EAH Alderson

Edwin Alfred Hervey Alderson, KCB, premier commandant de la 1re Division du Canada (octobre 1914- septembre 1915) et des corps canadiens (septembre 1915-mai 1916), officier, auteur, est né le 8 avril 1859 à Capel St Mary, Angleterre, et est mort le 14 décembre 1927 à Lowestoft, Angleterre.

Edwin Alfred Hervey Alderson, KCB, premier commandant de la 1re Division du Canada (octobre 1914- septembre 1915) et des corps canadiens (septembre 1915-mai 1916), officier, auteur, est né le 8 avril 1859 à Capel St Mary, Angleterre, et est mort le 14 décembre 1927 à Lowestoft, Angleterre. L’officier de l’armée britannique E.A.H. Alderson commande les troupes canadiennes pendant la guerre des Boers (1899- 1902) et pendant la Première Guerre mondiale. Pendant la Grande Guerre, cet homme méticuleux contribue grandement à transformer les nouvelles recrues canadiennes en une force de combat efficace. Cependant, ses positions sur la promotion des officiers, l’entraînement et la discipline et le fusil Ross, entre autres choses, le font entrer en conflit avec de nombreux politiciens canadiens, notamment Sam Hughes, le ministre de la Milice et de la Défense. C’est en partie à cause de cela qu’il est démis de ses fonctions de commandant de corps en mai 1916, après la désastreuse bataille de Saint-Éloi.

Famille et début de carrière

E.A.H. Alderson provient d’une famille militaire passionnée par le sport. Son père sert pendant la guerre de Crimée, et lui-même devient subalterne dans une unité de la milice de Norfolk en Angleterre à l’âge de 17 ans. En 1878, il rejoint l’ancienne unité de son père (le 97th Regiment of Foot) qui devient peu après le Royal Kent West Regiment. Il accompagne le West Kent à Halifax, NS, à Gibraltar et en Afrique du Sud, où il est attaché à la Mounted Infantry (MI). En tant qu’officier MI, il est envoyé en Égypte (1882) et au Soudan (1884-1885), où il rejoint le Mounted Camel Regiment. En 1896, Edwin Alderson, promu au rang de major, commande la MI et l’entièreté de la Mashonaland Field Force en Afrique du Sud lors de la répression de la révolte des Matabélés. Deux ans plus tard, il publie With the Mounted Infantry and the Mashonaland Field Force (1898).

Guerre des Boers

Edwin Alderson retourne en Afrique du Sud en 1900 pendant la guerre des Boers, et prend le commandement de deux bataillons des Canadian Mounted Riffles. Quand la guerre prend fin, il est inspecteur général de l’infanterie montée et aide-de-camp de la reine Victoria, ainsi que Compagnon de l’Ordre du Bain, l’un des ordres de chevalerie les plus prestigieux d’Angleterre. Il commande ensuite la 2nd Infantry Brigade à Aldershot (1903-1907) et la 6e (Poona) division de l’armée de l’Inde (1908-1912). Il est en demi-solde quand la Première Guerre mondiale éclate en août 1914.

Première Guerre mondiale

Peu après le commencement des hostilités, Edwin Alderson est nommé à la tête de la nouvelle division d’infanterie canadienne qu’on assemblait à Valcartier, QC. Il doit cette affectation en grande partie à son expérience de commandant pendant la guerre des Boers. Cependant, il se rend bientôt compte qu’on lui a confié une tâche difficile, ne serait-ce qu’à cause de l’ingérence du ministre de la Milice et de la Défense, Sam Hughes.

Il rejoint les 18 000 hommes de la première Division du Canada à leur débarquement en Angleterre en octobre 1914. Il a devant lui une lourde tâche : organiser, équiper et entraîner une force important d’officiers et de soldats, la plupart dépourvus d’expérience militaire digne de ce nom. Il se montre critique envers un grand nombre d’officiers canadiens et en renvoie plusieurs, y compris certains officiers qui avaient été nommés par Hughes lui-même. Cependant, il respecte Arthur Currie, qui devient par la suite le premier Canadien à commander le corps canadien pendant la guerre.

