Cinéma acadien

Le cinéma acadien des provinces maritimes du Canada est composé d’environ 300 documentaires et 50 films de fiction ou d’animation. Sa naissance remonte à 1956, avec les premiers films tournés par des cinéastes d’origine acadienne. L’ouverture à Moncton, au Nouveau-Brunswick, du Studio Acadie de l’Office national du film du Canada date de 1974. En 2017, une dizaine de maisons de production indépendantes situées à Moncton, Caraquet et Halifax sont en activité.

Evangeline
Evangeline, premier long métrage canadien, est tourné dans les endroits où a eu lieu la déportation des Acadiens, dont Grand Pré et la vallée d'Annapolis. Le film est réalisé par des acteurs de théâtre américains, qui jouent également certains rôles; il met aussi en vedette des comédiens locaux dans des rôles de soutien.
 Evangéline
Scène du film Evangéline (Canada Bioscope Co., 1913), premier long métrage canadien réalisé par Edward P. Sullivan et William Cavanaugh

Les débuts : une vision des autres

Le premier long métrage canadien, aujourd’hui disparu, est réalisé en 1913 et a pour sujet les Acadiens. Intitulé Évangéline et inspiré du poème du même nom de Henry W. Longfellow, il traite de la séparation d’un couple lors de la déportation des Acadiens. Le film, réalisé par Edward P. Sullivan et William H. Cavanaugh pour la Canadian Bioscope Company à Halifax, est tourné en anglais dans la vallée d’Annapolis, en Nouvelle-Écosse, la terre ancestrale de nombreux Acadiens.

En 1949, le premier documentaire francophone sur les Acadiens, intitulé Les Acadiens, est produit par Crawley Films, de Toronto. Suivent trois films réalisés par le cinéaste québécois Roger Blais entre 1952 et 1955 : Voix d’Acadie, Chanteurs acadiens et Les Aboiteaux. Les cinéastes québécois Pierre Perrault et Michel Brault tournent ensuite à Moncton en 1969 Éloge du chiac, dans lequel une institutrice explique à ses élèves la nature du parler chiac. En 1971, le long métrage documentaire de Michel Brault, L’Acadie, l’Acadie!?!, suit les mouvements contestataires des étudiants à l’Université de Moncton. Brault retourne en Acadie en 1976 avec André Gladu pour tourner une excellente série documentaire sur la musique francophone, Le son des Français d’Amérique. Gladu y revient en 2004 pour réaliser le documentaire Tintamarre – La piste Acadie en Amérique.

La naissance du cinéma acadien vu par les Acadiens

Pionnier des cinéastes acadiens, Léonard Forest devient en 1954 réalisateur permanent à l’Office national du film du Canada (ONF) à Montréal. Bien qu’il réalise ou produise près de 150 films durant sa carrière, sa filmographie n’en compte que cinq consacrés aux Acadiens : Pêcheurs de Pomcoup (1956), tourné avec des pêcheurs d’espadon à Pubnico-Ouest, en Nouvelle-Écosse; Les Acadiens de la dispersion (1968), un documentaire sur l’identité acadienne dont Édith Butler signe la musique; Acadie libre (1969), qui traite de la situation socioéconomique des Acadiens; La noce est pas finie (1971), réalisé en collaboration avec des citoyens du Nouveau-Brunswick sur une musique du Madelinot d’origine acadienne Georges Langford; et enfin Un soleil pas comme ailleurs (1972), qui porte sur la situation socioéconomique dans la péninsule acadienne du Nouveau-Brunswick.

Léonard Forest

Léonard Forest joue un grand rôle dans le développement d’un cinéma acadien. En 1974, il encourage l’ouverture d’un studio de l’ONF voué à la production de films francophones à Moncton. Le Studio Acadie deviendra la plaque tournante du cinéma acadien et permettra la formation de nombreux cinéastes acadiens. Depuis son ouverture, il a généré plus de 130 productions ou coproductions, ce qui en fait le plus important producteur de films documentaires acadiens.

