Frères des écoles chrétiennes

L’Institut des Frères des Écoles chrétiennes est un ordre religieux fondé par Jean-Baptiste de La Salle en France en 1680. Au Canada, ses membres sont généralement appelés les frères ou Frères chrétiens de La Salle. Il ne faut pas les confondre avec la Congrégation des Frères chrétiens qui a été fondée par Edmund Rice en Irlande en 1802 et dont les membres au Canada étaient aussi appelés les Frères chrétiens ou les Frères chrétiens irlandais. Les Frères des Écoles chrétiennes ont joué un rôle majeur dans l’enseignement catholique au Canada, particulièrement au Québec. Ils sont arrivés à Montréal en 1837. Durant les 125 années suivantes, ils ont connu une importante expansion numérique et géographique, et ont acquis une solide réputation. La congrégation a subi un exode et un déclin marqués à l’occasion des bouleversements sociaux entraînés par Révolution tranquille et le concile Vatican II.

Jean-Baptiste de La Salle

Fondateur et origines

Les Frères des Écoles chrétiennes sont fondés en France par Jean-Baptiste de La Salle en 1680. Né à Reims en 1651, Jean-Baptiste de La Salle provient d’une famille privilégiée, ce qui lui permet de recevoir une éducation classique. En 1670, jeune aspirant à la prêtrise, il s’inscrit au célèbre Séminaire de Saint-Sulpice, à Paris, tout en suivant simultanément des cours de théologie académique à la Sorbonne. Il complète ensuite, à l’Université de Reims, un baccalauréat en théologie en 1675, une licence en théologie en 1678 et un doctorat en théologie en 1680.

Après son ordination en 1678, Jean-Baptiste de La Salle tente de combattre la misère et l’insécurité qui affligent la société française en ouvrant des écoles gratuites pour les pauvres. Il est aujourd’hui considéré comme un pionnier de la pédagogie, en raison de sa contribution à la modernisation des méthodes d’enseignement : il remplace le tutorat privé par la « méthode simultanée », où l’on enseigne en même temps à des élèves d’âges et de compétences variés, privilégie la langue vernaculaire plutôt que le latin traditionnel comme langue d’enseignement, et fonde des écoles techniques pour former les garçons à différents métiers. En 1680, il met sur pied une communauté de laïcs consacrés qu’il baptise l’Institut des Frères des écoles chrétiennes. À Reims, en 1687, il ouvre le premier centre de formation pour enseignants en Europe. Il meurt le 7 avril 1719, à l’âge de 68 ans. Pour ses contributions à l’éducation, il est béatifié en 1888, canonisé en 1900 et nommé saint patron des éducateurs en 1950.

Mission et identité

Contrairement à leur fondateur, les Frères des Écoles chrétiennes ne sont pas des prêtres. Jean-Baptiste de La Salle soutient que la fonction de sa congrégation est différente, bien que complémentaire : elle travaillera au salut des âmes grâce à l’éducation chrétienne. En contribuant à instiller la doctrine catholique dans le cœur et l’esprit des jeunes, les Frères seront de précieux auxiliaires du clergé.

Tous les membres des communautés religieuses chrétiennes appartenant à l’Église catholique, masculines ou féminines, font vœu de pauvreté, de chasteté et d’obéissance. Les Frères des Écoles chrétiennes y ajoutent le vœu de stabilité, promettant de rester loyaux à leur engagement envers la congrégation, et le vœu d’enseigner gratuitement aux pauvres. Pour se distinguer des prêtres et des laïcs, les Frères adoptent de nouveaux noms à la fin de leur noviciat et portent de longues robes noires accentuées par un rabat blanc, une pièce de tissu posée sur le haut de la poitrine, sous le collet romain. Ils vivent également en commun dans des résidences appelées communautés, le plus souvent situées à côté ou tout près des écoles où ils enseignent. Le nombre de membres des communautés varie selon la taille des écoles. Les communautés sont supervisées par des directeurs, faisant eux-mêmes partie de la hiérarchie de l’ordre, qui comprend les visiteurs, les assistants et le supérieur général.

