E. & W. S. Maxwell

Fondée par Edward et William Sutherland Maxwell, l’entreprise E. & W.S. Maxwell a été une des firmes d’architectes les plus importantes et les plus influentes de l’histoire canadienne.

Edward Maxwell amorce la pratique de l’architecture à Montréal, en 1882. Il est alors apprenti chez Alexander Francis Dunlop, un éminent architecte montréalais qui a été l’un des 28 architectes initialement retenus comme membres associés de l’Académie royale des arts du Canada par le marquis de Lorne, en 1880. La formation même d’Edward Maxwell a marqué son style très spécifique, qui en est venu à dominer la configuration du parc architectural de Montréal. Il conçoit d’abord des résidences cossues pour des clients à l’aise financièrement, des centres civiques et des églises. Ses maisons couplées, dessinées dans le style de Richardson, deviennent une des caractéristiques saillantes des voisinages aisés du centre de Montréal, justement à une époque où la maison de ville traditionnelle, jouxtée en série, est en train de se démoder. Ce style novateur trouve une réplique harmonieuse dans le travail de son frère William, en 1900. Cette année-là, la firme E. & W.S. Maxwell se lance dans un projet ambitieux : l’agrandissement de la gare Windsor, du chemin de fer du Canadien Pacifique, à Montréal, construite elle-même en 1889. Il y aura deux agrandissements de cette gare. L’un est mis en place de 1900 à 1903, l’autre de 1910 à 1913.

Bruce Price, l’architecte américain à qui l’on doit la gare Windsor, l’avait initialement conçue dans le style néo-roman. Les architectes canadiens qui mettent l’agrandissement en place réarticulent la structure de l’immeuble pour rencontrer les caractéristiques les plus représentatives du style Château, qui, lui, commence alors à dicter localement le ton architectural, sur Montréal. À cette époque, la firme E. & W.S. Maxwell a brièvement retenu les services de l’architecte bostonnais George C. Shattuck. De fait, certaines des conceptions architecturales apparaissant dans la Banque des Marchandsdu Canada, la maison C.R. Hosmer à Montréal, la maison L.J. Forget à Senneville, et la maison William Van Horne à Saint Andrews portent la signature à la fois de Maxwell et de Shattuck. En 1902, Shattuck est remplacé par William Maxwell, également formé à Boston dans l’officine de la firme Winslow et Wetherell. De façon significative, l’expérience de William Maxwell chez Winslow et Wetherell imprègne son champ de spécialisation : les immeubles commerciaux et les hôtels. William apporte une dimension de composition classique et de finesse dans le détail au vocabulaire romantique de son frère Edward, vocabulaire qui, lui, reste une des composantes dominantes de leur pratique commune. Ce travail en commun s’avère fructueux et la réputation des deux architectes s’affermit, tant au plan local qu’au plan national. Après la mort d’Edward en 1923, la firme s’adjoint un nouveau partenaire en la personne de Gordon MacLeod Pitts, originaire du Nouveau-Brunswick. Jusqu’à la retraite de William en 1939, la firme produit ses réalisations sous le nom de Maxwell et Pitts. L’entreprise a mis en place quatre grands partenariats, entre 1880 et 1951. Elle a servi d’atelier de formation pour plus de 50 dessinateurs et 19 apprentis. La majorité d’entre eux en sont d’ailleurs venus plus tard à ouvrir leurs propres firmes. Au nombre des héritiers spirituels de ce vaste atelier de formation qu’a été E. & W.S. Maxwell, on peut citer : John Smith Archibald, David Robertson Brown, Charles Saxe, David Huron MacFarlane, William John Carmichael, Daniel John Crighton, Charles Alexander Mitchell, Kenneth Guscotte Rea, et bien d’autres encore.