Edwin entre bientôt en conflit avec Hughes et son représentant en Angleterre, le colonel montréalais John Carson. La 1re Division du Canada était campée dans la plaine de Salisbury, qui avait été transformée en bourbier par la pluie de l’hiver 1914. Carson demande que les Canadiens soient installés dans un lieu plus propice, en dépit du fait qu’ils partageaient la plaine avec des soldats provenant des quatre coins de l’Empire. Edwin Alderson refuse d’accorder un traitement spécial aux Canadiens, et selon l’historien Tim Cook, spécialiste de la Première Guerre mondiale, les soldats ne lui en veulent pas. En fait, il semble que le commandant ait été relativement populaire auprès des soldats, quoiqu’on ne puisse toujours en dire autant de ses officiers subordonnés canadiens. Cependant, sa décision exaspère à la fois Carson et Hughes.

Les deux hommes entrent aussi en conflit quand Hughes, que certains appellent « l’ennemi de la boisson », prend la décision controversée d’interdire l’alcool dans le camp canadien. Par conséquent, plusieurs soldats se rendent dans des villages voisins pour boire, et les autorités locales demandent au commandant de ramener ses troupes à l’ordre. Il décide donc d’annuler l’ordre de Hughes et met en place des cantines où l'on sert de la bière. Cette décision est très populaire chez les soldats. Selon Cook, l’officier Victor Tupper (petit-fils de Charles Tupper, ancien premier ministre), écrit dans une lettre à sa famille qu’Edwin Alderson était un « bon bonhomme » qui avait « gagné la loyauté des hommes de tout rang en combattant Sam Hughes et en installant des buvettes dans les cantines ». Hughes, quant à lui, se sent personnellement insulté par les actions du commandant.

Après plusieurs mois d’entraînement, Edwin Alderson et la 1re Division du Canada arrivent en France en février 1915. Ils jouent un rôle secondaire lors de la bataille de Neuve-Chapelle (mars 1915), puis se rendent en Belgique et prennent part à la Deuxième bataille d’Ypres (avril à mai 1915), où les Allemands utilisent le chlore gazeux pour la première fois. Les Canadiens combattent bravement dans la défense du saillant d’Ypres, au prix de 6000 morts et blessés, soit près d’un homme sur trois. Le commandant critique deux de ses officiers, le brigadier-général Richard Ernest William Turner et Garnet Burk Hughes, le fils de Sam Hughes et major de brigade dans la 3e brigade canadienne de Turner. Carson croit cependant que Turner et Hughes avaient bien performé et qu’Alderson lui-même était responsable des pertes encourues. À cela s’ajoute leur différend quant à l’utilité du fusil Ross, un fusil fabriqué au Canada que Hughes avait convaincu le gouvernement d’acheter. Le Ross a beau être plus précis que le Lee-Enfield utilisé par les Britanniques, il est plus encombrant et les soldats canadiens à Ypres constatent que le fusil s’enraille facilement. Plusieurs lui préfèrent les Lee-Enfield qu’ils ramassent sur le champ de bataille. Cependant, Hughes continue de défendre le fusil Ross, et les critiques d’Alderson deviennent une source de conflit supplémentaire entre les deux hommes.

Malgré les rapports tendus entre Alderson, Hughes et Carson, le général était encore tenu en haute estime par le commandant en chef de l’armée britannique, Sir John Pinkstone French, et par le premier ministre sir Robert Borden. En septembre 1915, Edwin Alderson est nommé à la tête du nouveau corps canadien, comprenant maintenant deux divisions, tandis qu’Arthur Currie le remplace en tant que commandant de la 1re Division. Cependant, Edwin Alderson refuse de confier le commandement de la 2e division à Turner, un autre officier canadien, en dépit de la demande de Hughes. Cela n’arrange en rien ses relations avec Hughes et Turner (qui s’était déjà plaint auprès de Carson de son supérieur britannique).