Le premier producteur du Studio Acadie est l’Acadien Paul-Eugène LeBlanc, qui y produit 12 films documentaires ou de fiction de 1974 à 1980. La plupart de ces films ont pour thème la langue, la culture, l’histoire, la poésie, la musique traditionnelle, la religion, la pêche ou la jeunesse. Parmi ceux-ci, on compte les fictions Une simple journée (Charles Thériault), Abandounée (Anna Girouard), La cabane et Les gossipeuses (Phil Comeau), La confession et Souvenir d’un écolier (Claude Renaud) et Au boutte du quai (Robert Haché). Quant aux quatre premiers documentaires, ils sont réalisés par un collectif; il s’agit de La nuit du 8, Y’a du bois dans ma cour, Le Frolic cé pour ayder et Kouchibouguac.

Phil Comeau
Phil Comeau est un réalisateur, scénariste, producteur et acteur canadien né en 1956 \u00e0 Saulnierville en Nouvelle-\u00c9cosse (Canada).

Au cours des premières années du Studio, certains des jeunes réalisateurs acadiens choisissent de s’exprimer par la fiction, en l’ancrant toutefois dans des préoccupations bien réelles : dénoncer une religion aliénante et asphyxiante, démontrer le problème de communication entre les générations, exprimer la difficulté de s’approprier une identité acadienne nouvelle forgée par une histoire difficile. Bref, durant les années 1970, le cinéma du Studio Acadie devient le porte-parole d’une génération contestataire qui veut, au Nouveau-Brunswick comme en Nouvelle-Écosse, ébranler les tabous.

À partir des années 1980 : crise et remise en marche

En 1980, l’Acadien Rhéal Drisdelle devient le deuxième producteur du Studio ONF Acadie. Il y produit trois documentaires : Armand Plourde, une idée qui fait son chemin (Denis Godin), J’avions 375 ans (Phil Comeau) et Arbres de Noël à vendre (Denis Morisset). Au même moment, la production française de l’ONF fait face à d’importantes compressions budgétaires imposées par le gouvernement fédéral et prend la décision unilatérale de fermer temporairement le studio de Moncton. Les cinéastes et techniciens acadiens montent aux barricades pour défendre l’existence de leur centre de production.

Parallèlement à cette crise, des cinéastes acadiens mettent sur pied les premières maisons de production indépendantes afin de continuer à faire des films. Les Productions Godin créent le documentaire C’est nice de parler les deux manières (Denis Godin), alors que Les Productions L. LeBlanc font le documentaire La musique nous explique (Phil Comeau) et que les Productions Ciné-Baie conçoivent quatre documentaires de Phil Comeau : La pêche aux homards, Margo – un village de bûcherons, La Pointe-à-Pinkney et Acadiennes de Clare. Ces trois maisons de production sont toutefois rapidement confrontées à l’absence de débouchés pour la distribution et la télédiffusion, un secteur de l’industrie qui mettra du temps à se développer, et elles doivent éventuellement fermer leurs portes.

La Cinémarévie Coop,une coopérative fondée en 1980 à Edmundston, au Nouveau-Brunswick, réussit à produire des films jusqu’en 2005. Parmi ceux-ci, les documentaires Monsieur Lude, Avec le cœur et Le champion (Rodolphe Caron), La bagosse : un esprit du Madawaska (Benoit Bérubé), Je danse ma vie (France Gallant) et Mon grand-père me racontait (Denise d’Astous), les fictions Par un bon matin (Rodolphe Caron), Quand on est vache (Hélène Daigle), Le doute de Thomas et Au bout du chemin (Samuel Caron) ainsi que les films d’animation L’avertissement et Les joies de Noël (Anne-Marie Sirois).