Edward et William Maxwell sont très souvent salués pour l’exceptionnelle qualité de leur savoir-faire. Cela s’explique en partie par les solides ressources financières de leurs clients et aussi par les excellents contacts qu’ils entretiennent dans le monde des arts et des métiers du Canada. Au nombre de leurs très bons amis figurent Maurice Cullen, George Hill, Clarence Gagnon, William Hope et George Horne Russell. William Maxwell, tout particulièrement, appartient à un certain nombre d’organismes artistiques, dont le Pen and Pencil Club (club du stylo et du crayon), la Guilde canadienne des métiers d’art, et le Club des Arts. À l’instar de leurs maîtres à penser américains, les frères Maxwell restent très proches de leurs artistes et artisans. Ils travaillent de concert avec eux sur leurs réalisations, leur fournissant souvent le mobilier et le design décoratif pour les intérieurs. Le monument Strathcona (monument aux héros de la guerre des Boers), au carré Dominion à Montréal, est une des œuvres de leur firme, en collaboration avec le sculpteur George William Hill pour la conception. C’est là un exemple éloquent du genre de collaboration rapprochée entre le sculpteur et l’architecte qui est tout à fait représentative de la vision de William Maxwell.

De façon analogue, William et Edward Maxwell établissent une relation approfondie et durable avec une portion importante de leur clientèle. Certains des tout premiers clients de la firme en ont assuré la charpente contractuelle et financière, pendant des décennies. Ainsi, solidement et durablement appuyée par ses clients réguliers, comme certains marchands de la ville, la Chambre de Commerce, la Banque de Montréal et le chemin de fer du Canadien Pacifique, la firme s’en tire magnifiquement bien, au tournant du siècle, à Montréal.

Réalisations majeures

Maison J.T. Davis, Montréal

Commandée en 1909 par James Thomas Davis, cette demeure imposante se devait de refléter la puissance de la position sociale de Davis, un gros entrepreneur en travaux publics responsable de la construction de plusieurs des canaux, estacades et ponts de la région. Dotée d’une structure de briques rouges de style élisabéthain reposant sur une base de grès, la maison se trouve sur la rue Drummond. Mélangeant les styles édouardien et classique, l’immeuble est un exemple éloquent de l’intime combinaison des savoir-faire formel et compositionnel des deux frères. La conception sensible, légèrement décentrée, incorpore des lucarnes hollandaises, de hauts pignons, de longues cheminées et une toiture bien en pente. La structure est soutenue par des poutres d’acier dissimulées et par un cadre de béton. En 1955, l’Université McGill rachète la maison de la veuve de James T. Davis, lui-même décédé en 1928. Elle abrite aujourd’hui l’École de physiothérapie et d’ergothérapie.

L’édifice de l’Assemblée législative de la SaskatchewanDepuis sa finalisation en 1913, l’édifice de l’Assemblée législative de la Saskatchewan et ses environs abritent les bureaux et bâtiments gouvernementaux de cette province. Ainsi, l’immeuble de l’Assemblée législative s’est trouvé associé à toutes les figures politiques, à tous les textes législatifs, à toutes les décisions administratives ayant à voir avec la gestion de la province de Saskatchewan. Signe distinctif indubitable, cet immeuble est aujourd’hui le symbole le plus net et le plus reconnaissable du gouvernement de la Saskatchewan. Reconnu comme un des exemples les plus achevés du classicisme édouardien au Canada, l’immeuble incorpore une façade en pierre de Tyndall et dispose de larges fenêtres, de grands halls d’entrée, de duos ordonnancés de colonnes doriques et de murailles de pierres ornementales subtilement travaillées. L’élément extérieur le plus distinctif de l’ouvrage reste son dôme central. Constitué d’une coupole sur colonnades, raccordées à une base en forme de caisse dotée de motifs en encoignures détaillés, le dôme rappelle l’architecture des bâtiments publics anglais.

