Dorimène Desjardins

​Dorimène Desjardins (née Roy), cofondatrice des Caisses populaires Desjardins (née le 17 septembre 1858 à Sorel, QC; décédée le 14 juin 1932 à Lévis, QC).

Monument Alphonse et Dorimène Desjardins, Lévis (Québec)
Maison Alphonse Desjardins, Lévis (Québec)
Maison Alphonse Desjardins (1883), lieu de la première caisse populaire en Amérique du Nord, classée monument historique en 1983, Lévis, province de Québec, Canada

Marie-Clara Dorimène Desjardins (née Roy), cofondatrice des Caisses populaires Desjardins (née le 17 septembre 1858 à Sorel, QC; décédée le 14 juin 1932 à Lévis, QC).

Famille, éducation et mariage

Dorimène Roy est issue d’une famille modeste de Sorel, Québec. Elle est la fille d’un capitaine de bateau à vapeur, Joseph Roy et de Rosalie Mailhot. Vers l’âge de deux ans, Dorimène est confiée à sa tante Louise-Clarisse Mailhot qui habite Lévis (sur la Rive-Sud de Québec) avec son mari Jean-Baptiste Thériault. Ce couple aisé procure à Dorimène une éducation à laquelle elle n’aurait pas pu aspirer dans sa famille. Pendant une dizaine d’années, elle fait ses études au couvent des Sœurs de la Charité de Lévis, alors nommé Notre-Dame-de-Toutes-Grâces.

Le 2 septembre 1879, elle épouse Alphonse Desjardins (1854-1920) alors journaliste au Canadien, un quotidien de Québec. Le couple s’installe à Lévis et de leur mariage naissent dix enfants. En 1892, Alphonse obtient un poste de sténographe français au Parlement du Canada. Six mois par année, Alphonse Desjardins doit donc se rendre à Ottawa, alors que sa famille demeure à Lévis. Pendant de longues années, Dorimène s’occupe seule des enfants et du foyer, en plus de gérer le budget familial.

La fondation des Caisses populaires Desjardins

C’est après avoir assisté à un débat à la Chambre des communes sur les prêts usuriers qu’Alphonse Desjardins vient à s’intéresser aux lacunes dans l’organisation du crédit qui condamnent les petits emprunteurs à se tourner vers des prêteurs pratiquant l’usure. Pour trouver une réponse, il visite de nombreuses bibliothèques et se met à correspondre avec différents auteurs s’étant penchés sur la pratique du crédit populaire en Europe. Après trois ans à étudier la question, Desjardins fonde le 6 décembre 1900, la Caisse populaire de Lévis, une coopérative de crédit et d’épargne à capital variable et à responsabilité limitée. Il s’agit de la première institution de ce genre en Amérique du Nord à connaître un succès.

La Caisse populaire de Lévis ouvre ses portes le 23 janvier 1901 dans la maison du couple Desjardins. Toutefois, Alphonse Desjardins doit retourner à son emploi dans la capitale fédérale. Les dirigeants de la Caisse prennent la relève, mais rapidement ils réalisent que le temps qu’ils peuvent consacrer à la gestion quotidienne de la Caisse est limité. En 1903, aucun administrateur ne se porte volontaire pour remplacer Desjardins. Toutefois, Dorimène se propose pour assurer cette lourde tâche.

Gérante de la Caisse populaire de Lévis

De 1903 à 1906, Dorimène Desjardins devient la gérante à temps plein (en plus de s’occuper de ses dix enfants, dont le plus jeune n’a qu’un an) de la Caisse populaire de Lévis, mais sans en porter le titre officiel qui revient à son mari. Elle est autorisée à signer les chèques dont le montant n’excède pas 500 $, à faire et à recevoir les dépôts et à accorder (sous la direction du gérant suppléant Théophile Carrier) des prêts aux clients de la Caisse. Pour ces nombreux services, le conseil d’administration verse à Dorimène une indemnité symbolique de 50 $ par année.

Après 1906, Dorimène continue son engagement dans le mouvement coopératif. Elle assiste son mari dans la correspondance et la comptabilité, jouant ainsi un rôle de premier plan dans la fondation des plus de 140 succursales au Québec, en Ontario et aux États-Unis. En 1915, Alphonse ressent les premiers symptômes d’une insuffisance rénale grave. Il prend sa retraite en 1917 et s’engage dans le projet d’une fédération regroupant l’ensemble des Caisses populaires. Dorimène devient dès lors l’indispensable bras droit de son mari alors diminué par la maladie. En 1918 et 1919, elle contribue aux travaux d’un comité spécial afin d’étudier la question de la fédération.