La production acadienne reprend en janvier 1982 au Studio Acadie, à la suite des pressions constantes exercées par les cinéastes et du lobbying effectué par la Société nationale de l’Acadie. La plupart des réalisateurs acadiens formés ont toutefois abandonné le métier pendant cette pause cinématographique de près de deux ans, et l’on doit en recruter de nouveaux. À la même époque, les cinéastes Denis Godin, Phil Comeau et Robert Awad s’exilent à Montréal pour faire des films dans l’industrie privée. Ils sont bientôt suivis par Jacques Savoie et Rodrigue Jean. À partir de Montréal, Phil Comeau réalise avec les Productions Via le Monde le premier film acadien pour enfants, Le tapis de Grand-Pré (1986).

Le nouveau producteur de l’ONF Acadie, Éric Michel, donne à de nouveaux talents la chance de faire leurs preuves. Il produit les fictions Sorry Pete et De l’autre côté de la glace (Serge Morin) et Massabielle (Jacques Savoie), de même quedeux docufictions, Toutes les photos finissent par se ressembler et Le grand Jack (Herménégilde Chiasson). En documentaire, il produit Bateau bleu, maison verte (Bettie Arseneault), Une sagesse ordinaire, Une faim qui vient de loin, Les femmes aux filets et Crab-0-Tango (Claudette Lajoie-Chiasson) ainsi que Maille Maille (Anne-Marie Sirois).

De nouvelles maisons de production indépendantes font leur apparition au Nouveau-Brunswick. En 1985, Lawrence Carota fonde Ciné-Est en Action et produit les fictions Cap Lumière et Madame La Tour (Herménégilde Chiasson). En 1986, c’est le producteur Jean-Claude Bellefeuille qui fonde Tel-Vision Productions, aujourd’hui Bellefeuille Production. Au début, la société produit des émissions de type magazine d’affaires publiques, mais elle passe ensuite aux documentaires avec, entre autres, Migrations, Tour de magie, et Harfang des neiges (Roger Leblanc), Éloge du chiac – Part 2 (Marie Cadieux), Le matois ou L’effet Laurie Henri (Paul Arseneau), Kouchibouguac, l’histoire de Jackie Vautour et des expropriés (Jean Bourbonnais), Le chant du phare (Julien Cadieux) et Zachary Richard, toujours batailleur (Phil Comeau), puis aux séries avec Les couleurs de mon accent (Phil Comeau) et 1755 (Ivan Vanhecke).

En 1987, le Festival international du cinéma francophone en Acadie (FICFA) est fondé à Moncton à la suite du Sommet de la Francophonie tenu à Québec la même année. Sa mission est « de promouvoir et de rendre accessible le cinéma de la Francophonie aux francophones et aux francophiles de l’Atlantique tout en faisant connaître le cinéma acadien en Acadie et dans la Francophonie canadienne et internationale ». Depuis sa création, le FICFA se distingue et acquiert une notoriété croissante grâce à une programmation riche et diversifiée, établie depuis 2013 sous la direction de Marie-Renée Duguay.

Festival international du cinéma francophone en Acadie (FICFA)

En 1988, une importante société indépendante, les Productions Phare-Est(aujourd’hui Phare-Est Média), est fondée à Moncton par Cécile Chevrier, Ginette Pellerin, Herménégilde Chiasson et Marc Paulin. Propriété de Cécile Chevrier depuis 2006, cette maison connaît un grand succès. Parmi les maisons de production acadiennes, elle est celle qui obtient le plus grand nombre de prix dans les festivals et de nominations aux prix Gémeaux. On lui doit les films Le souvenir nécessaire, 1604 et Le temps X (Renée Blanchar), AnnaMalenfant d’Acadie et Durelle (Ginette Pellerin), Les années noires et Ceux qui attendent (Herménégilde Chiasson), Acadie Liberté (Tim Radford), La voisine (Pamela Gallant), Un bon gars (Laurence Véron), Grand-Pré Écho de l’UNESCO (Anika Lirette), De Moncton à Kinshasa (Paul Arseneau), Naufrages (Paul-Émile d’Entremont), Phoques, le film (Raoul Jomphe), Frédéric Back, grandeur nature (Phil Comeau), Plus grand que la mer (Marc Savoie) et À cheval sur une frontière (Rodolphe Caron). Phare-Est Média propose également des séries documentaires telles que Trésors vivants (collectif), L’Acadie de la mer (collectif), Chroniques de l’Atlantique (collectif) et Les îles de l’Atlantique (Julien Cadieux). Enfin, parmi les séries de fiction qu’elle produit, on retrouve Lunatiques (Chris LeBlanc et Paul Bossé), Belle-Baie (Renée Blanchar) ainsi que Le Clan et Le siège (Jim Donovan).

