Technologies de l'information et des communications

Les technologies de la communication comprennent les techniques, outils et méthodes utilisés pour faciliter les communications.

Hermes
Hermes est le premier satellite de télécommunications à fonctionner sur la bande de fréquence 14/12 GHz (avec la permission du Centre de recherches sur les communications, Industrie Canada).
Le photophone de Bell!

Les technologies de la communication comprennent les techniques, outils et méthodes utilisés pour faciliter les communications. Les technologies de l’information comprennent les techniques, outils et méthodes utilisés pour créer, enregistrer, modifier et montrer le contenu communiqué. Ces deux types de technologies ont été développés séparément jusqu’aux années 1970, lorsque les technologies de l’information ont commencé à être appliquées au réseau de télécommunication. L’expression « technologies de l’information et de la communication » (TIC) a été adoptée pour refléter la convergence de ces deux types de technologies et des industries associées. Les TIC développées et appliquées aujourd’hui sont des technologies applicables aux ordinateurs et aux systèmes de communication. Elles sont intégrées ou associées aux réseaux de télécommunication modernes. Dans un sens historique plus large, on admet cependant que les TIC comprennent également les langues, les gestes, les habits, les codes de comportement et les rituels religieux ainsi que les traditions artistiques et culturelles. (Voir aussi Communications.)

Historique

Le télégraphe (1837) et le téléphone (1876) permettent la communication sans fil presque instantanée sur de longues distances, un progrès de taille comparé aux anciennes méthodes qui font alors appel aux chemins de fer, aux bateaux ou aux diligences. La communication basée sur le télégraphe sans fil (1895), la radiocommunication à ondes décamétriques (1926) puis la radiocommunication hertzienne – ou micro-ondes – (1946) éliminent la contrainte physique d’avoir à relier chaque point par un câble. Les micro-ondes permettent d’utiliser des canaux à large bande passante pour le transport des signaux de télévision et elles ouvrent la voie au développement des systèmes de ​communication satellitaire et spatiale (1957). Les années 1970 voient le développement des premiers combinés de communication portables et des technologies à la base d’Internet et du Web. Les systèmes de communication mobiles et en ligne ont progressé rapidement depuis leur introduction dans les années 1980, tant et si bien que l’accès mobile à Internet (par exemple avec les téléphones intelligents) constitue aujourd’hui la forme dominante de communication et celle qui progresse le plus vite.

Le développement des TIC au XXIe siècle est principalement axé sur l’élargissement des fonctionnalités et des capacités des équipements et des installations utilisés pour communiquer par l’intermédiaire des réseaux téléphoniques. Au cours des années 1990 et 2000, on parle volontiers de « convergence technologique » pour décrire la manière dont les TIC sont utilisées pour relier des moyens de communication jusqu’alors séparés – comme le téléphone, la radio, la télévision, les journaux et les données informatiques – sur une plateforme unique, Internet, qui permet la diffusion de l’information sur des réseaux améliorés de haute capacité et à large bande passante.

Avec l’amélioration continue des TIC et l’élargissement d’Internet qui offre aujourd’hui une couverture quasi universelle dans la plupart des pays développés, de nouvelles applications réseau sont élaborées à partir de logiciels pour être appliquées dans des domaines qui dépassent de loin les seules industries de l’information et de la communication : dans le secteur des banques, de la vente au détail et des services, dans l’industrie, l’agriculture, l’éducation et les services médicaux, dans les services gouvernementaux allant de la délivrance des permis aux services fiscaux. La capacité accrue de rassembler des volumes énormes de renseignements détaillés (méta données) et la mise en place de réseaux d’appareils connectés (par Internet) ont permis la création de nouvelles applications bénéfiques telles que le suivi en temps réel de divers paramètres dans le domaine de sciences, de la santé et de l’environnement. Cette évolution s’est cependant accompagnée d’une importante érosion de la protection de données confidentielles en permettant aux gouvernements, aux entreprises et à certains pirates informatiques suffisamment « talentueux » d’espionner des personnes et des organisations.

