Émilie Tremblay

Émilie Tremblay (née Marie-Émilie Fortin le 5 janvier 1872 à Hébertville, Québec; décédée le 22 avril 1949 à Victoria, Colombie-Britannique). Une figure marquante de l’histoire du Yukon et des Franco-Yukonnais, elle était une pionnière de la dernière ruée vers l'or du 19e siècle. L’une des premières femmes blanches à traverser le col Chilkoot, elle était une femme d'affaires et a présidé la société Yukon Women Pioneers (voirFranco-Yukonnais.) La première et seule école francophone du Yukon, établie en 1984 à Whitehorse, porte son nom.



Émilie Tremblay

Émilie Tremblay
Source : Archives du Yukon, coll. Veazie Wilson, 82/3.

Historique et contexte

Même si l’on découvre des gisements aurifères au Yukon dès 1863, ce n’est qu’à partir de 1897 que la découverte d’or alluvionnaire cause la ruée vers l’or du Klondike, attirant des dizaines de milliers de prospecteurs qui tentent leur chance pour s’enrichir (voir aussiRuée vers l’or du Klondike). Près de 10000 d’entre eux, arrivés entre 1897 et 1899, sont des Canadiens français, qui viennent du Québec, de l’Acadie et des Prairies. On y trouve surtout des hommes, mais certaines femmes, dont Émilie Tremblay, contribuent également à l’émergence de villes minières dans la région, dont celle de Dawson. En 1898, le gouvernement fédéral reconnaît l’utilité d’une administration locale et crée le Territoire du Yukon.


Jeunesse et la vie au Yukon

Émilie à 15 ans lorsque sa famille émigre de Québec à Cohoes (New York), où elle épouse Pierre-Nolasque Tremblay, surnommé « Jack», le 11 décembre 1893. Pendant leur voyage de noces vers Miller Creek, au Yukon, Tremblay deviendrait la première femme blanche à traverser le col Chilkoot, mérite qu’elle défendra toute sa vie, bien qu’il lui soit contesté par certaines. Le couple s’installe au Yukon en juin 1894. Elle apprend à cuisiner avec le gibier et les légumes que l’on parvient à faire pousser à cette latitude.Pour son premier hiver au Yukon, Tremblay invite les mineurs à partager le repas de Noël. Sa réputation fait vite le tour du Yukon. Au printemps 1895, Émilie et son mari cultivent un jardin sur le toit de leur cabane, où ils récoltent radis et laitue.

Les Tremblay participent à l’exploitation aurifère et se promènent d’un emplacement minier à l’autre dans la région de la rivière Klondike. Ils ont suffisamment de succès dans leurs aventures minières pour se permettre des voyages de plusieurs mois aux États-Unis et au Québec, entre 1895 et 1898, puis en Europe en 1906.

De retour au Yukon, Émilie Tremblay ouvre en 1913 le premier magasin général dans la ville de Dawson. Toujours en activité aujourd’hui, le Mme Tremblay’s Store est un édifice fédéral de patrimoine reconnu par Parc Canada. On conte aussi qu’ Émilie Tremblay aurait appartenu à nombre d’organismes de sociabilité d’élite, dont les Ladies of the Golden North, les Yukon Women Pioneers et les Daughters of the Empire. Son engagement social ne se limite pas à cette sociabilité d’élite, car Tremblay héberge des missionnaires, des veuves, des orphelins et des voyageurs dans sa grande demeure; elle est marraine de 26 enfants et élève l’une de ses nièces. Pendant la Première Guerre mondiale, on dit que Tremblay aurait tricoté 263 paires de chaussettes pour les soldats.

Le 16 juillet 1935, son mari Pierre-Nolasque Tremblay décède. En 1940, à l’âge de 68 ans, Émilie épouse Louis Lagrois à Dawson. Elle cède son commerce et passe les dernières années de sa vie à Victoria ( Colombie-Britannique), où elle décède, le 22 avril 1949.

École Émilie-Tremblay>

La première et seule école francophone au Yukon porte son nom. Suivant l’adoption de l’article 23 de la Charte canadienne des droits et libertés (1982), qui garantit le droit à une éducation en français partout dans les provinces où l’on peut trouver un nombre suffisant d’enfants pour justifier un enseignement dans cette langue, le Yukon ouvre deux classes de langue française dans le sous-sol de l’école primaire de Whitehorse en 1984. Ce programme d’enseignement prend le nom d’École Émilie-Tremblay l’année suivante. L’ajout de niveaux scolaires et la hausse des inscriptions justifient la construction d’un édifice autonome pour cette école en 1992. Elle est gérée par la Commission scolaire francophone à partir de sa fondation en 1996. Aujourd’hui, l’École Émilie-Tremblay offre une instruction de la maternelle à la 12eannée. En 2017-2018, l’école comprend 283 élèves.

Distinction

  • Médaille de couronnement du roi George VI (1937)

Lecture supplémentaire

  • Marcel Bobillier, Une pionnière du Yukon : Madame Émilie Tremblay (1948).

    Cécile Girard et Renée Laroche, Un jardin sur le toit (1991).

    Fédération des communautés francophones et acadiennes du Canada, Profil de la communauté francophone du Yukon (2009).

    Yves Frenette, « Les francophones du Pourtour Nord-Ouest, 1786-2000 », dans Yves Frenette, Marc St-Hilaire et Étienne Rivard, dir., La francophonie nord-américaine (2012).

    Serge Dupuis, L’école de langue française dans les provinces et territoires à majorité anglophone au Canada (2017). 

Liens externes