Fossiles de Miguasha

 En plus des nombreux poissons, quelques INVERTÉBRÉS tels de petits CRUSTACÉS, des vers et des euryptérides, sorte de cousins géants des SCORPIONS terrestres, vivaient au fond de l'estuaire.


Fossiles de Miguasha

 Il y a environ 380 millions d'années, au Dévonien supérieur, l'Amérique du Nord était liée à l'Europe, formant ainsi un vaste continent nommé Euramérique, alors centré sur l'équateur. À l'endroit où se trouve aujourd'hui Miguasha, petite localité du sud de la GASPÉSIE dans l'Est-du-Québec, un large estuaire tropical coulait des jours tranquilles. Cet estuaire représentait la zone de mélange entre les eaux douces d'un fleuve prenant origine dans les jeunes Appalaches et une masse d'eau salée. Dans ces eaux saumâtres, vivaient une vingtaine d'espèces de poissons à l'apparence parfois étrange, tels les agnathes, ou poissons sans mâchoire, les placodermes à l'armure lourde et les acanthodiens garnis d'aiguillons. Tous vivaient la fin de leur dominance dans les eaux mondiales alors qu'un autre groupe très peu présent à l'époque, les actinoptérygiens, amorçait sa diversification. Également présent à Miguasha, ce groupe représente aujourd'hui 90 p. cent des poissons actuels et compte des espèces telles la truite, la morue et l'anguille, par exemples. Un cinquième groupe peuplait aussi les eaux de l'estuaire, les sarcoptérygiens. Ce dernier inclut des formes actuelles comme les cœlacanthes et les dipneustes, mais aussi certaines espèces éteintes. Ces poissons sont munis de nageoires charnues et, fait surprenant, de poumons dans certains cas.

 En plus des nombreux poissons, quelques INVERTÉBRÉS tels de petits CRUSTACÉS, des vers et des euryptérides, sorte de cousins géants des SCORPIONS terrestres, vivaient au fond de l'estuaire. Sur la terre ferme, des scorpions, pouvant atteindre jusqu'à un mètre de longueur, et des mille-pattes vivaient sous un couvert végétal dominé par des progymnospermes, arbres au feuillage ressemblant aux fougères et considérés comme les ancêtres des conifères et des feuillus. Différence marquante d'avec aujourd'hui : aucun VERTÉBRÉ terrestre, ou tétrapode, n'était encore présent à l'époque.

 Cet écosystème dévonien a éventuellement été remplacé par d'autres environnements moins propices à la fossilisation. Mais, il a perduré sous la forme de grès et de shales riches en FOSSILES. Au cours de la longue histoire géologique nous séparant du Dévonien, ces roches se sont retrouvées exposées dans une falaise à Miguasha.

 L'érosion naturelle de cette falaise a favorisé la découverte des premiers fossiles en 1842. Cette découverte revient au Dr Abraham GESNER, mandaté par le Service géologique du Nouveau-Brunswick pour découvrir du charbon dans la partie nord-ouest de sa province. Gesner investigue alors aussi du côté québécois de la BAIE-DES-CHALEURS et débarque à Miguasha. Il y découvre des fossiles de plantes et de poissons. Cette découverte tombe cependant dans l'oubli et il faut attendre la redécouverte du site en 1879 par une équipe de la Commission géologique du Canada pour qu'un véritable intérêt international se développe. C'est ainsi qu'au fil des décennies, des milliers de spécimens sont extraits de la falaise par des équipes d'abord américaines et européennes, puis québécoises à partir de 1937. Sous l'impulsion de cet intérêt international, une portion de la falaise fossilifère est achetée par le gouvernement du Québec en 1972. Depuis la construction d'un premier musée en 1978, l'accent à Miguasha est mis sur la recherche, la conservation, et l'éducation du public. Le site fait partie du réseau des parcs nationaux du Québec depuis 1985.

  Le parc national de Miguasha est nommé SITE DU PATRIMOINE MONDIAL de l'UNESCO en 1999. Cet honneur lui est attribué grâce à la grande quantité de fossiles qui y ont été retrouvés, soit 18 000 spécimens depuis la fin du XIXe siècle, la qualité de conservation exceptionnelle des spécimens et la représentativité de la période géologique du Dévonien. La falaise de Miguasha contribue à documenter une étape cruciale dans l'histoire des vertébrés sur Terre, soit la transition de l'eau à la terre. En effet, au cours du Dévonien, certains poissons ont acquis des caractères, tels des nageoires robustes et des poumons, leur permettant de s'adapter pour survivre à l'extérieur de l'eau. Deux célèbres sarcoptérygiens de Miguasha, Eusthenopteron foordi et Elpistostege watsoni, auraient joué un rôle dans cette transition. Par la suite, des espèces comme celles-ci ont donné naissance aux premiers tétrapodes, desquels sont issus les amphibiens et les reptiles, puis plus tard, les oiseaux et les mammifères. C'est donc un moment clé de notre propre histoire qui est figé depuis 380 millions d'années dans les roches de Miguasha.

Voir aussiPALÉONTOLOGIE.