Elizabeth Wettlaufer Case

Elizabeth Wettlaufer est une ancienne infirmière qui a tué huit personnes âgées et tenté d’en nuire six autres dans le sud-ouest de l’Ontario de 2007 à 2016. Celle que l’on considère comme une des tueuses en série les plus prolifiques de l’histoire canadienne est condamnée à perpétuité en 2017 pour tous les meurtres commis. L’affaire provoque un scandale public généralisé et fait les gros titres à l’international. Il entraîne des procès contre Elizabeth Wettlaufer et les centres d’hébergement pour lesquelles elle a travaillé, ainsi qu’une enquête provinciale approfondie sur les failles du système de soins de longue durée de l’Ontario.

Elizabeth Wettlaufer
Elizabeth Wettlaufer est escortée par la police du palais de justice de Woodstock, en Ontario, le lundi 26 juin 2017. Cette ancienne infirmi\u00e8re ontarienne qui a tué huit personnes \u00e2gées, ses patients, a été condamnée \u00e0 la prison \u00e0 perpétuité sans possibilité de libération conditionnelle pendant 25 ans.

Contexte

Elizabeth Wettlaufer, née Elizabeth Tracey Mae Parker le 10 juin 1967, est la fille de Doug et Hazel Parker. Son frère et elle grandissent à Woodstock, en Ontario. Elizabeth Wettlaufer est connue sous le nom de « Bethe Parker » lorsqu’elle étudie à la Huron Park Secondary School dans le milieu des années 1980, où elle fait partie de la chorale et de l’orchestre. Dans son album du secondaire, elle dit qu’elle espère étudier l’art dramatique à l’université.

Woodstock, Ontario

Elle obtient un baccalauréat en éducation des religions de la London Baptist Bible College, depuis renommé Heritage Baptist College. Elizabeth Wettlaufer fait des études en soins infirmiers pendant trois ans au Conestoga College, à Kitchener, en Ontario, et devient officiellement infirmière en 1995.

En octobre 1997, elle se marie avec Daniel Wettlaufer, un conducteur de poids lourds rencontré à l’église. Le couple vit à Woodstock et n’a jamais d’enfant.

Le couple se sépare en 2007 et divorce officiellement en 2008. Elizabeth Wettlaufer avoue plus tard que la fin de son mariage lui cause beaucoup de stress et que la colère joue un grand rôle dans sa décision de tuer. Elle est frustrée de devoir s’occuper de patients atteints de démence qui sont difficiles à contrôler, abusifs physiquement et souvent découragés.

Après son divorce, Elizabeth Wettlaufer entame plusieurs relations lesbiennes. Elle dit à ses voisins, plus tard, qu’elle a trouvé Dieu et qu’elle n’est plus intéressée par les femmes, selon un rapport après son arrestation.

Elizabeth Wettlaufer est également alcoolique, dépendante aux opioïdes et rentre en centre de désintoxication deux fois (voir Utilisation de médicaments non médicaux). Les employés du Centre de Toxicomanie et de santé mentale (CAMH), à Toronto, lui diagnostiquent un trouble dépressif majeur, un trouble de la personnalité limite et un comportement antisocial chez l’adulte. Elizabeth Wettlaufer avoue avoir volé des médicaments appartenant à des patients décédés stockés dans un coffre de sécurité, mais dit qu’elle était sobre lors des meurtres. Même si l’ébriété n’est pas considérée comme une défense contre des charges criminelles selon la loi canadienne, elle peut être un facteur déterminant pour déclarer si un meurtre est planifié ou non. Dans le cas d’Elizabeth Wettlaufer, le fait de dire qu’elle était sous l’influence de drogues a pu aboutir à une condamnation pour des degrés moindres de meurtre (voir aussi Défense d’intoxication).

Elizabeth Wettlaufer met des poèmes en ligne sous le pseudonyme « Betty Weston ». Ses poèmes sont souvent noirs. Certains décrivent le meurtre, alors que d’autres racontent sa vie amoureuse, son travail et ses problèmes personnels.

Crimes

Elizabeth Wettlaufer commence à travailler à la maison de retraite Caressant Care, à Woodstock, en juin 2007. Elle commence à tuer des patients après quelques mois là-bas (voir Meurtres). Elle travaille de nuit généralement et est la principale responsable pour donner les médicaments. Elle tue sept de ses huit victimes dans cet établissement.

