Ethnies et relations entre races

Sous un certain angle, la société canadienne peut être représentée comme un réseau complexe de relations entre des groupes ethniques qui occupent inégalement des positions sociales, politiques et économiques.

Ethnies et relations entre races

Sous un certain angle, la société canadienne peut être représentée comme un réseau complexe de relations entre des groupes ethniques qui occupent inégalement des positions sociales, politiques et économiques. Dans cette complexité, on identifie trois grands axes de différenciation ethnique : les relations entre autochtones et non-autochtones, entre anglophones et francophones et entre peuples colonisateurs (ou « fondateurs ») et autres immigrants ainsi que leurs descendants. Ces distinctions s'appliquent non seulement au vécu personnel, mais aussi aux questions d'ordre public : droits et revendications territoriales des autochtones, droits linguistiques, POLITIQUE D'IMMIGRATION,PRÉJUGÉS ET DISCRIMINATION, MULTICULTURALISME.

Bien que ces questions sont étroitement liées elles relèvent de domaines différents, en grande partie parce qu'elles intéressent des groupes différents. Ainsi, la controverse linguistique entre anglophones et francophones est différente de celle qui oppose d'autres groupes ethnolinguistiques (Ukrainiens, Italiens et Grecs par exemple) aux communautés francophone ou anglophone, du fait que les langues officielles du Canada sont l'anglais et le français.

Pour comprendre les relations entre les groupes ethniques, il faut tenir compte de l'accès aux ressources de la société et à l'influence exercée sur ces ressources, ainsi que des règles et des pratiques qui favorisent ou qui désavantagent certains groupes. L'inégalité entre les groupes résulte parfois de plusieurs facteurs. Concernant les circonstances de leur arrivée au Canada, il peut s'agir d'une immigration individuelle ou familiale, ou encore de ressortissants d'une colonie établie par un état européen. Les autres facteurs sont leur importance, leur visibilité, leur organisation interne sociale, politique et économique, le soutien direct ou indirect reçu d'autres groupes ou pays et, enfin, le pouvoir et le statut du pays d'origine sur le plan international.

Les groupes qui ont acquis une influence décisionnelle sur certaines ressources comme le travail, les capitaux ou l'autorité institutionnelle, veulent protéger et améliorer leurs acquis. Ils tenteront probablement de refuser l'accès au pouvoir aux autres groupes et des barrières institutionnelles et bureaucratiques seront mises en place pour prévenir ou désamorcer les tentatives de ces groupes d'apporter des changements. Les groupes relativement désavantagés peuvent en effet faire pression pour changer la situation économique ou politique, mais leur succès dépend des facteurs mêmes qui ont causé l'inégalité. Pour ces raisons l'amélioration de la situation des minorités désavantagées est souvent très lente. (voir ÉLITES).

Les autochtones et la société canadienne

La relation entre les autochtones et le reste de la société canadienne est d'abord caractérisée par la « marginalité » et la dépendance. La colonisation et le développement historique des sociétés française et anglaise entraînent le déplacement des populations autochtones. Les terres constituent le principal intérêt des lois sur les indiens et des traités qui se sont succédés. Tous les pouvoirs sur les terres indiennes sont d'abord concédés à la Commission des terres indiennes, en 1850, ensuite, par l'ACTE DE L'AMÉRIQUE DU NORD BRITANNIQUE, au gouvernement fédéral. En vertu des TRAITÉS INDIENS, de 1850 à 1921, de vastes étendues de terre du centre et de l'Ouest du Canada sont cédées en échange de certaines terres de réserve, d'argent et de promesses d'assistance sociale.

Un des objectifs de l'ACTE SUR LES INDIENS de 1876 et de ses modifications subséquentes est le contrôle et l'administration de la population autochtone. À cette fin, l'Acte donne le statut d'indien à ceux inscrits en 1874, à leur proche descendance dans l'axe paternel, à leurs femmes et à leurs enfants. L'Acte met aussi en place une bureaucratie pour l'administration des affaires autochtones qui est presque entièrement dotée de personnel non autochtone. Depuis peu, cette situation commence à changer. Des autochtones sont recrutés au sein de la bureaucratie gouvernementale, l'administration des affaires autochtones a été décentralisée, et des changements vers une autonomie gouvernementale sont entrepris, malgré une résistance importante, même de la part des gouvernements provinciaux.

La population de descendance autochtone se compose aussi d'Indiens non inscrits, de Métis et d'Inuits. Ils ne jouissent pas de la relation privilégiée que les Indiens inscrits entretiennent avec le gouvernement fédéral. Toutefois, tous sont touchés par l'idéologie de la société dominante quant à l'infériorité et à la supériorité et ont tendance à être relégués aux niveaux inférieurs du système de hiérarchie. La création d'associations autochtones, notamment les associations nationales panindiennes dont l'objectif premier est la défense des intérêts autochtones sur les terres, est de nature à restaurer l'égalité objective et subjective pour les peuples autochtones.

Cependant, pour mener à bien leurs tentatives, les autochtones devront surmonter l'héritage de la marginalité et de la dépendance en matière d'organisation politique, économique et sociale. Ils devront également franchir les nombreux fossés qui divisent la population autochtone elle-même. Cette division vient des origines culturelles et linguistiques différentes, de la répartition des Indiens inscrits en quelque 592 bandes et de la division entre Indiens inscrits et non inscrits.

