John Greyson

​John Greyson, réalisateur, écrivain, producteur, activiste (né le 13 mars 1960 à Nelson, en Colombie‑Britannique).

John Greyson, réalisateur, écrivain, producteur, activiste (né le 13 mars 1960 à Nelson, en Colombie‑Britannique). Réalisateur prolifique et primé, John Greyson est reconnu internationalement sur la scène des festivals du film et dans le monde du cinéma queer. Ses œuvres audacieuses expérimentent la forme et le genre, traitent de sujets explicitement gais et provoquent moult conversations sur le mouvement queer. En tant qu’activiste, John Greyson a fait les manchettes en 2013 lorsqu’il est détenu sans inculpation pendant plus de 50 jours en Égypte. Ses œuvres les plus connues sont Zero Patience (1993) et Lilies (1996), qui a gagné quatre prix Génie, dont celui du meilleur film.

Début de carrière

John Greyson se découvre un intérêt particulier pour le cinéma d’avant‑garde à l’école secondaire H.B. Beale de London, en Ontario. Cet intérêt pour la vidéo, il le nourrit tout au long des années 1980 en se greffant à un collectif d’artistes torontois nommé Charles St. Video. Sa fibre activiste, quant à elle, naît durant les deux années qu’il passe à New York, où il travaille pour ACT UP, un groupe de défense des droits des personnes vivants avec le VIH‑SIDA. Ces deux aspects, l’esthétique avant‑garde et la lutte activiste, sont les clés de voûte de la filmographie de John Greyson.

Cinéma queer

Parmi les nombreux courts‑métrages que John Greyson réalise, on compte Kipling Meets the Cowboys (1985), Moscow Does Not Believe in Queers (1986), The AIDS Epidemic (1987), The World is Sick (sic) (1989) et The Making of Monsters (1991). Son premier long‑métrage, Urinal (1988; titre original : Pissoir), met en scène un quintette de figures historiques (Frida Kahlo, Yukio Mishima, Sergei Eisenstein, Frances Loring et Florence Wyle) qui sont ressuscitées pour mener une investigation sur le phénomène du sexe gai dans les toilettes publiques et, ce faisant, mettre à jour la violence policière qui l’accompagne.

Le deuxième long‑métrage de John Greyson est l’audacieux et vitriolique Zero Patience (1993), un film qui dénonce les nombreuses idées fausses du public à propos du VIH‑SIDA par l’intermédiaire du « patient zéro », un agent de bord québécois ayant réellement existé que l’on accuse d’avoir propagé le syndrome en Amérique du Nord. Le film émet un commentaire très pessimiste sur le mercantilisme des fabricants de médicaments contre le sida et sur la culture du blâme et de la honte véhiculée par la société et la politique. Le tout est entrecoupé de numéros musicaux mettant en vedette des anus chantants, un chœur dans un sauna gai et l’explorateur historique (et anachronique) Sir Richard Burton. Le film fait figure de jalon dans l’histoire du cinéma queer. En 2012, Matthew Hays du Globe and Mail notait qu’« il est très peu probable qu’un film aussi audacieux et, soyons honnêtes, étrange que Zero Patience puisse être réalisé aujourd’hui… ou encore moins trouver un distributeur. L’âge d’or du cinéma qui prend des risques aussi flamboyants, flagrants, incendiaires et sans compris est, semble‑t‑il, bien loin derrière ».

Lilies (1996), le troisième long‑métrage du réalisateur, est sans aucun doute son plus grand succès. Basé sur la pièce de théâtre Les feluettes de Michel‑Marc Bouchard, Lillies constitue la première adaptation de John Greyson. Le film, qui passe du récit de prison au drame historique, multiplie les couches de narration et les perspectives et joue même le coup de la mise en abîme, en présentant une pièce de théâtre dans le film. L’œuvre rappelle, dans son homoérotisme élégiaque, l’œuvre de l’écrivain français Jean Genet, et profite visuellement d’une beauté qui ancre d’autant plus les sentiments de perte, d’espoir et de rage qui animent toute la filmographie de John Greyson. Lillies gagne en 1996 le prix Génie du meilleur film, créant la surprise en battant Crash (1996) de David Cronenberg et Hard Core Logo de Bruce Macdonald. Le film vaut aussi à John Greyson une nomination pour la meilleure réalisation.

Le film suivant, The Law Of Enclosures (2000), est, avec son budget de 2,2 millions de dollars canadiens, la plus imposante production du réalisateur. Ce dernier profite également d’une distribution sertie de vedettes canadiennes et internationales comme Sarah Polley, qui a abandonné la production d’Almost Famous de Cameron Crowe pour participer au film, et Diane Ladd. The Law of Enclosures reçoit des critiques mitigées, dont celle de Variety qui décrit le film comme « facile à admirer, mais difficile à aimer ». Le film se mérite malgré tout trois nominations aux prix Génie et le prix du meilleur acteur dans un premier rôle pour Brendan Fletcher.