Frédéric Back, grandeur nature (Phil Comeau)

En 1988, Michel Lemieux succède à Éric Michel comme producteur au Studio ONF Acadie et propose les documentaires Robichaud (Herménégilde Chiasson) et L’option coopérative (Marc Paulin). Il coproduit aussi des séries documentaires avec Phare-Est et la Société Radio-Canada. En 1989, Pamela Gallant fonde Les productions Bouteilles vides et réalise les films À la lumière des joueurs et Cent ans d’île. À l’automne 1989, Paul-Marcel Albert, de Caraquet, fonde les Productions du Fado. La maison coproduit avec l’ONF en 1991 Le violon d’Arthur (Jean-Pierre Gariépy), dont le scénario signé Jacques Savoie relate un épisode fictif de la vie du violoniste acadien Arthur LeBlanc.

Arthur LeBlanc (1906-1985), violoniste acadien

Les communautés francophones du pays n’occupent cependant qu’un faible espace dans le contenu télévisuel offert aux Canadiens. Afin de redresser ce déséquilibre, la Fédération culturelle canadienne-française fonde en 1988 le Regroupement des arts médiatiques (RAM), qui deviendra en 1999 l’Alliance des producteurs francophones du Canada (APFC). Celle-ci, créée pour répondre au besoin de concertation à l’échelle nationale, a pour mission de donner une voix aux communautés francophones du Canada et de leur fournir un miroir dans lequel elles se reconnaissent et qui les représente.

Les années 1990 : organisation du milieu du cinéma

En 1990, les artistes acadiens fondent l’Association acadienne des artistes professionnel.le.s du Nouveau-Brunswick (AAAPNB) pour représenter toutes les disciplines auprès des instances gouvernementales et offrir des services d’information, de promotion et de perfectionnement. Les cinéastes, comédiens et techniciens acadiens y sont réunis sous la discipline des arts médiatiques. L’Association revendique des droits pour les artistes, vise l’amélioration de leur situation socioéconomique et s’emploie à créer au Nouveau-Brunswick un statut de l’artiste similaire à celui qui est reconnu au Québec.

\u00c9vangéline en qu\u00eate (Ginette Pellerin)

De 1991 à 1997, Pierre Bernier est le cinquième producteur du Studio ONF Acadie. S’appuyant sur des réalisateurs chevronnés, il coproduit avec Phare-Est Média les documentaires Acadie à venir et L’Acadie retrouvée (Herménégilde Chiasson) et produit seul les documentaires Évangeline en quête et Mathilda, la passionaria acadienne (Ginette Pellerin), De retour pour de bon (Bettie Arseneault), Vocation ménagère (Renée Blanchar), Épopée (Herménégilde Chiasson) et Cigarette (Monique LeBlanc). Cette dernière produit aussi en 1995 le film documentaire Le lien acadien pour le Studio du Québec et de l’Atlantique de l’ONF à Halifax.

En 1994, Phil Comeau réalise à Caraquet le premier film de fiction acadien indépendant, Le secret de Jérôme, qui remporte 15 prix aux festivals canadiens et internationaux. Le long métrage est coproduit par Barry Cowling de Citadel Communications (Nouvelle-Écosse), Gilles Bélanger d’Atlantica Productions (Nouveau-Brunswick) et Marie-Andrée Vinet de Ciné-Groupe (Québec).

