Georges Lemay

Georges Lemay, criminel (né le 25 janvier 1925 à Shawinigan, au Québec; décédé en décembre 2006 à Montréal, au Québec).

Georges Lemay, criminel (né le 25 janvier 1925 à Shawinigan, au Québec; décédé en décembre 2006 à Montréal, au Québec). Georges Lemay est la tête pensante de l’un des plus gros braquages de banque de l’histoire du Canada : celui de la Banque de Nouvelle-Écosse à Montréal en 1961. Il est le premier criminel canadien en fuite à être arrêté grâce à la technologie satellite.

Jeunesse

Georges Lemay naît dans une famille respectable et reçoit une bonne éducation. Après avoir terminé sa scolarité, il travaille comme vendeur au sein de l’entreprise immobilière de sa mère. C’est le besoin de financer son mode de vie extravagant qui le pousse au crime. À plusieurs occasions pendant sa jeunesse, Lemay est accusé de vol et de possession de biens volés, mais n’est pas condamné.

Le 19 mai 1951, Georges Lemay épouse Huguette Daoust, âgée de 21 ans; née dans une famille influente de Montréal, elle rêve de devenir actrice. La famille de Huguette Daoust, en particulier son frère Raymond, avocat reconnu, n’approuve pas cette union.

Mystère Huguette Lemay

La relation de Georges Lemay avec sa femme est orageuse, et le couple se querelle souvent. Sept mois après le mariage, Georges emmène Huguette en Floride pour y passer les vacances de Noël. Le 4 janvier 1952, il signale à la police de Key West la disparition de sa femme. Il prétend qu’ils étaient en train de pêcher sur un pont sur de la Overseas Highway, lorsque Huguette serait retournée vers la voiture pour y prendre un gilet. Elle n’est jamais revenue; Georges Lemay dit craindre un enlèvement.

La police met sur pied d’importantes recherches, en vain : on ne trouve pas trace de Huguette, et aucune demande de rançon n’est envoyée par des kidnappeurs. La police, tout comme Raymond Daoust, trouve suspects le récit et le comportement de Georges Lemay, mais ils n’ont aucune preuve pour l’accuser de quoi que ce soit. Georges Lemay retourne au Canada sans se présenter à une audience pour laquelle il avait pourtant reçu des convocations officielles. Les autorités de l’immigration américaine lui interdisent donc de remettre les pieds aux États-Unis.

Douze ans plus tard, des restes humains, identifiés comme étant ceux de Huguette Lemay, sont trouvés dans les eaux des Keys de Floride. Les circonstances de sa mort demeurent mystérieuses.

Braquage de la Banque de Nouvelle-Écosse

Au cours des années qui suivent, Georges Lemay bâtit sa réputation dans le milieu de la pègre montréalaise. Il est associé au célèbre West End Gang et au trafiquant de drogues et d’armes Lucien Rivard. Georges Lemay est un suspect dans de nombreuses affaires, parmi lesquelles le vol d’une succursale montréalaise de la Banque Royale du Canada en 1957, suivi du meurtre d’un voyou actif dans la ville. Faute de preuves, il ne peut être inculpé.

Lors de la longue fin de semaine du jour du Dominion (que l’on appelle aujourd’hui la fête du Canada), en juillet 1961, la bande de Georges Lemay réussit à pénétrer la chambre forte de la Banque de Nouvelle-Écosse, au coin des rues Sainte-Catherine Ouest et Saint-Alexandre, à Montréal; ils dévalisent des coffres-forts remplis d’argent comptant, de bons et de bijoux. Le montant exact de la somme dérobée n’a jamais été confirmé, mais le forfait a été estimé entre 600 000 $ et 4 millions $. Il témoigne d’une planification, d’une synchronisation et d’une exécution dignes de professionnels; un tunnel a même été creusé sous la banque au préalable. La police n’a aucune piste pour retrouver les malfaiteurs jusqu’en janvier 1962, lorsque l’un d’entre eux est arrêté pour un crime différent. Il fournit de l’information sur la bande, désignant Georges Lemay comme leur chef, en échange d’une sentence plus clémente. Les membres de la bande sont donc arrêtés, sauf Georges Lemay, qui disparaît. La GRC ajoute alors son nom à la liste des criminels les plus recherchés au Canada.

Satellite « Early Bird »

Georges Lemay demeure introuvable pendant près de quatre ans. Et même la récompense promise de 10 000 $ en échange d’informations pouvant mener à son arrestation ne produit pas le moindre résultat. Le 2 mars 1965, Lucien Rivard s’échappe de la prison de Bordeaux, à Montréal, où il était détenu en vue d’être extradé aux États-Unis à la suite d’accusations liées à des stupéfiants. Lorsque les enquêtes de police conventionnelles pour localiser Lucien Rivard ne fournissent aucun résultat, les autorités canadiennes tentent leur chance avec un nouveau programme télévisé qui diffuse, par satellite, les images des fugitifs les plus recherchés du Canada, des États-Unis et de la Grande-Bretagne. Utilisant Intelsat I ou « Early Bird » (« oiseau matinal » ou « lève-tôt »), le premier satellite de communication mis en orbite autour de la Terre, la police espère que la photo de Lucien Rivard sera vue par des téléspectateurs de partout à travers l’Amérique du Nord.

Toutefois, au moment de la télédiffusion, la photo de Georges Lemay apparaît sur l’écran à la place de celle de Lucien Rivard. Un homme se trouvant dans une marina de Fort Lauderdale, en Floride, où Georges Lemay entrepose un yacht, reconnaît son visage à la télévision et contacte la police. Le 6 mai 1965, Georges Lemay est arrêté. Lorsqu’on lui dit comment il a été retrouvé, Georges Lemay déclare : « Voyez-vous ça! Il a fallu un satellite pour m’attraper. »

Alors qu’il attend d’être déporté au Canada, Georges Lemay s’évade de sa prison de Miami. Les agents du FBI le retrouvent enfin à Las Vegas, le 19 août 1966. Georges Lemay est renvoyé à Montréal où on le condamne à 14 ans de prison. Il n’y restera que huit ans, en plus du temps déjà passé en détention.

Fin de vie et décès

Georges Lemay est relâché en 1977. En 1983, il se retrouve impliqué dans le meurtre d’un vendeur de drogue montréalais mais est acquitté. Il vit ses dernières années dans l’ombre et meurt de causes naturelles peu avant d’atteindre 82 ans. La majorité du butin du vol de la Banque de Nouvelle-Écosse n’a jamais été retrouvé.


Lecture supplémentaire

  • D’Arcy et Miranda O’Connor, La mafia irlandaise de Montréal (2012).

  • Georges Lemay, Je Suis Coupable (1952).