Expansion

Au cours du 18e siècle, le nombre des membres, des communautés et des écoles de l’Institut s’accroît rapidement, d’abord en France, puis ailleurs en Europe. En 1717, l’un des plus importants marchands de fourrure de Montréal, François Charon, demande aux Frères de venir en Nouvelle-France. Il pense qu’ils pourront aider les Frères Hospitaliers de la Croix et de Saint-Joseph, ou Frères Charon, un organisme de charité qu’il a fondé en 1699, en ouvrant des écoles. Toutefois, cette proposition ne se réalise jamais, peut-être à cause de la grande distance entre la France et sa colonie, et de ce qu’il en coûterait pour y envoyer et y maintenir des Frères. En 1737, les Frères Charon demandent à nouveau que des Frères viennent à Montréal. Deux frères sont envoyés pour étudier la faisabilité d’une telle entreprise, mais bien que les négociations semblent prometteuses, cette proposition échoue à son tour.

Il faudra attendre encore un siècle pour que les Frères établissent enfin une présence permanente au Bas-Canada. En 1837, à la demande de l’évêque Jean-Jacques Lartigue et de Joseph-Vincent Quiblier, supérieur des Sulpiciens de Montréal, quatre Frères sont envoyés dans la ville, tandis que se déroule la rébellion du Bas-Canada. Ces hommes fondent rapidement la communauté Saint-Laurent et établissent leur première école, l’école Saint-Laurent. D’autres Frères sont envoyés de France dans les années 1830 et 1840, mais l’ordre tente aussi de développer une cohorte de membres nés au Canada en créant un noviciat en 1838. Cette disposition facilite la création d’écoles et de communautés (plus ou moins durables) au Canada français pendant des décennies. Dès le début, le Québec constitue le cœur de l’Institut des Frères des Écoles chrétiennes en Amérique du Nord ; c’est là qu’il possède le plus de membres et d’écoles, et que son affiliation avec la hiérarchie de l’Église est la plus étroite, ce qui lui permet d’exercer une influence significative sur la province jusqu’à la Révolution tranquille, dans les années 1960.

Coll\u00e8ge De La Salle, Toronto, Ontario

Hors du Canada-Est (plus tard, le Québec), des communautés et des écoles, à l’existence éphémère, sont créées au 19e siècle à Saint-Boniface, au Manitoba, et dans les Maritimes. Au Canada-Ouest, plus tard l’Ontario, une implantation plus durable apparaît, particulièrement dans des centres urbains comme Toronto et Ottawa. Vers le tournant du 20e siècle, la division entre les Frères francophones et anglophones du Canada est évidente, particulièrement en ce qui a trait à la question des qualifications pédagogiques. Malgré tout, de nouvelles recrues continuent à se joindre à la congrégation, et de nouvelles écoles sont régulièrement ouvertes. Au moment du centenaire de la congrégation au Canada, en 1937, il y a 920 Frères au Canada, enseignant à près de 35 000 élèves, dans 79 écoles. Un autre groupe de 220 Frères occupent des postes d’administration ou de formation, et 485 garçons et jeunes hommes se trouvent dans un des trois niveaux de formation (juvénat, noviciat et scolasticat). Au début des années 1960, il y a quelque 1 300 Frères au Québec et en Ontario.

Écoles et enseignement

Entre leur arrivée et les années 1960, le programme d’études des Frères se transforme, passant d’une formation rudimentaire centrée sur le catéchisme catholique à des programmes complets de formation industrielle et commerciale, de sciences humaines et de sciences, ainsi que de préparation à l’université et à la vie religieuse. Outre les écoles primaires, les Frères créent des écoles secondaires, des écoles de réforme, des écoles industrielles et des universités. Ils administrent également des écoles de formation et des camps d’été, et ils supervisent des écoles missionnaires. Ils fondent ou dirigent plusieurs institutions prestigieuses, dont l’Académie commerciale (1862) et l’École supérieure de commerce (1924) à Québec, qui deviendra plus tard la faculté de Commerce de l’Université Laval, le Collège Mont-Saint-Louis (1888) à Montréal, la St. John’s Industrial School (1895) et le De La Salle College « Oaklands » (1931) à Toronto, et le St. Joseph’s College à l’Université de l’Alberta à Edmonton (1927).