Affiche du film Full Blast de Rodrigue Jean

À partir de 1995, on assiste à l’ouverture de nouvelles maisons de production par des réalisateurs qui souhaitent avoir plus d’autonomie dans leur démarche artistique. C’est le cas de Rodrigue Jean, qui fonde Transmar Films à Caraquet et qui produit et réalise les longs métrages de fiction Full Blast (1999), Yellowknife (2002) et Lost Song (2008). Également à Caraquet, Renée Blanchar fonde Ça Tourne Productions en 1996 et produit les documentaires André Lapointe, espaces (ré)créatifs (Didier Maigret), On a tué l’Enfant Jésus et Nos hommes à Fort McMurray (Renée Blanchar).

Également en 1995, à la suite de pressions exercées par les producteurs et les réalisateurs, le gouvernement du Nouveau-Brunswick met sur pied Film NB, une société de développement cinématographique similaire à celle qui existe déjà en Nouvelle-Écosse. L’organisme appuie les cinéastes de la province dans la réalisation de documentaires et de fictions. L’année suivante, en 1996, est fondée l’Association des producteurs du Nouveau-Brunswick, aujourd’hui Média NB. Son mandat alors est de représenter tous les producteurs et travailleurs francophones et anglophones du cinéma et de la télévision de la province.

En 1997, Diane Poitras devient productrice du Studio Acadie. Elle privilégie la formation de la relève et produit les documentaires Seuls, ensemble (Paul-Émile d’Entremont), Les émotions ivres (Hélène Daigle), À demain chères prunelles (Aube Giroux), Plus grand que nature (Jonathan Snow) et L’Éternité? ou la Disparition d’une culture (Marie-Claire Dugas). Elle travaille aussi avec quelques cinéastes d’expérience à la production des documentaires Fripes de choix, guenilles de roi (Bettie Arseneault), Abegweit – Le pont de la Confédération (Serge Morin)et du film animé Joséphine (Anne-Marie Sirois).

En 1997, le producteur François Savoie fonde en Nouvelle-Écosse Connections Productions. Cette société spécialisée dans les séries documentaires et les variétés musicales produit Francophonies d’Amérique (collectif), Tournants de l’histoire (collectif), L’Acadie en chanson (collectif), Profils (collectif) et Passeport musique (collectif). Elle coproduit aussi avec l’ONF la série d’animation Animacadie (collectif). En fiction, on lui doit la série La Sagouine (Phil Comeau) et, en collaboration avec Les Productions La Fête, de Montréal, le long métrage pour enfants La Gang des hors-la-loi (Jean Beaudry).

En 1999, Monique LeBlanc fonde à Moncton CinImages Productions, qui crée plusieurs séries dont Petites vues de chez nous (collectif), Artiste dans l’âme (collectif), Bazart (collectif), Les Acadiens du Québec (Phil Comeau) ainsi que Roméo Savoie, la peinture au corps, Acadie américaine et Acadie Black & Blanc (Monique LeBlanc).

Les années 2000 : ouverture sur la francophonie canadienne

Au tournant du siècle, Jacques Lévesque et Colette Mallais fondent Cojak Productions à Tracadie. Ils produisent entre autres les courts métrages de fiction La légende Bricklin, Les bootleggers d’Atlantique et Les larmes du Lazaret, les documentaires Libérateur libéré et Désoriental (Chris LeBlanc), Fortunat et Pêcheurs de Lamèque (Raynald Basque), McGraw et le cercle des chefs (Suzanne Chiasson), ainsi que la télésérie La famille Basque (Chris LeBlanc et Raynald Basque). Le producteur Sam Grana, ancien directeur de Film NB, fonde quant à lui les Productions Grana. Même s’il se consacre surtout à la production anglophone, il produit la série de fiction Samuel et la mer (Pierre Gang).