Saint-Éloi et destitution

C’est la désastreuse bataille de Saint-Éloi, en avril 1916, qui coûte à Edwin Alderson son poste de commandant. Pour leur premier engagement, la 2e Division du Canada reçoit l’ordre de renforcer les Britanniques sur la ligne de front. À leur arrivée à Saint-Éloi le 3 avril 1916, ils découvrent d’énormes cratères, formés par l’explosion de plusieurs mines plantées par les Britanniques sous les lignes ennemies. Cependant, l’oblitération des tranchées les expose au feu des Allemands, qui lancent une série de contre-attaques et sèment la confusion chez les Canadiens, d’autant plus que les officiers ignorent la position exacte d’une bonne partie de leurs troupes et sont incapables de suivre l’évolution de la bataille faute d’informations. Le 16 avril, les forces allemandes contrôlent la plupart des emplacements stratégiques et l’unité a perdu plus de 1300 hommes, morts ou blessés.

Après la bataille, Edwin Alderson reçoit l’ordre de renvoyer le brigadier général Huntley Douglas Brodie Ketchen, commandant de la 6e brigade canadienne, le fer de lance de l’assaut de Saint-Éloi. Turner jure de démissionner si Ketchen est renvoyé, ce qui pousse Edwin Alderson à demander le renvoi de Turner en plus. C’est cependant Alderson lui-même qui est renvoyé, car les hauts commandements britanniques et canadiens veulent éviter l’outrage public associé au renvoi de deux officiers supérieurs canadiens. Il est remplacé par un autre officier britannique, sir Julian Hedworth George Byng. Alderson est nommé inspecteur-général des forces canadiennes en Angleterre et en France, un poste de sinécure qui met une fin définitive à sa carrière militaire. Il prend sa retraite en 1920 et meurt en 1927.

Héritage

En plus d’affecter sa carrière militaire, le conflit entre Hughes et Alderson a sans doute influencé la place de ce dernier dans l’histoire canadienne. Contrairement à Byng et Currie, qui lui ont succédé au poste de commandant des corps canadiens, E.A.H. Alderson demeure assez peu connu. Cependant, ses efforts visant à améliorer l’entraînement et l’équipement des divisions canadiennes aux débuts de la Première Guerre mondiale ont contribué à en faire une force de combat efficace. De plus, il était populaire auprès de ses hommes, même si on ne pouvait toujours en dire autant de ses officiers subalternes canadiens. L’un de ses hommes l’a décrit comme étant un « petit homme aimable » qui se montrait intéressé et compatissant envers ses soldats blessés. Selon les mots de Desmond Morton, Edwin Alderson était « un homme honorable, quoique dénué d'imagination, [qui] avait été plus sensible aux intérêts des soldats canadiens que leur propre ministre. »

Publications

With the Mounted Infantry and the Mashonaland Field Force (1898)
The Counter-Attack (1898)
Pink and Scarlet: Or Hunting as a School for Soldiering (1900)
Lessons from 100 Notes Made in Peace and War (1908)

Distinctions honorifiques et décorations

Médaille, Royal Humane Society (1885)
Compagnon, Ordre du bain (1900)
Chevalier Commandeur, Ordre du bain (1916)


Lecture supplémentaire

  • Tim Cook, The Madman and the Butcher (2010); Andrew Iarocci, Shoestring Soldiers: The 1st Canadian Division at War, 1914–1915 (2008); Tom Leppard, “Sir Edwin Alderson: Gentleman Soldier,” dans Colonel Bernd Horn et Craig L. Mantle, eds., Neither Art, Nor Science: Selected Canadian Military Leadership Profiles, Vol. 2 (2007); Desmond Morton, A Peculiar Kind of Politics: Canada’s Overseas Ministry in the First World War (1982) et “Alderson, Sir Edwin Alfred Hervey,” Dictionnaire biographique du Canada, vol. 15.

Liens externes