Criminologie

Au Canada, la recherche en criminologie se concentre surtout dans les universités dotées de centres de recherche. L'U. de Montréal crée en 1960 la première École de criminologie à l'initiative de Denis Szabo.

Morin, Guy Paul
Libéré apr\u00e8s dix ans de prison pour un meurtre dont il a été innocenté gr\u00e2ce \u00e0 des preuves fondées sur la génétique (avec la permission de Maclean's).

Criminologie

Au début du XXe siècle, la criminologie se contente surtout d'expliquer les comportements des criminels. Depuis lors, les investigations des criminologues portent aussi sur les caractéristiques des familles et des sociétés, sur les affrontements entre valeurs culturelles et sur une série d'autres facteurs sociaux. Les études des prisons portaient au départ sur les prisonniers à titre individuel pour s'élargir ensuite dans les années 30 à la culture du monde carcéral. La plupart des criminologues perçoivent maintenant les comportements criminels comme des parties intégrantes de nos sociétés complexes plutôt que comme quelque chose de propre à certains individus. Aujourd'hui, les criminologues s'intéressent à la POLICE, aux tribunaux et au système de contrôle social ainsi qu'à la CRIMINALITÉ EN COL BLANC et aux crimes qui ne font pas de victimes, comme par exemple l'USAGE NON MÉDICAL DES DROGUES et la PROSTITUTION.

Centres de criminologie

Au Canada, la recherche en criminologie se concentre surtout dans les universités dotées de centres de recherche. L'U. de Montréal crée en 1960 la première École de criminologie à l'initiative de Denis Szabo. L'approche y est multidisciplinaire avec des programmes de cours débouchant sur un baccalauréat, une maîtrise et un doctorat. Si une bonne partie des programmes porte sur la théorie, certains cours offrent des exercices pratiques pour les travailleurs sur le terrain, par exemple dans les services correctionnels. En 1970 le Centre international de criminologie comparée est fondé.

Le Centre de criminologie de l'U. de Toronto est créé par J.LI.J. Edwards (1963) qui lui donne d'abord une vocation de recherche. Bien que ses premières recherches privilégient largement le domaine légal, il subit par la suite l'influence du Clarke Institute of Psychiatry avec lequel il entretient des liens informels. Il mène alors des recherches sur la police, les tribunaux et autres organismes d'intervention au Canada. Ainsi donc, ce Centre, initialement consacré à la seule recherche, évolue vers des tâches d'enseignement aux niveaux du baccalauréat et des études supérieures. Ses membres sont engagés conjointement par lui et par l'un ou l'autre départements de l'U. de Toronto. La Addiction Research Foundation of Ontario entretient des rapports étroits avec les criminologues de cette université, et ses travaux sur la drogue et sur les politiques sociales lui valent une réputation internationale.

À l'U. de l'Alberta, c'est le département de sociologie qui gère la criminologie. Au début des années 70, 1000 étudiants suivent les cinq cours d'introduction à la criminologie, et 1000 autres des cours sur la déviance et des cours et séminaires de niveau supérieur en criminologie. Gwynn Nettler marque la criminologie canadienne de son empreinte comme directeur de thèses de doctorat de nombreux professeurs qui enseignent et publient maintenant dans ce domaine. Son livre **Explaining Crime** connaît beaucoup de succès aux É-U et au Canada. La conférence annuelle Nettler honore son nom. Le département de sociologie de l'U. de l'Alberta offre, non seulement les programmes ordinaires de maîtrise et de doctorat, mais aussi une maîtrise en justice pénale depuis 1975 et un baccalauréat en criminologie depuis 1982, ce dernier est le seul programme appliqué de la faculté des arts. Le centre de recherche en criminologie de l'U de l'Alberta, créé en 1977, organise régulièrement des séminaires, de la recherche et d'autres activités.

À l'initiative de Tadeusz Grygier, l'U. d'Ottawa ouvre en 1967 un département de criminologie qui offre une maîtrise. Ce programme interdisciplinaire, disponible en anglais et en français, porte sur la criminologie appliquée. Le département de criminologie de l'U. Simon Fraser date de 1973 et offre la maîtrise et le doctorat. Il doit son existence aux subventions généreuses du gouvernement de la Colombie-Britannique. L'U. de Regina crée en 1977, avec une subvention du SOLLICITEUR GÉNÉRAL du gouvernement fédéral, un Programme de Justice humaine, qui offre un baccalauréat en justice pénale et fait de la recherche sous contrat en Saskatchewan.

D'autres programmes de criminologie existent à l'U. Carleton et aux Universités du Manitoba et de Windsor. L'U. St. Mary de Halifax dispose d'un programme en administration policière, et le Atlantic Institute of Criminology se trouve à l'U. Dalhousie. Dans les années 70, le solliciteur général du Canada décide d'appuyer la recherche en criminologie par des subventions d'appoint. Ce programme exerce un grand impact non seulement dans les universités disposant déjà de centres de recherche, mais aussi dans celles qui ont des programmes plus modestes et qui peuvent ainsi créer des unités de recherche. Son objectif est d'encourager les recherches ayant des incidences sur les politiques et d'octroyer des subventions spécifiques reliées à des sujets d'intérêt courant. Ces subventions d'appoint, distribuées à sept centres universitaires, ont la particularité d'assurer la stabilité et de garantir un financement modeste mais flexible pour la formation des chercheurs. Cela encourage la formation d'une grande variété de projets de recherche de moindre importance. Contrairement aux programmes gouvernementaux qui financent à la pièce des recherches coûteuses liées aux questions de politique courante, ces subventions d'appoint conduisent, grâce à leur stabilité, au développement d'une expertise à laquelle le solliciteur général fait appel de temps en temps. Ce programme, qui a joué un rôle important d'encouragement de la recherche en criminologie pendant près de 20 ans, prend fin en 1995. Le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada accorde des fonds à la recherche dans ce domaine dans le cadre de son programme général d'aide aux chercheurs individuels.