En 2003, John Greyson et le compositeur David Wall présentent Fig Trees, un opéra documentaire narré par un écureuil albinos qui intègre la musique et les paroles de l’opéra avant‑garde Four Saints in Three Acts (1934) de Gertrude Stein, jouées à l’envers par une distribution éclectique. L’œuvre est lancée en format vidéo en 2009. Sont également dignes de mention, dans la filmographie de John Greyson, les films Uncut (1997) et Proteus (2003), ainsi que plusieurs épisodes des séries télévisées Queer as Folk (2001‑2002), The Industry (2001‑2003) et Paradise Falls (2004).

Esthétique et activisme

Le spécialiste du cinéma queer Thomas Waugh décrit le style de John Greyson comme « un collage de médiums divers alliant la technologie, une profonde suggestivité, un didactisme décomplexé, une narration mélodramatique et un érotisme éhonté ». Les thèmes de John Greyson, directement informés par son implication dans une foule de causes politiques, notamment la défense des droits des homosexuels et la lutte contre le VIH‑SIDA, sont présentés à l’écran de façon toujours inventive et ludique. Dans son utilisation de la vidéo, John Greyson sert à la fois ses ambitions politiques et artistiques. En effet, le vidéoactivisme traite la caméra comme un collaborateur de l’action politique, et les possibilités qu’elle offre en postproduction permettent au vidéaste, plutôt qu’au cinéaste, de superposer les images et le son et d’y incorporer des séquences préexistantes. En se reposant sur des techniques comme le vidéoclip, les retours en arrière et le drame documentaire, John Greyson se permet d’explorer des sujets politiques et théoriques sans pour autant sacrifier leur attrait purement divertissant de ses films.

John Greyson résiste généralement à la catégorisation de son travail, surtout lorsqu’on parle du terme cinéma national : « Je n’ai jamais vraiment cru à la notion d’un cinéma national à proprement dit, remarque‑t‑il lors d’une entrevue datant de 2005. Je crois que la nomenclature est utile pour l’enseignement et les festivals, et parce qu’elle ordonne le monde, mais est‑ce vraiment nécessaire? Est‑ce que cela nourrit mon art, mon esthétique, mon intellect? Absolument pas. » Ainsi, son œuvre se distancie des images aseptisées que l’on retrouve habituellement lorsqu’on parle des cultures canadienne et queer.

L’œuvre de John Greyson s’appuie sur sa conviction selon laquelle les questions politiques ne peuvent être présentées par les méthodes du documentaire classiques. Sa démarche consiste donc à explorer le côté fabuleux et fictif d’événements bien réels. Les œuvres de John Greyson, peu importe leur format ou leur budget, sont toujours pittoresques, humoristiques, sexuelles et théâtrales. Dans certaines d’entre elles, on pousse la note à la manière des comédies musicales, un genre traditionnellement associé aux communautés homosexuelles et apprécié par elles. Dans d’autres encore, les personnages de John Greyson interprètent des rôles à l’intérieur des rôles. Ainsi, des personnages célèbres sont effrontément ressuscités et se voient assigner des caractéristiques invraisemblables. Ces éléments ludiques se frappent à la nature formelle des œuvres de John Greyson et créent un effet de distanciation qui force le spectateur à composer avec ces images construites et déconstruites de la culture queer. Évidemment, ce travail que l’on demande aux critiques et aux spectateurs n’est pas toujours bien reçu, et il n’est pas rare que ces derniers décrivent les films de John Greyson comme prétentieux ou inaccessibles.

Prix

Prix Teddy, Meilleur film (Pissoir [Urinal]), Festival international du film de Berlin (1989)

Meilleur court‑métrage canadien (The Making of Monsters), Festival international du film de Toronto (1991)

Prix Teddy, Meilleur court‑métrage (The Making of Monsters), Festival international du film de Berlin (1991)

Meilleur court‑métrage (The Making of Monsters), Festival international du film de Chicago (1991)

Mention spéciale du jury – Meilleur film canadien (Zero Patience), Festival international de film de Toronto (1993)

Meilleur film canadien (Zero Patience), Cinéfest de Sudbury (1993)

Meilleur film ontarien (Zero Patience), Cinéfest de Sudbury (1993)

Meilleur film (Lilies), prix Génie (1996)

Meilleur film canadien (Lilies), Festival international du film de Montréal (1996)

Prix du public (Lilies), Festival international du film gai et lesbien de San Francisco (1997)

Prix du public (Lilies), Festival international du film gai et lesbien d’Austin (1997)

Grand prix du jury (Lilies), LA Outfest (1997)

Meilleure réalisation (Made in Canada), Prix Gemini (2002)

Prix Bell Canada d’art vidéographique (2007)

Prix Teddy – Meilleur documentaire (Fig Trees),Festival international du film de Berlin (2009)

Meilleur film ou vidéo canadien (Fig Trees), Festival du film Inside Out de Toronto (2009)

Prix du jury (Fig Trees), Festival du film gai et lesbien de Hambourg (2009)