Édification de la nation

On sait depuis longtemps que les technologies de la communication avancées peuvent offrir d’énormes avantages économiques, politiques et militaires. L’information, c’est le pouvoir. Les technologies de la communication ont fortement influencé la distribution des pouvoirs au sein des sociétés, ainsi que la montée et la chute des empires, comme l’ont montré les travaux du chercheur canadien Harold Innis. Une portion importante de la recherche et du développement axés sur les TIC a été financée par les budgets militaires des grandes puissances qui continuent aujourd’hui à investir dans ce domaine.

Pour le Canada et plusieurs autres nations avancées sur le plan technologique, les TIC constituent actuellement la pierre angulaire des stratégies industrielles et politiques visant à promouvoir l’économie nationale, à unifier le pays et à se positionner au mieux dans une économie mondiale de plus en plus compétitive. En tant que chef de file du développement et des applications liées aux TIC, le Canada est bien placé pour bénéficier des retombées du développement révolutionnaire actuel de ces technologies.

Réglementation et développement

Avec sa population relativement faible distribuée sur un immense territoire, le Canada a toujours cultivé un lien unique avec les technologies de la communication. Tout comme le chemin de fer a été perçu, au moment de la Confédération, comme le lien physique permettant de relier des régions disparates du pays grâce aux rails, les technologies et les réseaux de communication sont aujourd’hui vus comme autant de moyens de promouvoir le développement économique et le dialogue, en facilitant la diffusion de perspectives et d’un savoir communs à l’échelle du pays tout entier (voir Histoire du chemin de fer). Le gouvernement fédéral, qui fut le principal promoteur du développement du chemin de fer, a également joué un rôle primordial pour le développement et la mise en œuvre des technologies de la communication et la création des réseaux de communication à travers le Canada.

Le gouvernement fédéral a participé activement au développement des TIC, soutenant par exemple le développement innovateur, dans les années 1970, du premier terminal vidéo capable de recevoir des télétex (Telidon), ainsi que des partenariats privé-public tels que Canarie, axé sur le développement avancé d’Internet. Le Canada est par ailleurs un leader pour le développement de la télémédecine, de l’enseignement sur Internet et de la prestation des services gouvernementaux en ligne.

Depuis les années 1990, le gouvernement fédéral assume de moins en moins le rôle prépondérant qu’il avait jusqu’alors joué dans le secteur des télécommunications et des TIC, passant le relais aux acteurs du secteur privé. Il conserve néanmoins un rôle d’organe politique et réglementaire pour les questions concernant l’accès aux services de base via Internet dans tout le pays.

Promesses et problèmes pour le Canada

Les nouvelles technologies sont souvent présentées comme des solutions aux problèmes économiques et sociaux, en faisant miroiter des gains financiers et une plus grande liberté au travail et dans la société. Il n’est pourtant pas possible de prévoir tous les effets que peuvent entraîner les nouvelles technologies. Lors de la promotion concurrentielle des avantages que présentent les nouvelles technologies, les inconvénients et les problèmes d’ajustement qu’elles peuvent occasionner sont trop souvent passés sous silence et parfois même cachés.

Certains analystes soutiennent par exemple que depuis la fin du XIXe siècle, le Canada suit la voie d’un certain « nationalisme technologique » en soutenant allégrement le développement des systèmes technologiques – en particulier des réseaux de communication – comme autant de moyens de consolider l’unité nationale, sans tenir suffisamment compte du contenu diffusé par ces systèmes. Il en résulte que les réseaux de communication canadiens, en particulier dans les régions anglophones, diffusent principalement des programmes étrangers. Les Canadiens connaissent d’ailleurs souvent mieux l’histoire et les icônes propres à la culture et à la société américaine que ceux de leur propre pays.

D’autres analystes assurent que les industriels et les décideurs ont obéi à un impératif technologique et ont opté pour un développement rapide pensant que toute nouvelle technologie apporte nécessairement la prospérité aux utilisateurs et à la nation. Le problème vient aussi du fait que l’adoption sans réserve des nouvelles technologies a contribué à l’occultation des problèmes et des écueils auxquels elles sont associées. On peut par exemple mentionner le fossé grandissant entre les personnes qui ont accès à une grande quantité d’information et ceux qui en sont dépourvus, la commercialisation excessive d’Internet, la diminution importante de la protection de la vie privée et la manière dont ces technologies favorisent une évolution du travail et des salaires vers des modèles qui défavorisent les groupes les plus vulnérables de la société.