Deux stratégies distinctes sous-tendent la formation des criminologues au Canada. Les Universités de Montréal, d'Ottawa et Simon Fraser offrent des programmes axés sur la spécialisation en criminologie, alors que les Universités d'Alberta et de Toronto offrent moins de cours en criminologie comme telle et insistent plus sur le contexte que fournissent les sciences sociales de base.

Perspectives en criminologie

Les criminologues canadiens traitent leur domaine sous différents angles. Les théories traditionnelles situent la source des comportements déviants dans des facteurs tels que la personnalité, les structures familiales, la CULTURE, la désorganisation sociale et les différences d'opportunités. Cette perspective de « consensus » affirme que tout le monde partage les mêmes règles de vie, de sorte que l'attention doit se porter sur les comportements de ceux qui violent ces règles. Pour les criminologues partisans de la perspective « conflictuelle », on ne peut pas étudier les comportements déviants indépendamment des formes prises par l'organisation politique et économique au cours de l'histoire. Il importe en outre d'étudier les groupes investis de grands pouvoirs dans la société et d'analyser la manière dont s'exerce leur mainmise sur les autres groupes (voir CLASSE SOCIALE).

Quelle que soit la perspective choisie par les criminologues du Canada, l'influence qu'ils auraient pu exercer sur le droit pénal et son application est loin d'être démontrée. Au Canada, le fossé qui sépare les connaissances en criminologie et les politiques publiques en la matière n'est certes pas aussi profond qu'aux États-Unis, mais il n'en demeure pas moins que les autorités publiques du Canada négligent d'utiliser les résultats des recherches. C'est ainsi, par exemple, que Patricia Erickson, Reginald Smart et d'autres chercheurs de l'Addiction Research Foundation ont monté un dossier qui accumule les preuves à l'appui d'une stratégie de « réduction des dommages » causés par la toxicomanie, mais les politiques officielles maintiennent le cap sur la « guerre aux drogues » malgré son échec aux États-Unis.

Les recherches d'autres criminologues suggèrent que le nombre des prisonniers et la durée de leur séjour en prison ont peu d'effet sur la réduction de la criminalité, que la prépondérance des prisonniers venant de groupes sociaux démunis favorise le cynisme en matière de justice sociale et que les délits commis par les gens des classes supérieures font beaucoup plus de tort à la société que ceux des gens des classes moins favorisées. Leurs conclusions n'ont cependant guère d'impact sur les politiques gouvernementales. Lorsque des pressions politiques débouchent sur de nouvelles lois, il se peut qu'on rende son dû à la recherche qui va dans le sens du vent des changements politiques. Par exemple, les changements de politique concernant la violence entre époux et les ENFANTS MALTRAITÉS , sujets qui ont de l'importance politiquement, peuvent résulter des recherches en criminologie ou faire écho à leurs conclusions. En règle générale cependant, de telles recherches ont peu d'impact sur les réformes, du moins à court terme.

Organisations liées à la criminologie

Les criminologues canadiens sont membres d'organisations qui représentent les sciences sociales et juridiques au Canada, aux États-Unis et au plan international. Il s'agit de la American Society of Criminology, de la Société pour l'étude des problèmes sociaux et de l'Association pour le droit et la société. Les criminologues du Canada peuvent aussi prendre part à des sessions spécialisées de l'Association canadienne des sociologues et anthropologues et de la toute jeune Association canadienne pour le droit et la société. Ceux qu'intéressent le droit correctionnel et la justice pénale peuvent aussi s'engager dans l'Association canadienne de justice pénale. Son congrès biennal met l'accent sur l'application du droit correctionnel et sur la prévention. Par contre, la Revue canadienne de criminologie, éditée par l'Association, est davantage orientée vers la recherche.

Ouvrages de criminologie

Deux tendances apparaissent dans l'évolution de la littérature canadienne touchant à la criminologie : 1 - une prise de distance à l'égard des ouvrages américains au fur et à mesure de l'essor, en quantité et en qualité, des ouvrages canadiens et 2 - une spécialisation croissante de la criminologie comme distincte des autres problèmes sociaux. La criminalité fait depuis longtemps partie d'une série de « problèmes sociaux » dont traitent les cours de « Sociologie de la déviance » , de « Problèmes sociaux ». Comme les départements de sociologie et d'autres considèrent que chacun de ces sujets mérite bien un cours en soi, les maisons d'édition sont dans un premier temps à la recherche de manuels spécialisés en criminologie. Au début, leur besoin est comblé par des livres qui reproduisent une collection d'articles d'auteurs divers ou dont les chapitres sont de la plume de plusieurs auteurs. C'est le cas de Crime in Canadian Society, publié sous la direction de Silverman, Teevan et Sacco, et dont la 5e édition date de 1996; et de Criminology, publié sous la direction de Linden, avec une 3e édition en 1996. De tels amalgames d'écrits d'auteurs différents n'offrent cependant pas toujours de perspective intégrée. En 1994 paraissent deux livres, Crime and Canadian Public Policy de Hackler, et The Criminal Event de Sacco et Kennedy, qui mettent l'accent sur des thèmes spécifiques dans un effort pour rendre le phénomène de la criminalité intelligible.


Lecture supplémentaire

  • James C. Hackler, Crime and Canadian Public Policy (1994).

Liens externes