Société rurale au Canada anglais

Au Canada, la société rurale est façonnée par la diversité géographique et culturelle et par la mobilité de sa population. La colonisation du Canada résulte d'une série de migrations vers l'Ouest qui créent des communautés rurales dispersées.

Société rurale au Canada anglais

Au Canada, la société rurale est façonnée par la diversité géographique et culturelle et par la mobilité de sa population. La colonisation du Canada résulte d'une série de migrations vers l'Ouest qui créent des communautés rurales dispersées. Celles-ci se différencient entre elles par leur dépendance envers les productions primaires (agriculture, FORESTERIE, pêche et EXPLOITATION MINIÈRE), par leur brassage ethnique et par l'époque de leur installation. Les communautés d'Acadiens (voir ACADIE) occupent la région atlantique 150 ans avant le peuplement de l'Alberta, les divisions des propriétés terriennes du Bas-Canada (voir RÉGIME SEIGNEURIAL) diffèrent des « quarts de section » des Prairies.

Les guerres, les crises économiques, les progrès technologiques et l'URBANISATION sont autant de facteurs qui influent sur les communautés une fois établies. C'est dire que la société rurale contemporaine affiche une forte diversité locale et régionale. Cependant, si on la compare à la société urbaine, elle conserve une nette conscience de sa solidarité et de sa spécificité.

Mobilité

Quatre vagues successives de mobilité de sa population marquent la société rurale du Canada : colonisation rurale, migrations de ses travailleurs, dépeuplement et migrations à rebours. 1. La mobilité initiale se fait habituellement vers l'Ouest et vers la zone pionnière. 2. Les migrations des travailleurs prennent aussi la direction de l'Ouest, comme les déplacements de travailleurs composant les équipes qui moissonnent le blé dans les fermes céréalières au début du XXe siècle (voir TRAINS DE LA MOISSON). 3. La troisième phase, celle de l'émigration rurale, qui est aussi la plus longue, débute au commencement du XXe siècle et dure jusque dans les années 70. Les gens, les jeunes surtout, quittent les fermes, les villages et les villes en quête d'emplois, d'écoles et de meilleures possibilités dans les centres urbains en pleine expansion. 4. La quatrième phase marque un retour des gens de la ville vers les campagnes dans les années 70, ce qui amène de vastes migrations journalières entre les zones rurales et les grands centres. Aujourd'hui, il y a également une forte mobilité des populations à l'intérieur des campagnes.

Rôle de la technologie et de l'urbanisation

Le changement technologique bouleverse la composition de la société rurale. La mécanisation des industries primaires entraîne la rationalisation constante des modes de production, ce qui occasionne une baisse de la demande de travail manuel et une augmentation de la demande d'opérateurs possédant les compétences techniques nécessaires. La gestion d'une ferme prend davantage l'allure d'une entreprise, et l'on considère dorénavant les fermiers comme des « producteurs », un terme qui reflète leur orientation vers des productions spécialisées.

Le changement technologique s'accompagne de l'augmentation de la taille des fermes, poussant ainsi beaucoup de gens à quitter la terre. La concentration des fermes et la perte de populations agricoles provoquent des problèmes de viabilité pour les centres de services locaux. Les petites villes et les villages subissent à leur tour les contrecoups des changements technologiques, car ce sont les villes qui se mettent à produire et à distribuer les équipements et les matériaux, tandis que la transformation des produits alimentaires se fait maintenant dans les grands centres urbains.

Urbanisation

L'urbanisation exerce une influence profonde sur les valeurs de la société rurale. Les valeurs du monde rural, comme la croyance bien ancrée dans les vertus du travail de la terre pour subvenir aux besoins de l'agriculteur et de sa famille, se cristallisent sous la forme d'une idéologie agrarienne qui met en valeur la vie rurale tout en combinant l'éthique d'un dur labeur et d'une frugalité, garante d'un surplus de nourriture.

La technologie apporte à la société rurale beaucoup d'avantages tels que les automobiles, l'électrification, des maisons modernes et l'INTERNET. Elle y introduit aussi de nouvelles valeurs qui entrent souvent en conflit avec celles qui prévalent dans les petites villes. On continue de trouver dans ces dernières deux communautés, l'une aisée, l'autre pauvre.

L'urbanisation se fait particulièrement sentir dans la frange urbaine. Le reflux de citadins vers les zones rurales environnantes y entraîne de nombreux changements, notamment des conflits avec les populations locales à propos des droits de cultiver la terre, d'une part, et de l'expansion de la communauté, d'autre part. Paradoxalement et contre toute attente, les conflits de valeurs sont souvent inversés : les anciens citadins sont partisans de principes conservateurs alors que les gens de la place favorisent souvent le progrès et la croissance.