Église unitarienne de Montréal (Church of the Messiah)

Il s’agit ici de la conception d’église la plus réussie que l’on doive aux deux frères Maxwell. L’immeuble se situe au coin nord-ouest de l’intersection des rues Sherbrooke et Simpson, à Montréal. La propriété est acquise en 1905 par la congrégation unitarienne, qui veut relocaliser son lieu de culte dans un des quartiers populaires de Montréal. L’église est complétée en 1908. Elle est d’inspiration gothique Tudor. Son principal élément décoratif est la série de fenêtres en vitraux, dessinées en Angleterre par la Bromsgrove Guild of Applied Arts. Les frères Maxwell ont eux-mêmes fait don de la grande fenêtre en vitrail se trouvant au centre de l’aile nord de l’église. Son inscription dit : « et la maison construite pour le Seigneur se doit d’être suprêmement magnifique. » Le hall et les bureaux de l’église sont aujourd’hui tout ce qui reste de l’immeuble, suite à un incendie dévastateur ayant eu lieu le 26 mai 1987. L’église a ensuite été reconstruite, non loin du métro Vendôme. Elle incorpore les grands vitraux et les gravures sur pierre ayant été rescapés du désastre.

Château Frontenac, ville de Québec

Érigé en sept phases de construction, entre 1892 et 1993, cet hôtel surplombe le fleuve Saint-Laurent, dans le district historique de la ville de Québec. C’est le premier d’une série d’hôtels construits dans le style Château par les compagnies ferroviaires canadiennes, à la fin du XIXe et au début du XXe siècle, pour encourager les touristes à voyager en trains. Un bon nombre des conceptions architecturales mises en place dans cet immeuble ont été exécutées par Edward et William Maxwell. Véritable prototype des grands hôtels ferroviaires de style Château qui suivront, cette structure reste l’expression la plus pure du style Château de tout le groupe d’hôtels apparentés. Sa conception en forteresse s’inspire des châteaux de la vallée de la Loire en France. Cet effet est amplifié par le fait que l’immeuble est posé sur la cime d’un cap, au-dessus de la ville. Le tout exprime la hantise romantique de Québec, comme cité médiévale française. La conception fortement éclectique de l’hôtel est la manifestation d’une propension fréquente en architecture victorienne. La construction démarre en 1892-1893 pour le chemin de fer du Canadien Pacifique, sur un concept initial de l’architecte Bruce Price. Un premier agrandissement est mis en place en 1908-1909, selon les plans de W.S. Painter, puis en 1920-1924, selon les plans d’Edward et W.S. Maxwell, et ensuite dans les années 1990, selon les plans du Groupe Arcop. Le site a été désigné lieu historique du Canada, en 1981. L’immeuble montre ouvertement la combinaison irrégulière et souvent déroutante des différents styles que les deux frères Maxwell œuvrent à incorporer, en collaboration, dans leurs réalisations.

Musée des beaux-arts, Montréal

En 1910, les frères Maxwell participent à une compétition pour la conception d’une nouvelle galerie d’art à Montréal. Il s’agit de remplacer la galerie d’art d’origine du square Phillips, conçue et réalisée en 1879 par John W. Hopkins (1825-1905) et agrandie en 1892-1893 selon les plans d’Andrew T. Taylor. Trois firmes d’architectes locales sont sur les rangs, lors de cette compétition : Browne et Vallance, Edward et W.S. Maxwell, Nobbs et Hyde. Les frères Maxwell remportent la compétition haut la main, grâce à leur solide prestige social dans le monde des arts. Il y aura bien quelques déviations du concept initial. Les plans seront altérés, non sans que se manifestent certaines incomplétudes formelles. La brique sera remplacée par du marbre. Malgré tout, l’immeuble, datant de 1912, est une belle réalisation. Il est évident que cette galerie d’art est en grande partie l’œuvre de William Maxwell. Cela se voit notamment dans la disposition des éléments par rapport à l’ensemble et dans leur configuration en façade. Le raffinement des détails est parlant, lui aussi. Le tout résulte d’une connaissance intime de l’idéal classique et d’une adroite utilisation des marbres et des bronzes. Le nouveau musée fait l’objet d’un compte-rendu descriptif de Thomas W. Ludlow dans le Architectural Record de 1915.