Elizabeth Wettlaufer commet ses crimes en utilisant de l’insuline, un médicament pour le diabète qui réduit le sucre dans le sang. Cela peut provoquer un coma ou la mort si l’insuline est administrée en trop grande quantité. Les surdoses sont difficiles à détecter, donc les familles des victimes pensent d’abord que leurs proches sont morts de causes naturelles.

Dans une confession vidéo de 2 heures et demie à la police, Elizabeth Wettlaufer explique qu’elle a ressenti une « poussée rouge » avant de tuer et décrit un « sentiment de rire » une fois que les meurtres sont commis. Elle dit également qu’elle croit que Dieu lui a dit de tuer. Dans un cas, elle pense que sa victime n’aimait plus vivre. En plus des huit meurtres, elle utilise de l’insuline pour quatre tentatives de meurtre et deux voies de faits graves contre deux autres patients.

Victimes

Entre le 25 juin et le 31 décembre 2007, Elizabeth Wettlaufer administre de l’insuline aux sœurs Clotilde Adriano et Albina Demedeiros. Les deux résidentes de Caressant Care sont ses premières victimes. Les doses ne sont pas fatales, et la police n’attribue donc pas leurs morts éventuelles à Elizabeth Wettlaufer (Clotilde Adriano meurt en 2008, et Albina Demedeiros, en 2010.) En janvier 2017, la police l’accuse de deux chefs de voies de faits graves pour les injections d’insuline.

Elizabeth Wettlaufer commet son premier meurtre le 11 août 2007 à Caressant Care, lorsqu’elle donne à un patient de 84 ans, James Silcox, assez d’insuline pour le tuer. De décembre 2007 à mars 2014, elle tue également les patients Maurice Granat, 84 ans, Gladys Millard, 87 ans, Helen Matherson, 95 ans, Mary Zurawinski, 96 ans, Helen Young, 90 ans, et Maureen Pickering, 79 ans. Quelques jours après la mort de Maureen Pickering, Elizabeth Wettlaufer est renvoyée de Caressant Care pour avoir fait plusieurs erreurs sur la prescription de médicaments, incluant pour avoir administré de l’insuline au mauvais patient. Elle est suspendue à plusieurs reprises avant d’être renvoyée. Après Caressant Care, elle vacille entre plusieurs établissements jusqu’à ce qu’elle arrête d’exercer, en 2016.

Sa dernière victime est Arpad Horvath, âgé de 75 ans, qu’elle tue en 2014. Il est marié, a deux enfants et vit dans une résidence à Meadow Park, à London, en Ontario.

La police accuse Elizabeth Wettlaufer de tentatives de meurtre sur les résidents de Caressant Care Michael Priddle et Wayne Hedges entre 2008 et 2009. Elle est également accusée de tentative de meurtre par injection d’insuline sur une patiente de 77 ans, Sandra Towler, en septembre 2015, et sur Beverly Bertram, âgée de 68 ans, en août 2016. Sandra Towler vit dans la maison de retraite Telfer Place, à Paris, en Ontario. Beverly Bertram est en résidence privée à Ingersoll, en Ontario, et est la seule des victimes encore en vie quand la sentence est prononcée contre la tueuse en série.

Arrestation

Elizabeth Wettlaufer avoue ses crimes à plusieurs personnes avant qu’ils soient dévoilés au grand jour en 2016. Parmi les personnes qu’elle informe, on retrouve un ancien conjoint, un étudiant infirmier travaillant à Caressant Care, un pasteur et sa femme, un avocat et une ancienne petite amie. Aucun d’eux ne l’a dénoncent à la police. Certains lui ont dit qu’ils le feraient si elle recommençait, alors que d’autres rejettent ses dires. Finalement, l’enquête sur les crimes d’Elizabeth Wettlaufer a été déclenchée par les confessions de la tueuse en série elle-même.

Elizabeth Wettlaufer s’enregistre elle-même au centre de désintoxication le CAMH le 16 septembre 2016, presque deux semaines après qu’un de ses employeurs lui demande d’administrer de l’insuline à des enfants atteints de diabète dans une école d’Ingersoll. Elle avoue plus tard qu’elle avait peur de ne pas pouvoir résister au fait de leur faire mal, donc elle démissionne. Peu de temps après son admission au CAMH, elle commence à avouer aux employés ses crimes. Ils préviennent d’abord la police de Toronto, puis le College of Nurses of Ontario, l’organisme provincial de régulation de la profession.