Également en 2000, Jacques Turgeon prend la direction du Studio ONF Acadie et donne un nouveau souffle aux films d’animation en créant le concours AnimAcadie, dans le cadre duquel sont coproduits les films animés Faire le saut (Anne-Marie Sirois), Télé-Vision (Jean-Pierre Morin), Pimp ma botte (Marc Daigle), L’escapade de Marco (Philippe Lanteigne), Voodoo (André Guy Landry) ainsi que La plume et l’éléphant et Timine et Brossette (Réal O’Neil). AnimAcadie permet aussi la production des documentaires Kacho Komplo et U.S. Assez! (Paul Bossé), Bonnes vacances (Louiselle Noël), Dis-moi ce que tu manges (Aube Giroux), Reema allers-retours et Le confessionnal réinventé (Paul-Émile d’Entremont), Raoul Léger, la vérité morcelée (Renée Blanchar) et L’extrême frontière, l’œuvre poétique de Gérald Leblanc (Rodrigue Jean).

Kacho Komplo (Paul Bossé)

L’entreprise Mozus Productions est fondée à Moncton en 2001 par Suzette Lagacé et Maurice Aubin. Ceux-ci produisent ou coproduisent les documentaires Cayouche – Le temps d’une bière et Aujourd’hui on est pu en 68 (Maurice André Aubin), Au-delà des apparences (Suzette Lagacé), Bonnes vacances (Louiselle Noël), Du ̒stir’ en Acadie et Havrer à la Baie (Joël Robichaud), de même que les séries documentaires Peu importe l’âge (collectif), Agrofolie (Joël Robichaud) et Les sceaux d’Utrecht (Paul Bossé). En 2004, Rodolphe Carin et France Gallant fondent Productions Appalaches et coproduisent quatre films avec l’ONF : Pour la cause, Marie Hélène Allain en dialogue avec la pierre, Léonard Forest ‒ cinéaste et poète et Simplement Viola (Rodolphe Caron), de même que le long métrage Au bout du chemin (Samuel Caron).

En 2004, les cinéastes acadiens indépendants s’unissent aux cinéastes de la francophonie canadienne pour fonder une association nationale, le Front des réalisateurs indépendants du Canada (FRIC). Ce regroupement de réalisatrices et réalisateurs francophones représente ses membres sur les scènes culturelle et politique au Canada et travaille au développement professionnel et au rayonnement des réalisateurs.

En 2007, Murielle Rioux-Poirier devient la nouvelle productrice du Studio Acadie de l’ONF. C’est sous sa gouverne qu’est créé le concours Tremplin, grâce auquel une nouvelle génération de cinéastes réalisent les documentaires Habiter la danse (Julien Cadieux), Ils eurent treize enfants… (Anika Lirette), La trappe (Lina Verchery), La dernière batture (Mathieu D’Astous), Voleuse de poussière (Marie-Thérèse François), Infusion (Amélie Gosselin), Un dimanche à 105 ans et Les inséparables (Daniel Léger) ainsi que la fiction Drôle de chapeau (Mélanie Léger). Sont également produits à cette époque dans le cadre du concours AnimAcadie les films d’animation Le secret de Moustafa (Joline Robichaud) et Tic Tac (Marc Daigle). Quant à la production de séries Web, elle voit le jour avec les projets documentaires Ta parole est en jeu (collectif), PIB (collectif), Ici, chez soi (collectif) et Ça tourne dans ma tête (Louiselle Noël). L’ONF produit aussi quelques films de cinéastes chevronnés, dont les documentaires Une dernière chance (Paul-Émile d’Entremont), Ron Turcotte, jockey légendaire (Phil Comeau) et la coproduction Éloge du chiac – Part 2 (Marie Cadieux).

En peu de temps, sept nouvelles maisons de production indépendantes naissent au Nouveau-Brunswick. En 2007, Ginette Pellerin et Pauline Bourque fondent Ameri Ka Productions et produisent les documentaires Antonine Maillet – Les possibles sont infinis, On a bâti une cathédrale, Herménégilde Chiasson – de ruptures en contraintes et un premier court métrage de fiction, Le cowboy et les sauvages (Ginette Pellerin). En 2008, Daniel Omer LeBlanc crée une compagnie d’animation afin de produire la série humoristique Acadieman et le long métrage d’animation Acadieman vs le CMA 2009 – Le movie (Dano LeBlanc).