Fr\u00e8re Marie-Victorin

Les membres agissent parfois comme inspecteurs d’écoles et occupent des postes de direction dans divers organismes éducatifs et catholiques. À la fin de l’année scolaire, les Frères utilisent souvent les mois d’été pour suivre des cours supplémentaires, compléter des diplômes universitaires, améliorer leurs qualifications d’enseignement, apprendre des langues ou donner des cours d’été. Un de leurs membres les plus célèbres est le Frère Marie-Victorin, botaniste, enseignant, propagandiste du nationalisme canadien-français et fondateur du Jardin botanique de Montréal. Les membres rédigent aussi des manuels sur une infinité de sujets, et l’ordre obtient une solide réputation pour ses méthodes d’enseignement. Cependant, les Frères sont aussi reconnus pour leur discipline sévère, se laissant parfois aller à des actes de violence. Depuis le début des années 1990, des membres de l’Ontario et du Québec ont été l’objet d’enquêtes, particulièrement pour les abus physiques et sexuels commis sur des garçons dans leurs écoles de réforme d’Ontario.

Frères servants

Bien que la congrégation ait été fondée en vue d’une mission éducative, elle réserve une place à des membres qui ne sont pas des enseignants. Cette minorité de Frères non-enseignants est officiellement appelée des Frères servants et ils effectuent surtout des tâches domestiques. Au Canada, ils s’occupent principalement de la cuisine, du jardinage, de l’entretien ou de la surveillance des dortoirs. S’ils ne possèdent habituellement pas la formation nécessaire pour enseigner, ils vivent quand même avec les Frères enseignants et remplissent tous les devoirs de la vie religieuse, incluant les prières, les retraites et les exercices communs.

Changements et déclin

À la suite du concile Vatican II (1962-1965), les membres d’ordres religieux comme les Frères des Écoles chrétiennes sont appelés à revoir les buts, les structures et les coutumes de leurs congrégations. Les membres sont désormais plus libres de choisir leur habillement, leur nom et leur mode de vie, ce qui s’accompagne d’un fort esprit de remise en question de la hiérarchie. L’ordre subit un exode rapide de ses membres, et une pénurie de nouvelles vocations. Ces développements, qui se produisent en même temps que la sécularisation du système d’éducation du Québec, entraînent un déclin très marqué de la place de l’ordre dans les écoles du Canada. Il ne s’en relèvera jamais.

Le nombre des membres continuant à décroître, et les activités d’enseignement désormais limitées à l’Amérique du Nord, la hiérarchie romaine ordonne une restructuration de l’organisation. En 2009, les Frères anglophones de l’Ontario sont fusionnés avec leurs collègues de l’Est des États-Unis, pour former le District de l’Est de l’Amérique du Nord. Le District du Canada francophone comprend tous les Frères du Québec ainsi que ceux de la ville d’Ottawa. Ce district francophone est encore celui qui comprend le plus grand nombre de Frères des Écoles chrétiennes au Canada. Bien que la majorité d’entre eux sont à la retraite, certains continuent à s’engager dans le travail social et pastoral, organisent des séminaires de spiritualité, assurent des tutorats et animent des ateliers sur des sujets comme la citoyenneté, le leadership ou la lutte contre l’intimidation.

Héritage

Les Frères des Écoles chrétiennes du Canada ont grandement contribué à développer un système d’écoles catholiques florissant au Québec et à consolider le système d’écoles séparées de l’Ontario. Ils étaient unis par leur affiliation religieuse, leur sexe, leurs vœux, leur travail et leur lieu de résidence. Leur vie communautaire différait de celle de la plupart des autres Canadiens, catholiques ou non, aux 19e et 20e siècles. Pour les hommes catholiques du Canada, se joindre à cette congrégation représentait une occasion unique, entre le mariage et la paternité, la prêtrise et le célibat.

Voir aussi Histoire de l’éducation au Canada.