D’autres encore observent que le profit financier, motivation essentielle du secteur privé, est le principal moteur du développement des TIC. Ils soutiennent d’ailleurs qu’en laissant les entreprises privées se charger du programme de développement de ces technologies, un grand nombre des applications des TIC potentiellement bénéfiques pour le public, comme les nouvelles possibilités d’enseignement universel, de participation démocratique accrue aux processus politiques et d’accès à des professions intéressantes et enrichissantes, sont laissées de côté dans un tel contexte axé sur la recherche du profit à court terme.

Ces préoccupations sont légitimes, mais elles ne sauraient être l’exclusivité du Canada, car tout pays doit aujourd’hui élaborer des politiques permettant d’influer sur le développement des TIC afin qu’elles servent aux mieux les intérêts de tous ses citoyens. Maximiser les possibilités, minimiser les effets indésirables et trouver le juste équilibre entre les activités du secteur privé et celles du public constituent un défi de taille, en particulier dans un contexte économique dominé par de puissantes sociétés privées. Pour bénéficier des retombées publiques et sociales positives des TIC et minimiser leurs impacts nuisibles, les gouvernements doivent tenir impérativement compte de l’intérêt public lors de l’élaboration de leurs politiques et de leurs programmes en matière de TIC.

Retombées mondiales

Les TIC permettent de surmonter de nombreuses limites temporelles et spatiales et d’augmenter considérablement le volume et la diversité de l’information qui peut être créée, rassemblée et diffusée. Elles peuvent donc être très bénéfiques pour la plupart des membres du public et des organisations, en particulier pour les utilisateurs dotés de budgets substantiels permettant l’acquisition d’équipements et de services spécialisés dans le domaine des TIC. Ces technologies permettent d’élargir les contrôles administratifs et dans certains cas, d’améliorer l’efficacité des grandes organisations. Les principaux bénéficiaires sont peut-être les sociétés transnationales qui ont la capacité d’étendre la portée de leurs activités, d’élargir leurs marchés et de transférer instantanément des ressources financières partout dans le monde.

Dans plusieurs pays, et en particulier dans les pays en développement, cette évolution peut menacer la production et l’emploi à l’échelle nationale de même que la souveraineté nationale et les cultures locales. Bien que la diffusion rapide des téléphones cellulaires dans le monde entier ait permis à des millions de personnes vivant dans les pays pauvres d’obtenir pour la première fois l’accès aux services de communication de base, ces services ne sont habituellement pas des services avancés et des millions de personnes n’y ont toujours pas accès. Plusieurs initiatives des Nations-Unies, de la Banque mondiale et de nombreuses organisations non gouvernementales ont pour but de combler ce « fossé numérique ».

L’expérience montre que les TIC ouvrent de nouvelles possibilités, mais créent aussi inévitablement de nouveaux problèmes. Ces nouvelles techniques peuvent permettre une participation démocratique mieux informée des citoyens et aider à la résolution de toute une gamme de problèmes sociaux, politiques et économiques. Elles peuvent aussi favoriser une société fragmentée et désorientée constituée d’observateurs passifs qui ont accès à des informations distrayantes en continu, mais qui ne savent pas très bien comment ce volume excessif d’information peut être utilisé pour améliorer leur condition ou la société dans son ensemble. L’équilibre sera établi par les mesures politiques, militaires, économiques et sociales émanant des institutions dominantes qui influencent la société canadienne et la communauté mondiale.


Lecture supplémentaire

  • Dept of Communications, "The Future of Communications Technology," Telecommission Study 4(a) (1971); H.A. Innis, The Bias of Communication (1951); Gov't of Canada, Preparing for a Digital World: Final Report of the Information Highway Advisory Council (1997); Robert Chodos, Rae Murphy and Eric Hamovitch, "Lost in Cyberspace" (1997); Marita Moll and Leslie Regan Shade e-commerce vs. e-commons: Communications in the Public Interest (2001); Susan Bryant and Richard Smith "Computers and the Internet" in Paul Attallah and Leslie Regan Shade (eds.) Mediascapes New Patterns in Canadian Communication Scarborough: Thomson Nelson (2002).

Liens externes