La fédération des Caisses populaires

Après la mort d’Alphonse survenue le 31 octobre 1920, Dorimène devient la gardienne de la mémoire des Caisses et conserve une forme d’autorité morale sur le mouvement. Les dirigeants n’hésitent pas à faire appel à ses lumières sur différentes questions. Dans les années 1920, elle joue un rôle actif dans la fondation de l'Union régionale des caisses populaires Desjardins du district de Québec. En 1923, elle est nommée vice-patron du conseil de cette Union et en devient une membre honoraire. Son rôle, toujours discret jusque-là, émerge enfin au grand jour.

Lors de son décès le 14 juin 1932, les Caisses populaires organisent d’importantes funérailles à Lévis. Un article de L'Action catholique de ce jour mentionnera que son départ est un « deuil pour le Canada français », car « elle aura été assurément l'une des femmes les plus au courant de la question économique considérée au point de vue social ». Le quotidien ajoute : « Sans elle, reconnaissons-le, les Caisses populaires Desjardins n'existeraient probablement pas ».

Une reconnaissance tardive

Reconnue du temps de ses contemporains, la contribution de Dorimène Desjardins au mouvement des Caisses populaires va néanmoins tomber dans l’oubli pendant quelques décennies. Les Caisses elles-mêmes vont longtemps miser sur Alphonse Desjardins comme figure emblématique du mouvement.

La reconnaissance du rôle de Dorimène est relativement récente. Elle est le fruit de la recherche effectuée au début des années 1990 par des historiens amateurs et professionnels. Cette contribution féminine au Mouvement Desjardins fut notamment mise en évidence par le fait que plusieurs succursales des Caisses populaires ont été fondées dans des maisons privées et qu’elles étaient tenues par des femmes.

Depuis, Dorimène Desjardins a été officiellement reconnue comme cofondatrice du Mouvement Desjardins. Lors des festivités entourant le centenaire des Caisses populaires, l’image de Dorimène aux côtés d’Alphonse fut largement exploitée. Aujourd’hui, un parc à Sorel-Tracy porte son nom et un monument à Lévis a été élevé à la mémoire du couple Desjardins. En 2008, elle est devenue la première femme laïque à être honorée sur la Colline parlementaire de Québec.

Le 8 mars 2012, Pauline Green, présidente de l'Alliance coopérative internationale, soulignait la contribution exceptionnelle de Dorimène Desjardins à l’avancement de la condition féminine et à la diffusion de l’idéal coopératif. Quelques mois plus tard, le 5 octobre 2012, le gouvernement du Canada annonçait la désignation de Dorimène Desjardins comme personnage historique d’importance, soit plus de 40 ans après celle de son mari.


Lecture supplémentaire

  • Guy Bélanger, Dorimène Desjardins, 1858-1932. Cofondatrice des caisses populaires Desjardins (Lévis : Éditions Dorimène, 2008).

    Guy Bélanger, « L'expérience des femmes dans le Mouvement Desjardins 1900-1964 », dans Revue Desjardins, 62, 2 (1996) : 1-4.

    Guy Bélanger, « Dorimène, Adrienne, Albertine et les autres », dans Revue Desjardins, 56, 6 (1990) : 11-15.

    Guy Bélanger avec la collaboration de Claude Genest, La Caisse populaire de Lévis 1900-2000. Là où tout a commencé (Québec/Lévis : Éditions Multimondes/Éditions Dorimène, 2000).

    Charles Laviolette, « Journée internationale des femmes – Reconnaissance mondiale pour Dorimène Desjardins », Ensemble, 8 mars 2012.

    Pierre Poulin, Histoire du Mouvement Desjardins, 3 vol. (Montréal : Québec/Amérique, 1990-1998).

    Pierre Poulin avec la collaboration d'Andrée Rivard et de Pierre Goulet, Desjardins 100 ans d'histoire (Québec/Lévis : Éditions Multimondes/Éditions Dorimène, 2000).

    Société historique Alphonse-Desjardins, « Dorimène Desjardins (1858-1932). Portrait biographique de la cofondatrice du Mouvement Desjardins », Caisses populaires Desjardins, juin 2012.