Institutions rurales

Les trois piliers de la vie rurale traditionnelle, l'Église, l'école et la famille, sont ébranlés non seulement par la technologie et l'urbanisation, mais aussi par une rationalisation interne. L'Église, qui était partout présente dans les communautés rurales du début du XXe siècle, perd de son influence et a moins d'adeptes, mais continue néanmoins à jouer un rôle important dans la vie familiale et à recruter la plupart de ses prêtres dans ces communautés rurales.

L'Église a tendance à s'accrocher davantage à sa doctrine fondamentale et à ses fonctions sociales en milieu rural que dans les villes (voir MOUVEMENTS ÉVANGÉLIQUE ET FONDAMENTALISTE). Ces dernières années voient en effet apparaître dans les zones rurales beaucoup de nouvelles variantes du CHRISTIANISME.

Au milieu du XXe siècle, l'éducation subit en milieu rural des changements rapides en ce qui concerne le nombre des élèves, les programmes et le déplacement des installations scolaires, en particulier des écoles de village vers les complexes scolaires des centres. Ces changements bouleversent la société rurale en uniformisant les possibilités d'enseignement qui, regroupées dans les centres, préparent les jeunes à l'émigration en les détachant de leurs racines locales.

L'institution la plus durable de la société rurale est la ferme familiale, une unité d'organisation socio-économique qui survit depuis l'époque des pionniers (voir VIE DES COLONS) jusqu'à l'ère moderne de l'agriculture industrielle. Malgré la baisse considérable du nombre de ces fermes familiales, la caractéristique essentielle de cette entité reste intacte, à savoir sa mainmise sur la terre, le travail et le capital. Les familles qui veulent financer de grandes fermes modernes peuvent se constituer en société et partager les avantages d'une responsabilité limitée et d'un meilleur accès au capital (voir LÉGISLATION SUR L'AGRICULTURE).

Dans les années 80, les fermes familiales subissent les affres de la réduction des marges bénéficiaires, d'un lourd endettement et de la baisse des prix de leurs produits. Les familles rurales survivent à la tendance au déclin des familles élargies et s'adaptent aux nouveaux types de ménage. Elles sont plus petites qu'autrefois, mais conservent encore une prépondérance d'hommes. L'éthique de l'entraide, de la coopération, les longues journées d'un travail harassant et la participation à la vie communautaire demeurent caractéristiques de la vie des familles rurales (voir MOUVEMENT COOPÉRATIF).

Problèmes contemporains

Trois tendances émergent qui illustrent les changements affectant les relations sociales dans la société rurale. En premier lieu, les femmes prennent une part plus active sur le marché du travail et se font accepter comme parties prenantes au processus de prise de décisions dans beaucoup d'économies rurales.

Les rôles et les responsabilités évoluent au sein des ménages ruraux. Les demandes visant à obtenir des SERVICES DE GARDE, des transports ruraux, une augmentation du nombre et de la qualité des services à la population et des possibilités d'emploi pour les femmes reflètent une nouvelle éthique du travail et l'acceptation du pluralisme en matière d'emploi.

Les femmes des campagnes font face au stress de la vie familiale, sont capables de changer rapidement de travail et prêtes à acquérir de nouvelles qualifications. Elles créent aussi de nouvelles organisations pour faire connaître leurs opinions et leurs besoins.

La deuxième caractéristique contemporaine de la société rurale est son VIEILLISSEMENT. Sur le plan démographique, le Canada rural est déjà une société d'âge mûr, mais il trouve une force nouvelle dans le nombre croissant de personnes âgées. Beaucoup parmi celles-ci sont actives et font du bénévolat. Elles sont souvent à même de financer leurs propres besoins et apportent de la vitalité à leurs communautés rurales. Elles ont aussi, inévitablement, des besoins spéciaux (soins médicaux, par exemple), dont la satisfaction forme la pierre angulaire de la politique sociale en milieu rural dans la dernière partie du XXe siècle.

Une troisième nouveauté est l'émergence de la nouvelle économie rurale au Canada. Il s'agit ici de nouveaux types d'emplois de service liés à la consommation directe de la campagne (tourisme rural, marketing direct, produits à créneaux et services aux personnes âgées). La restructuration du secteur de la fabrication industrielle, la réduction des emplois dans le secteur primaire et la croissance des services d'information créent un nouveau marché du travail dans différentes régions du pays.


Lecture supplémentaire

  • G. Schramm, ed, Regional Poverty and Change (1976); G.D. Hodge and M.A. Qadeer, Towns and Villages in Canada (1983); R. Bollman, ed, Rural and Small Town Canada (1992).