Acadieman vs le CMA (Dano LeBlanc)

Période récente

En septembre 2010, à la suite de la fermeture de Cojak Productions, Colette Mallais fonde avec René Savoie les Productions du milieu. Le réalisateur de l’entreprise, Patrick Gauvin, tourne en 2011 la série dramatique Rural.com et en 2014 et 2015 les documentaires L’Acadie des frontières, La pêche maudite et Le Sprint au flétan. En 2012, Jean-Pierre Desmarais fonde Imagique Productions et réalise le court-métrage de science-fiction Terra Mars et la comédie fantastique S.W.I.T.C.H. À Fredericton, Donovan Richard et Danny Thebeau fondent RedLeaf Productions afin de produire et réaliser ensemble la fiction historique Délivrance. À Moncton, le réalisateur Gilles Doiron se joint aux frères Jean-Marc et Martin Goguen pour fonder Botsford Bros. Inc. L’entreprise produit les fictions La spare part et Aller-Retour (Gilles Doiron). Finalement, à Shippagan, le producteur-réalisateur Patrick Gauvin fonde Bosco Médias et réalise en 2012 le documentaire Lamèque en mouvement, suivi en 2013 par Pirate, une première websérie de fiction acadienne.

En 2011, Maryse Chapdelaine devient la nouvelle productrice du Studio ONF Acadie. Elle relance le concours Tremplin pour dénicher de nouveaux talents et produit les premiers documentaires de Justin Guitard (Une affaire de famille), de Mélanie Léger (Emma fait son cinéma) et de Karine Godin (Ma radio, mon amie). Le Studio ONF Acadie fait maintenant partie du Studio de la francophonie canadienne de l’ONF, dont le nouveau producteur exécutif est Dominic Desjardins. Cet ancien réalisateur et producteur de Zazie Films a réalisé en 2009 un long métrage acadien de fiction, Le divan du monde. En 2015, il nomme Jac Gautreau producteur du studio de Moncton.

Bilan de la production cinématographique acadienne

Depuis 1974, le Studio Acadie de l’ONF a accompli un travail colossal en créant un cinéma acadien. Parmi la quarantaine de cinéastes qui y ont fait leurs classes, plusieurs travaillent aujourd’hui dans l’industrie privée. Plus de quarante ans après sa création, l’ONF continue d’encourager les cinéastes de la relève.

Pendant longtemps, Radio-Canada a été le principal télédiffuseur des films acadiens, quelques productions étant parfois présentées aux réseaux TV5, TVA, TFO, Canal D et TV5 Monde. En 2014, le nouveau réseau de télévision UNIS-TV apparaît sur les ondes, avec pour mandat de produire et de diffuser des créations de toute la francophonie canadienne, incluant celle des Acadiens.

L’industrie privée de la télévision et du cinéma acadiens au Nouveau-Brunswick et en Nouvelle-Écosse s’emploie de manière constante à produire des films de qualité, et ce, en dépit de budgets de plus en plus restreints. Plusieurs maisons de production indépendantes de longue date y sont toujours actives, notamment Phare-Est Média, Connections Productions et Bellefeuille Production. La production acadienne, surtout riche en films documentaires, semble s’ouvrir davantage aux films de fiction et d’animation.

Les cinéastes de l’Acadie ont laissé leur marque et ont fait mieux connaître la francophonie des provinces maritimes en relatant leurs histoires et en partageant leurs espoirs et leurs craintes, leur sentiment d’appartenance et leurs différences. De concert avec les producteurs, ils continuent de montrer à l’Acadie et au monde entier un cinéma acadien qui inspire.


Lecture supplémentaire

  • Phil Comeau, « Le cinéma acadien au Canada », dans Phil Comeau, Warren A. Perrin et Mary Broussard Perrin, L’Acadie hier et aujourd’hui. L’histoire d’un peuple (2014), p. 104‒114.

    Josette Déléas, Images d’Acadiens et de Cadjens de 1908 à 1994 : filmographie acadienne (1995).

    Maurice Rainville, Cent ans de cinéma acadien (2006).

Liens externes