La police de Toronto interroge pour la première fois Elizabeth Wettlaufer le 29 septembre 2016. Le jour d’après, elle démissionne de son statut d’infirmière auprès du College of Nurses of Ontario. Elle est arrêtée le 24 octobre 2016 à l’âge de 49 ans. Les gens sont choqués et horrifiés par les meurtres après que la police de Woodstock dévoile les détails le jour suivant.

Procès et emprisonnement

Le 1er juin 2017, Elizabeth Wettlaufer plaide coupable pour les 14 charges retenues contre elle. Puisqu’elle plaide coupable, il n’y a pas de procès. La cour tient une audition de sentence le 26 juin 2017, donnant une chance aux victimes et à leurs proches de lire à voix haute leurs déclarations. La plupart parlent de deuil, de dépression et de culpabilité. Elizabeth Wettlaufer s’excuse à la cour ce jour-là, disant à quel point elle est « vraiment désolée ».

Le juge Bruce Thomas condamne Elizabeth Wettlaufer à la prison à vie. Elle purge sa peine simultanément, ce qui signifie qu’elle n’a pas droit à une libération conditionnelle pour 25 ans. Le juge aurait pu la condamner à huit mandats consécutifs, ce qui fait 200 ans, mais il a reconnu que le public n’aurait probablement pas eu connaissance de ses crimes si elle ne s’était pas dénoncée. Tout le long, Elizabeth Wettlaufer est restée de marbre. Elle est incarcérée au Centre Vanier pour femmes à Milton, en Ontario. Même si elle est admissible à une libération conditionnelle en 2041, Bruce Thomas note dans son jugement que c’est peu probable pour elle.

Procès et enquêtes

L’affaire Elizabeth Wettlaufer entraîne une énorme perte de confiance des gens envers le système de soins de longue durée de la province. Avant que le procès soit fini, plusieurs groupes de défense demandent des réponses et des enquêtes de la part du gouvernement provincial et du College of Nurses of Ontario.

Le College of Nurses of Ontario tient une audience disciplinaire pour Elizabeth Wettlaufer en juillet 2017. Même si elle a déjà donné sa démission en tant qu’infirmière, l’organisation révoque de manière permanente son statut d’infirmière, l’empêchant de pratiquer en Ontario à tout jamais. Elle n’assiste pas à l’audience.

Caressant Care prévient le College of Nurses of Ontario lorsqu’il renvoie Elizabeth Wettlaufer pour avoir commis une série d’erreurs, incluant une erreur grave en 2014. (À ce moment-là, elle a déjà fait sept victimes à Caressant Care). L’organisation de régulation dit que Caressant Care a rapporté à l’époque que les employés n’avaient pas de grandes préoccupations à propos d’Elizabeth Wettlaufer, c’est qui explique pourquoi le College of Nurses of Ontario n’enquête pas davantage. Caressant Care se défend et affirme qu’il a envoyé un rapport de 20 pages sur ses préoccupations, mais qu’il n’y a jamais eu de suivi.

L’audience révèle aussi que les activités d’Elizabeth Wettlaufer en tant qu’infirmière ont été suspendues pendant un an à la suite d’un incident survenu dans les années 1990, lorsqu’elle est découverte sous l’influence de drogues au travail, utilisant des médicaments volés dans l’hôpital où elle travaille. Les révélations suscitent des critiques : beaucoup remettent en question la capacité du College of Nurses of Ontario à réglementer efficacement sa profession.

Peu de temps après la sentence, le gouvernement de l’Ontario annonce qu’il veut mener une enquête sur les conditions du système de soins de longue durée de la province, système qui a permis aux meurtres de se produire. L’enquête débute en août 2017 et un rapport et des recommandations sont attendus en 2019. Les enquêteurs promettent d’examiner comment Elizabeth Wettlaufer a pu continuer de travailler malgré son dossier disciplinaire, et également les conditions systémiques permettant à une personne de poser de tels gestes.

Les familles des victimes Arpad Horvath et James Silcox intentent des poursuites distinctes contre Elizabeth Wettlaufer et les centres d’hébergement qui l’ont embauchée. En janvier 2017, la province ordonne à l’établissement de Woodstock Caressant Care de cesser d’admettre de nouveaux patients, après qu’une inspection ait révélé de nombreux problèmes à l’établissement.