et The Flora of Canada (1978-1979) de H.J. Scoggan du Musée national des Sciences naturelles, publiée en quatre volumes, qui fournit des clés et des synonymes.

Ainsi, vers 1900, les botanistes canadiens se préoccupent surtout de faire des listes et des inventaires. Si l'on excepte les travaux de Dawson en paléobotanique, peu d'études portent sur autre chose que la floristique. C'est d'ailleurs à un autre paléobotaniste important du 19e siècle, D.P. Penhallow, de McGill, que l'on doit des écrits sur l'histoire de la botanique ainsi que des bibliographies.

Maturité

Au début du 20e siècle, de nombreux centres locaux d'activité fleurissent peu à peu dans chaque province, la plupart dans des universités, certains dans des musées et quelques-uns dans les laboratoires gouvernementaux. À la fin du 19e siècle, dans les universités canadiennes, on commence à diviser les disciplines scientifiques générales (par exemple histoire naturelle, sciences naturelles, sciences physiques) en domaines plus spécialisés. L'étude des plantes est d'abord donnée dans les départements de biologie, qui se scindent ensuite, dans certaines universités, en départements de botanique et de zoologie.

Le principal centre d'activité en mycologie (étude des champignons) est Agriculture Canada (aujourd'hui le ministère de l'Agriculture et de l'Agroalimentaire), à Ottawa, dont le principal mycologue est D.B.O. Savile de 1957 à 1975. Pendant un certain temps, l'U. du Manitoba est également très active dans ce domaine. Sous la direction de A.H. Buller (nommé professeur de botanique en 1904) et de G.R. Bisby, on y effectue de nombreuses recherches et on y publie des inventaires fondamentaux sur les champignons du Manitoba et de la Saskatchewan. L'oeuvre de Buller, Research in Fungi (sept volumes, 1909-1934), devient d'ailleurs un ouvrage de référence.

Un amateur remarquable, John Dearness, de London (Ontario), rassemble une collection de 50 000 spécimens, publie des articles sur la taxinomie et participe aux recherches du groupe de Winnipeg. Plus récemment, René Pomerleau publie un ouvrage monumental, la Flore des champignons au Québec.

La bryologie (étude des hépatiques et des mousses) et la lichénologie (étude des lichens) attirent des professionnels et des amateurs. Parmi les amateurs, Ernest Lepage, un éminent explorateur et botaniste qui a exploré le Labrador et l'Alaska, apporte des contributions intéressantes à ces deux sciences. Son herbier et sa bibliothèque sont maintenant à l'U. Laval.

La phycologie (étude des algues) est un champ de recherche dans lequel on est actuellement très actif, autant dans les écosystèmes marins que dulçaquicoles. À partir de 1939, le frère Irénée-Marie contribue largement à l'étude des desmidées. On travaille également en cytotaxonomie à plusieurs endroits et notamment à Ottawa, où, peu après la Deuxième Guerre mondiale, H.A. Senn a mis sur pied une équipe dynamique. L'équipe exceptionnelle formée par A. Love et D. Love travaille à Winnipeg, puis à Montréal, avant de déménager aux États-Unis en 1962. Dans ces domaines comme dans d'autres, les chercheurs sont dispersés dans l'ensemble du Canada, dans les départements de botanique ou de biologie des universités et dans les laboratoires gouvernementaux.

Botanistes amateurs

Les amateurs participent également à la botanique scientifique, particulièrement dans les domaines de la floristique, de la taxinomie et de l'écologie. Outre J. Dearness et E. Lepage, qui ont déjà été mentionnés, de nombreux amateurs sont dignes de mention : A.H. Brinkman, bryologiste qui travaille à Craigmyle (Alberta); H. Dupret, également bryologiste dans la région de Montréal; W.C. McCalla, professeur, photographe amateur et éminent collectionneur de plantes du Sud de l'Ontario et de l'Alberta; le frère Rolland-Germain, un botaniste de terrain accompli et inséparable compagnon du frère Marie-Victorin qui réalise de remarquables collections de plantes du Québec et de l'Ontario; N.B. Sanson, naturaliste dans le parc national Banff; et G.H. Turner, médecin retraité de Fort Saskatchewan, en Alberta. On pourrait encore nommer au moins 10 autres amateurs qui possèdent un herbier comptant plus de 10 000 spécimens.

De nombreux amateurs deviennent avec le temps des spécialistes reconnus, entre autres Macoun, A.E. Porsild et Marie-Victorin. L'herbier de ce dernier (65 000 spécimens) fait maintenant partie de celui de l'Institut botanique de l'Université de Montréal qui, avec ses 730 000 spécimens, est le plus grand herbier après celui d'Ottawa.

Voir aussi Jardin botanique; Sélection des plantes; Recherche sur les cultures.


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