Relations francophones-anglophones

Après la Conquête, les Britanniques ont progressivement bâti une société parallèle à celle déjà établie par les Français. Les institutions des deux sous-sociétés sont vitales pour leurs membres respectifs, car elles offrent des possibilités économiques et politiques et parce qu'elles incarnent leur langue, leurs valeurs culturelles et leurs traditions. Par conséquent, les deux groupes ont lutté à armes inégales pour le pouvoir sur les institutions politiques, économiques et culturelles.

La concurrence entre les sociétés francophone et anglophone s'est toujours manifestée dans les luttes pour le pouvoir au sein des institutions politiques : l'Acte de Québec de 1774, l'Acte constitutionnel de 1791, l'Acte d'union de 1841, l'Acte de l'Amérique du Nord britannique et ses modifications, le rapatriement de la Constitution de 1982, l'ACCORD DU LAC MEECH (voir ACCORD DU LAC MEECH : DOCUMENT) de 1987 ont tous eu à traiter du PARTAGE DES POUVOIRS et de la reconnaissance symbolique de la langue et de la culture des deux groupes. Les problèmes de la répartition du travail, du contrôle des leviers économiques, de la culture, ainsi que de la taille de leur population respective se sont reflétés dans les conflits en matière de politique d'immigration, de relations internationales, d'industrie et de commerce, d'éducation, d'allocations familiales, de langue d'enseignement, de langue de travail et de communication de masse.

Les enjeux évoluent évidemment en fonction de l'époque et des circonstances, mais les questions fondamentales de pouvoir politique, de démographie, de l'accès aux capitaux pour l'expansion ainsi que celle du caractère culturel de la société et de ses institutions existeront tant et aussi longtemps que les deux groupes cohabiteront. La lutte est cependant inégale, surtout en raison des écarts démographiques et de richesse, mais aussi en raison de la Conquête et de sa portée, de l'influence britannique sur le façonnement de la société et des institutions canadiennes et, enfin, du caractère anglophone de la société nord-américaine.

Les immigrants et la société canadienne

Le déclin de la représentation britannique a entraîné un déclin parallèle de son pouvoir économique et politique et un changement dans le statut du Canada comme « société blanche ». Les autres immigrants européens ne sont pas sur le même pied que les groupes fondateurs. John PORTER, dans The Vertical Mosaic, affirme que la caractéristique fondamentale de cette société était « d'exclure les groupes minoritaires des principaux lieux décisionnels du secteur des affaires » (voir ÉLITE DU MONDE DES AFFAIRES).

En politique, depuis 1867, la composition du Cabinet du gouvernement fédéral reflète bien la bataille pour l'équilibre entre les intérêts des francophones et ceux des anglophones. La décision de certains groupes, comme les Finlandais, les Ukrainiens, et d'autres immigrants d'Europe centrale et de l'Est de se lancer dans des activités politiques radicales traduit leur décision de défier ce qui est appelé « la notion de la société canadienne d'une part et celle de l'existence de groupes ethniques minoritaires comme réalité extérieure à la société d'autre part ».

Les conflits entre groupes immigrants et les peuples fondateurs résultent d'un accès inégal à l'emploi et à l'éducation, ainsi que d'une sécurité et d'un statut social inégaux. Plusieurs groupes sont victimes d'exploitation systématique, de discrimination et d'exclusion sociale, mais leur situation s'est grandement améliorée à la suite de leurs propres efforts collectifs et individuels, et grâce à la législation et à la prospérité économique.

Pour la première génération d'immigrants, les structures des réseaux locaux et des organisations sert surtout à des fins d'adaptation, c'est-à-dire pour faire progresser des intérêts communs et fournir un soutien social. Ces structures tendent à s'affaiblir au fil des générations si le groupe réussit dans une certaine mesure à progresser économiquement et à s'intégrer.

Sur le plan individuel, cela se manifeste par la perte de la culture et de la langue et par une diminution de la participation dans les associations et réseaux opérant au sein du groupe. Cependant, cela ne signifie pas une perte complète d'identité et de culture, car les valeurs que la deuxième génération et les générations suivantes maintiennent au cours de leur vie au Canada sont une sélection et une transformation de celles transmises par le pays d'origine.

Minorités visibles

Le caractère visible de certains groupes ajoute une dimension à la question de leur intégration complète à la société canadienne. Des études historiques des politiques d'immigration ont bien exposé la question du racisme au Canada. En fait, les Canadiens adoptent l'attitude de l'autruche devant ce problème, alors que des études révèlent que les préjugés et la discrimination (voir PRÉJUGÉS ET DISCRIMINATION) sont une réalité au Canada (voir ANTISÉMITISME; NOIRS; CANADIENS D'ORIGINE JAPONAISE; CHINOIS; JUIFS). Dans la mesure où il existe des attitudes et des comportements négatifs, il est encore plus difficile pour une minorité visible que pour les autres minorités d'éviter d'en être l'objet.

Les relations entre les groupes ethniques et les cultures francophone et anglophone

soulèvent la question de savoir comment certaines manifestations d'appartenance ethnique, collective et individuelle, le cas échéant, doivent être reconnues et incorporées dans la société canadienne et comment les institutions sociales doivent être modifiées pour reconnaître les diverses traditions culturelles et leur faire une place.

Les programmes et les politiques des différents paliers de gouvernement en matière de multiculturalisme sont un pas dans cette direction. Toutefois, leur but n'a pas été de réorganiser les institutions pour refléter la composition de la population. Ce qu'une telle réorganisation pourrait entraîner doit encore être défini dans ses grandes lignes et même la question qu'elle soit entreprise ou non reste hautement contestée.


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