Convergence des médias



La convergence des médias se réfère à : 1) la fusion des nouvelles technologies et des médias traditionnels résultant de la numérisation et des réseaux informatiques; ou à 2) une stratégie économique qui consiste pour des entreprises de communication à profiter du fonctionnement en synergie des divers médias qu’elles possèdent. (voir la propriété des médias)

1. Convergence des médias sur le plan technologique

Pendant une bonne partie de l’histoire des médias, il est tout à fait logique de parler de divers types de médias analogiques (livres, journaux, cinéma, radio et télévision) comme de technologies distinctes appartenant à différents secteurs. Toutefois, la combinaison de la numérisation et des réseaux informatiques élimine ces silos médiatiques traditionnels et les intègre les uns aux autres, permettant ainsi l’échange mondial et immédiat de toutes sortes de contenus.

Cette convergence technologique simplifie la production de contenus médiatiques en élargissant, accélérant et facilitant les échanges, et en réduisant souvent les coûts. Une photographie numérique, par exemple, peut être diffusée à travers le monde en quelques secondes sur l’Internet,sans devoir la développer, l’imprimer et la distribuer physiquement. De même, les consommateurs peuvent à leur guise et souvent gratuitement accéder de leur ordinateur, téléphone intelligent ou autre appareil à maints contenus médiatiques : livres, émissions radio et télévision, musique, films et journaux. Avec la convergence technologique, la transmission électronique de données, parfois exponentielle, remplace le transport des biens matériels qui rejoint moins de monde.

La convergence technologique réduit aussi les obstacles à l’entrée de productions médiatiques. Les consommateurs (lobbyistes fréquentant les médias sociaux, professionnels, comme les concepteurs, réalisateurs, musiciens, écrivains, etc.) peuvent devenir producteurs et distributeurs de contenu multimédia au moyen de la numérisation. Certains analystes considèrent qu'il s'agit d'une démocratisation des médias : quiconque a accès aux médias numériques et au réseau informatique serait en mesure de produire, consommer et diffuser du contenu multimédia.

À ce jour, la convergence présente toutefois quelques inconvénients. Tout le monde n’a pas le même accès facile et abordable aux médias numériques, ni les mêmes compétences pour les utiliser. Ainsi se crée une fracture numérique entre les groupes qui ont accès à l’information et ceux qui en sont privés, dans une société où la connectivité aux réseaux informatiques et les connaissances nécessaires pour les utiliser deviennent de plus en plus importante. En outre, l’omniprésence des médias numériques et la capacité de suivi des programmes informatiques donnent lieu à une surveillance accrue, suscitant des inquiétudes au sujet de la confidentialité.

Enfin, l’évolution rapide des formats, le dynamisme du contenu numérique et la quantité massive de données posent des problèmes de stockage, de conservation et de protection des communications et du matériel culturel jugés importants pour le domaine public. La facilité avec laquelle le contenu numérique peut être copié, manipulé et redistribué représente un défi pour le droit d’auteur et complique toute tentative pour empêcher le piratage de contenu intellectuel, comme l'ont découvert les industries cinématographique, musicale et télévisuelle. La libre circulation des contenus médiatiques représente une grave menace pour la viabilité économique des entreprises médiatiques traditionnelles, telle que l’édition de livres et de journaux.

2. Convergence des médias sur le plan commercial

La convergence des médias est le fruit de la numérisation, de la concentration des entreprises, qui incite un petit nombre de grandes sociétés à posséder beaucoup plus de médias, et de la déréglementation. Ainsi, de plus en plus de grands médias possèdent plusieurs types de médias (stations de radio et de télévision et journaux) dans un même marché. La déréglementation permet aussi aux sociétés de transmission de contenu comme les câblodistributeurs de posséder leurs propres entreprises de production de contenu (par exemple, chaînes de télévision thématiques).

Ainsi les sociétés peuvent-elles réduire leurs coûts en main-d’œuvre, administration et matériel, utiliser le même contenu pour plusieurs médias, attirer plus de contrats publicitaires pour un éventail de plateformes et accroître la loyauté du public envers sa marque de commerce par la publicité et la vente croisée. Mais cette convergence empêche l'entrée de nouveaux arrivants sur les marchés médiatiques, limitant ainsi la concurrence. Autrefois, les entreprises de communication créaient des chaînes de radio et de télévision dans le but d’obtenir plusieurs de ces avantages. La convergence peut être considérée comme l’expansion et l’intensification de cette même logique.

Au Canada, Quebecor est devenu le champion de la convergence des médias, dans l’espoir d’une promotion croisée du contenu qu’il produit et distribue. Il possède des journaux, magazines et maisons d’édition, produit et diffuse de la télévision, distribue le câble et fournit des services Internet, cellulaires et musicaux, vend et loue des vidéos. Bell Canada Entreprise (BCE), par ses filiales dont Bell Mobilité, est présente en téléphonie mobile et conventionnelle, production télévisuelle et distribution, services Internet, radio et publicité extérieure. Rogers est le plus grand fournisseur de téléphones sans fil au Canada et détient des intérêts dans les services Internet, la production et la distribution télévisuelle, la radio et l’édition de magazines. La Société Radio-Canada (SRC) a également changé son profil de radiodiffuseur : ses plateformes multimédias convergent avec ses services Web et mobiles, ainsi que ses applications musicales. Le programme Q, de radio CBC, par exemple, est retransmis sur la chaîne télévisée CBC, qui possède son propre site Web de même qu’une chaîne vidéo sur You Tube.

Bien que la convergence soit bénéfique aux entreprises, elle a des conséquences potentiellement indésirables dont il faut tenir compte, notamment : réduction de la concurrence ; augmentation des barrières pour les sociétés nouvelles, poursuite de la commercialisation des médias et traitement du public comme consommateurs plutôt que citoyens. Les coûts de fusion importants conduisent également les entreprises convergentes à rechercher des profits en réduisant, plutôt qu’en augmentant leurs investissements dans les services de communication.

La convergence suscite également des inquiétudes quant à la qualité du journalisme d'entreprise : rôle des médias dans les sociétés démocratiques, objectivité des informations et analyses dans le but d’informer les citoyens, indépendance des journalistes, multitude des voix et différents points de vue sur l’actualité, couverture des enjeux locaux et conflits d’intérêts entre propriétés appartenant à la même société.


Lecture supplémentaire

  • G. Pitts, Kings of Convergence: The Fight for Control of Canada's Media (2002); C. McKercher, Newsworkers Unite: Labor, Convergence, and North American Newspapers (2002).