Les peaux de castor

Les peaux de castor faisaient partie intégrale de l’économie canadienne qui était, dans ses premiers temps, basée sur la traite des fourrures.

Les peaux de castor faisaient partie intégrale de l’économie canadienne qui était, dans ses premiers temps, basée sur la traite des fourrures. Les chasseurs autochtones et européens fournissent à l’époque le réseau commercial qui tire parti de la popularité des peaux de castor sur les marchés européens. Lorsque les castors deviennent plus rares dans certaines régions, les chasseurs poussent plus loin vers le nord et l’ouest tout en mettant en place un réseau de forts et de routes d’approvisionnement qui a préparé le terrain pour le développement ultérieur du Canada.

Différents types de peaux

Les peaux de castor sont classées en deux catégories principales pour la traite des fourrures : le « castor gras » et le « castor sec ». Les peaux de type « castor gras » (coat beaver en anglais) sont traitées puis portées durant toute une saison par des chasseurs – habituellement des Autochtones – avant d’être vendues. La face intérieure des peaux est grattée puis frottée avec de la moelle animale. Les peaux sont ensuite cousues en manteaux, la fourrure faisant face à l’intérieur. Les peaux portées depuis plusieurs mois perdent leurs longs poils de protection dont les racines se détachent par frottement avec la peau du chasseur. La sueur des chasseurs contribue par ailleurs à lubrifier les peaux qui deviennent ainsi plus souples.

La « bourre » qui reste accrochée à la peau, ou duvet de castor, est constituée de poils barbelés qui donnent un feutre luxueux et durable. Les chapeliers enlèvent facilement ce duvet des peaux pour obtenir du cuir et traitent le duvet pour le transformer en feutre. Ce feutre est de première importance pour l’industrie chapelière en Europe jusqu’aux années 1930, lorsque les chapeaux de soie moins onéreux deviennent plus à la mode.

Les peaux de type « castor sec » (parchment en anglais) sont séchées au soleil immédiatement après l’écorchage. Une fois arrivées en Europe, elles doivent subir un peignage particulier visant à enlever les poils de protection. Les peaux de type castor sec sont moins prisées que le castor gras, mais elles peuvent être vendues plus rapidement que ces dernières aux négociants.

Importance économique

Les peaux de castor étaient au centre de l’économie canadienne naissante. Cette importance est illustrée par l’introduction du plue par la Compagnie de la Baie d’Hudson (CBH). Cette « monnaie » permet de normaliser le prix des peaux de type castor gras. Plus tard, les chasseurs peuvent conserver la valeur de leurs peaux en pièces d’un plue. D’autres établissements, notamment la Compagnie du Nord-Ouest, émettent également des jetons en échange des peaux.

Une norme commerciale de 1733, entrée en vigueur pour le poste de la CBH de Fort Albany, énonce le prix de divers articles en peau de castor. Par exemple, une peau de castor peut être échangée contre une bouilloire en laiton, une livre et demie de poudre noire, une paire de chaussures, deux chemises, une couverture, huit couteaux, deux livres de sucre ou un gallon de brandy. De même, dix à douze peaux peuvent être échangées contre une arme à feu longue, tandis que quatre suffisent pour obtenir un pistolet. La CBH frappe des pièces d’un plue dans les années 1860 et continuera à échanger les peaux contre ces pièces jusqu’en 1955.

Même si la traite des fourrures décline sur le plan économique à partir du début du XIXe siècle, la peau de castor reste un élément essentiel du développement des relations entre les peuples autochtones et les colons européens.